Dans le présent article, l'auteur rappelle tout d'abord la prolifération de l'islam en Afrique noire avant et pendant la colonisation. Au début des années 1960, les présidents des principaux pays d'Afrique francophone nouvellement indépendants étaient catholiques, mais il n'en est plus ainsi. L'islamisme s'est bien porté dans la classe politique parce qu'il était assimilé au nationalisme, par réaction contre le catholicisme importé par la colonisation. Certaines des 'conversions' à l'islam de présidents africains doivent surtout s'interpréter comme un geste de sympathie à l'égard du monde arabe, pourvoyeur d'aide à l'Afrique noire. Aujourd'hui, l'islam est la religion d'une personne sur trois au sud du Sahara. Ces avancées s'expliquent par le fait qu'il est souvent perçu comme un gage d''authenticité'. L'Africain souffre de son acculturation depuis l'arrivée des techniques et des modes de vie occidentaux que n'accompagne pas un véritable développement économique. Avec ces mosquées pratiquant l'entraide, l'islam est un refuge. L'islam noir présente aujourd'hui des visages multiples et contrastés. L'islam n'est pas partout un islam débonnaire, préservé de l'intégrisme, et plusieurs dirigeants africains doivent composer avec des 'ayatollahs' locaux, ou sont leurs complices. Après le 11 septembre et les bombardements américains en Afghanistan, plusieurs manifestations de soutien à Ben Laden ont eu lieu au Kenya, au Niger et au Sénégal. Le succès de la riposte américaine a conduit la minorité extrémiste à adopter un profil bas. Mais, pendant la période d'expectative qui suivit le 11 septembre, elle est apparue sous son vrai jour.
Dans le présent article l'auteur examine le 'danger' islamiste dans plusieurs pays africains au sud du Sahara, à savoir le Sénégal, la Somalie, le Niger, le Nigeria et l'Éthiopie. Il convient de ne pas dramatiser la situation sénégalaise. L'islamisme local n'a pas encore à sa tête un leader charismatique capable d'entraîner les grandes masses. Cependant, si la politique de rétablissement socioéconomique du pays du président Abdoulaye Wade devait échouer, l'islamisme pourrait progresser de manière plus sensible. Au lendemain des attentats du 11 septembre, la Somalie a retenu l'attention des Américains. Washington a exprimé sa préoccupation devant les liens possibles entretenus entre la Somalie et le réseau Al Qaïda d'Oussama Ben Laden, en dépit des démentis du gouvernement national de transition somalien, qui d'ailleurs ne contrôle qu'une partie de la capitale, Mogadiscio. Un autre pays est dans le collimateur de Washington:le Niger. Il serait cependant erroné de conclure à une islamisation prochaine du Niger. Pourtant, la stabilité de son territoire est menacée au sud, le long de sa frontière commune avec le nord islamique du Nigeria. Dans ce dernier pays, le pouvoir central n'a pas de stratégie pour contrer les prétentions islamistes, et le Nigeria est guetté par le risque d'effondrement. En Éthiopie, bien que l'islam ne soit pas la première religion, on observe des conditions d'un possible basculement dans le fondamentalisme. Faut-il se montrer embarrassé par le développement islamiste en Afrique noire? Plutôt que de répondre à cette question, il importe davantage de s'interroger sur les causes de son expansion dans le sud saharien.
Le culte des génies holley au Niger, qui s'appuie sur la notion fondamentale d'êtres immatériels et sur une représentation cosmologique d'un monde en double, s'oppose à la morale islamique, la croyance à des génies étant perçue comme une erreur. L'auteur entend montrer comment une analyse systématique de ce culte de possession révèle la possibilité de référer ces pratiques à une modalité d'éthique qui est une morale d'ordre social et qui permet la transgression, par le biais thérapeuthique, de la loi coranique. Il utilise les donnés d'une observation personnelle de quelques cérémonies rituelles à but thérapeutique. Cette recherche se situe au croisement d'une psychologie sociale, d'une psychologie clinique, et de l'anthropologie sociale. Deux éléments sont problématiques, au regard de la laïcité coranique: la notion de holley d'une part et celle de transe d'autre part. Or le statut des holley ou djinn prend place dans un espace éthique virtuel, où la notion de holley, êtres virtuellement bénéfiques ou maléfiques, échappe à la fonction du sacré qui est la définition du Bien et du Mal.
In the early 1990s, the newly built women's cooperative in Zinder, Niger, was destroyed by a group of men who accused women of failing to adhere to 'Islamic principles'. During the same period, a number of bars were damaged and subsequently closed. These events were generally viewed as marking the rise of 'Islamic fundamentalism'. However, no one could identify this group that had been labelled 'fundamentalists'. The present article takes a discourse-centred approach to an understanding of how Zinderois define what it means to be a Muslim. To do this, it analyses 'forms of knowledge' that represent different ways of defining Islamic practice and Muslim identity, namely, those of Koranic scholars ('malamai'), leaders of an Islamic reform movement, and traditional healers ('bokaye'). The 'malamai', reformers and 'bokaye' define Islamic practice and Muslim identity in different ways. Historically, it was the 'malamai' who used the label 'non-Muslim' to refer to 'bokaye'. But today, the 'malamai' find themselves being labelled 'non-Muslims' by the reformers. Majority Muslims draw upon these various forms of knowledge in different ways depending on the situation and in so doing display religious creativity and innovation.
This article is an attempt to come to grips with the Hausa people's use of the mosque as a political bargaining chip in contestations over the legitimacy of and use of power in Maradi. The reader should be aware that while the subject of this cursory foray into Hausa politics is the village of Jiratawa, there are many regional and national implications to the events examined in this article. The work itself deals with three consecutive Friday mosques in the village and the political machinations surrounding them.
In Zinder (Niger), Islam is a resource that has always been contested, as a historical perspective demonstrates. Since the mid-19th century, Islam has been contested by 'sarki'-s ('sarki' is the Hausa word for sultan), by advisors to the 'sarki', by members of the Qadiriyya, Tijaniyya and Sanussiyya, who sought to establish and develop large, well organized centres in Zinder, and even by the French. In the 1950s followers of Ibrahim Niasse attempted to establish a centre in Zinder. As in the case of previous such attempts, the 'sarki' was unreceptive. At the end of the 20th century, reformers are attempting to redefine Islam as they challenge Islamic practice and Muslim identity as defined by the 'malamai' (Koranic scholars) and majority Muslims in Zinder. Always present in the debate are the 'bokaye' (traditional healers) and those who continue to incorporate local practices into their practice of Islam.
Until 1993 the government-approved Association islamique du Niger (AIN) was the sole Islamic association in Niger. However, with the transition to a democratically elected government came reforms in the areas of freedom of speech and expression. With this transition came the formation of the Association nigérienne pour l'appel et la solidarité islamiques (ANASI), the Association pour la diffusion de l'islam au Niger (ADINI), the Association pour le rayonnement de la culture islamique (ARCI) and the Association des jeunes musulmans du Niger (AJMN). From November 1994 to April 1995 the author conducted research on Islamic culture and practice in Zinder, the second largest city of Niger. The present article is based on the author's interviews with members of these associations in Zinder as well as on the associations' statutes. It outlines the philosophy, objectives, organization and resources for each association. The similarities in the objectives of these associations seem to contrast with the wide range of variation in Islamic culture and practice in Zinder. These associations, while each arguing for the oneness of their religion, also represent a major difficulty facing Muslims in the world today, which is the attempt to present a unified religion in the face of cultural variation in the way people interpret and practice Islam.
À Maradi, troisième ville du Niger selon les recensements officiels mais capitale commerciale du pays, un groupe de riches marchands, les 'alhazai' (sing. 'alhaji') s'est constitué au fil des ans grâce en particulier au négoce avec le Nigeria voisin. Ces 'alhazai' sont imprégnés à la fois des valeurs du capitalisme marchand mais aussi de l'islam comme en témoigne leur titre d''alhadj'. À travers de multiples actions, ces marchands ont encouragé la diffusion de l'islam. C'est dans une perspective historique, en remontant à la fondation même de Maradi, que l'auteur retrace les différentes phases de l'accumulation des 'alhazai' et les étapes de l'islamisation de la ville en s'efforçant de montrer comment le premier processus influa sur le second. Il traite successivement de la fondation de Maradi au début du 19e siècle; de la paix coloniale, qui s'accompagna d'un essor du commerce local et permit également aux populations de se déplacer pour des motifs religieux; de l'ère de la traite arachidière, dès 1930; et du développement du grand commerce avec le Nigeria et de l'islamisation de la ville après 1970.
L'Université islamique de Say, petite ville située à une soixantaine de kilomètres au sud de Niamey (Niger), a ouvert ses portes en octobre 1986. La création de cet établissement avait été décidée par le sommet de l'organisation de la Conférence islamique en 1974, à Lahore. Sont publiés ici plusieurs textes de présentation extraits de la brochure officielle (en français) diffusée à l'occasion de l'ouverture de cet établissement, et comprenant une préface par Dr. Abdullah Ben Abdul-Muhsin El-Turki, recteur de l'Université islamique Mohamed Ben Saoud, Riyadh, et président du conseil de direction de l'Université islamique du Niger, l'idée de l'établissement de l'université, ses buts, ses facultés et instituts, ses bâtiments, son administration, la liste des noms du président et des membres du conseil de direction, le budget de l'université et son financement, l'admission des étudiants.
Les remarques sur le Niger 'forteresse musulmane' doivent être nuancées. Il existe bien un 'modèle nigérien' dont les caractéristiques essentielles sont les suivantes: la lente émergence de l'Islam comme facteur dominant de la politique extérieure et de l'identité nationale; l'importance des fac- teurs internationaux dans la revalorisation du fait musulman à l'intérieur du pays; la prise en charge du fait islamique par l'Etat post-colonial lui-même; l'évolution de l'idéologie officielle, d'une position laîque à l'occidentale à une recon- naissance 'a l'africaine' (c'est-à-dire sur le mode oral et par la voix du chef de la communauté nationale) de l'Islam comme religion du peuple nigérien; et la création par l'Etat d'une Association Islamique, garante des options principales, destinée à s'opposer à toute immixtion étrangère comme à l'essor éventuel de tout contre-pouvoir maraboutique et de tout mouvement populiste islamique.
Les remarques sur le Niger 'forteresse musulmane' doivent être nuancées. Il existe bien un 'modèle nigérien' dont les caractéristiques essentielles sont les suivantes: la lente émergence de l'Islam comme facteur dominant de la politique extérieure et de l'identité nationale; l'importance des fac- teurs internationaux dans la revalorisation du fait musulman à l'intérieur du pays; la prise en charge du fait islamique par l'Etat post-colonial lui-même; l'évolution de l'idéologie officielle, d'une position laîque à l'occidentale à une recon- naissance 'a l'africaine' (c'est-à-dire sur le mode oral et par la voix du chef de la communauté nationale) de l'Islam comme religion du peuple nigérien; et la création par l'Etat d'une Association Islamique, garante des options principales, destinée à s'opposer à toute immixtion étrangère comme à l'essor éventuel de tout contre-pouvoir maraboutique et de tout mouvement populiste islamique.
Au lendemain de l'indépendance du Niger, l'organisation judiciaire y a été fixée par une loi le 16 mars 1962. Cette loi a défini les domaines de la loi et de la coutume et fait une large place au statut personnel des citoyens. Le pays étant islamisé a plus de 90%, la loi coranique jouera un grand rôle dans la distribution de la justice. La philosophie du droit nigérien et son originalité résident en une symbiose des droits moderne, coutumier et religieux, dans un Etat proclamé laïc. L'auteur examine les aspects des juridictions et l'application du droit.
In Niger, the marabout wields much of the power of the European Christian clergy of the Middle Ages, his outlook and many of his actions having not changed since. He has wide ranging powers emanating from his multi-faceted positions. In addition to being a religious man, he is a legal expert, teacher, doctor and magician, excluding other strictly secular jobs unconnected with his title which he can hold. This paper scrutinizes the diverse capacities of the marabout.
Les 78% de 'oui' donnés en réponse au référendum par le Niger ont une signification toute particulière dans ce pays, le plus islamisé d'A.O.F. après la Mauritanie et dont le chef: M.Djibo Bakary avait officiellement recommandé à ses électeurs de voter 'non'. Le peu d'empressement des Nigériens à suivre ses ordres nontre la forte influence qu'ont gardé dans le pays les autorités musulsmanes traditiornelless. Elles ont pu tenir en échec un des plus brilliant leaders politiques de formation syndicaliste d'Afrique Noire, maître au surplus de l'appareil administratif et finan- cier du Territoire. Qu'est donc cet Islam nigérien Seul pays d'Afrique à avoir été islamisé à la fos par sa marche orientale et par sa marche occidentale, le Niger est donc le lieu de rencontre de deux Islams assez différents. D'avoir reçu le Coran de facteurs aussi différents a influé sur le comportement religieux, social et politique de ses habitants, opposant le Niger de l'Ouest (ayant subi l'influence traditionnelle) au Niger de l'Est (ayant subi le joug de l'Islam oriental). L'auteur étudie ici la situation du Coran au Niger au lendemain du référendum.