o:id 78365 url https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/78365 o:resource_template Newspaper article o:resource_class bibo:Article dcterms:title Le port du foulard islamique à l'école constitue-t-il une remise en cause de la laïcité? dcterms:creator Hassan Aziz dcterms:subject https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/5 Laïcité dcterms:publisher https://islam.zmo.de/s/westafrica/item-set/2202 L'Appel dcterms:date 1994-11/1994-12 dcterms:rights In Copyright - Educational Use Permitted dcterms:isPartOf https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/12036 L'Appel #00 bibo:content Portera, portera pas? Ainsi pourrait-on résumer le débat qui oppose actuellement en France partisans et adversaires du port du foulard islamique dans les établissements publics. Guerre de religions ! crient les musulmans français, volonté d'intégration républicaine ! repliquent les laïcs. Dans tous les cas la circulaire Bayrou a tranché. Le foulard islamique ne sera plus admis dans les établissements en France. Pour qui suit l'actualité, il est question ces derniers temps en France, d'interdiction de port de "signes ostentatoires" dans les établissements primaires et secondaires. Et chaque jour que Dieu fait, les médias occidentaux (RFI en tête) font écho d'expulsions de jeunes filles par des responsables d'établissement en France. La raison d'expulsion de ces jeunes filles musulmanes (pour ne pas dire leur crime) est généralement la même : refus d'enlever le voile islamique à l'école. Mais si le problème du voile islamique défraie actuellement la chronique en France, il est important de savoir que le débat sur la question ne date pas de cette année. Depuis l'affaire du foulard qui, en 1991 avait ébranlé la France toute entière, un débat latent oppose partisans et adversaires de l'interdiction du voile islamique dans les écoles françaises sans que les instances judicaires ne tranchent sur la question. Mais cette année la France a décidé d'officialiser sa position sur la question par l'entremise de son ministre de l'Education Nationale monsieur François Bayrou. En effet une circulaire émanant de ce dernier et adressée aux chefs d'établissements secondaires préconisait l'introduction dans les règlements intérieurs de ces écoles d'une disposition interdisant le port de "signes ostentatoires" notamment d'ordre religieux. Depuis le 20 septembre 1994 donc, date de la circulaire Bayrou, la France a dit non au nom de la laïcite et d'une certaine volonté d'intégration républicaine au foulard islamique. Elle a peut être ses raisons, "que la raison de laïcité ignore" car pour qui connait la position actuelle de la France à l'égard de l'islam (expulsion d'imams, soutien ferme au régime algérien dans sa lutte contre les islamistes) une telle décision ne surprend vraiment personne. Que la France interdise donc le voile dans ses établissements cela semble donc se comprendre et répond à une certaine logique ; mais que des jeunes filles musulmanes soient harcelées et menacées d'expulsion par des chefs d'établissements au pays des hommes intègres, cela ressemble a un rêve. Pourtant il semble qu'ici au Burkina, certains individus notamment des responsables d'établissements soient tentés par l'aventure de monsieur Bayrou et interdisent aux jeunes filles porteuses de voile l'accès des salles de cours. De tels comportements qui n'obéissent qu'a des humeurs purement personnelles ne sont que le résultat logique de la campagne d'intoxication des consciences, et surtout de dénigrement du menée par les médias occidentaux contre l'islam. Car a notre connaissance aucun texte officiel n'autorise un chef d'établissement à prendre de telles mesures qui traduisent une fois de plus la volonté perpétuelle des africains à vouloir copier tout ce qui vient de l'occident. Mais attention ! La France n'est pas le Burkina. Cette campagne d'intoxication est tellement bien orchestrée que même des musulmans sont en train de tomber dans le piège des ennemis de l'islam par manque de discernement. En effet, il n'est pas rare par ces temps d'entendre des musulmans et très souvent des "musulmanes" soutenir ouvertement la tentative actuelle d'interdire le port du voile dans les établissements sous le naïf prétexte de la laïcité ou de la neutralité de l'école. A ces musulmans nous disons qu'il faut toujours juger l'islam "sur pièces" et non sur des "a-priori", car le bon musulman c'est avant tout celui qui juge entre les gens d'après ce que Dieu a fait descendre : (coran 5.V 49). Il faut toujours répondre aux questions religieuses par les textes religieux et non par ses propres passions. Le voile islamique un vêtement de piété Que dit donc l'islam du foulard? Comme tous les autres éléments de l'habillement humain, le voile fait parti des vêtements que Dieu a donné aux hommes pour couvrir leur nudité comme le dit le verset 26, du chapitre 7 du coran. "Fils d'Adam! Nous vous avons donné des vêtements pour couvrir votre nudité et des ornements. Mais le vêtement de la piété est meilleur encore". Le foulard islamique a donc pour fonction première de couvrir celle qui le porte. Le port du foulard obéit a une recommandation divine énoncée au verset 33 du chapitre 59 en ces termes. "Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyantes de ramener sur elles leurs grands voiles. Elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est pardonneur et miséricordieux". Le port du voile ne répond donc pas a une volonté de l'homme ou du mari, mais une volonté divine et la musulmane qui le porte se soumet à Dieu et à son prophète et non à son père ou encore à son mari. Ce mot soumission que ne veulent d'ailleurs pas entendre les détracteurs de l'islam qui qualifient le voile de signe d'asservissement de la femme (Le Figaro n° 15610 du 27 octobre 1994). Dieu dit aux croyants et aux croyantes de baisser leur regard et de garder leur chasteté (coran 24, verset 30 et 31). Aux croyantes, il dit au prophète de dire "de ne montrer leur atouts (parures) qu'a leur mari ou à leur père... (24, 31). Ceux qui demandent aux filles musulmanes d'ôter leur foulard ne veulent en faite les voir que comme les autres filles. Ils prétendent qu'en classe chacun doit rester neutre. Mais combien de filles aujourd'hui se présentent-elles neutres dans une salle de cours? 99% d'entre elles portent soit une perruque soit des mèches. On dira que ce ne sont pas là des signes. Mais il y a des gens que cela choque. Ceux-là ont-ils le droit d'interdire ces coiffures dans les classes? Dieu dit que le voile permet de distinguer la femme musulmane des autres femmes mais cela ne veut nullement dire comme le prétend le Figaro (même numéro) que le foulard exclut la femme musulmane de la société. Le médecin qui porte sa blouse à l'hôpital ne s'exclut aucunement de son milieu de travail. On le distingue de ses malades, cependant qu'il est le plus proche d'eux. Il faut éviter certaines confusions qui tentent de mettre le foulard islamique sur le même plan que le Képi que porterait un élève, ou encore le petit bonnet qu'arborerait un jeune musulman en classe. On n'a jamais vu un élève refuser d'enlever son bonnet en classe sous prétexte que c'est un vêtement religieux. "Derrière le voile se trouve une conviction, une vision du monde". Foulard islamique : une entorse à la laïcité ? Le prétexte de la laïcité, un argument fallacieux L'argument qui veut donc qu'on enlève le foulard à l'école au nom de la laïcité est tout simplement fallacieux. Il manque d'objectivité et surtout de pertinence car remettant en cause les principes de base même de la laïcité qui garantit la liberté confessionnelle à tous les citoyens. Par liberté confessionnelle le musulman n'entend pas le seul fait de prier, de jeuner ou d'aller à la mecque, car l'islam ne se limite pas à la mosquée. Plus qu'une religion, c'est un mode de vie, une culture, une civilisation et la laïcité à notre connaissance est également pour le respect des différences. Il faut éviter de se cacher derrière les arguments du genre: l'école est laïque, chacun doit être neutre pour éviter de violer les droits individuels qui sont garantis par notre constitution laïque. L'école est laïque cela est vraie et aucun burkinabè ne demande à ce qu'elle soit confesionnelle, du moins pour l'école publique. Le contenu de l'enseignement est laïc également et personne ne remet cela en cause, mais ce contenu n'a pas à imposer une vision du monde. Le rôle de l'école dans un état laïc ne consiste pas à former des laïcs encore moins des athées, mais l'objectif de l'école c'est de créer une "ambiance" de fraternité, de tolérance, de solidarité ou les diversités nationales se reconnaissent dans la justice, l'égalité et le respect mutuel. Il faut surtout éviter au mieux les transpositions aveugles et très souvent choquantes qui entraînent des querelles inutiles qui n'ont d'autres conséquences que d'émeuter le peuple et le dévier des ses vraies préoccupations. Les victimes inconscients de la campagne de haine et de dénigrement de l'islam par les médias occidentaux, doivent d'ailleurs savoir que même en France l'interdiction du foulard à l'école ne fait pas l'unanimité. Le conseil d'Etat Français par exemple estime qu'il n'est pas permi de l'interdire (Figaro n° 15610 du 27 octobre 1994). Même des hommes d'église qui savent que le voile n'est pas une pratique qui date du temps du prophète Mouhammad (Saw) s'élèvent contre la circulaire Bayrou. Peut être se rappellent-ils maintenant de ces paroles de la Bible: "si la femme ne se voile pas, qu'elle se coupe les cheveux. Mais s'il est vilain qu'une femme se coupe les cheveux ou se rase, qu'elle se voile". (Première Epitre de Paul aux corinthiens 11-6). A propos justement de cette mesure d'interdiction du foulart islamique. Monseigneur Gaillot évêque d'Evreux dit ceci dans le n° 15610 du Figaro : "Exclure des jeunes filles d'un lycée parce qu'elles portent le voile islamique va à l'encontre du principe de l'intégration. Dans ce cas l'école publique ne joue plus sont rôle d'exemple de tolérance. Il faut apprendre à respecter les gens dans leurs traditions culturelles et religieuses. Kippa, croix et voile islamique peuvent cohabiter sans aucun problème". D'autres personnalités notamment des libres penseurs et des écrivains estiment également que l'interdiction est une décision injuste. Monsieur Guy Sorman, écrivain et directeur de la Revue Esprit libre affirme : "ceux qui brandissent la laïcité sont en effet des chrétiens refoulés. Ils n'acceptent pas que la France soit le pays de la diversité, qu'il ait chez nous quatre millions de musulmans". Les événements des derniers temps en France, amènent vraiment à douter de la sincérité des autorités françaises d'interdire les signes religieux au nom d'une certaine intégration républicaine. Monsieur Roger Garaudy, écrivain et communiste bien connu convertit à l'islam parle de "bruit orchestré par une volonté politique:...Tout se passe comme si Pasqua était ministre de l'Education Nationale". Au moment où la France victime d'un certain intégrisme Républicain ou d'un Fanatisme laïque se livre à cette guerre contre les musulmans, certains pays européens font par contre preuve d'une grande tolérance à l'égard des minorités religieuses. C'est le cas de la Grande Bretagne où les 1,5 million de musulmans vivent en parfaite harmonie avec les dizaines de millions de britanniques des autres confessions. Les jeunes filles musulmanes y sont même autorisées à rester couvertes durant les heures de classe. Elles peuvent même s'abstenir de certains cours qui peuvent heurter leurs convictions religieuses. C'est vraiment là l'exemple d'un pays démocratique et "civilisé", Il est également important de souligner que même en France certaines régions tolèrent le voile dans les établissements. "En Alsace, nous avons l'habitude de voir avec la présence des signes religieux. Si on les interdisait, cela poserait quelques problèmes" affirme monsieur Alain Boyer ancien chargé des cultes au ministère de l'Intérieur, qui a été professeur dans la région de l'Alsace. Se cacher donc derrière les arguments de la laïcité, de la neutralité de l'école ou encore de la démocratie, pour interdire le port du foulard islamique à l'école, relève tout simplement d'une volonté délibérée de violer impunément les libertés individuelles des citoyens. Les musulmans qui affirment que le port du voile n'est pas un signe de foi doivent savoir qu'il n'y a pas de musulmans "modérés" ni de musulmans "intégristes", mais qu'il y a tout simplement des musulmans. Il faut éviter de semer de la confusion dans les esprits et se conformer aux principes islamiques. Le coran précise d'ailleurs "juge entre eux d'après ce que Dieu t'a fait descendre comme révélation et ne te conforme pas à leur désir. Prends garde qu'ils n'essayent de t'écouter d'une partie de ce que Dieu t'a révélé". Le port du foulard obéit à une injonction divine et en la matière chaque musulman doit essayer de se conformer aux recommandations divines selon ses possibilités. Le prophète Mouhammad (paix et salut sur lui) dit dans un hadith "ce que Dieu vous a interdit, abstenez-vous en, ce qu'il vous a recommandé de faire, faites le dans la mesure de vos possibilités". Ceux qui n'ont pas réussi à faire porter le voile et celles qui ne sont pas parvenues à le porter restent des musulmans, mais doivent reconnaitre objectivement que leur degré de foi ne leur permet pas encore de répondre à cette injonction: une telle position est plus sage, plus honnête et plus responsable à notre sens que celle qui consiste à déclarer au gré de ses passions que le foulard islamique n'est pas un signe de foi. Aucun musulman n'a le droit d'obliger les autres à porter le voile car le coran affirme qu'il n'y a pas de contrainte en religion. Dans le même sens, c'est pratiquement anti-islamique d'abroger les versets de Dieu au gré de ses humeurs. Quant aux chefs d'établissements qui au nom de la laïcité veulent obliger les jeunes filles musulmanes à ôter leur foulard, il faut qu'ils commencent d'abord par demander aux autres filles de s'habiller pour venir à l'école. Cela éviterait à nos établissements d'être des lieux de formation de Star du sexe à la Madona; où les attentats à la pudeur sont devenus des choses normales. La laïcité ne doit pas servir de prétexte pour réveiller des démons qui ne demandent vraiment qu'à dormir tranquille. La laïcité au Burkina Faso n'a pas la même histoire que la laïcité en France. Chacun de nos deux pays a ses réalités. Jules Fery l'un des fondateurs de la laïcité confiait à Jean Jaurès "mon but est d'organiser l'humanité sans Dieu" et nous ne pensons pas que ce soit le but de la laïcité au Burkina Faso. Nos autorités doivent donc prendre des dispositions pour éviter que les chefs d'établissements imbus de laïcité à la Bayrou, ne créent de confusions dans nos écoles. Le Burkina Faso n'est pas la France ! Hassan Aziz PLUS DE FOULARDS DANS LES ECOLES FRANCAISES Le 20 septembre dernier, le ministre fraçais de l'Education Nationale, monsieur François Bayrou a adressé aux chefs d'établissements secondaires, une circulaire. Ce texte préconise dans ses grandes lignes, l'introduction dans les règlements intérieurs, d'une disposition interdisant le port de "signes ostentatoires" dans les établissements. Ce que la circulaire Bayrou qualifie de "signes ostentatoires", ce ne sont ni les collants, ni les jeans, ni les mini-jupes et autres vêtements sexy, mais le foulard islamique et dans une moindre mesure la Kippa juive et les croix. La circulaire Bayrou, en interdisant le port des signes religieux dont notamment le foulard islamique s'inscrit en faux contre les impératifs de la liberté d'expression et de la tolérance. Elle refuse la diversité et remet en cause le principe de la laïcité comme le fait remarquer le philosophe Roger Garandy : "c'est gravement violer la laïcité que de parler comme le fait la circulaire Bayrou, de "signes ostentatoires". En réalité, ce n'est pas le foulard lui même qui dérange, mais le dynamisme de son idéologie. En effet, derrière le débat sur les signes religieux, il y a une gigantesque hypocrisie. Cette hypocrisie dissimulée sous les arguments de la laïcité n'est rien d'autre que le refus de l'islam et de sa culture. Guerre de religion? affrontement entre civilisation judéo-chrétienne et musulmane? refus de la diversité? exclusion? dans tous les cas, le foulard islamique ne fera plus partie du paysage scolaire en France, contrairement à la Grande Bretagne où les jeunes musulmanes sont autorisées à rester couvertes en classe et même, à ne pas suivre les cours à même de heurter leurs convictions religieuses. Massa bibo:issue 0 bibo:numPages 3 bibo:pages 7 8 9 --