Article
Attaques et invectives : le régime déclare la guerre aux musulmans
- Titre
- Attaques et invectives : le régime déclare la guerre aux musulmans
- Type
- Article de presse
- Créateur
- Moussa Touré
- Editeur
-
Le Patriote
- Date
- 11 octobre 1999
- nombre de pages
- 1
- Sujet
- Idriss Koudouss Koné
- Émile Constant Bombet
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Conseil Supérieur des Imams, des Mosquées et des Affaires islamiques
- Langue
- Français
- Contributeur
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Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-article-0007042
- contenu
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Attaques et invectives
LE RÉGIME DÉCLARE LA GUERRE AUX MUSULMANS
Touré Moussa
La guerre est désormais déclarée à l'Islam et aux musulmans de Côte d'Ivoire. Depuis la déclaration solennelle du Conseil supérieur des Imams (COSIM) le 2 octobre dernier à la grande mosquée de la Riviera, le régime a décidé de sonner la charge contre les disciples de Mohammed.
Koné Idriss Koudouss, au nom des principales organisations islamiques de Côte d'Ivoire, a lu ce jour-là une déclaration qui dépeignait le malaise de ses coreligionnaires face à la tension politique et sociale actuelle. Il n'en fallait pas plus pour que Yao Noël, directeur de publication de l'hebdomadaire « Le Réveil », décide de régler son compte à cette communauté qui, selon lui, cultive et semble prendre un malin plaisir à entretenir inutilement la tension entre le pouvoir et elle. Selon Yao Noël, le fait pour les musulmans de retenir « quelques maladresses de policiers à Abobo, des exactions commises par des agents zélés dans la délivrance de pièces d'identité ou le contrôle de cartes de séjour » traduit une mauvaise foi manifeste (Le Réveil Hebdo n° 325 du 7 octobre). Oubliant de préciser cependant que les Chrétiens de Côte d'Ivoire n'ont jamais eu à déplorer de telles « maladresses » et de semblables « exactions ». Il accuse les musulmans d'être des ingrats qui ont vite oublié l'envoi annuel de milliers de fidèles musulmans à la Mecque, la distribution de tonnes de sucre et de lait à l'occasion du jeûne musulman et surtout la pose de la première pierre de la mosquée du Plateau. Il est donc étonné de cette liberté de ton du clergé islamique et de ses critiques envers le pouvoir. « La dernière prise de position musclée du Conseil supérieur des Imams ressemble, à s'y méprendre, à une rébellion contre les lois de la République. Le parti pris pour Alassane Ouattara est patent et bien curieux pour une organisation religieuse qui veut fédérer des fidèles de différentes sensibilités », tranche-t-il. Quand les musulmans critiquent, c'est le début de la rébellion, estime également le ministre de l'Intérieur. Devant les députés du groupe parlementaire PDCI-RDA, le vendredi 8 octobre, il a cru devoir réunir ses Imams, interpeller le gouvernement et prendre position en faveur de la non-application de la loi dans un État de droit. Il poursuit : « Il y a tout de même lieu de s'inquiéter quand on sait le cocktail explosif qui peut découler d'un mélange entre la religion et la politique politicienne. »
Le mépris pour les musulmans
Le mépris du ministre Bombet pour l'Islam et les musulmans ne date pas d'hier. Il est de notoriété publique qu'il s'est plaint que l'imam Koudouss et tout le clergé islamique ne se soient pas déplacés pour venir l'écouter à l'Hôtel de ville, lors de sa rencontre avec la communauté musulmane le 4 octobre dernier. Il a exprimé publiquement sa colère ce jour-là. Yao Noël s'est fait l'écho de cette colère. « Le président Koudouss n'a pas daigné répondre, le lundi 4 octobre dernier, à l'invitation du ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation, M. Émile Constant Bombet », écrit-il. Mais ce qu'ils ne disent pas, c'est que le même jour, dans l'après-midi, le ministre Bombet recevait la communauté chrétienne. Ni Monseigneur Agré, ni son adjoint, ni aucun membre dominant du clergé abidjanais n'était présent. Bombet n'en a pas été offusqué. Yao Noël non plus. Bombet se plaint que les Imams aient « osé » interpeller le gouvernement. Mais la conférence épiscopale de Côte d'Ivoire l'a fait, bien avant le COSIM, sans que personne y trouve à redire. Dans l'opuscule intitulé « Le Chrétien face à la politique », les évêques de Côte d'Ivoire ont attiré l'attention des gouvernants sur le fait que « la manipulation de l'opinion publique, des élus du peuple, de la Constitution, du découpage électoral en vue de sauvegarder et de préserver les intérêts particuliers d'un parti, constituent un jeu politique dangereux pour l'ensemble du pays » (op. cit. p. 77). Cette interpellation directe et sans équivoque n'a suscité aucun émoi. Parce qu'il s'agit des Chrétiens. Parce qu'on ne peut pas les soupçonner d'être des Dioula, donc du RDR, donc des Alassanistes. Voilà le drame de la Côte d'Ivoire. Pour abattre les musulmans, Alassane Ouattara, le régime a décidé d'abattre ceux qu'il soupçonne d'être les alliés d'ADO. Cette déclaration de guerre à l'Islam par le Ali Baba du ministère de l'Intérieur porte un germe qui sera fatal à l'unité nationale.
T.M.