Article
M. Benoît Scheuer (Réalisateur du film Côte d'Ivoire, poudrière identitaire) persiste et signe : "Il y a des tentations génocidaires en Côte d'Ivoire"
- Titre
- M. Benoît Scheuer (Réalisateur du film Côte d'Ivoire, poudrière identitaire) persiste et signe : "Il y a des tentations génocidaires en Côte d'Ivoire"
- Type
- Article de presse
- Créateur
- Charles Sanga
- Editeur
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Le Patriote
- Date
- 19 juillet 2001
- nombre de pages
- 1
- Langue
- Français
- Contributeur
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Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-article-0007108
- contenu
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M. Benoît Scheuer (Réalisateur du film Côte d'Ivoire, poudrière identitaire) persiste et signe :
« IL Y A DES TENTATIONS GÉNOCIDAIRES EN CÔTE D'IVOIRE »
Nos confrères du quotidien « L'Intelligent » ont publié dans leur livraison de mardi une interview du sociologue belge, Benoît Scheuer, réalisateur du film documentaire « Côte d'Ivoire, poudrière identitaire » et co-initiateur des 150 plaintes déposées auprès des juridictions de son pays contre Gbagbo, Lida, Boga et Guéi Robert. Dans cet entretien, il a été prêté au responsable de l'ONG « Prévention génocide » des propos que certains ont traités de « volte-face ». Mais il n'a pas fallu longtemps pour que M. Scheuer réagisse. Hier, il a été interrogé par la BBC. Voici sa réaction.
Benoît Scheuer : « Je dis avoir été manipulé par cet organe de presse qui a diffusé en Côte d'Ivoire mon interview. Et notamment, les trois extraits d'une interview qui ont été mis en « Une » de cet organe de presse. J'estime que cela ne correspond pas aux propos que j'ai donnés aux journalistes. J'estime que c'est une déformation de mes propos. Alors de quoi s'agit-il ? Nous estimons que le concept de l'ivoirité est un concept qui a abouti à une situation aujourd'hui qui fait qu'en Côte d'Ivoire, les gens se perçoivent de la façon suivante : il y a un groupe d'individus qui se disent être des Ivoiriens purs, authentiques à 100 %, d'origine multiséculaire, et qui estiment que les autres individus qui vivent dans ce pays n'ont pas le droit d'être libres et qu'ils polluent ce pays. Et donc, il y a un discours qui consiste à rejeter l'autre, il y a une haine de l'autre qui se développe. Et c'est exactement de la même façon que le génocide du Rwanda a commencé. Le génocide du Rwanda a commencé vers les années 1980 par la négation de l'identité d'un groupe social, par la négation de l'identité rwandaise et tutsi.
Aujourd'hui, nous voyons en Côte d'Ivoire des individus qui nient l'identité ivoirienne d'individus uniquement en fonction de leurs patronymes. Parce qu'ils s'appellent Coulibaly, Touré... On nie leur identité ivoirienne, on déchire leur carte d'identité. Et c'est comme cela que le génocide du Rwanda a commencé.
Alors ce que nous disons en tant qu'ONG « Prévention des génocides », c'est qu'aujourd'hui en Côte d'Ivoire, il y a manifestement une tentation génocidaire, il y a une probabilité qu'un génocide se déroule. Il est exact de dire qu'il n'y a pas encore de génocide, mais qu'il y a des prémisses qui pourraient aboutir à un génocide. Et c'est pour cela qu'en tant qu'ONG « Prévention génocide », nous ne disons pas qu'aujourd'hui, il y a génocide, mais qu'il y a manifestement une tentation génocidaire et c'est cela qui est dangereux. Et en tant que défenseur des droits de l'Homme, en tant que sociologue, nous voulons intervenir pour dire attention ! Le risque est très grand. Et d'ailleurs, il y a quelques intellectuels ivoiriens qui comparent leur propre situation à la situation du Rwanda d'avant le génocide. Il y a également d'autres qui la comparent à celle de l'Allemagne nazie des années 1930. »
Propos recueillis par Charles Sanga.