o:id 78379 url https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/78379 o:resource_template Newspaper article o:resource_class bibo:Article dcterms:title Nous avons rencontré l'avocat du FIS dcterms:creator Sharif Souley dcterms:subject https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/5 Laïcité dcterms:publisher https://islam.zmo.de/s/westafrica/item-set/2202 L'Appel dcterms:date 1998-11/1998-12 dcterms:rights In Copyright - Educational Use Permitted dcterms:isPartOf https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/12104 L'Appel #24 bibo:content Nous avons rencontré maître Simozrag : c'était au Centre Islamique qu'il a crée dit-il pour contribuer à l'éradication de l'ignorance. Dans ce centre en plein chantier, nous avons passé environ une heure écoutant quelque peu séduit, l'un des avocats du célèbre FIS (Front Islamique du Salut) dissout. Expulsé de la France après 9 mois de détentions vers le Burkina, il y a 4 ans. C'est un maître marqué par ce qu'il appelle l'injustice de la France et la complicité du Burkina que nous avons rencontré. C'est dans des termes souvent durs, que cet exilé qui se dit victime d'injustice a répondu à nos questions. Au moment ou nous mettions sous presse, nous avons appris l'arrivée d'un autre "Islamiste" Ahmed Zahoui au Burkina, un peu dans les mêmes conditions que notre interlocuteur. L'APPEL – Qui est Maître SIMOZRAG ? MAITRE AHMED SIMOZRAG (MAS) : Maître Simozrag est un serviteur de Dieu qui pense être croyant, qui essaye de servir l'Islam et les musulmans, dans le but de plaire à Allah et de se conformer à ses commandements. Je suis l'avocat de l'ex-Front Islamique du Salut (FIS). J'ai défendu le FIS en Algérie et j'ai poursuivi sa défense en France où j'étais déjà établi depuis 1977. Cette position, la défense du FIS, m'a coûté l'expulsion au Burkina Faso. La France, n'a pas voulu que je défende le FIS. Par suite de tractations avec les autorités algériennes et comme il y a des intérêts communs entre des responsables politiques français et des responsables politiques algériens, ils ont conclu que ma présence en France les dérangeait ; Et par conséquent, mon expulsion a été décidée de manière arbitraire et illégale au mépris des lois françaises et du droit international. Voilà, c'est ainsi que je me trouve éloigné de ma famille et de mes enfants et cela fait maintenant 4 ans et demi. Si j'ajoute les 9 mois d'assignation à résidence en France, ça fait 5 ans en Novembre. Cinq ans d'éloignement par rapport à ma famille. L'APPEL : Comment évolue votre situation et quel est celle de votre famille ? M.A.S : Ma famille se trouve dans une situation critique. Ma fille a tenté de se suicider. Elle s'est jetée du quatrième étage à cause de cette situation. Les enfants ont connu des échecs sur le plan scolaire, sur le plan de la santé ça ne va pas, puisque avec mon absence, ils sont sans soutien, et pour de petits enfants c'est difficile de supporter l'absence d'un père. Donc les enfants sont traumatisés à cause de mon absence. L'APPEL : Y a-t-il présentement un recours quand on sait que les actions entreprises pour votre retour n'ont pas abouti et que votre situation au Burkina est de plus en plus précaire. M.A.S : Il n'y a plus de recours, le recours a été rejeté. Nous avons épuisé toutes les voies de recours en France. Il ne reste maintenant que la Cour Européenne des droits de l'homme. Comme c'est une procédure longue et lente, je pense qu'il n'y a pas lieu de l'engager. Dans la mesure où notre problème est politique, il exige une solution politique. Nous n'avons rien fait pour être expulsé. Si nous avions commis un délit ou une contravention, nous aurions été traduit en justice comme les Algériens qui sont en train d'être jugés présentement en France. Si nous avons été expulsés, c'est parce que sur le plan judiciaire, ils n'ont rien à nous reprocher. Nous n'avons commis aucune infraction susceptible de nous faire encourir une telle sanction. Dans un Etat de droit où la liberté d'expression est garantie constitutionnellement et légalement, nous pensons avoir le droit de nous exprimer ; le droit de dire notre opinion sur les événements en Algérie. Nous avons dit qu'en Algérie, il y a des exactions, il y a la torture, il y a des injustices qui doivent être dénoncées... c'est cela qui n'a pas plu à certains des responsables français et algériens. C'est cela le point de discorde. C'est cela qui a provoqué notre expulsion. En dehors de ce fait d'opinion, rien n'explique notre expulsion puisque le délit d'opinion n'existe même pas. Nous n'avons pas voulu garder le silence devant ce qui se passe dans notre pays. Nous avons dit que la situation qui prévaut en Algérie est grave ; qu'il faut que la communauté internationale et les organisations de défense des droits de l'homme interviennent pour mettre fin à la dérive ?. Parce que l'Algérie allait à la dérive. Et c'est aujourd'hui vrai : plus de 100 000 morts. L'Algérie est endeuillée ; les Algériens pleurent nuits et jours leurs morts, leurs disparus, les dégâts humains, matériels et autres depuis 7 ans. L'APPEL : Pendant ce temps, les expulsés de Follembrey sont oubliés par la France et le Burkina ? M.A.S : Nous avons tiré la sonnette d'alarme, ils nous ont expulsés : Nous avons été volontairement oubliés par la France, le Burkina et tout le monde. L'APPEL : Combien étiez-vous au départ et que deviennent les autres ? M.A.S : Nous étions vingt et nous sommes maintenant six. Les autres sont partis qui à Londres, qui en Suisse, en Europe etc. L'APPEL : Que vous reproche-t-on au juste ? D'être des islamistes, d'appartenir au FIS ? M.A.S : Simplement d'appartenir à un mouvement qui prône la violence et le terrorisme sous-entendu le FIS. D'appartenir à un mouvement terroriste, ils veulent dire le FIS. Alors que le FIS n'est pas un mouvement terroriste. C'est un parti politique légalement reconnu et démocratiquement élu. Il a toujours prôné la paix et agi dans la légalité. L'APPEL : Quelle lecture faites vous de la situation actuelle en Algérie ? M.A.S : La situation en Algérie est dramatique. Personne ne peut dire le contraire. Il y a toujours des morts. Qui est à l'origine de ces tueries ? Je ne peux pas dire que ce sont les islamistes. Il est vrai qu'ils sont partie prenante au conflit, mais il y a des massacres dont les islamistes sont complètement innocents. Je ne pense pas que des musulmans puissent s'attaquer à des innocents surtout à des enfants, à des femmes qui ne participent pas au combat. En Algérie, il y a une sorte de guerre civile qui sévit actuellement, il y a des milices, il y a des agents de pouvoir qui agissent en sourdines, il y a des bandes de criminels de droit commun qui tuent également, donc le pays est dans une situation lamentable. L'APPEL : Le départ annoncé du président ZEROUAL est-il un début de solution au problème algérien. Si non par où passe la solution ? M.A.S : Je pense que c'est un signe positif qui peut se traduire par un début de solution. La solution passe par la réhabilitation du FIS étant donné que le FIS est un parti légal, démocratiquement et légalement reconnu par le peuple algérien, plébiscité par ce peuple dans sa majorité. On n'a pas le droit de le radier. On ne peut pas effacer l'histoire. Le FIS, c'est l'histoire de l'Algérie, c'est l'identité du peuple algérien. Il traduit la réalité du peuple algérien. Ce n'est pas la loi qui l'a créé, par conséquent, ce n'est pas la loi qui peut le faire disparaître. Ce n'est pas la loi qui crée l'histoire. Ce sont les faits qui créent la loi et non l'inverse. Par conséquent, la solution en Algérie passe d'abord par la réhabilitation du FIS. Il faut rendre au FIS ses droits, ce droit à l'existence d'abord. On ne veut pas lui reconnaître cette existence, pourquoi ? Il faut en deuxième lieu engager un dialogue avec le FIS. C'est un parti pacifique, un parti ouvert au dialogue, un parti qui ne veut pas prendre le pouvoir par la force ou par la violence ... D'emblée, il a opté pour la voie pacifique, démocratique, électorale ... ce sont là les alternatives de la crise. L'APPEL : La désorganisation actuelle du FIS permet-elle un dialogue avec le pouvoir en place. M.A.S : Il n'y a pas de désorganisation du FIS. Je dirai qu'il y a eu plutôt une purification dans ses rangs. Le FIS a maintenant ses rangs purifiés. On distingue aujourd'hui les gens sincères, engagés, fidèles à la cause islamique, des autres. Il y a eu une espèce de décantation. L'APPEL : Mais le parti peut-il vraiment s'organiser avec des responsables en détention ou assignés à résidence ? M.A.S : Je crois que le FIS est malgré tout capable de réorganiser sa base, les responsables même en détention ne sont-ils pas des interlocuteurs crédibles ? A travers Abassi Madani, on peut dialoguer avec le FIS. Mais il faut le réhabiliter et ce serait un pas vers la sortie de la crise. L'APPEL : Seriez-vous prêt à rentrer en Algérie ? Est-ce d'abord possible ? M.A.S : Je ne pense pas, à moins que les conditions que j'ai citées ne soient remplies. L'Algérie est avant tout mon pays. Mais pour y aller, il faut entre autre la réhabilitation du FIS, l'arrêt de la répression, la libération des prisonniers politiques. Si ces conditions sont remplies, je rentre, car en rentrant je peux contribuer au changement. L'APPEL : Le reproche qui est fait aux islamistes, c'est qu'ils sont violents. Est-ce dire que l'Islam est violent ? M.A.S : L'Islam, c'est le contraire de la violence. L'Islam est aux antipodes de la violence. L'APPEL : Qui est donc responsable de la violence en Algérie ? M.A.S : L'Islam, c'est la miséricorde, la "rahma", la paix "as Salam", la tolérance, la solidarité qui ont été les maîtres mots du message du prophète. (S.A.W). Aujourd'hui en Algérie, il y a des injustices. La situation est catastrophique et des musulmans sont victimes de ces injustices. Ils réagissent en tant qu'êtres vivants opprimés et brimés. Cette réaction n'est pas à mettre systématiquement à l'actif de l'Islam. Tout ce que font les musulmans n'est pas au compte de l'islam tout comme tout ce que font les juifs et les chrétiens extrémistes n'est pas à l'actif du judaïsme ou du christianisme. Même un animal, il réagit en cas d'agression. Il n'y a pas que des musulmans qui, en Algérie, réagissent contre l'injustice des gouvernants. Mais tout est malheureusement à l'actif de l'Islam, l'éternel accusé. L'APPEL : Finalement, le système islamique peut-il être une alternative pour l'humanité ? M.A.S : Je pense que c'est la seule alternative. C'est le seul remède aux maux dont souffrent nos sociétés humaines. Nous avons des preuves, des preuves théoriques à travers les enseignements de l'Islam. Mais aussi des preuves pratiques. L'Islam a gouverné pendant des siècles et il n'y a pas eu de pagaille, de désordre, de pauvreté excessive et meurtrière, de débauche. Lorsque l'Islam était au pouvoir, il n'y avait pas de dictature, de criminalité parce que l'Islam à des lois dissuasives et des enseignements d'ordre moral capable d'instaurer la paix, la concorde entre les musulmans et les non-musulmans. Les voies du chaos sont des sens interdits en Islam. C'est la laïcité qui nous a conduit au chaos avec l'exaltation des voies de l'impiété, de l'individualisme, de l'égoïsme, du matérialisme, de l'amour de l'argent, du mépris et de l'oubli de l'autre. Dans un régime islamique, la moindre des choses, c'est la rahma, la clémence, la compassion, la solidarité, c'est pourquoi il ne doit pas y avoir de pauvres dans une société islamique en principe. Comment l'Islam ne serait-il pas le remède, l'alternative dans ces conditions ? C'est la seule. La preuve après avoir essayé tous les systèmes, nous avons essuyé un fiasco. Pourquoi ne pas faire l'expérience de l'Islam ? L'Islam est un mode de vie proposé par Dieu lui-même. L'APPEL : Le moment est-il venu d'instaurer des Etats islamiques ? M.A.S : Ca dépend des régions. Mais l'avenir appartient à l'Islam. Il vaut mieux de si familiariser dès maintenant au lieu de le combattre. L'APPEL : Et pourtant que ce soit au Soudan, en Afghanistan, ou ailleurs dans le Golf le véritable Etat islamique n'est pas encore une réalité. M.A.S : C'est parce que le monde occidental ne veut pas et se bat pour cela. Il y a des obstacles qui empêchent le libre choix des musulmans. L'occident, c'est l'obstacle majeur. Il y a l'ignorance des musulmans eux-mêmes. L'Occident ne veut pas d'un Islam modèle de société. C'est pourquoi, il impose la laïcité, la séparation entre religion et pouvoir. L'Islam est venu pour régir tout l'homme, toute sa vie. Sa vie économique, politique, sociale... L'APPEL : Comment venir à bout de ces obstacles à l'instauration d'un Etat islamique ? M.A.S : L'obstacle de l'ignorance, on peut le surmonter par la formation et l'information des musulmans. C'est ce que L'APPEL fait par exemple. C'est un travail louable. Il faut enrayer l'ignorance. Il ne faut pas ensuite céder au chantage et à l'oppression de l'occident. Il faut plutôt suivre la voie de Dieu et non amadouer l'occident. On ne peut pas discuter les ordres de Dieu, il faut donc défendre l'Islam. L'APPEL : Comment appréciez-vous l'Islam au Burkina ? M.A.S : J'ai connu l'Islam au Burkina à travers des mosquées que je fréquente et à travers le mouvement des étudiants musulmans. A mon avis, il manque beaucoup de choses au Burkina en matière de connaissance islamique. L'Islam au Burkina se trouve être entaché de certaines pratiques étrangères comme la sorcellerie, la superstition, le syncrétisme. Il y a en fait un Islam non complet. C'est un Islam qui s'installe. Il manque beaucoup de choses mais l'un des atouts c'est que les gens sont sincères. Il leur faut la formation, et la responsabilité incombe aux intellectuels y compris vous-même. L'APPEL : Est-ce pour venir à bout de cette ignorance que vous avez créés au Burkina, un Centre islamique ? Quels sont les objectifs de votre Centre ? M.A.S : L'objectif, c'est de faire connaître le vrai visage de l'Islam au moyen de la formation, de la diffusion des enseignements de l'Islam, par les colloques, les livres etc. Le centre est là pour faire connaître l'Islam à tous ceux qui sont intéressés. C'est aussi pour venir en aide aux nécessiteux sur le plan scolaire, vestimentaire, sanitaire, alimentaire... L'APPEL : Lisez-vous L'APPEL ? Si oui comment appréciez-vous ce journal. M.A.S : C'est un journal animé par des intellectuels. C'est ce qui frappe d'abord. Il a apporté beaucoup aux musulmans du Burkina, même aux non-musulmans. Malgré les difficultés qu'il rencontre, je pense que c'est un grand pas, un travail gigantesque. Je n'ai pas de critique contre ce journal. Seulement je trouve qu'il met trop à nu les problèmes de la communauté. C'est l'exemple du Hadj. Je pense qu'il faut laver le linge sale en famille et éviter de faire la part belle aux ennemis de l'Islam qui en profitent. Vous avez la justice et d'autres moyens, poursuivez les gens, passez-les devant un conseil de discipline et prenez des sanctions, c'est plus discret et plus juste dans la mesure où le coupable aura l'occasion de se défendre et de s'expliquer. De ce point de vue je trouve qu'il n'était pas opportun de trop critiquer, mais il se pourrait que je me trompe car je ne connais pas le fond du problème. Vous êtes bien placés pour l'apprécier . L'APPEL : Votre dernier mot M.A.S : Je remercie L'APPEL dont j'apprécie les articles. Que Dieu vous récompense. Allez de l'avant. Dieu Inch'Allah est avec nous si nous persévérons. Il ne faut jamais se satisfaire du peu qu'on a et croiser les bras. Le travail que nous faisons profite à toute l'humanité et il faut donc continuer sur la voie de la défense de l'Islam. L'Islam n'est pas le terrorisme, c'est la miséricorde, c'est la paix, la tolérance, la fraternité, la solidarité. l'humanisme, la religion la plus humanitaire. L'Islam recommande de visiter les malades, d'être bon envers les animaux et l'environnement, de prendre soin du voisin et du vieillard, de nourrir les pauvres, les prisonniers, de vêtir celui qui est nu, de respecter tout le monde. C'est à cela que j'invite mes frères. Interview réalisé par Sharif Souley bibo:issue 24 bibo:numPages 2 bibo:pages 5 6 --