Article · Notre Temps · 1 avril 1992 Citer
La vérité, rien que la vérité : ni jihad, ni croisade
- Type
- Article de presse
- Créateur
- Diégou Bailly
- Editeur
-
Notre Temps
- Date
- 1 avril 1992
- Description
-
Dans cette tribune, Diégou Bailly condamne les attaques de Lamine Diabaté et Balla Keïta contre le cardinal Bernard Yago, après l’appel de celui-ci, le 22 février, à ne pas creuser la haine entre Ivoiriens. Il exhorte les évêques, les catholiques — notamment ceux du PDCI-RDA —, les protestants et les musulmans à se prononcer sur les arrestations du 18 février et sur les propos des deux anciens ministres, afin de choisir entre vérité et mensonge plutôt qu’entre jihad et croisade.
Annotations de valeur
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- pages
- 3
- nombre de pages
- 1
- Couverture spatiale
- Yamoussoukro
- Langue
- Français
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-article-0007481
- contenu
-
La vérité,
rien que la vérité
NI JIHAD, NI CROISADE
par Diégou Bailly
JE SUIS CATHOLIQUE NON PRATIQUANT. Je suis un être de chair vendu au péché. Je ne comprends pas ce que je fais; car je ne fais pas ce que je veux (...) Si dans mon être, l'homme intérieur aime la loi de Dieu, une autre loi dans mes membres lutte contre la loi de ma raison. Malheureux que je suis!» (1).
QU'EST-CE QUI A PU DÉCHAINER CE FLOT DE HAINE ET DE VIOLENCE de la part de MM. Lamine Diabaté et Balla Keita, deux anciens ministres de la République laïque de Côte d'Ivoire? La peur. Tous les deux, ils ont peur de voir la vérité éclater enfin au grand jour. Ce grand jour où M. Lamine Diabaté répondra, devant le peuple ivoirien, des malversations financières qu'il a commises à la BNDA et à la SOCIDO. Ce grand jour où M. Balla Keita se repentira d'avoir sacrifié plusieurs générations d'Ivoiriens sur l'autel de ses ambitions et de sa mégalomanie. Il répondra de huit années de gestion désastreuse du ministère de l'Éducation nationale.
Rassurez-vous donc. Je ne me sens pas apte à lancer un appel à tous les chrétiens pour une croisade en vue de libérer l'archevêque d'Abidjan, le Cardinal Bernard Yago, des griffes acérées - ironie du sort de trois musulmans: Hamed Bakayoko, Lamine Diabaté et Balla Keita.
Je m'en veux presque d'avoir dit que ces deux messieurs étaient musulmans. Dieu est Dieu et il ne peut être que Dieu de vérité. Or, pour échapper à son châtiment inéluctable, ces deux personnalités souhaitent, du fond de leur cœur, que la Côte d'Ivoire qui vient à peine d'échapper à une guerre civile, sombre dans une guerre sainte. Foin d'eux! Ni Jihad, ni croisade. Les vrais patriotes ivoiriens et amis de la Côte d'Ivoire ne se laisseront pas berner par la dérive démagogique de deux hommes dont le patriotisme et le nationalisme se limitent au volume de leur panse. Aujourd'hui, la seule question qui se pose à la conscience des vrais nationalistes ivoiriens est celle-ci: Sommes-nous pour la vérité ou pour le mensonge?
Le Cardinal Bernard Yago a donné sa réponse, le 22 février dernier, en s'adressant à ses frères et sœurs chrétiens en ces mots: "Que dans votre comportement rien ne puisse approfondir le fossé qui se creuse entre les hommes qui sont des frères, rien ne vienne fortifier et rendre fatal, irréversible le mur de haine qui cherche à se dresser".
IL RESTE MAINTENANT AUX AUTRES ÉVÊQUES DE CÔTE D'IVOIRE DE RÉPONDRE. Individuellement. Déjà, en 1990, certains parmi eux avaient pris parti pour le régime en place contre le peuple de Dieu; pour l'illusion éphémère contre la vérité éternelle. Ces évêques qui avaient refusé de voir que la magnificence de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro est une insulte à la misère et à la pauvreté du peuple ivoirien, doivent choisir, ici et maintenant, entre le camp d'un des leurs, le cardinal Bernard Yago, et le camp du pouvoir en place.
En effet, c'est tous les évêques de Côte d'Ivoire qu'interpelle M. Lamine Diabaté quand il traite l'archevêque d'Abidjan d'ingrat. Il veut dire que les autres qui se voilent la face et se ferment la bouche devant l'éclat de la vérité le font par reconnaissance du ventre. C'est aussi à eux que s'adresse M. Balla Keita quand il dit: "L'appel insensé du Cardinal Yago n'engage que sa propre personne et non l'ensemble de l'Église de Côte d'Ivoire. Son engagement politique déguisé aux côtés des casseurs et de leurs commanditaires n'engage que lui seul, dans son diocèse". Autrement dit, si, contrairement à l'archevêque d'Abidjan, les autres prélats continuent de se taire, c'est soit parce qu'ils ont peur de s'engager politiquement, soit parce qu'ils reconnaissent implicitement que les personnalités arrêtées le 18 février dernier et emprisonnées arbitrairement se confondent avec les casseurs et leurs commanditaires. En somme, entre les opprimés et les oppresseurs, certains évêques doivent choisir leur camp. Clairement et individuellement.
L'APPEL DE M. BALLA KEÏTA S'ADRESSE AUSSI À TOUTE LA COMMUNAUTÉ CATHOLIQUE et principalement à l'association des catholiques de Côte d'Ivoire dirigée par M. Charles Donwahi. Si leur engagement chrétien devait se limiter à la mobilisation des fidèles pour la consécration des cathédrales et basiliques ou si leur foi ne devait consister qu'à se pavaner et à se bousculer, tous les dimanches, autour de la table de communion, il nous faudra désespérer des catholiques de Côte d'Ivoire. Devant les attaques répétées contre le cardinal Bernard Yago, la communauté chrétienne - principalement les chrétiens du PDCI-RDA - doit se déterminer entre son engagement politique et sa loi. Car c'est avec la bénédiction du PDCI-RDA que MM. Balla Keita et Lamine Diabaté couvrent d'opprobre un chef religieux.
Quand je dis "chrétien", je pense naturellement à tous les protestants et à tous les fidèles des églises du christianisme syncrétique. En effet, dès lors qu'il s'agit de choisir entre la vérité et le mensonge, tout silence devient coupable.
ENFIN, MM. LAMINE DIABATÉ ET BALLA KEÏTA ONT PARLÉ À LEURS CORELIGIONNAIRES, LES MUSULMANS. Ceux-ci se montrent souvent plus prompts à louer les mérites du FIS (Front islamique du salut) en Algérie qu'à se prononcer sur les événements qui se déroulent sous leurs yeux. À défaut de pouvoir prendre ouvertement la défense du Cardinal Bernard Yago, la communauté musulmane devrait au moins préciser à tous les Ivoiriens si MM. Lamine Diabaté et Balla Keita parlent au nom de l'Islam. J'en doute. Mais ne pas l'affirmer clairement peut contribuer à créer une confusion dommageable.
Il leur aurait peut-être fallu ne jamais prêter attention aux délires de deux hommes arc-boutés sur leur passé honteux pendant que le train du futur entre en gare. En outre, comme je l'ai déjà dit, je ne suis pas habilité à prendre la défense du cardinal Yago. Mais, pour ce cas précis, il ne s'agit pas de soutenir un chef religieux. Il est plutôt question de choisir entre la vérité et le mensonge.
(1) - Épître de Saint Paul aux Romains, chap. VII, versets 14 à 15 et 18 à 24.
D.B.
Comment citer ce document
Bailly, Diégou. “La vérité, rien que la vérité : ni jihad, ni croisade.” Notre Temps, 1 avril 1992. https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/61299.
Bailly, D. (1992, avril 1). La vérité, rien que la vérité : ni jihad, ni croisade. Notre Temps. https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/61299.
Bailly, Diégou. “La vérité, rien que la vérité : ni jihad, ni croisade.” Notre Temps, 1 avril 1992. https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/61299.
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Polarité
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Neutre
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La représentation des musulmans est défavorable, notamment lorsqu’ils sont présentés comme « souvent plus prompts » à louer le FIS qu’à se prononcer sur les événements ivoiriens, et comme susceptibles de créer une « confusion dommageable ».
L'article est très critique envers les deux ministres musulmans, les accusant de corruption et de manipulation, et critique également la communauté musulmane pour son silence, ce qui donne une impression négative envers les musulmans dans ce contexte politique précis.
Le regard posé sur les personnalités musulmanes est critique, qu'il s'agisse de les soupçonner de vouloir plonger le pays dans un « guerre sainte » ou de déplorer que certaines autres musulmans sont « prompts à louer les mérites du FIS » plutôt qu'à clarifier leur position. En demandant à la communauté musulmane de se distancier de ces ex-ministres, l'article développe une représentation global défavorable des musulmans dans cette affaire, même s'il ne condamne pas l'islam en soi.
L'auteur associe les acteurs musulmans cités à la malversations et suggère une tendance de la communauté musulmane à louer le FIS algérien.
L'auteur rejette explicitement le cadre religieux en titrant « Ni Jihad, ni croisade » et en déclarant s'en « vouloir presque d'avoir » identifié les accusés par leur confession, tout en leur demandant de clarifier s'ils parlent « au nom de l'Islam » ; la critique vise des actes politiques (malversations, gestion) plutôt que la religion, et l'appel à la communauté musulmane est un appel à la prise de parole, non à l'exclusion.
Centralité
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L’article traite principalement de la défense du cardinal Bernard Yago et du conflit politique, mais consacre un passage significatif aux musulmans, au FIS et à la question de savoir si les deux hommes parlent au nom de l’islam.
L'islam et les musulmans sont mentionnés de manière significative (identification des ministres comme musulmans, appel à la communauté musulmane), mais le sujet principal reste la corruption politique et la défense du cardinal.
L'article désigne explicitement les trois hommes politiques comme des musulmans qui s'en prennent au cardinal catholique et s'adresse directement à la communauté musulmane ivoirienne, en lui demandant de dire si Diabaté et Keïta parlent au nom de l'Islam ; mais ce n'est qu'un des volets d'un éditorial consacré à la défense du cardinal et à la vérité politique.
L'islam est évoqué comme cadre d'identité des opposants politiques et à travers la mention du FIS en Algérie, mais reste subordonné au conflit politique intérieur.
L'identité musulmane des protagonistes (Diabaté, Keïta, Bakayoko) structure l'argumentation du bout au bout : le titre oppose « Jihad » à « croisade », l'auteur avoue s'en « vouloir presque d'avoir dit que ces deux messieurs étaient musulmans », et un paragraphe entier s'adresse « à leurs coreligionnaires, les musulmans » en leur demandant de préciser s'ils parlent « au nom de l'Islam ». Cependant, le sujet principal reste la crise politique autour de l'arrestation du cardinal Yago et la question de la vérité.
Subjectivité
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Le texte adopte un ton polémique et accusatoire, qualifiant les protagonistes de personnes au « passé honteux » et appelant les communautés religieuses à « choisir leur camp ».
L'article exprime clairement des opinions personnelles, des jugements et des émotions fortes envers les personnages et les institutions mentionnés, avec un ton polémique et engagé, notamment à travers des formulations comme 'Foin d'eux!' ou 'dérive démagogique'.
C'est un éditorial passionné et assumé, à la première personne, avec un lexique chargé (« passé honteux », « dérive démagogique », « délires de deux hommes ») et une interpellation directe, notamment à l'égard des musulmans. Il exprime de toute évidence la position personnelle de l'auteur sans distance journalistique.
L'auteur adopte un ton polémique et passionné, utilisant des jugements de valeur comme « dérive démagogique » ou « passé honteux ».
La tribune est saturée de jugements émotifs et de prises de position personnelles : « Foin d'eux ! », « le volume de leur panse », « leurs délires de deux hommes arc-boutés sur leur passé honteux », « Je m'en veux presque d'avoir dit que ces deux messieurs étaient musulmans » — aucun fait n'est rapporté sans commentaire moral.
