Article
Situation socio-politique du pays. El Hadj Aboubacar Fofana (porte-parole du Cosim) : "Personne ne peut empêcher les musulmans de manifester"
- Titre
- Situation socio-politique du pays. El Hadj Aboubacar Fofana (porte-parole du Cosim) : "Personne ne peut empêcher les musulmans de manifester"
- Type
- Article de presse
- Créateur
- Yves M. Abiet
- Editeur
-
Le Patriote
- Date
- 25 octobre 1999
- nombre de pages
- 1
- Sujet
- Ivoirité
-
Association des Élèves et Étudiants Musulmans de Côte d'Ivoire
-
Conseil Supérieur des Imams, des Mosquées et des Affaires islamiques
- Aboubacar Fofana
- Langue
- Français
- Contributeur
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Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-article-0007044
- contenu
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Situation socio-politique du pays
El Hadj Aboubacar Fofana (porte-parole du Cosim)
Aboubacar Fofana. (Photo Diarra Ibrahim)
"PERSONNE NE PEUT EMPECHER LES MUSULMANS DE MANIFESTER"
Yves-M Abiet
L'expression d'un ras-le-bol. Ainsi pourrait se résumer les propos de l'Imam Aboubacar Fofana, porte-parole du Conseil supérieur des Imams (Cosim), hier au cours de la conférence publique organisée par l'Association des élèves et étudiants musulmans de Côte d'Ivoire (AEEMCI). Et pour cause, le thème de ladite conférence : « Les structures islamiques face au contexte sociopolitique actuel. Quelle attitude ? » s'y prêtait. Belle occasion donc pour le conférencier d'apporter des éclaircissements sur un sujet d'une délicatesse extrême. Mais il y est parvenu. Pour lui, le musulman, en sa qualité de citoyen, doit faire de la politique. Pas celle des intrigues et des coups bas. Plutôt celle qui consiste à se prononcer sur la situation socio-politique du pays. Sa religion l'y autorise dans la mesure où l'Islam est une religion qui n'admet pas la turpitude. Par ailleurs, si des structures ont été mises sur pied, c'est pour répondre à un besoin. Les structures islamiques, pour leur part, ont un rôle à jouer dans le microcosme socio-politique actuel.
Et le leader spirituel de faire ce constat : « La pauvreté se généralise. L'unité nationale s'effrite parce que les Ivoiriens ne se parlent plus, du moins pas franchement. La méfiance s'est installée. La haine tribale et la xénophobie ont vu le jour et se répandent à une vitesse vertigineuse », observe l'Imam Fofana qui lance cette lancinante interrogation : « La communauté musulmane doit-elle garder le mutisme ? » « Face à une telle situation, les musulmans doivent réagir », tout comme l'aurait fait n'importe quel citoyen. « Il doit dénoncer celui par qui ces maux se sont répandus. Et le faire, ce n'est point s'adonner à la politique politicienne ». Les chrétiens, observe-t-il, font de la politique et personne n'y trouve à redire. Pourquoi alors tant de frénésie et de mouvements lorsque c'est la communauté islamique qui donne son simple point de vue ? Il y a manifestement deux poids deux mesures. À preuve : « Le pouvoir reste muet lorsque les évêques se retrouvent pour se prononcer sur la politique, et tire sur la sonnette d'alarme quand il s'agit de la communauté musulmane ».
Parlant de l'arbitraire dont sont victimes les musulmans, le porte-parole des imams de Côte d'Ivoire a jeté une pierre dans le jardin du pouvoir. « Des gens sont spoliés de leur nationalité. Si personne ne parle, demain, tout le monde sera spolié de son droit le plus élémentaire ». À tous les adeptes de l'ivoirité, l'orateur a rappelé que les musulmans ont aussi leur mot à dire sur cette notion. « Ce sont nos parents qui ont construit ce pays. Par conséquent, nous considérer comme des étrangers est un danger. Les musulmans doivent donc lutter pour ne pas se sentir étrangers dans cette Côte d'Ivoire. Cette lutte doit être menée jusqu'au bout dans la légalité. Il s'agit de manifester par tous les moyens légaux de protestation. Car personne ne peut nous en empêcher. C'est notre droit le plus absolu », a-t-il conclu.
Y.M.A.