Issue
Plume Libre #01
- Title
- Plume Libre #01
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Plume Libre
- Date
- October 1991
- issue
- 1
- Abstract
- Mensuel ivoirien d’informations générales
- number of pages
- 8
- Subject
- Amicale des Anciens de l'AEEMCI
- VIH/Sida
-
Association des Élèves et Étudiants Musulmans de Côte d'Ivoire
- Language
- Français
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0001323
- content
-
PLUME libre
Oct. 1991
Prix 200 F
N°001
MENSUEL IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
L'ISLAM
EN COTE D'IVOIRE
Quelle place ?
ORIGINE
NATIONALITE
Un péril pour la
Nation
L'ECOLE
IVOIRIENNE :
Pourquoi ça a
chauffé ?
YOUSSOUF
FOFANA
Un Combattant
s'en est allé
LES MUSULMANS A LA
COMMISSION NATIO-
NALE D'ENQUETE :
Que s'est-il réellement
passé ?
PLUME LIBRE / Octobre 1991 / Page 1
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EDITO-PLUME Par Dembélé Al Seni
«Un journal n’est jamais de trop»
Un des faits marquant de l’instauration du multipartisme en Côte d’Ivoire a été sans conteste la naissance massive de journaux, donnant du coup à la presse écrite une nouvelle dynamique. Pas moins de quarante titres allant des quotidiens aux mensuels en passant par les hebdomadaires et bi-mensuels, se partagent aujourd’hui le marché Ivoirien des journaux. Les différents titres comme des sources longtemps scellées ont fait irruption sur la scène nationale et prennent une part importante dans les débats actuels. Plus question d’une vision monolithique de la vie socio politique nationale ; finis la complaisance et les «à peu près» que pouvaient permettre la situation de monopole. Désormais, seuls la rigueur, le sérieux et l’objectivité permettent aux différentes publications de se maintenir et de signer un long bail avec le lecteur ivoirien devenu entre temps plus exigeant.
Certains titres disparus ou en voie de disparition sont là comme pour corroborer cette affirmation.
Le paysage quotidien est copieusement servi en journaux disions-nous tantôt. Mais, pourquoi alors «Plume-libre» ?
Pour répondre à cette question, nous dirons simplement que l’information quelle que soit l’abondance avec laquelle elle est traitée n’est jamais totalement épuisée. Il y a toujours un angle de vision à explorer, des «noeuds à aplanir», des zones d’ombres à éclairer. De plus, le couple «subjectivité-objectivité» de qui dépend la fiabilité de toute information a généralement tendance à basculer du côté du premier cité. De ce fait toute situation quelque soit sa clarté, est perçue, vécue et relatée selon une préoccupation en fonction d’une subjectivité. Le politique par exemple entrevoit tout problème en fonction de sa préoccupation majeure : acquérir le pouvoir et gérer la société. Le syndicaliste l’analysera par rapport à la préservation des intérêts de sa corporation. Du coup, il apparaît que la mise à la disposition du lecteur de plusieurs subjectivités est le moyen le plus sûr pour le rapprocher de la vérité qui demeure la quête essentielle.
La religion quant à elle, a sa vision sur les problèmes en fonction de son éthique et de sa morale. Aussi l’analyse du croyant peut-elle aider à mieux comprendre les problèmes et à mieux les résoudre. A ce niveau, l’on a pu apprécier les différentes contributions des autres religions notamment celle de l’Eglise Catholique, à travers la presse écrite et les lettres pastorales .
«Plume Libre» se veut entre autre «le regard» du jeune musulman sur notre société en mutation et sur les problèmes du moment.
Il n’est pas superflu de rappeler également que la presse en générale et la presse écrite en particulier donne volontier dans les faits immédiats, ceux qui collent à l’actualité et sont de nature à susciter l’intérêt du public. Bref ce qu’on appelle ici «l’évènement».
Ce faisant, la sélection au niveau de l’information devient la règle. Or qui parle de sélection parle d’abandonner (du moins pour un temps) certains éléments» . Il n’est donc pas rare de voir qu’à cause de l’euphorie pour «l’évènement», certains sujets d’intérêt réel sont occultés ou laconiquement traités. Il est donc nécessaire qu’il y-ait des tribunes qui abordent les «questions abandonnées» avec le même intérêt que les autres, questions permettant ainsi au lecteur d’avoir à sa portée l’information la plus complète possible.
Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, un journal n’est jamais de trop.
SOMMAIRE
EDITO-PLUME................................................................................Page 2
PLUME EN LIBERTÉ
Mon cher Sangaré ......................................................................................... 3
Hommage : Youssouf Fofana ........................................................................ 3
PLUME DANS LE QUOTIDIEN
ORIGINE NATIONALITE: Un péril pour la Nation .................... 4
Dis-moi ton nom je te dirai si tu es ivoirien .............................. 4
De quelle Nationalité est-il? ............................................................. 4
L’ISLAM EN COTE D’IVOIRE : Quelle place ? ......................................... 5
L’ECOLE IVOIRIENNE : Pourquoi ça a chauffé ? ................................... 6
........................................................................................................................... 7
LES MUSULMANS A LA COMMISSION NATIONALE D’ENQUETE : Que s’est-il réellement passé ? ........................................ 7
9e SEMINAIRE DE FORMATION ISLAMIQUE DE MAN .... 8
ISLAM ET DEMOCRATIE ............................................................................ 8
DANS LE NUMERO 02 DE VOTRE JOURNAL
PLUME LIBRE DE NOVEMBRE :
- POLITIQUE "Peut-on faire confiance aux partis politiques ?"
- GURRE DU GOLFE :" les vraies raisons du massacre"
ADMINISTRATION
Petite Mosquée de la Riviera
08 b.p. 2462 Abidjan 08
Tél. : 43 - 47 - 58
DIRECTEUR DE PUBLICATION
Touré Aliou
RÉDACTEUR EN CHEF
Dembélé Fausséni
COMITÉ DE RÉDACTION
Dembélé Fausséni
Bintou Samaké
Gbané Bakary
Touré Aliou
Cissé Kader
Dembélé Lassana
Doumbia Ibrahim
Koné Zacharia
Sangaré Moussa
Yacouba Sylla
Koné Issa
SECRÉTARIAT
DE RÉDACTION
Mme Diakité née
Salimatou Diallo
Dembélé Fausséni
Gbané Bakary
DIRECTEUR TECHNIQUE
Doumbia Ibrahim
PHOTOS
Fofana Adama
Ojekalé Mahmoud
MICRO-COMPOSITION
Wattara Adams
MAQUETTE COUVERTURE
Wattara Adams
IMPRESSION
Imprim-Rapid
Tél. : 36 - 10 - 18
01 b.p. 7970 Abidjan 01
Dépôt légal en cours
DISTRIBUTION
Le Club des Amis de la Plume
08 b.p. 2462 Abidjan 08
PLUME LIBRE / Octobre 1991 / Page 2
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PLUME EN LIBERTÉ
Kalilou Doumbia
Dans le cadre de cette rubrique qui est l'espace ouvert aux lecteurs, nous publions dans ce premier numéro une lettre de Monsieur Kalilou Doumbia relative aux jours fériés et congés scolaires en Côte d'Ivoire en fonction des fêtes religieuses.
Cher Sangaré
J'imagine que tu étais très heureux le Lundi 24 Juin dernier à cause du jour férié dont tu as bénéficié avec tous les musulmans de notre pays, après la fête de Tabaski qui a coïncidé avec le Dimanche 23 Juin 1991. Tu conviendras avec moi que cela est une grande première dans les annales de l'histoire de la Côte d'Ivoire. j'espère donc en t'écrivant cette lettre que ce jour marquera le début d'une nouvelle ère de justice au niveau de la répartition des jours fériés. En effet, vois-tu, jusque là, les musulmans de ce pays n'avaient jamais bénéficié d'une telle «grâce» de la part de nos autorités. Malgré cela je me demande si nous devons pavoiser et dire que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? Je te dis tout de suite qu'à ce sujet, j'émets des réserves, car si ce jour férié a contribué à atténuer les rancoeurs d'une population musulmane frustrée jusque là, il a également contribué à poser un réel problème: celui de la répartition des jours fériés dans notre pays en fonction des fêtes réligieuses.
En effet, si tu jettes un regard sur le calendrier des fêtes, tu remarqueras que les musulmans n'ont droit qu'à deux jours fériés dans l'année à savoir les fêtes de Ramadan et de Tabaski. De l'autre côté on compte une pléthore de jours de repos notamment la noël, l'assomption, l'ascension, le Lundi de pâques, le Lundi de Pentecôte pour ne citer que ceux-là. Tu te rendras compte qu'il y'a une inégalité ce qui selon moi mérite... justice. En tant que musulman, je ne demande pas la suppression de ces jours fériés puisque nous en bénéficions tous : cependant ce que je souhaite, c'est que les autorités établissent un équilibre en déclarant jour férié le lendemain de la nuit du destin ou nuit du Lailathoul Kadr. Je pense qu'en cela plusieurs raisons militent en notre faveur dont la plus importante constitue le nombre très élévé des membres de notre communauté (43% de la population chiffre officiel). En observant ce pourcentage je me dis que la communauté musulmane régorge d'un nombre important de cadres et d'employés aussi bien du secteur public que du secteur privé; la nuit du destin selon les récommandations divines doit être une nuit blanche pour le fidèle, il va de soit que le lendemain l'employé musulman n'ait pas son rendement habituel. Ce problème est d'autant plus important qu'il touche une frange de la population non négligeable composée d'élèves et d'étudiants. Ceux-ci doivent se présenter aux cours le lendemain de la nuit du destin. Pis encore, nombreux parmi eux doivent composer (et cela se voit souvent) dans ces conditions comme ce fut le cas le 13 Avril dernier.
L'évocation de ce problème par rapport aux élèves et étudiants, me permet de m'étendre sur un problème annexe qui te concerne à savoir les vacances scolaires. Que remarque t-on à ce sujet? Tu as dû constater que d'un côté pendant la noël les élèves (toutes confessions confondues) bénéficient d'au moins dix jours de repos. Il en est de même pour les pâques. Tu as dû également remarquer que de l'autre il n'en est pas de même. En effet, lors des fêtes de Ramadan ou de Tabaski, (au cas où elles coïncident avec l'année scolaire) l'étudiant que tu es ne bénéficient que d'un jour de repos ; ce qui te donne à peine le temps d'aller passer la fête en famille. A ce niveau, je pense (et je sais d'avance que tu me soutiens) que les choses sont à revoir. A mon niveau, je propose par exemple que les autorités accordent au moins trois jours de repos lors de ces fêtes dans la mesure où dans notre pays de manière inopinée les jours fériés sont légions. Cet aspect de la question de repos scolaire m'amène à m'interesser aux dates des différentes fêtes musulmanes. Comme tu dois le savoir, nos fêtes, n'ont pas de dates fixes. Comme c'est le cas pour la Noël (25 Decembre) et le nouvel an (1er Janvier) dans la mésure où elles sont soumises à des phénomènes astronomiques notamment l'apparition de la lune. Tu conviens avec moi que dans le système administratif du vingtième siècle cela pose problème. Partant de là, je me demande pourquoi le conseil des Imams ne prendrait pas en compte cette donnée des spécialistes qui disent que d'une année à une autre pour le Ramadan par exemple il faut reculer de onze jours par rapport au Ramadan précédent ce qui fait que si une fête tombe par exemple le 23 Juin comme ce fut le cas lors de la Tabaski en cette année 1991, il faudra s'attendre à ce que cette fête ait lieu le 12 Juin 1992. Comme tu vois, si nous suivons cette théorie, nous avons de fortes chances d'appréhender les dates de nos fêtes ce qui pourrait nous permettre d'éviter les incidents régrettables (et qui ne font pas honneur à notre communauté) comme ce fut le cas l'année dernière lors de la fête de Ramadan.
Cher frère, je suis sûr que tu pousseras un «ouf» de soulagement maintenant dans la mesure où je m'en vais mettre fin à ma lettre. Il ne faudrait pas m'en vouloir, j'avais beaucoup sur le coeur et je me devais d'extirper ce venin qui me «gonflait le ventre» comme on le dit chez nous. Sur ce je te quitte en espérant te réécrire bientôt.
Fraternellement
Massalam
«HOMMAGE»
«Youssouf Fofana un combattant s'en est allé»
«Oustaz» je viens t'annoncer une nouvelle difficile à supporter mais tout ce que Dieu fait pour le musulman est bon. Je te demande de la prendre avec courage. Oustaz» la communauté vient d'être durement frappée par une grande perte. Je viens du siège et on vient de m'apprendre que Oustaz Fofana... Fofana Youssouf est décédé».
Voilà comment le Dimanche 16 Juin 1991 de bouche à oreille l'annonce de la disparition de ce grand musulman a fait le tour d'Abidjan.
Partout, des visages consternés, des yeux hagards, on entendait une seule phrase sortir des gorges «nous sommes à Dieu et nous retournerons à Lui» (coran S II V156)
Youssouf Fofana nous a quitté Un combattant s'en est allé un croyant a rejoint Allah son créateur Nous nous inclinons devant la volonté du tout puissant.
Celui qui vient de nous quitter faisait partie de ceux qui très tôt ont compris qu'il fallait tirer les musulmans de la léthargie dans laquelle ils étaient plongés depuis des décennies. Se débarassant de la fierté qu'aurait pu lui conférer son rang social, se débarassant de l'orgueil qu'aurait pu lui procurer son savoir, se débarassant de l'ostentation qu'aurait pu lui procurer son titre de Docteur en psychologie Youssouf a sillonner toute la Côte d'Ivoire du nord au sud, de l'est à l'ouest pour faire entendre le message de Dieu. Il le faisait dans son style particulier, secouant ici les amorphes, interpellant par là les indécis, le tout dans des formules de choc. Qui ne se souvient de ces phrases : «celui qui n'est pas avec nous est contre nous» «si les problèmes de la communauté ne vous préoccupent pas vous n'êtes pas des n'autres» (reprenant en cela un hadith du prophète Mouhamed (SAW).
La jeunesse militante avait trouvé en lui un modèle, un guide tant l'homme séduisait par son engagement et sa rigueur dans la pratique de la foi.
Tous ceux qui l'ont cotoyé sont unanimes sur sa ponctualité et son respect pour l'homme.
Le maître qu'était Youssouf Fofana était particulièrement rigoureux envers ses disciples et ce ne sont pas les membres du Comité Exécutif de l'AEEMCI dont il ne manquait pas de noter les « insuffisances» et les «carences» ça et là qui diront le contraire.
Le docteur Youssouf s'est mis au service de l'islam. Vouloir énumérer les actes posés par cet homme exceptionnel serait fastidieux. Notons entre autre ses nombreuses conférences et les formations à la gestion associative par lesquelles il traduisait et manifestait sa préoccupation qui était de voir les musulmans «se réveiller» et se gérer dans un environnement où la règle semble être «qui ne dit mot consent».
Aux larmes, Aux douleurs, A l'abattement causés par la disparition de ce combattant solitaire doit faire place une attitude responsable qui consiste à reprendre en main sa lutte contre la mécréance, le mensonge, l'injustice, contre les maux auxquels notre société est livrée et qui l'amènent irréversiblement vers sa déchéance.
L'héritage que Youssouf Fofana nous lègue est difficile à assumer mais avec la grâce de Dieu et un brin de courage, nous serons à même d'honorer sa mémoire en participant à la réalisation de son idéal (qui n'est autre que celui de l'Islam) : l'érection d'une communauté musulmane digne de ce nom, une communauté débarassée de la confusion dans laquelle certaines mains obscures veulent la maintenir.
En enlevant Youssouf Fofana à notre affection, le tout puissant interpelle la conscience de tous les musulmans et en particulier les intellectuels.
Cette interpelation se résume en ces questions :
«Qu'attendez-vous pour vous investir dans la diffusion du message de Dieu ? La jouissance va t-elle anéantir votre foi en la vie éternelle ?»
-Le temps est venu pour tous de se réveiller , le temps est venu pour tous de prendre courage et de descendre dans l'arène. L'oeuvre est immense le chemin à parcourir est difficile mais l'objectif est noble et exaltant. La grâce de Dieu vous attend au bout».
C'est le message comme testament que El Hadj Youssouf Fofana aurait voulu laisser à la communauté musulmane si Dieu lui avait laissé le Temps. Repose en paix dans la miséricorde d'Allah Toi Youssouf qui a été un de ses vertueux serviteurs.
Amine.
MOUSSA SANGARE
Youssouf au dernier congrès de l'AEEMCI
PLUME LIBRE / Octobre 1991 / Page 3
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
ORIGINE -NATIONALITE
UN PERIL POUR LA NATION ?
Ivoirien, étranger, quelle différence en Côte d’Ivoire ? Au niveau du grand public, subsiste une confusion totale. C’est un problème qui n’a jamais été objectivement posé. Il surgit parfois à la faveur de quelques évènements importants tels les premières élections mulupartites d'Octobre 1990, parfois aussi à la faveur de discussions plus ou moins sérieuses, dans un bus, dans un maquis, au stade etc.
Le code de la nationalité a sa position qui n’est pas fortement celle des populations. Alors question : qui est «ivoirien»? quels rapports y a-t-il entre l’origine et la nationalité ? Voici un problème très sérieux qui n’a jamais fait l'objet d’une étude ou d'un débat approfondi et qui , à la longue risque de mettre en péril notre jeune Nation. Il doit être résolu au plus tôt. «Plume libre » Ouvre cet épineux dossier.
La confusion entre origine et nationalité peut troubler la paix sociale
Il est fréquent de voir dans les rues d’Abidjan des gens se traiter mutuellement «d’étrangers». A ce niveau, les préjugés vont bon train. Parfois ce sont les frontaliers du GHANA qui sont considérés comme «les étrangers», par moments aussi, ce sont les nordistes, les étrangers du pays. D'autres fois encore, ce sont tous ceux qui portent les noms « Dioulas». Noms désignant généralement les musulmans qui sont d'emblée les «indésirables étrangers».
De l’homme de la rue aux cercles «bien pensants», on mélange sans cesse les éléments selon les objectifs du moment : l'appartenance ethnique, la situation géographique et la conviction réligieuse sont autant de paramètres qui peuvent transformer subitement d’honnêtes ivoiriens en étrangers. Très souvent, les problèmes commencent à se poser lorsque l’individu occupe un poste de responsabilité ou jouit d’un privilège sur le plan social. Le mot «étranger» lui même n’a pas une connotation précise. Manoeuvre de dénigrement de responsables à quelque niveau que ce soit, acte de jalousie à l'endroit de la réussite sociale de quelqu’un ou d’un groupe ou encore moyen utilisé pour créer le complexe chez l’adversaire? En tout cas, le mot «étranger» est devenu un leitmotiv dont se servent bon nombre d’ivoiriens parmi lesquels des personnalités politiques et des intellectuels respectables. Cette situation inconfortable pour bon nombre de citoyens crée un malaise dans la population et est source de tensions, d’insécurité, d'absence de paix sociale et de cohésion nationale. Elle conduit souvent même à des actes de vandalisme sur certaines personnes. Or il est important, que toutes les populations, d'un Etat moderne aient la même quiétude, les mêmes droits dans l'exercice de leurs activités et dans leur existence en tant que citoyens. Faute de quoi, c'est la porte ouverte au népotisme, au tribalisme au favoritisme... autant de fléaux qui sont des obstacles à l'édification d’une nation véritable pis «La voie royale» vers une «Libérialisation».
UN PROBLEME GRAVE A RESOUDRE INCESSAMMENT
Considérée sous l'angle de rumeurs et de préjugés que le sens commun fait circuler à travers le pays, la question de la nationalité semble être peu inquiétante.
Mais la situation devient tout autre lorsqu’elle apparaît déterminante dans les grands choix et les grandes orientations du pays. Les premières élections multipartites d'octobre 1990, ont eu entre autre, le mérite de poser le problème. Le débat sur le droit de vote des étrangers a en effet soulevé une question essentielle : Qui est ivoirien et qui est étranger?
Il ne s’agit donc plus là de simples «ragots» mais d’un problème extrêmement important qui interpelle chaque citoyen conscient et patriote. Si les décideurs, la jeune opposition et la société civile en générale ne réagissent pas à temps, on peu raisonnablement craindre pour ce pays un épisode sombre comme l’ont connu nombre de pays dans l’histoire encore récente. Les exemples ne manquent pas.
LA LOI ET LA REALITE
La côte d’Ivoire comme la quasi totalité des Etats Africains actuels est la création du colonisateur( ici les Français ) en quête de territoires. Le hasard ou les nécessités de l'histoire ont amené plusieurs peuples à se retrouver sur le territoire de «Côte d'Ivoire» et à vivre ensemble. Cette diversité constitue à coup sûr une richesse. Mais il y a aussi des dangers qu’il faut savoir prévenir pour atteindre la nation véritable. La logique impose que tous ceux qui se situent dans les limites de ce territoire soient considérés ipso facto comme ivoiriens à part entière et au même dégré. L’esprit de tolérance, de respect d’autrui doit être propagé pour le bien-être de tous. Cet esprit d’ivoirien de première ou de séconde zone doit être banni. De même que celui de poste de responsabilité ou de secteur d’activité réservés à des groupes ethniques ou réligieux spécifiques. Le Liban en a fait les frais. Personne ne doit se sentir inférieur à autrui du seul fait de son ethnie ou de sa religion. Notre code de Nationalité fait une ouverture. Si l'un des parents est ivoirien, l’enfant l’est aussi. C’est clair et sans ambiguité.
Reste le cas de tous ceux qui ont immigré très tôt en Côte d'Ivoire, avant les indépendances pour la plupart, qui y ont poussé des racines. Ceux-là qui ont lutté aux côtés des autochtones, pour la libération et la construction de ce pays. Certains y ont laissé leurs vies. Que l'on se rappelle les nombreux morts dans les travaux de construction du chemin de fer, des ponts "Houphouet-Boigny» et «De Gaulle», du Canal de Vridi... Plus important est le cas de leurs enfants, nés en Côte d’Ivoire , qui ont fréquenté nos écoles et qui servent le pays. Ceux - là doivent-ils se considérés comme des étrangers ? Peut-on leur interdire le droit d’être ivoiriens ? Pour un Etat qui se veut moderne, le problème ne devrait pas se poser. Ils sont et doivent être considérer comme des ivoiriens à part entière. En effet, il y a une différence entre l’origine et la nationalité. Le premier est inné et confère automatiquement le second . Mais le second dépend du bon vouloir de l'individu qui peut le rejeter. La consolidation de la Nation ivoirienne passe par la résolution de ce problème et la rupture avec les préjugés. Toutes les forces vives du pays doivent collaborer à cela : les partis politiques, les services d’état, les autorités, les collectivités et les individus afin que la Côte d'Ivoire soit cette terre de réconciliation des hommes dont on parle tant.
Badr Touré
«Dis-moi ton nom, je te dirai si tu es ivoirien.»
Cependant il vous appartiendra de vérifier le lieu de naissance du ou des parents du postulant lorsqu'il vous apparaîtra, par exemple à l’examen des noms sur l’acte de naissance du pétitionnaire, qu’ils sont étrangers.» (extrait de « points à vérifier « figurant sur tous les certificats de nationalité ivoirienne).
La vigilance au niveau des services administratifs et judiciaires est un indice de sérieux. Que cette vigilance dans un domaine aussi sensible que celui de la nationalité se fonde sur «l’examen des noms», voilà qui laisse la porte ouverte à toute sorte d’abus et de frustrations.
Y a-t-il des noms ivoiriens ? Si oui, quels sont les critères d’identification de ces noms ? Ici donc se trouve posé un problème apparemment insignifiant mais qui dans la réalité prend des dimensions très graves. Il est fréquent dans les commissariats, au tribunal, à la sûreté de voir d’honnêtes citoyens se voir refuser l'établissement d'une pièce d’identité, d'un certificat de nationalité ou d'un passeport, parce que les noms qu'ils portent sont jugés non ivoiriens par l'agent de police ou le magistrat. Comment peut-on construire l'unité nationale avec de tels comportements ?
Pourquoi les pièces des parents sont-elles exigées pour l’établissement des pièces de certains citoyens et pas pour d'autres ? La loi a-t-elle perdu son caractère général et impersonnel? A-t-on suffisamment mésuré les conséquences qu’un sentiment de rejet peut engendrer chez une frange de la population ? Somalie, Ethiopie, Rwanda, sont des cas pour nous rappeler les dangers de la frustration d'un groupe social. Cette malheureuse tendance à classer les individus en ivoiriens et non ivoiriens à partir simplement du nom, initiée (ou tout au moins entretenue ) par les responsables politiques et administratifs est en profonde contradiction avec l'idéal d'unité chaque jour repété. Cette attitude se prolonge dans les masses ou en plus du nom, l'appartenance ethnique et religieuse est devenue le critère par excellence pour différencier «le vrai ivoirien» du «faux». Posséder les pièces ivoiriennes, avoir les parents ivoiriens, naître en Côte d'Ivoire deviennent de plus en plus caducs pour être de citoyenneté ivoirienne. Ce qui prime, c’est le nom, l’ethnie et la réligion. Jusqu'où cette situation nous conduira-t-elle?
DEMBÉLÉ AL SÉNI
DE QUELLE NATIONALITE EST-IL ?
Mr SANA Moussa est commerçant de son état et il habite Adjamé St Michel. Le grand-père SANA avait été embarqué dans l'ex Haute - Volta» par les colons vers 1925 puis déporté à Abidjan en vue de la construction de notre capitale économique ; il a décidé de faire appel à la famille.
C’est ainsi que le père de Moussa est arrivé tout jeune à Abidjan, bien avant les indépendances.
Aujourd'hui Moussa a hérité de son père et exerce son commerce au Marché d’Adjamé. Dites nous! De quelle nationalité doit-il être ?
Badr Touré
PLUME LIBRE / Octobre 1991 / Page 4
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
L’ISLAM EN COTE D’IVOIRE
QUELLE PLACE ?
VUE DE FAÇADE
La Côte d’Ivoire est un don de Dieu. Elle est riche matériellement mais et surtout cultuellement et culturellement : en plus des diverses religions traditionnelles dont elle regorge, elle a reçu toutes les grandes religions révélées. Elle n’a pas fait que ça, elle a même donné naissance à des «prophètes» contemporains.
L'une de ces religions est très souvent rudoyée, les uns lui reprochent d'être la religion des Dioula les autres se plaignant du trop plein de mendiants qu'ils pensent provenir d’elle. Cette religion non des moindres en côte d'Ivoire vous l’avez deviné. C’est l’Islam. Malgré cette attitude quelques fois désinvolte face à la religion de Mohammd (SAW) nombreux sont les ivoiriens qui croient au pouvoir de certaines personnes qui se reclament de cette religion et qui se font nommer marabout.
Cette croyance atteint son paroxysme chez les uns à la veille de certains évènements qui jalonnent la vie nationale : élections politiques, remaniements ministériels ; chez les autres au moment des menaces de licenciement.
D'emblée, ce qui se dégage comme image dominante de l'Islam en Côte d’Ivoire, c'est cette image décorative, un décor malheureusement de mauvais goût et de mauvais aloi entretenue par des clichés et des préjugés de toutes sortes.
Si on tentait de faire un effort pour dépasser cette vue de façade, peut être allions nous comprendre la place présente de l'Islam.
BARRIERE A L’ACTION COLONIALE
En effet l'Afrique occidentale a connu de l’Islam, une pénétration très pacifique qui a continué jusqu’au XVIIè sicècle. La nouvelle religion s’accomodait tellement bien au mode de vie des peuples africains qu’elle n'a pas eu beaucoup de peine à s’y intégrer. Cette situation a été favorisée par la sagesse et le prestige des marabouts-commerçants qui en étaient porteurs. Cela a donc motivé les princes à l'accepter volontiers. Ceux-ci s'apercevront par la suite que l’Islam permetait d'unifier leurs états satisfaisait le besoin d’unité profondément inscrit dans l’âme nègre. C’est dans cette société en construction que le colon arriva. Aussitôt en place,; il vit à travers les musulmans ses ennemis des croisades.
Ils réalise également que cela était un point d’achoppement majeur à sa mission car il savait que l'islam porte en lui un projet de société capable de vacciner tout peuple contre la maladie qui consiste à accepter la domination.
Effectivement, en application du principe fondamental «Il n'ya de Dieu qu'Allah et Mohamed (SAW) est son envoyé» et son corollaire « point d’obéissance aux créatures dans la désobéissance au créateur.» l’islam devint combattant.
Nous retiendrons notamment le cas du chef, manding, l’épervier de la savane, Samory Touré qui avait pour ambition de créer un vaste empire et donner au peuple une armature morale et politique solide.
Mais hélas , la bonne volonté et la justesse de la cause n’ont pas suffit pour mener à bout la résistance.
Et le colon victorieux s’installa et mit méthodiquement en place une machine infernale de repression et de destruction du système ennémi.
ON VOULAIT PEVERTIR LES MUSULMANS
Ainsi l'islam a-t-il subi en ces points les plus stratégiques les attaques les plus violentes. Les grandes écoles de Kong et de Bondoukou qui ont formé de nombreux agents de développement à la foi instruits et éduqués pour toute l’Afrique de l’ouest ont été détruites, leurs bibliothèques incendiées. Les mosquées qui étaient à la fois des lieux de cultes et des centres de formation ont été reduites à leur rôle de simple local de prière (Il fallait empêcher la formation de musulman complet à défaut de pouvoir anéantir complètement l'Islam).
Tout ceci a fini par former des «prieurs» qui dans la torpeur se retrouvaient aux heures prescrites pour célébrer l’office.
Et des jours passent, des années aussi et les circonstances militent en faveur de la décolonisation. Ainsi la Côte d’Ivoire acquiert-elle son indépendance.
TROP D’INJUSTICES
Après 30 ans de souveraineté nationale, il est permis de faire un bilan partiel, de porter un regard sur l’évolution des structures et sur l’attitude des héritiers du maître-colon : c'est édifiant, la Côte d'Ivoire est une bonne élève, respectueuse des consignes du maître en tout cas concernant son attitude face à l’Islam. Les résultats sont là, palpables : malgré le souci des autorités ivoiriennes pour l’éducation de l’enfant ivoirien ; malgré le fait que ce secteur est depuis les indépendances juqu'aujourd'hui, la priorité des priorités.
Nonobstant le sacrifice ô combien couteux que l’état ivoirien ne cesse de consentir pour ce secteur clé, en lui octroyant 43 % du budget national.
Malgré tout ceci les écoles confessionnelles musulmanes sont restées confinées au ministère de l'intérieur. Oui, comme des associations quelconques une partie du système éducatif ivoirien est gerée par un ministère qui n'a rien à voir avec l'enseignement. Et cela depuis 30 ans!
JEUNESSE MUSULMANE : Jouer efficacement son rôle
On note également que le plateau est le quartier le plus fréquenté d’Abidjan, le centre des affaires par excellence où la quasie totalité des fonctionnaires, agents de l'état et divers travailleurs se retrouvent toute la journée et cela cinq jours sur sept.
Comment expliquer que la moindre parcelle n’ait jusqu'aujourd’hui été accordée à la communauté musulmane pour construire ne serait-ce qu’une tente pour pouvoir s'acquitter des deux prières en milieu de journée ? En outre veut-on nous faire comprendre qu’il n'y a pas de musulman résidant dans ce quartier?
De même la nuit de l'Aïllatoul Kadr ou Nuit du destin qui mobilise tous les musulmans et toutes les musulmanes, les maintient en éveil jusqu’au matin et cela ajouté au fait que le lendemain le fidèle doit obsever le jeûne ; comment justifier que malgré le besoin de sommeil dû au premier et l'épuisement dû au second, le musulman est tenu d'être à son poste comme d’habitude ?
Comment expliquer que l'Etat ivoirien ait attendu le 21 Juin 91 pour décréter pour la première fois le lendemain d’une fête musulmane qui tombait le Dimanche, jour ferier ?
Alors que tout ceci constitue depuis toujours des acquis pour d’autres communautés religieuses qui ne sont pas du reste plus importantes que la communauté musulmane.
Ensuite depuis 1960, malgré le flux de personnes chaque année qui circulent entre l'Arabie Saoudite et la Côte d’Ivoire en vue d'accomplir la Oumra (petit pélérinage) ou le Hadj (grand pélérinage annuel); Malgré l’intérêt spirituel que représente ces lieux saints de l’Islam pour plus de 50% de la population ivoirienne jusqu’en 1991, les autorités ivoiriennes n’ont pas trouvé opportun d’avoir une représentation diplomatique dans ce pays. Ce qui fait des milliers d’ivoiriens qui effectuent chaque année le pélérinage à la Mecque, de veritables orphelins dans la capitale Islamique.
NESSECITE D’ORGANISATION
Mais que pensent les musulmans de Côte d’Ivoire? Pensent-ils que toutes les commodités de la vie font partie de leur droit et que cela suffit pour qu’on les leur octroie tout gracieusement ?
Droit, droit que me parlent-ils de droit ?
ont-ils fait leurs devoirs, leurs devoirs de croyants, les devoirs que le Prophète Mohammed (SAW) leur a transmis de la part d'Allah Soubhana wa taala et au centre desquels est inscrit en caractère gras la question relative à l’ORGANISATION DE LA COMMUNAUTE?
Ce qui est sûr c’est que, être musulmane 'est la prise de conscience et la prise en charge d'un individu de sa personnalité humaine et croyante, de ses rapports avec Dieu, la nature et les hommes, ses semblables.
De telle sorte que les musulmans doivent se concevoir et se situer. Se concevoir en tant que communauté spécifiquement musulmane et se situer par rapport à l'autre dans le respect de la différence mais dans la plénitude de tous leurs droits.
La première condition pour une communauté d’être prise au sérieux par les autres n'est-elle pas qu’elle s’impose d'abord à elle-même une certaine discipline, génératrice d'une organisation certaine ?
Koné Zakaria Abdallah
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
L'ÉCOLE IVOIRIENNE : Pourquoi ça a chauffé ?
Actes de violences, casses, morts d'hommes, des élèves et étudiants dans la rue, tel est le triste spectacle qu'offre le paysage de l'école ivoirienne depuis quelques temps.
Les raisons ? point n'est besoin d'épiloguer là-dessus.
On le sait, à la suite de la perturbation et de l'interruption d'une conférence de presse organisée par la FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire) le 15 Mai dernier, perturbation imputable à un groupe de personnes qualifiées de loubards par certains, une série de faits se sont succédés pour embraser entièrement le système educatif ivoirien.
Le plus grave est l'intervention des forces de l'ordre qui s'est soldée par des bavures policières d'une extrême violence dans la nuit du 17 Mai à la cité universitaire de Yopougon. Depuis, aux marches de protestations et meetings des organisations estudiantines, se sont ajoutées les révendications du SYNARES et du SYNESCI, deux syndicats incontournables de l'enseignement : le synares (syndicat national de la recherche et de l'enseignement supérieur) réclame entre autre le rétablissement des franchises universitaires, le démantèlement du réseau de loubards, la mise en place d'une commission internationale d'enquête sur les évènements de Yopougon, le départ du Recteur de l'Université, du Directeur du CNOU ( Centre National des Oeuvres Universitaires) et des Ministres chargés de l'enseignement.
Quant aux membres du SYNESCI (syndicat National des enseignants du Second dégré de Cote d'Ivoire), ils luttent pour l'autonomie de leur syndicat aux prises avec le pouvoir qui refuse de reconnaître le nouveau Sécrétaire Général (Mr Tapé Kipré) élu lors d'un congrès qu'il estime illégal.
Certains membres du SYNESCI voient en cette attitude la volonté des autorités d'imposer Mr Djanwet Kouakou, Secrétaire Général du bureau sortant qu'ils considèrent proche du pouvoir. Le rapprochement de ces trois organisations pour la satisfaction de leurs révendications ont abouti à un véritable bras de fer avec le gouvernement.
La mort le 17 Juin à la cité mermoz d'un étudiant accusé d'être à la tête d'un réseau d'étudiants loubards coupables d'exactions à l'encontre de leurs camarades allait être le dernier coup de sémonce amenant le gouvernement à décider de la dissolution de la FESCI et de la réquisition de tout le personnel éducatif pour une durée de six mois. Des enseignants n'ayant pas répondu à l'ordre de réquisition ont vu leur salaire de Juin suspendu.
Et depuis, c'est le blocus total.
La diffusion d'informations contradictoires entre le gouvernement et les syndicats de l'Enseignement sur le dégré de suivi de la grève est le lot quotidien des médias. Pourtant, la réalité est là, vivante. Les amphithéâtres des facultés et les salles de laboratoire sont déserts. L'avenir de milliers de jeunes est ainsi compromis. Mais plus grave, c'est le climat de paix sociale qui est menacé.
Cette situation mérite que l'on s'interroge sur les raisons profondes de ce malaise et que l'on se saisisse de cette occasion pour mener une réflexion sur le système éducatif ivoirien en lui-même.
L'opportunité d'une telle réflexion est plus qu'indispensable aujourd'hui car le choix d'un système éducatif est le choix de la vie de la nation. L'école est le lieu où l'on est en principe censé imprimer aux futurs citoyens les valeurs socioculturelles et morales propres à les rendre utiles à la Nation.
La situation périlleuse dans laquelle baigne le système éducatif ivoirien aujourd'hui mérite qu'on interpelle ceux qui en sont les auteurs principaux.
On le sait, le principal «Bailleur de Fonds», le maître d'ouvrage du système éducatif est le gouvernement.
A ce titre il est le principal responsable du marasme de l'éducation et cela pour de multiples raisons d'ordre à la fois social, politique et structurelle.
Sur le premier point, on peut se poser des questions sur le choix opéré par les autorités politiques pour la résolution des problèmes touchant au monde de l'éducation.
En effet, on l'a souligné plus haut, l'action des «loubards» et l'intervention des forces armées ont été à la base des récents évènements survenus dans le milieu scolaire et universitaire. Comme l'a souligné un responsable politique, «n'eût été l'action des loubards lors de la conférence de la FESCI, on n'en serait pas là aujourd'hui».
Mais pourquoi les loubards ? Avait-on perdu confiance aux forces de l'ordre ?
Dans tous les quartiers d'Abidjan, on ne peut le nier, le loubard n'est que le nom «disco» du vulgaire voyou doté de biceps débordants et qui fait régner un ordre de terreur parmi les populations laborieuses pour assouvir ses sombres desseins.
Tantôt il est aux abords des cinémas ou des stades pour rançonner les bonnes âmes, tantôt il est (s'il veut encore se mettre au «service de la population») au devant des boites de nuit servant comme «agent de sécurité».
Bref ! on le voit, son champ de prédilection n'est pas des plus saints. Ses moyens : la violence, la terreur.
Quel ordre peut-on donc espérer rétablir avec ces individus qui demandent à être rééduqués et dont les biceps demandent d'être réorientés vers des fins plus utiles ? La curiosité en cette matière, c'est d'avoir accordé plus de 43% du budget national à l'éducation et de laisser le produit de tant d'efforts à la merci de ceux qui ont fait la preuve de leur médiocrité et qui ont été éjectés du système éducatif.
L'expérience des loubards s'est soldée déjà par des victimes. Les commanditaires répondront tôt ou tard de leurs actions. Mais avant, la conscience populaire interpelle les autorités de ce pays pour qu'elles mettent fin avant qu'il ne soit trop tard, à ce réseau de jeunes gens qui ont choisi la voie de la violence et dont la seule vue suffit pour installer la peur, le sentiment d'insécurité. Il y a des forces légalement constituées dans ce pays, dont le coup de sifflet devrait suffir pour rétablir l'ordre .
Un choix politique responsable impose que l'on ramène la paix par des moyens pacifiques et non par la violence, cette «chose» dont on sait comment elle débute mais dont on ne peut prévoir l'issue finale. Le deuxième type de choix opéré par les autorités est celui du système démocratique multipartite un tel choix on le sait, entraîne des conséquences dont la mobilité des hommes. L'essentiel des revendications des syndicats, c'est le départ de certaines personnalités. Pourquoi s'évertuer à les maintenir lorsque la vie de la nation est en jeu ?
La démocratie démontre que nul n'est indispensable à un poste donné ; les démocraties européennes nous en font la preuve chaque jour. Les crises gouvernementales se sont toujours soldées par des départs d'hommes. En tout cas, si cela devrait participer à apaiser les esprits, et participer efficacement à la résolution du problème, l'on ne devrait pas hésiter à explorer une telle voie. Ce serait du coup sensibiliser tous les responsables de ce pays qui devraient dans leur gestion viser avant tout l'intérêt général et procéder par des méthodes de persuasion, surtout dans ce domaine si sensible que celui de l'Education.
Cette éducation qui a fait l'objet d'un choix dont on doute encore de la justesse.
En effet, dans leur politique d'imitation de l'occident, les autorités ont entendu imprimer à l'éducation en Côte d'Ivoire la caractéristique même de ces sociétés dites «évoluées» : le matérialisme et l'absence de toute valeur morale ou spirituelle.
EDUCATION NATIONALE : UN MINISTERE A DEBAPTISER
Le Ministère de l'Education n'a pour unique objectif que de contribuer à la formation des jeunes dans des disciplines spécifiques afin de les rendre «consommables» par le marché de l'emploi. Son dernier plan de bataille n'est-il pas celui de l'adéquation de la formation à l'emploi ?
Nulle part l'objectif d'éducation réelle à des valeurs humaines n'est pris en compte. Il y a encore quelques années, on a voulu rectifier le tir en inscrivant quelques heures d'instruction civique et morale dans les programmes. L'absence d'une politique véritable en la matière a tôt fait de conduire ce programme à l'échec.
Que ce soit en milieu scolaire ou universitaire, l'accent a été mis sur des activités plus distractives, que dis-je, abrutissantes.
L'essentiel des associations
La bibliothèque universitaire déserte pendant 5 mois . Désolant !
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subventionnée par le CNOU est constitué par des clubs de danse, de musique....Ces associations disposent de grands moyens pour œuvrer dans leur voie de perversion de la jeunesse et leurs activités sont présidées toujours par les hauts reponsables de l'éducation et même du pays.
Pendant ce temps, les organisations confessionnelles de jeunesse (AEEMCI, JEC, ACEEPCI...) qui poursuivent les buts nobles d'éducation, d'élévation spirituelle et morale font l'objet d'une surveillance particulière si elles ne voient pas leurs activités quelques fois compromises.
Les citées universitaires qui accueillent aujourd'hui souvent le double de l'effectif normalement prévu sont devenues de hauts lieux de désordre. Que peut-on espérer d'une telle jeunesse formée dans de telles circonstances, sinon l'irresponsabilité et l'esprit de rebellion ?
Aujourd'hui, la crise économique qui frappe tous les pays «mal développés» impose des restrictions budgétaires à tous les niveaux, exigeant de la part de tous des sacrifices.
Mais at-on préparé la jeunesse à cela ? Lui at-on inculqué des valeurs de patience, de modestie, de sobriété et d'humilité ?
Lorsque nos recettes d'exportation nous rapportaient des devises substantielles, on s'est empressé d'assurer à la jeunesse universitaire des conditions de vie matérielles qui dépassaient à long terme les possibilités réelles du pays, en reléguant la jeunesse rurale au bas de l'échelle des couches sociales.
Le résultat est là, aujourd'hui. Une jeunesse dont le but essentiel est la recherche obstinée du matériel, de la jouissance et de plaisirs futiles. Une jeunesse qui ne comporte plus en elle les valeurs de respect de la vie, du bien public, de la hiérarchie sociale, en somme une jeunesse vidée de toute valeur morale.
Les récents événements prouvent, s'il en était encore besoin, ces caractéristiques significatives.
En effet, durant les mouvements, les étudiants ont adopté, au grand désarroi de tous, des méthodes non dignes d'une élite pensante. Les actes de violence porté tant sur des personnes que sur les biens publics ou privés, ont entraîné une désaffection de certains citoyens pour leurs causes.
Aujourd'hui encore, le passant s'interroge sur les véritables mobiles de tels actes d'intolérance et d'insouciance.
Cette frange importante de la population est donc à remodeler. Ce processus de remodelage est d'autant plus impérieux qu'il ne peut être effectué dans la rue.
Ceux même qui sont commis à la formation, à l'éducation des jeunes par toute la nation à savoir les enseignants, ont-ils toujours compris ce devoir?
Ont-ils conscience de l'extrême délicatesse et de la spécificité de leur entreprise?
L'arrêt de travail pour cause de grève des employés d'une entreprise de savons n'a d'effets qu'à l'encontre des employeur. Les ménages consommateurs peuvent changer tout simplement de produits, le marché étant suffisamment diversifié en la matière. Mais de grâce, lorsque le produit : de votre «fabrication» est l'homme, il y a la nécessité de faire la part des choses. Certes des problèmes existent et qui demandent à être résolus. Mais cela peut se faire par des moyens moins désastreux. Vous ne pouvez invoquer la légitime défense lorsque pour une gifle vous ripostez par un revolver.
L'essentiel des revendications des enseignants, hormis celle de la commission d'enquête (qui a d'ailleurs été mise sur pied) et des franchises universitaires, concernent des problèmes de personne. Peut-on bloquer tout un système éducatif pour les causes qui d'ailleurs ne font pas l'unanimité du corps professoral ?
Oublie t-on qu'en s'acharnant pour réclamer le départ de cinq personnes dans de telles conditions, c'est plutôt le départ pour la rue de millions de jeunes que l'on obtient. Y a t-il proportionnalité entre les fauteuils de cinq personnes et la vie de ces millions d'âmes? Ces éducateurs sont-ils conscients aussi des conséquences épiphénoménales d'un tel départ dans la rue?
Les parents de Côte d'Ivoire ont encore les tristes souvenirs de la longue période d'oisivité que leurs enfants ont subi l'année dernière, période d'oisivité qui a entraîné, on le sait, des fléaux qui ne disent plus leurs noms ( débauche, drogue, grossesse de jeunes filles, tentatives de suicide et même SIDA.....), sans oublier la chute vertigineuse du niveau des élèves. Cet acharnement des enseignants ne révèle t-il pas des ambitions politiques inavouées? Si tel était le cas, il faudrait que l'on se ressaisisse. L'éducation d'une jeunnesse est précieuse et vitale pour l'évolution d'une société pour qu'elle soit sacrifiée sur l'autel des passions politiques.
Dans l'oeuvre d'éducation, la part des parents demeure indispensable. Ceux-ci doivent comprendre qu'en envoyant leurs enfants à l'école, cela ne signifie pas abandon de leur éducation.
La vraie éducation, celle qui apprend à l'enfant à respecter les autres, à tolérer, à être discipliné commence par les enseignements dont il doit faire l'objet au niveau de la cellule familiale.
Il est encore temps, que les autorités se ressaisissent et rectifient le tir en revoyant la structure de la formation, en aidant tous ceux qui oeuvrent à l'avènement d'une jeunesse plus responsable, et cela en donnant aux valeurs morales et spirituelles la place qui leur revient.
BOUKA TCHIENFOLA
Depuis le 9 Septembre dernier, les amphis et les salles de classe ont ouvert de nouveau. Les étudiants ont repris les cours. Mais les insatisfactions et les rancoeurs demeurent vivaces.
La menace est encore réelle sur l'école ivoirienne. Chacun devra y mettre du sien pour redonner à l'école sa sérénité d'antan.
ÉCLAIRAGE
LES MUSULMANS A LA COMMISSION NATIONALE D'ENQUETE :
Que s'est-il réellement passé ?
Le peuple ivoirien est encore sous le choc de la visite inopportune des forces militaires à la cité universitaire de Yopougon dans la nuit du 17 au 18 Mai 91. Pour «décanter» la situation difficile ainsi créée, le chef de l'Etat, après un long silence, décide de mettre sur pied une commission nationale d'enquête afin de faire «la lumière» sur les évènements. Cette commission est composée de trente deux membres, avec trois religieux dont un musulman.
Elle a tenu sa première réunion le vendredi 5 Juillet 1991. Toutes les entités convoquées ont participé à cette première séance de travail exceptée la communauté musulmane qui, bien que présente, n'a pu prendre part aux travaux.
Que s'est-il réellement passé ?
Sollicitée par le gouvernent, la communauté musulmane, a à travers ses responsables spirituels, le conseil des imams, désigné son représentant en la personne d'El Hadj Boikary Fofana.
Quelle ne fut sa surprise de constater que la convocation officielle émanant de la primature portait un autre nom, celui de l'imam Tidiane Bâ. Cette situation n'amena nullement les imams à changer de représentant. Ils ont confié plutôt la mission à El Hadj Tidiane Bâ d'accompagner et de présenter celui qui a été unanimement choisi.
Que ne fut encore leur surprise (et celle de toute la communauté musulmane à travers le petit écran) de constater sur place la présence d'un autre délégué, Bakary Chérif du Conseil Supérieur islamique ( plus connu au ministère de l'Intérieur qu'au sein de la communauté musulmane) organe auquel le ministère de l'intérieur aurait demandé de désigner le représentant "de la communauté musulmane?
La liste officielle consultée portait effectivement le nom de Bakary Chérif.
Devant cette situation, on est en droit de s'interroger :
- le nom du représentant du conseil des Imams n'est-il pas parvenu aux autorités ?
- Si oui pourquoi la convocation a-t-elle été libellée au nom de l'imam Tidiane Bâ ?
- Si non pourquoi cette négligence du Conseil des imams ?.
- Pourquoi une convocation de la primature pour El Hadj Tidiane Bâ alors que la liste officielle porte le nom de Chérif Bakary?
Y-a t-il une volonté du gouvernement de choisir un représentant acquis à sa cause pour la communauté musulmane ?
Veut-on davantage diviser les musulmans pour mieux les contrôler?
Est-ce une autre manoeuvre pour jeter le discrédit sur l'islam aux yeux de l'opinion ivoirienne?
Face à cette situation il est temps que le gouvernement reconnaisse enfin le conseil des imams, qui est l'organe à travers lequel tous les musulmans se reconnaissent et qui pourtant se voit refuser la légalité réclamée depuis deux ans.
En tout cas cela ne devrait posé aucun problème à un gouvernement qui cherche l'harmonie et la cohésion nationale.
Abou siddick
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PLUME LIBRE / Octobre 1991 / Page 7
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Neuvième séminaire de
formation
islamique à Man
C'est OK
Cette année, c'est Man, la ville des 18 montagnes qui a accueilli la caravane des «Moudjahidines» après que celle des 36 mosquées (Bondoukou) les ait gratifiés de toute sa ferveur religieuse l'année dernière.
C'est encore plus de 700 Jeunes musulmans venant des 4 coins du pays ainsi que des pays amis (Mali, Mauritanie, Burkina, Sénégal et Guinée) qui se sont retrouvés pour communier aux flancs des 18 montagnes. Pour mémoire, il faut rappeler que cette ville s'est vue refuser le privilège d'abriter le 6e séminaire en 1987 pour des raisons demeurées jusqu'ici obscures.
Au dela de l'aspect touristique qu'à revêtu cette expédition (Man est une ville touristique par excelence, c'est la réflexion autour du thème «quelle organisation pour mieux vivre sa foi» qui a retenu l'attention des séminaristes. Au menu, il y avait entre autre des cours de formation islamique, des ateliers, des exposés, du sport et du théâtre.
Les grandes innovations ont été cette année le jeux concours Al Hilm (sorte de génies en herbe) et la «longue marche» contre le SIDA. Par ce dernier acte, la jeunesse musulmane a tenu à apporter des solutions originales et un cachet tout spécial à la lutte contre le SIDA, cette peste des temps modernes qui préoccupe tant la communauté scientifique et dont la solution demeure quelque partenous, dans nos comportements.
Au terme des travaux, il ressort que « tout projet islamique doit passer par une programmation spatio-temporelle à travers des stratégie adaptées.» et qu'il faut « Parer au plus vite aux difficultés organisationnelles et structurelles par une double formation : celle des masses et celle des élites.
Tout ceci permettra de parvenir à la conjugaison des moyens humains et matériels déquats en vue d'un meilleur aboutissement des actions collectives.
Plusieurs séances de travail avec des délégations étrangères ont permis d'envisager une politique d'aide et de coopération bilatérale dans un cadre sous régional de collaboration.
Du 08 au 16 Août, les pionniers de la daawa (appel à l'islam) étaient à Man. Du 08 au 16 Août, Man a vibré au rythme du adzan, des prêches, des dzikr, en un mot les 18 montagnes ont été auréolées de la ferveur islamique. De quoi revivifier la foi.
Ce forum, a permis de démontrer une fois de plus les capacités de mobilisation de la jeunesse musulmane et surtout sa capacité à contribuer de façon concrète et positive au progrès de notre société. La marche contre le SIDA qui a sans nulle doute marqué la population de Man en est la meilleure preuve.
Malgré ces succès, il faut noter que 09è séminaire a souffert d'une certaine inorganisation.
Avec son expérience de plus de 15 ans, l'AEEMCI doit désormais nous habituer à mieux.
D. H. L
VOS IMPRESSIONS
ET SUGGESTIONS
SONT ATTENDUES
à l'adresse
suivante :
08 bp 2462 Abj 08
Islam et
démocratie
Par Badr Touré
A l'initiative de l'Amicale des anciens de L'AEEMCI, les cadres et hauts responsables musulmans de Côte d'Ivoire se sont réunis le Vendredi 12 Juillet 1991 à l'Hôtel du Golf dans le cadre d'un dîner-débat sur le thème « Islam et démocratie». Dans cette atmosphère de «démocratisation « et de»multipartisation» que connaît l'Afrique, il est tout à fait normal que l'Islam qui est de loin la religion dominante de notre continent, donne ses impressions sur les reformes que connaissent nos Etats.
Parrainée par El Hadj Abou Doumbia, la cérémonie a répondu entièrement à toutes les attentes. Le conférencier, Moustapha Diabaté, Universtaire émérite (Docteur D'Etat es Economie rurale) a clarifié les choses. Toutes actions en faveur de la préservation des droits des citoyens a-t-il dit est la bien venue en Islam. Il a poursuivi en disant que l'enseignement de Dieu consigné dans le Coran donne à l'homme plusieurs droits : droit à la santé, à l'habitat, à la liberté, a l'instruction etc...
Dieu conseille en outre entre les hommes le dialogue et la concertation dans la résolution des problèmes sociaux. Son Prophète Mouhammed (S.A.W) déclare inviolables les biens, l'honneur et le sang. Le débat qui a suivi a été également riche en enseignements sur les capacités de l'Islam à résoudre nos problèmes.
A coup sûr ce genre de rencontre entre les cadres musulmans doit se repeter pour permettre à notre pays de bénéficier de la richesse du message Islamique.
«Qui a dit que l'Islam était anti démocratique» ?
Nous y reviendrons .
PLUME LIBRE
TOUS LES MOIS
PLUME DANS LE QUOTIDIEN : "EVENEMENTS SOCIAUX EN COTE
D'IVOIRE : Qui craint le silence des musulmans ? "
A LIRE ABSOLUMENT DANS LE N°2 DE VOTRE JOURNAL
A PARAITRE EN NOVEMBRE
PLUME LIBRE / Octobre 1991 / Page 8
IMPRIM RAPID