Issue
Le CERFIste #12
- Title
- Le CERFIste #12
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Le CERFIste
- Date
- August 2010
- issue
- 12
- Abstract
- Bimestriel d'information et de formation du Cercle d'Études, de Recherches et de Formation Islamiques
- number of pages
- 12
- Subject
- 6e Colloque International des Musulmans de l'Espace Francophone
-
Association des Élèves et Étudiants Musulmans au Burkina
-
Cercle d'Études, de Recherches et de Formation Islamiques
- Civilisation occidentale
- Colloque International des Musulmans de l'Espace Francophone
- Hadith
- Institut Musulman d'Enseignement et d'Éducation
- Moussa Nombo
- Séminaire International de Formation des Responsables d'Associations Musulmanes
- Islamisme
- Terrorisme
-
Fédération des Associations Islamiques du Burkina
- Language
- Français
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0000535
- Rights Holder
- Cercle d'Études, de Recherches et de Formation Islamiques
- content
-
Le CERFIste
Bimestriel d'Information et de Formation du
Cercle d'Etudes, de Recherche et de Formation Islamiques
(CERFI)
250 F CFA
N° 012
AQMI AU BURKINA
Attention aux
amalgames !
P.2
Al-Qaeda,
véritable
histoire
de l'islam
P.5
Ramadan
et spiritualité :
deux réalités
d'une même
pièce
P.9
"Ramadan est un mois
d'abstinence que nous avons
transformé en un mois
de grande consommation"
IMAM Alidou ILBOUDO
P.3
--- Page 2 ---
EDITORIAL
AQMI AU BURKINA
Attention aux amalgames !
Tant que leurs zones de prédilection se limitaient au Nord Mali, en Mauritanie ou dans le Sud algérien, on était tranquille au Burkina Faso et on appréhendait leurs faits et gestes comme de simples informations dont on se délectait sur les chaînes de télé et radios internationales. Mais, depuis que les ambassades occidentales au Burkina, notamment celles des Etats-Unis d'Amérique et de la France ont sonné l'alerte sur une présence supposée d'éléments d'Al Qaida au Magreb islamique (AQMI) dans le Nord et l'Est de notre pays, les uns s'interrogent, les autres émettent des doutes, mais tous finissent par se convaincre qu'on n'est pas si loin de cette affaire de terrorisme dans le sahel. On est même bien dedans ! Car avant ces derniers évènements, on a d'abord signalé la présence d'un Burkinabè parmi les trafiquants d'AQMI ; ensuite on a assisté à l'enlèvement par le même groupe, de notre compatriote Philomène Ouédraogo ; enfin le Burkina Faso s'est investi avec succès dans la libération des otages détenus par AQMI.
En de pareilles circonstances, en tant que musulmans, on ne peut que craindre les amalgames, les clichés et autres préjugés qui sont la conséquence naturelle de ces actes de terrorisme perpétrés au nom de l'islam. En effet, des esprits obtus et pervers n'hésitent pas à saisir ces situations pour jeter l'opprobre sur les communautés musulmanes qu'on accuse systématiquement de complicité ou de sympathie pour ces mouvements. Cela s'est déjà vu au Mali, en Mauritanie et ailleurs, où au nom d'une traque des terroristes d'AQMI, des enlèvements et séquestrations systématiques ont été opérés contre des populations ayant généralement des ressemblances physiques avec les éléments recherchés et partageant avec eux les mêmes pratiques culturelles et religieuses.
Pourtant, comment un musulman sincère peut-il éprouver de la sympathie pour des gens versés dans le trafic de drogue, dans les enlèvements et les assassinats d'innocentes personnes ? Pourquoi approuver des comportements qui sont aux antipodes des enseignements de paix que véhicule l'islam ? Qu'on ne se trompe donc pas au cas où l'hypothèse de la présence d'AQMI au Burkina Faso se confirmerait !
On n'en est pas encore là au Burkina Faso, mais tant que la présence des terroristes fait encore l'objet de moult supputations et interrogations, il est difficile d'indexer qui que ce soit. Il vaut mieux mettre en garde tous ceux qui sont croupis dans l'ombre, espérant une situation pareille pour régler leurs comptes avec les musulmans. Ils pourraient même la créer si d'aventure les menaces ne se confirmaient pas. Il exagère diront certains ! Pourtant, il faut se rendre à l'évidence compte du cynisme des hommes, prêts à nuire au nom de leurs intérêts divers.
La Rédaction
RAMADAN 2010
Une nuit spirituelle pour réussir son entrée
Qui veut aller loin ménage sa monture, a-t-on coutume de dire. Pour aider ses membres et ses sympathisants à réussir leur entrée dans le mois béni de Ramadan, le CERFI a organisé une nuit spirituelle le 31 juillet à son siège, aux 1200 logements à Ouagadougou.
Ils étaient nombreux les fidèles à répondre à cette invitation. Cette activité qui se voulait un cadre d'échange et de réflexion était placée sous le thème : Ramadan et présence sociale. L'objectif était de rappeler aux participants leur devoir de promotion des valeurs sociales pendant le mois de Ramadan. La dimension sociale du jeûne a pu être examinée à l'occasion d'une conférence animée à cet effet par l'Imam Yacoub TIEMTORE. Rappel sur la valeur spirituelle de ce mois, lecture coranique et prière ont tenu les fidèles en haleine jusqu'au petit matin. Chacun a pu regagner sa famille avec l'espoir de décrocher le jack pot des barakat de Dieu. D'une manière générale, il est ressorti qu'il importait que chacun s'instruise davantage sur les règles élémentaires du jeûne pour ne pas sortir perdant de Ramadan.
Du reste prions Allah d'accorder à toutes et à tous la santé et les moyens nécessaires d'observer ce pilier de l'Islam.
Par Mahamadi OUEDRAOGO
Le CERFIste
Bimestriel d'Information et de Formation du
Cercle d'Etudes, de Recherche et de Formation Islamiques
(CERFI)
"Le Cerfiste"
Récépissé de déclaration
N° 012697/CAO-TGI/OUA/P.F. du 10 novembre 2006
01 BP 6394 Ouagadougou 01 Burkina Faso
Tél : 76 61 57 67/ 50 36 08 03 / Email :cerfiben@fasonet.bf
Siège social sis 1200 logements derrière le centre CIJEF
Directeur de Publication
Président du CERFI
Rédacteur en Chef
Hamidou YAMEOGO
Rédaction
BAMBARA Hamadé
OUÉDRAOGO A. Salam
OUÉDRAOGO A. Wahid
TOE Aboubacar
SAWADOGO Ousmane
YAMÉOGO Hamidou
Secrétariat de Rédaction
Alizèta OUEDRAOGO
PAO & Impression
Ressources Services : 50 46 45 19 / 70 43 33 78
Tirage : 1000 Exemplaires
2
Le Cerfiste N° 012 Août 2010
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INTERVIEW
INTERVIEW AVEC IMAM ILBOUDO
"Ramadan est un mois d'abstinence que nous avons transformé en un mois de grande consommation"
Pouvez-vous présenter ?
Je suis Alidou Ilboudo, Imam de l'Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina (AEEMB) et du Cercle d'études, de recherches et de formation islamique (CERFI). Je suis conseiller pédagogique itinérant de l'enseignement de base au Burkina Faso.
Quel est le sens de Ramadan dans la vie d'un musulman ?
Ramadan est très important dans la vie du musulman. C'est durant ce mois que le Coran a été révélé, ce Livre fondateur et la source première des lois en Islam. Pendant Ramadan, tout musulman trouve l'essentiel des prescriptions et des recommandations de sa religion renouvelées encore durant le mois et qu'il est appelé à vivre. Ramadan est important pour nous en ce sens qu'il y a la prescription du jeûne qui est l'un des 5 piliers de l'Islam. Il nous permet d'éduquer notre corps et notre esprit, notre cœur et notre âme à mieux nous conformer aux recommandations d'Allah.
Qu'en est-il du facteur social ?
Le Ramadan effectivement s'accompagne d'un aspect social très important. Parce que tout acte d'adoration, de culte est hautement récompensé durant ce mois; et le Prophète (SAW), étant un exemple, nous a habitué dans l'éducation qu'il nous a laissée, à être solidaire envers ceux qui vivent avec nous durant le mois. Aicha, en parlant de la générosité du Prophète (SAW) a dit qu'il était généreux, plus que le vent, surtout dans les dix derniers jours de Ramadan.
Avez-vous le sentiment que les gens autour de vous ont compris...
Il y a des gens qui ont compris le sens de Ramadan en vivant cela comme un mois de ressourcement spirituel, de retour, de maîtrise de soi et de mise en valeur des qualités qu'Allah attend d'un musulman. Ces gens sont sur le chemin de la perfection et de la recherche de la piété. C'est d'ailleurs l'objectif pour lequel Ramadan a été prescrit comme nous l'indique le verset 183 de la sourate 2 du Coran. Mais à côté de ces gens, il y a ceux là aussi qui n'ont pas compris le sens de ce mois. Ils vivent Ramadan à la limite comme une fête ; et ils passent ainsi à côté des enseignements du mois. Il y a malheureusement ceux-là aussi qui craignent Ramadan parce qu'il vient avec des privations, l'abstinence et peut-être avec beaucoup d'actions difficile pour l'âme et c'est regrettable.
Qu'est-ce que vous reprochez dans les pratiques de certains de nos Frères ?
Ce que je reproche le plus, c'est que des gens ne font pas l'effort de vivre spirituellement Ramadan comme il se doit. C'est-à-dire que le mois de Ramadan passe mais ils sont toujours dans l'attente de sa fin soit pour fêter, soit pour sortir vite des conditions d'abstinence et de retenu que j'ai évoquées. Alors que le mois de Ramadan devrait être en principe une occasion de repentir, de rémission de nos péchés, de retour à Allah et surtout de prise de bonnes résolutions pour l'avenir. Ramadan est pour nous une école où les vertus qui sont enseignées doivent être intériorisées par chaque musulman afin de rendre sa vie meilleure en Allah mais aussi avec les autres créatures.
Quelles sont les conditions à remplir pour un jeûne exaucé ?
Premièrement, il faut que nous ayons l'intention de jeûner pour Allah. C'est très important parce que c'est l'intention qui fait la différence entre le jeûne imposé et le jeûne volontaire. Deuxièmement, il faudra respecter l'abstinence dont il est question (le boire, le manger, les relations charnelles) mais aussi il faut aller au delà en préservant ses organes de sens notamment la vue, l'ouïe, la langue et ses membres de tout ce qu'Allah a interdit. Troisièmement, il faut mobiliser son cœur et son esprit et les diriger vers Allah pour vivre intensément un jeûne emprunt de piété et surtout de retour à Allah.
Quels sont les actes qui sont fortement recommandés dans ce mois ?
Durant le mois de Ramadan, pendant qu'on empêche le corps de se nourrir, il faut nourrir le cœur et l'esprit. Et la nourriture du cœur, c'est l'adoration à travers la prière, la lecture du coran, les invocations, la méditation du Livre saint et les actes de solidarité. Les actes qui sont recommandés, c'est tout ce qui nous amène à nous améliorer, surtout sur le plan spirituel, à travers les différentes sortes de prière et les actions qui nous amènent à nous rapprocher des autres êtres qui vivent avec nous. Je veux parler de la solidarité, du partage. Le prophète (SAW) a dit : «celui qui donne à manger à un jeûneur pour qu'il rompe son jeûne, le soir, a le bénéfice d'un jeûne». Aussi a-t-il recommandé de donner la Zakat el fitr, l'aumône purificatoire, à la fin de Ramadan. Cette aumône a pour but de perfectionner notre jeûne des imperfections qui auront pu l'entacher.
Que dites-vous de ceux qui, par peur de succomber à la tentation, décident de rester chez eux pour s'observer leur jeûne ?
Le jeûne de Ramadan est un jeûne qu'on doit vivre au milieu de ses frères et sœurs. C'est là aussi le sens de l'examen et de l'épreuve. L'épreuve n'aura plus son sens si on se retire pour la vivre hors de ses frères en humanité. C'est en étant au milieu des hommes et en essayant de maîtriser tous ses organes et les diriger seulement vers le bien, que le jeûneur aura réussi son épreuve. Le jeûne vise aussi à nous apprendre à vivre parmi les hommes et à être bon parmi eux et pour eux. Nous devons nous maîtriser et nous dire que nous sommes des jeûneurs et il ne sied pas que nous fassions ou disions ceci ou cela.
Ramadan rime chez nous avec la polémique autour de l'apparition de la lune marquant le début et la fin du jeûne. Qu'en dites-vous ?
Pour ce qui est des enseignements qui marquent la fin ou le début de Ramadan, effectivement l'Islam recommande la vision du croissant lunaire. Maintenant est-ce qu'il a été dit que cette vision doit se faire à l'œil nu ou est-ce qu'on peut utiliser les moyens modernes dont nous disposons pour le faire ? Cela va dépendre de la période, du pays, de l'époque où on vit. En mon sens nous devons tous aller à la recherche du consensus dans notre recherche de la lune ou dans notre recherche du début ou de la fin du mois de Ramadan. Sur le plan national, une commission lune est chargée de régler cette question. Il est temps que les musulmans s'alignent sur les décisions de cette commission, qui sont parafées par la Fédération des associations isla
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miques du Burkina. Tout musulman devrait dans l’obéissance à l’autorité suivre les recommandations de la commission lune. Si on ne peut pas s’entendre sur des questions aussi légères que cela, on ne pas s’entendre sur les questions de fond.
Ce mois connaît généralement la hausse des prix des denrées de grande consommation. Quel message avez-vous à adresser à ceux qui font de la surenchère pendant Ramadan ?
Je n’ai pas de message particulier à leur endroit parce qu’ils mettent, à mon sens, des produits au moment où les gens en ont besoin. S’ils ont acquis ces produits à un moment difficile ou que les prix ont augmenté, c’est normal qu’ils nous les revendent à des prix élevés. Par contre, je m’adresse aux musulmans pour les rappeler que Ramadan est un mois d’abstinence que nous avons transformé en un mois de grande consommation. Donc à la limite, c’est nous qui avons créé la surenchère. Normalement le mois de Ramadan devait voir la diminution de la consommation au niveau de la famille. Si nous en faisons un mois de grande consommation, il est normal que les prix s’enflamment à ce moment là. Je pense que le péché capital vient de nous-mêmes les jeûneurs.
Bientôt nous enterons dans la dernière décade de Ramadan. Quelle est l’importance de cette étape ?
La dernière décade est le moment le plus ultra du mois. C’est le bonus qu’Allah nous donne parce que les meilleures heures, les meilleurs moments de toute l’année s’y trouvent. Dans cette dernière étape, il y a spécialement une nuit appelée la nuit de la destinée, Al QADR, où Allah accorde la valeur à toute œuvre de l’année. La valeur de cette nuit dépasse mille mois d’adoration consacrée à Allah. C’est dans la recherche de cette nuit que les dix derniers jours prennent leur valeur. Chacun doit faire l’effort d’adorer Allah en cette circonstance. Le prophète (SAW) nous a recommandé de la chercher surtout durant les nuits impaires. Quand on a des difficultés pour savoir quand débute Ramadan ou quand il finit, il est encore plus difficile de savoir quelle est la 21e, la 23e, la 25e, la 27e ou la 29e nuit. Donc il est bon que nous la cherchions durant toute la dernière décade. C’est ce que le prophète (SAW) avait l’habitude de faire. Aicha nous disait, que quand la 20e nuit de Ramadan arrivait, le prophète (SAW) pliait sa natte. C’est le signe qu’il ne dormait plus la nuit. Il réveillait les membres de sa famille pour qu’ils veillent en prière. L’autre pratique que le prophète (SAW) faisait et que ses Compagnons et ses femmes ont observé après lui, c’est l’itikaf, c’est-à-dire, la retraite spirituelle, qui consiste à se retirer dans la mosquée dès la 20e nuit et de n’en sortir que le matin de la prière, avec pour objectif de consacrer ses nuits et ses jours à la recherche du meilleur des moments, la nuit de la valeur.
Pouvez-vous nous faire un rappel sur la philosophie de la Zakat el fitr ?
La zakat el fitr est dite aumône de la rupture. Le prophète (SAW) nous dit qu’elle a été instituée pour deux objectifs essentiels. Premièrement, pour purifier notre jeûne des éventuelles imperfections qui l’auraient entachées, soit un regard, une parole déplacée, un geste qui nous a échappé, qui ne rompent pas le jeûne de façon formelle mais qui jouent sur sa valeur. La zakat el fitr ou l’aumône purificatrice a pour but de laver notre jeûne et le rendre acceptable aux yeux d’Allah. C’est pourquoi, le prophète (SAW) a demandé que cette aumône soit payée avant la prière. C’est ainsi qu’il joue son rôle purificateur. Mais si cette zakat est prélevée après la prière, c’est-à-dire après la fête, elle devient comme parmi les aumônes volontaires que nous faisons tous les jours.
Le deuxième objectif de la zakat el fitr, c’est qu’elle doit servir aux indigents et aux besogneux de fait. Le prophète (SAW) a dit de leur épargner la mendicité le jour de la fête. Donc nous allons partager nos vivres avec ceux qui vivent parmi nous et qui n’ont pas les moyens de fêter afin qu’ils puissent participer à la fête avec nous. C’est pourquoi cette aumône, vous allez le constater, est très consistante, puisse qu’elle est prescrite sur chaque membre de toute famille musulmane jusqu’au bébé qui vient de naître. Les califes Ousmane et Omar ont étendu cette aumône jusqu’au fœtus. On doit prélever sa zakat el fitr parce que cela augmente l’aumône qu’on va distribuer aux autres. Pour sa quantité, on peut l’évaluer à environ 2,5 kg de céréales que nous consommons dans notre région (le maïs, le sorgho, le riz, le mil ...). Au temps du prophète (SAW) on pouvait donner des dattes. La majorité des savants musulmans disent qu’au temps du prophète (SAW), il y avait l’utilisation de la monnaie en or ou en argent comme zakat. Mais dans le hadith, le prophète ne nous a pas prescrit de donner cette aumône en espèce, c’était seulement en nature. Seul Imam Abou Hanifa, parmi les 4 grands Imams, a agréé l’aumône de la zakat el fitr en espèce, en numéraire, surtout lorsque cela atteignait l’objectif d’empêcher ou d’éviter aux pauvres la mendicité le jour de la fête. Quand on peut atteindre au mieux cet objectif en leur donnant de l’argent, l’Imam Abou Hanifa a jugé qu’il était acceptable qu’on le fasse.
En tout état de cause nous allons d’abord chercher à donner la zakat el fitr en respectant les principes en la matière et quand nous serons dans une situation d’exception comme celle là, alors nous donnerons l’aumône purificatrice en argent.
Comment le musulman doit gérer l’après Ramadan ?
L’après Ramadan est une période post vacances ou de post scolarité. Ramadan est une école. C’est l’école de la vie. Dans Ramadan j’ai appris à me maîtriser face à des situations. J’ai acquis plus de piété dans la dévotion et aussi une habitude de lecture du coran, d’invocation et de solidarité. Ce sont des actes qui devront nous servir la vie durant. Donc je vais d’abord essayer de maintenir le cap. C’est le premier élément. Maintenir le cap sur les activités que je faisais pendant le mois de Ramadan en essayant de ne pas trop m’en éloigner. C’est vrai qu’il y aura un relâchement. Le prophète (SAW) nous a indiqué des actes à suivre durant l’année que nous pouvons utiliser à la limite pour réanimer en nous la flamme de Ramadan. C’est d’abord les six jours du mois de chawal (le mois qui suit Ramadan). Il a recommandé qu’on jeûne ces six. Jours. Dans chaque mois, il est recommandé de jeûner trois jours et surtout les jours de pleine lune (les 13e, 14e et 15e jours des mois lunaires). En plus de cela, il y a d’autres jeûnes volontaires tout au long de l’année, qui doivent nous servir à maintenir tout ce que nous avons acquis comme habitude durant le mois de Ramadan. Donc, l’après Ramadan est une période essentielle où nous allons capitaliser tout ce que ramandant nous a enseigné et l’investir dans notre vie de tous les jours pour que cela nous serve, nous et les autres.
Quels défis se présentent aujourd’hui à la communauté des musulmans au Burkina Faso pour une meilleure compréhension et une bonne observation de Ramadan par tous ?
Les défis sont multiples. Mais le premier et le plus grand, c’est le défi de la culture. Beaucoup de gens ne sont pas informés et nous avons vraiment une culture très minime en matière de connaissances islamiques. Il faudra qu’on relève le niveau de connaissance à travers l’enseignement dans les mosquées. Dieu merci, il y a des radios communautaires qui sont là, des journaux comme le vôtre qui font ce travail mais il faut qu’au niveau des communautés à la base, les gens trouvent toujours des stratégies pour enseigner le plus de musulmans possible. Parce que l’enseignement se fait beaucoup plus par l’oralité et tout ce qu’on écoute ne reste pas. Je pense que s’il y avait l’alphabétisation, que se soit en langue locale, en français ou en arabe dans les mosquées, dans les quartiers, dans les communautés musulmanes, nous aurions fait un pas de plus dans l’enseignement et dans la compréhension de l’Islam en général et de Ramadan eu particulier.
Le deuxième, c’est le défi de l’unité. C’est quelque chose qu’on a tant cherché mais qu’on n’a pas encore trouvé. C’est vrai que la Fédération est là avec ses diverses commissions, mais elle peine à fonctionner normalement. Chaque association doit mettre du sien pour aider la Fédération à prendre pieds pour répondre à tous les défis qui se présentent à la communauté. Je pense que si on relève le défi de l’alphabétisation et celui de l’unité des musulmans, on aura fait un grand pas et les autres défis seront maintenant négligeables.
Quels sont vos vœux à l’approche de la fête ?
Je formule mes vœux de bonne fête et surtout d’exaucement de tout ce qu’on aura fait durant ce mois en matière d’adoration, de jeûne et de solidarité. Je souhaite beaucoup de courage à tous ceux qui s’engagent dans le travail islamique. J’ai enfin une pensée pieuse pour tous les musulmans dans le monde entier, surtout ceux qui souffrent parce qu’ils sont musulmans. Nous sommes également en saison hivernale, je souhaite qu’on ait des pluies abondantes et bienfaisantes et qu’Allah nous évite les calamités qui sont parfois arrimées à ces pluies.
Interview réalisée par Mahamadi OUEDRAOGO
Le Cerfiste N° 012 Août 2010
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LU POUR VOUS
Al-Qaeda, véritable histoire
de l’islam radicale
Le terrorisme international comme on a convenu de l’appeler est un phénomène qui touche aujourd’hui de nombreuses sociétés à la surface du globe.
Cela est d’autant plus vrai que la bande sahélo-saharienne qui inclut le Burkina Faso en est devenu un terreau favorable. Les causes du terrorisme sont
multiples et profondes, mais pour l’essentiel nous retenons que c’est le fanatisme religieux (qui existe aussi bien dans l’islam que dans les autres reli
gions), nourri à la source de la volonté des occidentaux de soumettre le monde entier, qui en est l’explication.
Après les attentats du 11
septembre 2001 attri
bués à Ben Laden et
son mouvement al
Qaeda, beaucoup d’ou
vrages ont été publiés sur le phéno
mène du terrorisme. C’est un de
ces nombreux écrits que le Cerfiste
se propose dans cette parution de
vous faire découvrir : Al Qaeda,
véritable histoire de l’islam radicale.
Cet ouvrage est l’œuvre de Jason
Burke, journaliste anglais et spécia
liste des mouvements islamistes. Il
est par ailleurs reporter du journal
The observer pour lequel il a suivi la
guerre en Irak, la question kurde, le
Pakistan… Publié à la Découverte
en 2003, le livre compte 212 pages
organisées en 16 chapitres. Il a été
traduit de l’anglais au français en
2005 par Laurent Bury.
Burke dans son ouvrage affirme
qu’Al Qaeda n’existe pas au sens
où il serait une organisation qui
coordonne des actions terroristes
dans le monde à partir d’un seul
centre de commandement. Il est
plutôt une « vision du monde qui
mêle antioccidentalisme, antisémi
tisme, antisionisme partagée à des
degrés divers par un nombre crois
sant de personnes dans les socié
tés musulmanes ». « La force du
mouvement poursuit-il, réside dans
sa capacité à former des individus
capables d’agir sans ordre du
guide. » C’est l’hypothèse qui a
guidé l’auteur dans tout son livre.
Il retrace le parcours d’Oussama
Ben Laden depuis ses origines
yéménites. Son engagement dans
le mouvement islamiste, la création
du mouvement Al Qaeda, ses com
pagnons directs et tous les discours
entretenus jusqu’à l’invasion améri
caine de l’Afghanistan en 2001.
Ainsi, il rapporte que le père de Ben
Laden parti du Yémen s’est installé
à Djedda en Arabie saoudite en
1930. Il créa une entreprise de tra
vaux publics qui prospéra et déve
loppa de très bonnes relations avec
la famille royale saoudienne. C’est
dans cette cité de Djedda que
naquit Ben Laden. Il y mena ses
études primaire et secondaire. A la
mort du père, sa fortune fut parta
gée entre ses fils. C’est ainsi
qu’Oussama devint propriétaire
d’une immense fortune.
A la fin de ses études, Ben Laden
n’était pas du tout attiré par le luxe ;
il épousa une femme et commença
à mener une vie ordinaire. Dans le
milieu universitaire, les discours
engagés de Saïd Qutb, Abdallah
Azzam entre autres ne l’ont pas
laissé indifférent. Ben Laden ne se
sentait pas bien dans une vie ordi
naire quoique luxueuse. Il voulait
mettre sa fortune au service de la
lutte pour la cause de l’islam.
En 1979, il choisit de se rendre en
Afghanistan afin d’aider les moudja
hidins (combattants afghans) à
chasser l’URSS qui a envahi ce
pays un an plus tôt. C’est le début
d’un long et difficile parcours
jusqu’en 2001. Ben Laden s’installa
au Pakistan d’où il recrutait des
combattants et envoyait toute sorte
de soutien au Moudjahidins. Après
le retrait des soviétiques en 1988, il
fit son retour en Arabie saoudite
avec un projet de création d’une
armée musulmane à même de
défendre la "nation islamique"
contre toute agression. Le rejet de
son projet par le roi marque la rup
ture avec ce dernier. Sa vie en
Arabie saoudite devint difficile. « En
1991, Ben Laden était en quelque
sorte en résidence surveillée à
Djedda. De plus en plus mécontent,
il sentait que c’était son devoir de
quitter la péninsule arabique tant
que les soldats américains occupe
ront le pays des deux lieux saints. »
Entre temps, on lui retira la nationa
lité saoudienne le contraignant à
l’exil et à la clandestinité. La même
année, Ben Laden s’installa à
Peshawar.
Trois ans après, il se rendit au
Soudan avec l’intention de soutenir
le régime putschiste d’Al Tourabi et
d’El Béchir. Là, il se consacra à des
travaux publics (autoroute
Khartoum-port soudan, aéroport de
la capitale…). Mais le régime sou
danais sentit à un moment que la
présence de Ben Laden constituait
une insécurité pour lui et l’isolait sur
la scène internationale parce que
l’homme était recherché à la fois par
les Saoudiens et les Américains.
Dans ce contexte difficile, Ben
Laden se vit contraint de quitter le
Soudan pour l’Afghanistan.
A son arrivée, il avait envoyé voir le
Mollah Omar pour expliquer son
idéal et l’appui qu’il entend lui appor
ter. Il s’intégra dans le mouvement
des Talibans en lutte contre le
régime pro-soviétique de Kaboul. Il
eut de véritables difficultés à être
accepté par les Talibans pour sim
plement une question de doctrine et
de culture. Alors que lui menait un
jihad planétaire, les Talibans inscri
vaient leur lutte dans le cadre de la
libération de leur pays de l’influence
extérieure.
Toutefois, par un compromis il réus
sit à installer le noyau d’Al Qaeda, fit
sa déclaration de jihad contre le
grand Kufr et créa les camps d’en
traînement.
Suite aux attentats de Nairobi et de
Dar es-Salam qu’on lui attribuait, les
services secrets saoudiens et amé
ricains se lancèrent plus que jamais
à sa recherche. Le Mollah Omar
parvenu au pouvoir refusa de livrer
Ben Laden et s’attira la foudre des
Américains.
Le noyau originel formé autour de
Ben Laden fut renforcé par un autre
groupe constitué à l’université de
Hambourg et nourrissant les
mêmes ambitions. Il s’agit entre
autres de Mohammed Atta un des
pirates du 11 septembre, Ziad
Jarrah, Al Shehhi et Ben Al Shibh
tous étudiants. Ils rejoignirent les
camps d’entraînement de Ben
Laden en 1999. Il parait que l’idée
de détruire le Word Trade Center
est née à leur arrivée en
Afghanistan. Si certains pensent en
effet que ce groupe s’est constitué
de façon autonome, d’autres par
contre pensent qu’il s’agit de
recrues d’Al Qaeda à qui on a confié
les attentats du 11 septembre. Des
jeunes saoudiens, pakistanais,
magrébiens et bien d’autres natio
nalités sont recrutées et envoyés
dans les camps d’entraînement. Les
dirigeants du mouvement à
l’époque, à la suite de Ben Laden,
étaient Ayman Az zawhri d’origine
égyptienne, Mohammed Atif, Abou
Zoubeidah, Khalid cheikh
Mohammed … Il semble que ce
furent les formateurs des pirates du
11 septembre.
L’auteur s’arrête sur les opérations
de préparation des attentats du 11
septembre, il explique l’invasion
américaine de l’Afghanistan et la
dispersion des militants talibans et
leurs hôtes, militants d’al Qaeda.
C’est un autre tournant de l’histoire
d’al Qaeda car chaque acteur par
tout où il se retrouvait pouvait recru
ter des combattants et commettre
des attentats. Entre autres, on a les
attentats de Bally en Inde, de
Casablanca, de Bombay en 2003
et bien d’autres qu’on leur attribue. Il
Suite page 11...
Le Cerfiste N° 012 Août 2010
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VIE DU CERFI
RENCONTRE ANNUELLE DES ENSEIGNANTS MUSULMANS DU CERFI
La CNEM et le pari de l’amélioration de l’éducation au Burkina
La Cellule nationale des enseignants musulmans (CNEM) du Cercle d’étude, de recherches et de formation islamiques (CERFI) a organisé du 07 au 10 août sa rencontre annuelle ordinaire. L’objectif était de créer un cadre de formation, d’échange et de fraternisation entre ses membres en vue de renforcer leurs capacités. Cette année, la cellule a placé cette activité sous le signe de la valorisation des compétences, conformément à la politique générale de formation du bureau exécutif national du CERFI.
«La valorisation des compétences au sein du CERFI» et «Les sourates Al Falaq et An-Nass : mérites et enseignements», c’est autour de ces deux (2) thématiques que la rencontre annuelle des enseignants musulmans s’est tenue du 7 au 10 août au lycée provincial de Koudougou. Ils étaient au total deux cent quatre (204) participants venus des différentes localités du Burkina Faso à prendre part aux travaux de cette assisse. Pendant trois (3) jours, les membres de la CNEM ont passé en revue les exigences du travail islamique et les défis qui se présentent à la communauté des musulmans en matière d’éducation. Les thèmes développés et les échanges qui ont suivi, ont permis d’approfondir les connaissances religieuses et professionnelles des participants dans l’optique de mieux les outiller à l’encadrement des sections du CERFI et à mieux participer au développement de notre pays. Le séminaire a d’ailleurs été marqué par le lancement d’une étude sur la contribution des musulmans en matière d’éducation au Burkina Faso.
Pour le parrain, Ousséni TAMBOURA, Ministre délégué à l’alphabétisation et à l’éducation non formelle, cette activité vient à point nommé et contribuera certainement à renforcer l’offre éducative au Burkina Faso. Il a saisi l’occasion pour interpeller le CERFI à élaborer des stratégies d’alphabétisation au profit des personnes âgées et des démunis. Tout en saluant la pertinence du thème de cette rencontre, il s’est réjouit de l’étude que le CERFI compte mener pour apprécier la contribution des musulmans dans le domaine de l’éducation. Pour lui, cette étude s’impose et il a souhaité voir les résultats dans un bref délai. Car elle renferme un intérêt très poussé pour les différents départements ministériels en charge de l’éducation et de l'enseignement dans notre pays.
Il ne peut avoir de développement possible sans une valorisation des ressources humaines, des compétences. Les enseignants sont des acteurs qui disposent déjà d’une compétence et il importe de les placer au cœur de toutes les stratégies. C’est le gage d’une action réussie en termes d’édification d’une société d’espérance.
Si la rencontre s’est bien déroulée et que les objectifs ont été atteints, on ne peut pas cependant perdre de vue les difficultés rencontrées. La plus importante à relever, selon le président du Comité d’organisation, Zoumana KASSAMABA, c'est bien la communication. Cette dernière a beaucoup fait défaut, car de nombreux participants ont reçu l’information tardivement réduisant ainsi leur nombre. On ne peut pas ne pas communiquer, disent les spécialistes. Aujourd’hui la communication est un défi et une opportunité au quotidien. Pour rendre davantage ses actions plus visibles et plus dynamiques, le CERFI gagnerait à améliorer sa stratégie de communication. En la matière il dispose de nombreuses compétences
«Quid du séminaire ?»
Chaque année, la Cellule nationale des enseignants musulmans du CERFI organise des rencontres de formation islamique à l’intention de ses membres. La présente rencontre a connu une forte implication du Bureau exécutif national (Ben) qui a mobilisé les ressources humaines, matérielles et financières à cette occasion. Cette session de formation a été placée sous le parrainage de Ousseini TAMBOURA, Ministre délégué à l’alphabétisation et à l’éducation non formelle. Elle a été co-présidée par le Président du Comité Directeur National du CERFI et par Seydou Banworo Sanou, Gouverneur de la région du Centre-ouest. Les activités du séminaire se sont achevées par une concertation élargie entre le BEN et les participants, dans un souci de valorisation des compétences et de mobilisation des ressources pour faire face aux investissements en matière d’éducation.
Envoyé spécial à Koudougou
Mahamadi OUEDRAOGO
Les femmes étaient bien représentées
Le ministre Ousséni Tamboura, parrain de l’activité
Une vue des participants
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VIE DU CERFI
La CNEM, le bras technique du CERFI
en matière d’éducation
La Cellule nationale des enseignants musulmans (Cnem) est une commission spécialisée du CERFI. Elle a été créée en 1996 par le Bureau exécutif national (Ben). Depuis lors, la Cellule organise des activités de formation au profit de ses membres et apporte son appui aux différents projets du CERFI.
Elle tient chaque année une rencontre de formation des enseignants dont l’objectif est d’approfondir leur niveau de connaissance.
La CNEM a contribué à l’élaboration du Guide de formation islamique de base du CERFI et au programme de dynamisation des formations.
Elle compte ainsi jouer son rôle de pièce maîtresse dans la politique de formation du CERFI. Dans cette dynamique, la CNEM a été à la base du projet SIE (Société d’investissement pour l’éducation).
Le but de la SIE, selon son Secrétaire permanent, est de permettre au CERFI de disposer d’un fonds pour le financement de l’éducation.
Pour y parvenir, la CNEM a souhaité une forte contribution des frères et sœurs cerfistes, gage de la réalisation de ce projet.
Le CERFI est une structure engagée dans la formation et l’éducation pour une meilleure compréhension de l’Islam au Burkina. De ce fait, il dispose de projets sur papier qui n’attendent que des ressources financières pour être exécutés.
La SIE constitue un espoir, selon ses initiateurs, en ce sens qu’elle permettra certainement d’accompagner la structure dans l’amélioration de l’offre éducative au pays des hommes intègres.
Nous pouvons citer en exemple le projet d’extension du Complexe scolaire de la fraternité Ousmane Dan Fodio de Banfora.
Yacoub TRAORE,secrétaire
permanent de la CNEN
Par Mahamadi OUEDRAOGO
Des kits scolaires pour renforcer les actions
du CERFI à la veille de la rentrée
En marge de la rencontre annuelle des enseignants musulmans tenue à Koudougou du 7 au 10 août, le CERFI a reçu des kits scolaires. Ce don du parrain, le ministre de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle, Ousséni TAMBOURA, vient comme une bouffée d’oxygène. En effet, ce lot composé de stylos, de crayons, de cahiers permettra au CERFI de faire certainement des heureux à la veille de la rentrée scolaire 2010-2011.
Le président du CERFI, Moussa Nombo, qui a reçu le matériel des mains du chef de cabinet du ministre, a rassuré le donateur quant au bon usage du matériel. Les enseignants présents à la remise étaient très émus de ce geste concret du parrain. Ils n’ont pas été avares en remerciement, eux qui connaissent bien la valeur de ce matériel sur le plan pédagogique.
Lors de la cérémonie de clôture de cette activité, nous avons appris également que le ministre de la santé, Seydou BOUDA, a fait au CERFI un don de matériel important.
Au delà de ces gestes, c’est un signal fort qui est adressé à l’ensemble des intellectuels musulmans. Ils doivent avoir à cœur l’évolution des structures islamiques. L’édification de l’Islam au Burkina Faso ne peut être l’affaire d’une seule personne. Notre catégorie sociale ne doit pas nous faire oublier notre religion tout comme il est démontré qu’il n’y a pas d’antagonisme entre la religion et l’ascension sociale.
C’est la contribution de tous et de chacun qui permettra aux structures islamiques d’être plus dynamiques et de jouer pleinement leur rôle d’acteurs de changement et de développement.
Par Mahamadi
OUEDRAOGO
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VIE DU CERFI
COLONIE DE VACANCES ISLAMIQUE 2010
Enfants musulmans, ambassadeurs de la nature
L'année 2010 est sans conteste l'année de l'environnement. Depuis le forum mondial de l'environnement tenu à Ouagadougou et le sommet de Copenhague au Danemark, les initiatives d'interpellation des consciences sur les défis environnementaux sont légions. Dans le souci d'apporter leur contribution dans l'élan commun de sauver la planète des dangers liés à la dégradation de l'écosystème, l'Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina (AEEMB) et le Cercle d'études, de recherches et de formation islamiques (CERFI) ont placé la 21è édition de la colonie de vacances islamique sous le signe de la protection de l'environnement. C'était du 17 au 31 juillet à Ouagadougou.
Ils étaient au total 270 enfants musulmans à participer à cette colonie de vacances islamique qui a eu lieu au Centre socio-éducatif de l'Agence des musulmans d'Afrique. Placée sous le parrainage de Moustapha SARR, Directeur du Parc urbain Bangr-wéogo, cette activité statutaire de l'AEEMB et du CERFI a tenu toutes ses promesses. Car l'objectif était de réunir les enfants musulmans dans un cadre de fraternité, de formation et d'épanouissent spirituel, conformément au Coran et à la tradition du Prophète de l'Islam (SAW). Après deux semaines de travaux, les initiateurs tirent satisfaction au regard des résultats de l'évaluation finale à laquelle les participants ont été soumis et qui fait état d'une moyenne générale de 93,7%.
Selon le Directeur de la colonie de Ouagadougou, Arouna YAMEOGO, les enfants ont regagné leurs familles avec ce qu'il faut comme formation spirituelle à leur âge et les connaissances nécessaires sur les défis environnementaux qui concernent toute l'humanité.
En référence au thème de la colonie : « Enfants musulmans et éducation à la protection de l'environnement », des cours d'instruction religieuse portant sur les ablutions, la prière, les histoires des prophètes, la morale, mais aussi des travaux manuels et des ateliers sur la protection de l'environnement et des changements climatiques, toutes ces notions ont été dispensées aux enfants. Les enfants se sont aussi rendus à Faso parc, à la base aérienne et chez le Mogho naaba, empereur des Mossés.
Le président du CERFI, Moussa NOMBO, dans son allocution de clôture au nom des deux structures organisatrices, a fait savoir que L'éducation des enfants est et demeure une des priorités de l'islam. Elle est le fondement, la base sur laquelle la communauté mohamédienne repose pour se constituer et se maintenir, grâce à la transmission des valeurs et des principes islamiques. C'est donc cet esprit qui a et qui guidera toujours l'esprit de ce rendez-vous annuel des enfants musulmans. Tout en remerciant les parents des enfants pour leur confiance à l'AEEMB et au CERFI, le président NOMBO a exprimé son vœu de voir tous les acteurs de l'Islam au Burkina Faso, s'engager à rendre davantage cette activité meilleure pour le bonheur des tout-petits. En attendant la prochaine édition, les parents sont invités à aider les enfants dans la consolidation des acquis de la colonie. Car l'éducation est le plus beau cadeau qu'un père puisse léguer à son enfant, a dit le Prophète (SAW).
Par Mahamadi OUEDRAOGO
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QUESTION D'ISLAM
Ramadan et spiritualité : deux réalités d’une même pièce
Allah nous a enjoint plusieurs actes d’adorations, certains obligatoires, d’autres facultatifs. L’objectif ultime est l’éducation, la purification. Il faut arriver au bon comportement, à la piété. L’observation des prescriptions conduit à éveiller les sens à l’essentiel, à l’important, à l'Humain. Le principe est que le Seigneur Allah a accordé des potentialités à l'Homme. Il lui a ensuite doté de la raison pour identifier le bien du mal d’autant plus qu’il a pris le soin de dresser la liste des bonnes et mauvaises qualités. Pour couronner le tout, un outil efficace a été incorporé à chaque Homme pour l'aider à maîtriser, voire façonner sa personnalité. C’est à ce niveau qu’interviennent les recommandations divines, les pratiques cultuelles. Dans celles-ci et par rapport à cet objectif, Ramadan est indispensable. S'abstenir de tout ce qui est mal, se priver pour acquérir, faire du bien : c’est ce à quoi nous invite ramadan et c’est cela la spiritualité.
L’esprit conditionne l’efficacité du jeûne de ramadan
Le prophète (saw) a dit : «celui qui se réjouit de la venue de ramadan, Allah lui pardonne ses péchés passés.» Il invite à un bon accueil du ramadan. Plus, il dévoile l’importance de la conscience dans l’accomplissement de ce pilier. En effet, pour bien aborder cette pratique, il importe que l’homme mobilise tout son être. Il s'agit de s’égayer au vu de ce que ce mois a de valeur. L’esprit dans ce cas expose l’intérêt du jeûne et se donne en même temps de la motivation nécessaire pour la performation de l’acte. Lorsque cette opération intérieure d’orientation de l’esprit est effectuée, l’individu musulman jeûne par plaisir.
Ce plaisir lui révélera, du coup, la nécessité de mobiliser les moyens spirituels indispensables au jeûne : patience, persévérance, abnégation...... Ainsi préparé, l’esprit accepte accorder tous les soins à la pratique : il surveillera permanemment ses gestes, paroles, pensées et veillera à ce que ces derniers ne soient pas en porta faux avec les règles prescrites, mieux il les mobilisera pour une meilleure réussite de l'acte. Cette relation entre esprit et jeûne est de loin ce qui imprime des spécificités aux actes des jeûneurs. Et c’est pourquoi Allah en a fait un outil d’appréciation des actes de Ses serviteurs : «les actes ne valent que par les intentions qui les inspire...»
En pratique, ensemble, nous nous abstiendrons de manger, de boire, d’avoir des rapports sexuels mais quant à la récompense, nous serons différenciés. Pour cause, certains ont observé ce jeûne par conformisme, par complaisance, par ostentation, par intérêt mondain ; pour cela ils n’ont pas fait d’égard à leurs oreilles, à leurs langues, à leurs yeux, bref ; leur jeûne était vidé de toute présence spirituelle. A ceux-ci le prophète remarque : «Celui qui n’abandonne pas le mensonge et les mauvaises actions, alors Dieu n’a pas besoin qu’il abandonne sa nourriture ni sa boisson.» rapporté par Al-Bukhârî Par contre «Celui qui jeûne le mois de Ramadan, en connaissant et en respectant avec vigilance les règles du jeûne, expie les fautes de son passé». (Boukhari) Qu’Allah nous inscrive parmi le dernier groupe !
En somme, le jeûneur mobilise toutes ses énergies spirituelles pour embrasser le ramadan, et se donne, en retour, la possibilité que ce jeûne influe positivement sur sa spiritualité.
Ramadan éclaire l’esprit
Il n'est plus un secret pour personne que les péchés assombrissent le cœur, obscurcissent l’esprit et aveuglent la conscience. Les nourritures alourdissent le corps, de ce fait lui insuffle lourdeur et paresse. Ramadan interdit : les rapports sexuels, le manger et boire, la cigarette. Du coup, il allège le corps, condition essentielle de tout exercice spirituel.
L'aide d’Allah pour cultiver notre spiritualité par le biais de ramadan ne s’arrête pas là. Il ordonne aux anges de fermer l’enfer (l’obscurité), d’attacher le diable ("l'obscurseur"). En plus, Allah impose le repentir et l’exauce de sorte que l’âme s'en sort décrassée, dépoussiérée cirée et purifiée de tout péché. L'imam Tirmidhi a rapporté que le Prophète, Salla Allahou Alaihi wa Sallam, a dit : «Quand l’homme commet un péché, un point noir est marqué sur son cœur, quand il se repent, le point noir sera effacé. Par contre s’il persiste et commet d’autres péchés, la surface de ce point s'accroît jusqu’au point de couvrir tout son cœur. C’est la souillure mentionnée dans le Coran : «Pas du tout, mais ce qu'ils accompli couvre leurs cœurs.» S83V14
C’est aussi une évidence que nos sens ou organes sont les portes par lesquelles les péchés atteignent le cœur. La prudence ramadanique les bouche. Ainsi, par Ramadan, Allah nous allège physiquement (privation) et spirituellement (repentir) et nous protège contre les souillures. Après cette lecture des choses, ces nobles paroles ne peuvent qu’être bien comprises et acceptées :<< ...Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous...>>S2V185. Il est indéniable dans ces cas que ramadan est un outil indispensable de spiritualité. Abdullah Ibn 'Umar (qu'Allah les agrée tous les deux) rapporte que l'Envoyé d'Allah (psl) a dit : "Le jeûne et le Coran intercéderont en faveur du serviteur (adorateur) le Jour de la Résurrection. Le Jeûne dira :"O mon Seigneur ! Je l'ai empêché de se nourrir et de satisfaire son désir : prends-moi donc comme intercesseur en sa faveur !". Et le Coran dira : "Je l'ai empêché de dor-
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QUESTION D'ISLAM
mis la nuit « prends-moi donc comme intercesseur en sa faveur ! ». Et ils intercéderont Al-Bukhari.
Ramadan, une agrégation des actes d'adorations
La première philosophie qu'il faut tirer de ramadan, est qu'il nous invite non à se retirer du monde mais seulement et surtout à en prendre du recul. Ainsi à travers interdictions, privations, mises en garde, prudence et diligence, le croyant travaillera à se mettre à l'écart du monde pour plusieurs raisons : se libérer de son emprise trop grande sur notre âme, s'amender des erreurs dans lesquelles il nous a induits, découvrir sa complexité, sa nature, comprendre son utilité et le sens de notre vie, se procurer les moyens surtout spirituels pour l'affronter et le dompter.
Ainsi les différentes prescriptions de ramadan, n'ont pour effet que d'y conduire. Elles sont faites de recommandations telles que jeûnes, prières obligatoires, zakat, prières nocturnes, zikr, invocation, lecture coranique, remerciement, repentir...
Il est évident que l'individu ne peut pratiquer, au delà des pratiques obligatoires, l'ensemble des facultatives. Au mieux la pratique pousse très souvent à une spécialisation. Ce devrait être tout autre. Chaque acte dans sa spécificité a son importance et son effet sur le cœur. De ce fait il faut procéder à un assaisonnement. Ce n'est pas la quantité qui compte mais bien la qualité : << Dieu accroît la rectitude de ceux qui suivent le bon chemin, et les bonnes œuvres durables méritent auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et une meilleure destination >> S19V76.
Pratiquer et cultiver une spiritualité sociale
Le jeûne nous impose non un retrait total du monde mais un recul. En même temps que nous devrions apprendre à nous écarter des mauvaises influences de nos communautés, nous devrons au contraire travailler à les maîtriser et à les transformer. Cela semble paradoxal, à vue d'œil seulement, car l'un est inclus dans l'autre. Il faut observer les règles de Dieu qui nous éduquent et nous rendent utiles à nos sociétés ; par ailleurs de notre capacité à être bienveillant à l'égard des créatures dépendra aussi la qualité du rapport que nous entretiendrons avec Allah. Aussi la spiritualité musulmane sera sociale : elle se construit dans, autour et avec la société avec un but essentiel d'imprimer une marche positive au monde. Le jeûne de ramadan n'y fera pas exception. Lisez tout simplement ce hadith du prophète (saw), vous comprendrez : << Ô gens ! Le mois d'Allah (Ramadhan) vous a approché avec sa miséricorde et les bénédictions. C'est le mois qui est le meilleur de tous les mois dans l'estimation d'Allah. Ses jours sont les meilleurs parmi les jours, ses nuits sont les meilleurs parmi les nuits. Its hours are the best among the hours, ses heures sont les meilleures parmi les heures.
Il s'agit d'un mois au cours duquel il vous a invité, Vous avez été, en ce mois, sélectionné en tant que bénéficiaires de l'honneur d'Allah, le Très Miséricordieux. En ce mois sacré, chaque respiration a la récompense de «Tasbeeh» (la louange d'Allah) et votre sommeil a valeur de culte.
Vos bonnes œuvres sont acceptées dans ce mois-ci. Il en est de même pour vos invocations. Par conséquent, vous devez appeler votre Seigneur, de bon droit, avec des cœurs qui sont exempts de péchés et de maux, pour que Dieu vous bénisse. Observer rapidement, en ce mois, et de réciter le Saint Coran.
En vérité ! Les personnes qui ne peuvent recevoir la miséricorde et la bienveillance d'Allah en ce mois doit être très malheureux d'avoir une fin aussi mauvais (dans la vie future). Pendant le jeûne, souvenez-vous de la faim et la soif de demain dans Qiyamat. Faire l'aumône aux pauvres et aux nécessiteux. Rendre hommage à vos aînés.
Ayez pitié de ceux plus jeune que vous et d'être bienveillant envers vos parents et vos parents. Protégez vos langues contre les mots indignes, et vos yeux de ces scènes qui ne sont pas digne d'être vu (interdit) et vos oreilles à partir de ces sons qui ne devrait pas être entendu par vous.
Soyez bons pour les orphelins de sorte que lorsque vos enfants deviennent orphelins, ils peuvent aussi être traités avec bonté. Invoque qu'Allah te pardonne tes péchés. Levez les mains au moment de la Salat (prière), comme il est le meilleur moment pour demander sa miséricorde. Lorsque nous invoquons à ces moments-là, Allah répond, quand nous l'appelons, il répond, et quand nous demandons quelque chose, Il nous l'accorde.
Ô gens ! Vous avez fait de votre conscience l'esclave de vos désirs ; invoque Allah par Istighfar (repentance et pardon). Ô gens ! S'il quelqu'un parmi vous prend des dispositions pour Iftar (la nourriture pour la fin du jeûne) de tout croyant, Allah lui donnera une récompense de celui qui a libéré un esclave. Il lui pardonne ses péchés mineurs.
Toute personne qui dans ce mois-ci peut prendre des travaux légers de ses serviteurs (mâle ou femelle), Allah les rendra facilement sa comptabilité sur le Jour du Jugement.
Quiconque s'abstient de taquiner les autres en ce mois, Allah lui permettra de rester à l'abri de sa colère dans le jour de la résurrection. Toute personne qui respecte et traite avec bonté un orphelin dans ce mois, Allah le regardera avec dignité le jour de la résurrection. Toute personne qui traite bien ses parents, en ce mois, Allah déversera Sa miséricorde sur lui le jour de la résurrection, de même toute personne qui maltraite ses parents en ce mois, Allah l'éloignera de sa miséricorde.
Par Idrissa OUOBA
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INTERNATIONAL
6ème CIMEF
L’islam et les défis actuels
Du 18 au 23 juillet dernier, le CIMEF a donc posé ses valises au bord du fleuve Djoliba. Les travaux du 6ème CIMEF se sont déroulés au Centre International de Conférence de Bamako, avec à son habitude, des participants de marque (Tariq Ramadan, Youssouphe Hassan Diallo, Aboubacar FOFANA, Mohamed Minta...) et à l’ouverture, des présences hautement politiques (Président malien Amadou Toumani TOURE, Président de l’UEMOA Soumaïla Cissé...).
Au regard de la qualité des communications, tables rondes et ateliers, l’on peut dire, en attendant bien sûr le bilan du Comité d’organisation et les Actes du Cimef 2010, que les deux (2) objectifs du CIMEF 2010 : ouvrir, dans le référentiel de l’Islam, un débat sur la problématique des questions de paix et de sécurité, de réchauffement climatique, des rapports Etat et Ummah islamique et sur des questions de réformes sociales ; définir des stratégies de diffusion et d’appropriation par les musulmans dans l’espace francophone des solutions que préconise l’islam aux défis ci-dessus identifiés, ne sont pas loin d’être atteints.
Après des échanges francs sur le financement du CIMEF, son ancrage institutionnel et l’opérationnalisation des Actes du Colloque, les délégués des pays participants ont confié au pays de la Téranga l’organisation du CIMEF 2012.
En rappel, le nombre de musulmans vivant dans un espace où le français est la langue ou l’une des langues officielles, dépasse les 200 millions. Lorsque l’on en vient à analyser la situation des musulmans et des musulmanes vivant dans cet espace, on s’aperçoit qu’ils font certes face à des réalités bien spécifiques mais qu’il existe aussi de grandes similarités quant aux défis religieux, sociaux, politiques, économiques et culturels à relever. On constate, malheureusement, que les occasions d’échanges entre les acteurs musulmans sont rares et n’ont, si elles existent, qu’une dimension régionale. Pour corriger cette lacune, un groupe d’organisateurs et de conférenciers au Séminaire International de Formation des Responsables des Associations Musulmanes (SIFRAM), tenu à Abidjan (Côte d’ivoire) en septembre 1999, a pris l’initiative d’organiser un colloque international dont l’objectif est de rassembler des musulmans et des musulmanes (imams, responsables associatifs , intellectuels et étudiants....) de l’espace francophone pour partager les vues, à la lumière des réalités respectives, sur des problématiques de première importance. Dès lors, le CIMEF est né, et depuis, il a respecté son agenda biannuel :
- 2000, Côte d’ivoire (Grand-Bassam), « Les musulmans francophones : Compréhension, Terminologie, Discours ».
- 2002, Cotonou (Bénin), «La scène internationale et les expériences d’une éducation adaptée»
- 2004, Niamey (Niger), «Les musulmans : entre textes et contextes»
- 2006, Ouagadougou (Burkina Faso), « De l’islamophobie au choc des civilisation »s.
- 2008, Lomé (Togo), «Islam et développement : les musulmans face aux objectifs du millénaire ».
- 2010, Bamako (Mali), «L’Islam et les défis actuels».
Par Abdoul Hamid YAMEOGO
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estime même qu’après 2001, très peu d’attentat implique le noyau dur d’Al Qaeda
Vers la fin du livre, il explique que le but de Ben Laden, à travers son mouvement, est de surmonter les divisions au sein de la umma et combattre l’ennemi commun. A propos, il déclarait bien avant de quitter l’Arabie saoudite : « il est crucial de passer outre nos divergences afin de dissiper le grand kufr »
En conclusion, l’auteur montre que les causes du terrorisme résultent d’un processus historique et peut être combattu efficacement. Il propose le soutient des leaders musulmans modérés, l’inclusion des islamistes dans les gouvernements démocratiques, l’empêchement de la propagation de l’islam radical et la présentation de l’Occident non pas comme un ennemi à abattre mais un partenaire de co-prospérité.
L’auteur a essayé de présenter avec une certaine objectivité les acteurs connus du terrorisme, la nature de leur organisation, leur motivation... en commençant par Ben Laden. C’est un ouvrage à découvrir parce qu’il nous introduit dans les méandres d’un phénomène aussi complexe qu’actuel.
Par Kadré SAWADOGO
Les enfants musulmans à l’école de la mémorisation du Saint Coran
L’institut musulman d’éducation et d’enseignement (IM2E) du CERFI a lancé le 9 août dernier une opération de mémorisation du Coran à l’intention des enfants musulmans de 9 à 16 ans.
Pendant un mois, c’est-à-dire jusqu’au 9 septembre, les participants, au nombre d’une trentaine, tenterons de s’approprier la source fondamentale de l’Islam, d’avoir par cœur et par esprit ses versets. Cette opération rentre dans le cadre de l’exécution du programme d’activités de l’IM2E.
Par Mahamadi OUEDRAOGO
Le Cerfiste N° 012 Août 2010
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LIBRE PROPOS
Nous voulons bien jeûner, mais c'est difficile !
Le Ramadan bat son plein dans notre pays. S'il est facile pour les uns d'avoir de quoi jeûner, d'autres éprouvent par contre beaucoup de difficultés pour s'offrir de quoi manger. Pendant qu'il est question de solidarité et de partage dans Ramadan, nous devons avoir des pensées pour les moins nantis de la société. Au delà des prières et des invocations, ils attendent de nous dès gestes forts et concrets pour faire face à la vie comme le confirment les lignes qui suivent.
Ramata Kaboré (mère de jumelles) : Nous préparons pour jeûner. C'est un mois de dépenses. Dépenses pour la nourriture. Dépenses pour le sucre. Je compte sur la bonne volonté des gens certes, mais souvent j'utilise ma force physique pour trouver à manger. Ce n'est pas facile surtout pour moi qui aie des enfants à ma charge. J'ai la foi, même s'il n'y a pas à manger, je vais jeûner, c'est l'intention qui compte.
Yero Tall : J'ai une femme et trois enfants, je demande la charité pour eux. Le soir, je remets le fruit de la journée à ma femme qui prépare et on se retrouve le matin pour manger et jeûner. Un de mes enfants se trouve chez un maître coranique. Pour les autres et ma femme, seules les offrandes nous servent de pitance. Comme ces offrandes, très souvent maigres, arrivent au compte goutte, imaginez ce que nous vivons dans ce mois. Ce n'est pas facile mais au bout, il y a la miséricorde, la bénédiction et c'est ce qui nous donne la force d'espérer.
Safiata Legda, (elle a refusé d'être photographiée) : Nous voulons bien jeûner, mais c'est difficile. Il n'y a pas de nourriture, ni du sucre pour faire du zom-kom. Aujourd'hui, je suis à jeun, si d'ici ce soir je ne gagne rien, je ne pourrai pas rompre convenablement mon jeûne. Comme c'est le début nous jeûnons. Mais après trois ou quatre jours, il sera difficile de continuer parce qu'il n'y aura plus rien à se mettre sous la dent. Dans de telles conditions, on ne peut que se retrouver malade à cause du fait que nous n'avons pas quelque chose de consistant pour rompre le jeûne.
Mam Bella : Pendant le mois de jeûne nous mangeons avant la prière de l'aube et ce, jusqu'au soir. Ici à Ouaga, nous mangeons de la bouillie mais au village nous prenons du foura. Nous vivons des offrandes que les gens font. Nous ne faisons pas de distinction à ce niveau, nous prenons tout ce que nous apporte les vieux, les femmes, les mères de jumeaux, les enfants talibés... Nous faisons notre jeûne grâce aux offrandes que nous recevons.
Un groupe de Talibés : Nous sommes quatorze chez notre maître coranique. Le matin, c'est chez lui que nous mangeons pour jeûner. Le soir nous faisons le tour des mosquées pour rompre le jeûne. De toute la journée, nous faisons le tour de la ville pour tendre la sébile et c'est le fruit de cette tournée qui sert à notre prise en charge. Il arrive souvent qu'on n'ait pas assez à manger pour nous tous mais on fait avec, c'est un mois béni et nous ne voulons vraiment pas rester en marge.
Propos recueillis par
Mahamadi OUEDRAOGO et
Moumouni SIMPORE
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