Issue
Alif #15
- Title
- Alif #15
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Alif
- Date
- February 1994
- issue
- 15
- Abstract
- Mensuel islamique d’informations et de formation
- number of pages
- 12
- Subject
- Tidiane Bah
- Language
- Français
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0001385
- content
-
RADJAB
CHAABANE
1414 H
alif
Mensuel islamique d'informations et de formation
FEVRIER 1994
N° 15
2ème Année
200F
DOSSIER SPECIAL RAMADAN :
- POURQUOI JEÛNER.
- COMMENT DETERMINER LE PREMIER JOUR DE JEÛNE ?
- CONSEQUENCES DE LA RUPTURE DU JEÛNE.
- IMPACT DU JEÛNE SUR LA SANTE.
- TABLEAU DES PRIERES SUREROGATOIRES
P.P. 3-10
PRECISION
POURQUOI UN MUSULMAN NE PEUT PAS PRIER POUR LE REPOS DE L'ÂME D'UN NON-MUSULMAN ?
P. 2
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ALIF
Mensuel islamique
d'information et de formation
20 BP 575 abidjan 20
Tél : 37 20 90
Siège : Cité Fairmon N° 14
DIRECTEUR
DE PUBLICATION
OUATTARA Issouf
REDACTEUR EN CHEF
MAROUF YEO
REDACTION
Marouf YEO
Siddique KANTE
TOURE Yacouba
WATTARA Adams
DIALLO Mamadou
OUATTARA Issouf
CARAMOKO Ibrahim
MEÏTE Mory
COMPOSITION
LAZER-WRITER
Tél : 44 - 15 - 34
MAQUETTE
MAROUF
IMPRESSION
Imprimerie Reprographie
03 BP 1233 Abidjan 03
Tél : 37 - 82 - 52
DISTRIBUTION
Edipresse
DEPOT LEGAL
N° 2789 du 20 - 03 - 92
EDITORIAL
POURQUOI UN MUSULMAN NE PEUT PAS PRIER POUR LE REPOS DE L'ÂME D'UN NON-MUSULMAN.
<< Qu'ont-ils, le prophète et les croyants, à demander pardon en faveur des non-musulmans, quand bien même ce serait des gens de la parenté, après qu'il leur a été manifeste que ces gens n'étaient pas musulmans ? >>. S. 9 - verset 113
Ce qu'il nous a été donné de voir ces derniers temps à la télévision ivoirienne à propos des présentations des condoléances à la famille éplorée de Feu le président de la république à yamoussoukro est inquiétant Nous avions au départ décidé de ne pas parler Mais notre foi nous a interpellé et nous interpelle sur, ce que nous avons vu et entendu de la part de certain frères musulmans Notre démarche est inspirée par nos textes fondamentaux sacrés qui sont une guidée pour nous. Voici quelques uns de ces textes
(1) << Ordonnez-vous aux gens obéissance et bienfaisance tout en vous oubliant vous-mêmes, alors que vous récitez le livre ? N'êtes-vous donc point sensés ? >>
S.2 - v 44.
(2) << O vous qui avez cru ! pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas vous-même ? c'est une grande abomination auprès de Dieu que de dire ce que vous ne faites pas >>.
(3) << Qu'ont-ils, le prophète et les croyants, à demander pardon en faveur des non-musulmans, quand bien même ce serait des gens de la parenté, après qu'il leur a été manifeste que ces gens n'étaient pas musulmans ? >> . S. 9 - verset 113
(4) << Celui d'entre vous qui voit une chose répréhensible qu'il la redresse de sa main, s'il ne peut, de sa langue, s'il ne peut de son coeur c'est là le moins que puisse exiger la foi >> HADITH du prophète rapporté par Muslim. Nous terminons la série des textes par ce hadith du prophète Mahamed (ps;c) éloquent à plusieurs égards : << Quand on constate une chose à propos de laquelle on a un avis à formuler, et qu'on garde le silence, le jour de la résurrection, Dieu tout puissant dira : << Qui t'a empêché de parler à propos de telle ou telle chose ? >> il répondra : << J'ai eu peur des gens >>. << Tu aurais dû me craindre moi-même >> dira Dieu >>. C'est fort de tous ces textes que nous avons pris notre responsabilité d'apporter un avis sur ce que nous avons constaté lors des funérailles du chef de l'Etat Que tous ceux qui vont se sentir vexés par nos propos nous pardonnent, car nous n'avons aucunement l'intention de salir la mémoire de notre président encore moins de nous attaquer à sa famille éplorée Nous voulons simplement dénoncer les écarts de comportement de certains de nos frères musulmans qui excellent souvent dans la versatilité Or ces comportements sont de nature à salir la mémoire de celui qu'ils prétendent vénérer Le Président Houphouet n'a que faire des prières hypocrites de ces frères Connaissant l'homme pour sa rigueur dans la gestion de ses souhaits, nous disons à nos frères de respecter sa mémoire comme il l'a toujours souhaité
Tout le monde sait qu'il est chrétien-catholique Il a démontré en offrant aux pays du tiers-monde en général et à la Côte d'ivoire en particulier une basilique Il a aidé les autres confessions du pays Malgré cela il n'a jamais fait mystère de sa foi chrétienne. Pour le chef de l Etat qu'il fût, tous les citoyens de ce pays doivent lui rendre hommage pour ce qu'il a fait pour notre pays Le meilleur hommage que les musulmans doivent lui rendre c'est le respect scrupuleux de sa mémoire Il est surtout conseillé lorsqu'un non-musulman meurt d'aller saluer la famille éplorée Mais il est déconseillé de faire des lectures coraniques pour le défunt lorsque ce dernier n est pas musulman Nous avons les exemples de l'oncle du prophète Mohamed (p s c) ABU Talib et du père d'IBRAHIM (A S ) qui n'ont pas bénéficié de ces faveurs Et nous savons aussi ce que ces deux personnes là représentaient pour ces prophètes La sourate 9 Verset 113 est éloquente à ce propos << Qu'ont-ils, le prophète et les croyants, à demander pardon en faveur des non-musulmans quand bien même ce seraient des gens de la parenté, après qu'il leur à été manifeste que ces gens n'étaient pas musulmans ? >>. Savent-ils l'existence de cette sourate et de beaucoup d'autres allant dans le même sens ? Que veulent-ils démontrer ? leur amour, leur dévouement, leur attachement ou bien est-ce par pure ostentation ou hypocrisie ? Veulent-ils être plus royalistes que le roi ? Quand est-ce que nous les musulmans allons-nous arrêter notre enfantillage, notre versatilité pour afficher et affirmer réellement ce que nous sommes à savoir ordonner le bien et condamner le blâmable Par notre comportement maladroit nous jetons le discrédit sur notre religion Soyons fermes dans notre démarche et personne ne nous en voudra pour cela, bien au contraire nous serons respectés pour ce que nous sommes Mais tant que nous allons nous comporter comme une mère poule qui suit le maître de la maison avec le bol plein de maïs nous serons à la merci des autre frères Notre responsabilité est grande dans tout ce que nous entreprenons ici-bas et les conséquences dans l'au-delà seront dures selon la gravité de nos actes. Le prophète Mohammed (p s.l.) nous avertit en des termes clairs : << Les actes ne valent que par les intentions et chacun n'a pour lui que ce qu'il a eu réellement de faire Celui qui s'est exilé par amour de Dieu et de son Message, son exil est pour Dieu et son Message Celui qui s'exile pour parvenir à des bien de ce monde ou pour épouser une femme, sa récompense est pour la raison qu'il l'y a poussé >>
Fasse Dieu que le mois de RAMADAN qui commence dans quelques jours puisse nous aider à raffermir notre foi. Ce mois de RAMADAN doit être l'occasion pour nous les musulmans de nous repentir et de prendre un nouvel envol afin de ne plus retomber dans les travers de la vie terrestre. Le jeûne a été ordonné par Dieu pour aider ces créatures à se protéger : << Ô vous qui avez cru ! on vous a prescrit la jeûne comme on l'a prescrit à vos prédécesseurs, peut-être serez-vous pieux ! >> s s. v. 183 Le prophète renchérit pour dire << Se jeûne est un préservatif Que celui qui jeûne ne commette pas d'acte obscène et ne soit pas grossier. Si quelqu'un l'attaque ou l'injurie, qu'il dise deux fois «je jeûne» >>.
OUATTARA ISSOUF
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RAMADAN
INCH'ALLAH
Le jeûne de RAMADAN commencera le SAMEDI 12 Février 1994.
1er RAMADAN 1414 H
C'est un mois béni de Dieu.
Tous les musulmans doivent en profiter.
POURQUOI JEÛNER ?
Toutes les civilisations d'autrefois, toutes les religions ont imposé à leurs adhérents quelques jours de jeûne par an. Pourquoi ? Etait-ce simple superstition ou cette pratique comporte-t-elle quelque utilité ? Nous vivons en un temps où chaque citoyen, riche ou pauvre, peut avoir accès à l'éducation, et nos gouvernements ne sont pas tenus de nous imposer la pratique de nos devoirs spirituels. Il peut donc être utile de savoir si cet antique devoir du jeûne est encore dans l'intérêt de la société. L'étude préliminaire et objective de ce sujet incombe d'autant plus aux Musulmans que ce n'est pas seulement la raison qui la dicte, mais que le Coran, qui est le fondement même de l'Islam, la leur enjoint. En effet, il n'y a pas un seul des devoirs spirituels imposés par le Coran qui ne soit accompagné d'un appel à la raison, à la méditation, à la réflexion, afin que l'homme puisse se persuader qu'il est dans son intérêt de le remplir. A maintes reprises, le Coran nous exhorte à ne pas suivre aveuglément les coutumes de nos ancêtres, mais à penser par nous-mêmes, afin que nous puissions en toute justice être personnellement responsable de nos actes. L'homme ne doit pas agir seulement par instinct, comme les animaux, mais par une action de sa volonté, comme il convient à un être à qui Dieu a donné la raison, à l'exclusion des autres êtres vivants. L'homme ne doit pas non plus se livrer à des pratiques mystérieuses et trompeuses, qui isolent la raison de la religion, ni croire pour la seule raison de croire, sans conviction réelle.
Certes, les tempéraments diffèrent entre les individus et tous les hommes n'ont pas les mêmes aspirations. Le sage selon le monde, avant d'entreprendre quelque action, s'assure que son objet aura utilité matérielle. Un pieux ermite, par contre, ne cherche que les avantages spirituels et le salut dans l'au-delà, renonçant au gain matériel sans y être contraint par qui que ce soit. Dans ces deux
Dossier réalisé par Marouf YEO
<< O ! vous qui croyez ! le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit aux générations qui vous ont précédées. Jeûnez durant des jours comptés : Celui d'entre vous qui est malade ou qui va en voyage jeûnera ensuite un nombre égale de jours.
Ceux qui peuvent jeûner et qui s'en dispensent, devront, en compensation nourrir un pauvre. Celui qui, volontairement, fera davantage, y trouvera son propre bien. Jeûner est un bien pour vous ; peut-être le comprendrez-vous.>> S.2 Verset 183.
catégories, le nombre de ceux qui poussent les choses à l'extrême est très limité : la très grande majorité des êtres humains, dans le monde entier, aspire au bonheur dans l'au-delà aussi bien que sur la terre. A ce double point de vue, l'Islam se signale pour la manière dont il pourvoit aux besoins de l'homme et le Coran (2 : 201) loue ceux qui prient Dieu en disant : << Donne-nous belle part ici-bas, belle part aussi dans l'au-delà>>, car c'est là l'idéal que cherche à inculquer l'Islam. Comme le jeûne est imposé par le Coran même, n'est-ce pas à nous de chercher à découvrir le bien qu'il nous procure dans ce monde et dans l'autre ? Nous devons le faire d'autant plus que l'homme n'est pas uniquement corps, ni uniquement esprit, mais les deux ensemble et que la poursuite exclusive du bien de l'un et non de l'autre renversera l'équilibre, alors que l'intérêt véritable de l'homme exige l'harmonie du corps et de l'esprit et leur association. Si nous ne travaillons que pour l'esprit, nous deviendrons des anges, surpassant les anges eux-mêmes, mais Dieu a déjà crée des anges et n'a pas besoin d'en augmenter le nombre. De même, si toute notre énergie est dépensée en vue du bien-être matériel et de l'intérêt égoïste, nous deviendrons des bêtes et des démons, les surpassant même dans le mal. Dieu a déjà créé d'autres êtres vivants de ce genre, et en devenant des bêtes et des démons, nous renversons l'ordre de la création des êtres humains doués des capacités nécessaires pour accomplir aussi : << Quiconque jeûne tout le mois du Ramadan et y ajoute encore six jours du mois suivant, le Shawwâl, c'est comme s'il jeûnait toute une année>>. Cela aussi fait 36 ou 35 jours selon les années (ou la lunaison de Ramadan a lieu après 30 ou 29 jours). Et le Coran dit (6 : 161) : << Quiconque fait une bonne action sera récompensé dix fois... >> (Le mois lunaire a de 29 à 30 jours, et l'année lunaire environ 355 jours. Si nous jeûnons pendant une année 29+6=35 jours, et pendant une autre année 30+6=36 jours, le mérite décuplé sera alternativement de 350 et de 360 jours. Ce qui, en fait, correspond à l'année lunaire complète des Musulmans. Il n'en est pas ainsi exactement chez les Chrétiens, qui observent l'année solaire. Celle-ci a toujours plus de 340 jours, si l'on multiplie le carême par dix.
Cela suffit à prouver que le jeûne correspond, en fait, à ce qu'en dit le saint Coran. Il existe aussi un jeûne dans les religions hindoues, bouddhistes et autres. (les Hindous jeûne la moitié de la journée seulement), mais nulle part il n'est observé comme il l'est parmi les Musulmans. Un autre trait curieux dans le verset coranique prescrivant le jeûne et qui frappe notre attention, c'est un ton d'imprécision apparente : << Vous pourrez ainsi échapper au mal, et peut-être seriez-vous reconnaissant>>. Pourquoi cette hésitation et non une affirmation ? Il y a là une particularité du style coranique, que l'on retrouve à maintes reprises. On peut en déduire au moins deux choses : tout d'abord la toute puissance de Dieu, qui peut faire ce qu'il veut, et malgré le culte que nous Lui portons. Il n'est pas tenu de faire de nous ce que nous souhaitons. En second lieu, le libre arbitre de l'homme : Dieu enseigne à travers le Coran, mais il dépend de chacun de nous d'apprendre ou de ne pas apprendre. L'argument contenu dans le verset en question - sur les effets du jeûne - peut inspirer la crainte de Dieu à certains lecteurs ou auditeurs, tandis que d'autres persévérerons dans leur obstination. L'autre allusion contenue dans le même verset, à propos de la gratitude, peut impliquer différentes choses : que la vrai reconnaissance ne dépend pas de l'aspect extérieur du jeûne ou de l'abstention d'aliments ou de boissons, mais que le jeûne doit-être dépourvu de toute ostentation et de tout autre mal, etc... : que l'abstinence n'est pas la seule méthode pour prouver notre gratitude envers Dieu, mais qu'il y a d'autres moyens qui doivent tous être scrupuleusement employés afin que la reconnaissance envers Dieu soit réelle et que soit accompli notre devoir de gratitude envers notre Seigneur.
Le troisième point qui attire notre attention dans ce verset, est le souci constamment présent dans la loi de l'Islam de faciliter les choses aux fidèles. Cette loi fait des concessions, non seulement aux malades, mais également aux voyageurs : ils n'ont pas besoin de jeûner durant le mois de Ramadan, mais ils pourront le faire dans une occasion plus propice. Notre jeûne n'est pas dans l'intérêt de Dieu mais dans notre propre intérêt. En forçant un malade à jeûner, on peut aggraver son mal et même hâter sa mort. L'Islam n'est pas dur et cruel, mais indulgent. Voilà pourquoi une plus grande proportion de ses fidèles observent ses décrets que ceux d'autres religions.
Source France - Islam.
4ème édition de dimensions de l'Islam " revue corrigée et augmentée. Belle reliure.
Disponible à la librairie du Nord (Nanan Yamousso) et à la librairie JECEDA (Plateau)
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RAMADAN
DES SIX OBLIGATIONS EXTERIEURES, COMMENT DETERMINER LE PREMIER JOUR DU JEÛNE ?
La première.
Elle concerne l'observation du premier jour du mois de Ramad-ân, à partir de la vision du croissant de lune (ru'yat al-hilâl). Si le temps est couvert, il faut admettre que le mois précédent, celui de Shâ bân, a trente jours.
Par cette vision du croissant, nous entendons la connaissance certaine (qu'il a bien été observé). Or, celle-ci résulte de la parole d'un seul témoin musulman juste. (Par contre), la vision du croissant de lune du début du mois de Shawwâl, le mois qui suit celui de Ramad-ân, doit être confirmée au moins par deux témoins justes adonnés à la pratique d'adoration.
Celui qui entend un seul témoin juste (proclamer avoir vu le hilâl), à la parole duquel il peut se fier et dont la sincérité lui parait évidente, est tenu de jeûner, même si le Qadi ne l'a pas encore annoncé. Dans cette pratique d'adoration, chacun se conformera à ce qu'il a estimé valable.
Quand la vision du croissant de lune a lieu dans une localité et pas dans une autre, le jeûne devient obligatoire pour ceux qui se trouvent entre ces deux territoires si ces derniers sont distants de moins de deux relais de monture. Si la distance est plus importante, les habitants de chaque localité se décident en toute indépendance sans que l'obligation (de jeûner) s'étende au delà.
LA PRATIQUE DU JEUNE
La seconde : l'intention de jeûner.
Cette intention doit être renouvelée chaque nuit, d'une manière délibérée, claire et catégorique, car l'intention de jeûner tout le mois de Ramad-ân formulée une fois pour toute (au début du mois) ne saurait suffire. C'est ce que nous venons de spécifier par notre propos «chaque nuit». Car l'intention formulée pendant le jour ne peut être valable, ni pour le jeûne de ce mois, ni pour un jeûne obligatoire, sauf pour celui de libre initiative ou surérogatoire. C'est ce que nous avons voulu préciser en disant «délibérée», puisque l'intention expresse de jeûner peut s'appliquer soit au jeûne de Ramad-ân, soit à un autre jeûne obligatoire. Or, celle-ci ne pourrait suffire ici tant qu'on n'a pas en vue le jeûne qu'Allâh impose et qui est, en l'occurrence, celui du mois de Ramad-ân.
De même n'est-il pas valable de considérer le jeûne de la journée du doute comme premier jour du mois en question, même si on avait eu cette intention pendant la nuit et même si cette journée s'avérait (après l'aube) faire partie du mois de Ramadân.
La résolution de jeûner peut s'appliquer même si l'intention a été déterminée par la déclaration d'un seul témoin juste. La présomption d'une erreur ou d'un éventuel mensonge de celui-ci ne doit pas altérer la résolution de jeûner (le jour en cause). La résolution de jeûner qui se fonde sur une circonstance précise, le doute par exemple qui peut survenir pendant la dernière nuit de Ramad-ân, (à savoir si le lendemain est jour de jeûne ou non), ne peut être remise en cause (puisque dans le doute, on doit avoir eu l'intention de jeûner le lendemain).
De même, si l'on se fonde sur une interprétation personnelle (ijtihâd), le doute n'invalide pas l'intention de jeûner, par exemple dans le cas de celui qui est enfermé et à qui s'impose par une évidence résultant d'une interprétation personnelle que le mois de Ramadân a commencé. Le doute qu'il pourrait avoir ne doit pas invalider son intention de jeûner. Même si une certitude existait pendant cette nuit (appelée nuit du doute), sa résolution de jeûner n'est pas altérée par ce qu'il pourrait dire, car celle-ci réside dans le coeur, là où on ne peut concevoir la coexistence de la ferme résolution et du doute. Par exemple, si l'on se disait en plein Ramad-ân : «Demain je jeûnerai si ce jour est encore en Ramadân !» En effet, un tel propos n'est pas préjudiciable (à l'intention), car il s'agit, en l'espèce, d'une habitude de langage, alors que là où réside l'intention, il ne peut y avoir une telle hésitation, puisqu'il est indubitable que le jour qui va suivre appartient à ce mois.
Celui qui, pendant la nuit, décide de jeûner, puis mange le jour, ne détruit pas son intention.
La femme qui a ses règles et qui a formulé l'intention de jeûner (si son état cessait !) le fait valablement lorsqu'elle peut se purifier avant l'aube.
La troisième.
Elle concerne l'abstention d'introduire quoi que ce soit dans les entrailles, d'une manière délibérée, du fait qu'on a la conscience de jeûner. Le jeûne est donc détruit par l'absorption de nourriture, de boisson, par la médication administrée par le nez, par le lavement. Il n'est pas altéré par la saignée, les ventouses, le khôl, l'introduction d'aiguilles dans l'oreille et dans le canal de la vessie sauf si on y laisse tomber du liquide goutte à goutte au point de la remplir entièrement.
Le jeûne n'est pas détruit par ce qui pénètre dans l'estomac sans le vouloir, tel que la poussière de la route ou la mouche qu'on avale ou encore l'eau qu'on absorbe pendant le rinçage de la bouche. Il n'est rompu que lorsqu'on s'efforce d'introduire l'eau pendant le gargarisme (de l'ablution), car alors on a l'intention de le faire. C'est ce que nous avons voulu dire par notre expression «d'une manière délibérée».
Quant à notre expression «en gardant la conscience du jeûne (ma'a dhikri al-çawn), elle signifie : se garder soigneusement des distractions car, (dans cet ordre d'idées), celui qui mange délibérément aux deux extrémités du jour (en estimant que le temps du jeûne n'est pas encore arrivé ou est accompli) et qui constate (après coup) n'a pas rompu son jeûne, mais il doit le compenser (plus tard). Si pourtant, il demeure sous le coup de son estimation et de son appréciation personnelle.
« c'est-à-dire que son jeûne n'est pas altéré - il ne doit pas la réparation. Mais il n'est pas convenable qu'il mange (trop près) des deux extrémités du jour, là où la confusion est toujours possible, sauf après avoir bien considéré et apprécié (qu'il peut valablement, donc légalement, le faire).
La quatrième.
Elle consiste à s'abstenir de l'union sexuelle (jimâ), sa définition étant : la pénétration totale du gland de la verge. Si l'union a lieu par suite de l'oubli (de l'état de jeûne), celui-ci n'est pas interrompu. Si l'union se produit pendant la nuit, ou bien qu'il y ait pollution nocturne, et que l'on se trouve au matin en état de grande impureté, le jeûne n'est pas rompu. Si l'aube se lève alors qu'on se trouve encore uni à sa femme, le jeûne est valable si l'on se retire sur le champ, mais si l'on demeure dans cette position, le jeûne se trouve invalidé et l'on s'oblige alors à la réparation.
La cinquième.
Elle concerne l'abstention de l'émission de liquide spermatique. Il s'agit, en l'espèce, de la sortie du sperme intentionnellement par union sexuelle ou non qui détruit le jeûne. Mais le simple baiser donné à son épouse n'altère pas le jeûne, ni le fait de se coucher près d'elle sans vouloir la prendre. Toutefois, cela est réprouvé, sauf s'il s'agit d'un vieillard ou de quelqu'un maitre de son membre. Le baiser n'est pas considéré comme répréhensible (pendant le jeûne), mais il vaut mieux s'en abstenir. Si l'on craint que le baiser provoque le rapprochement et l'écoulement de sperme (et qu'on en arrive à cette extrémité), le jeûne est rompu par négligence.
La sixième.
Elle consiste à s'abstenir de vomir, car le vomissement forcé détruit le jeûne, mais non celui qui intervient d'une manière non délibérée. Dans ce dernier cas donc, le jeûne n'est pas rompu. Si on avale des glaires qui se trouvent dans la gorge ou dans la poitrine, le jeûne n'est pas détruit, par dispense, compte tenu de l'impossibilité éprouvée, d'une manière générale (d'éviter cet état provoqué par raison de santé). Mais si on avale cela après l'avoir fait parvenir en ces endroits, le jeûne se trouve interrompu.
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DES SIX REGLES TRADITIONNELLES EN MATIERE DE JEÛNE
1 - Retarder le repas du petit matin (sah-ûr) (juste avant la limite de l'aube).
2 - S'empresser de rompre avec des dattes ou de l'eau avant la prière du couchant.
3 - Cesser de se curer les dents après midi.
4 - Pratiquer la libéralité (jûd) pendant le mois de Ramad-ân, à cause des vertus de l'aumône purificatrice (zakât).
5 - S'adonner à l'étude du Coran.
6 - Observer la retraite spirituelle (i'tikâf) à la mosquée, pendant la dernière décade du mois, conformément à la pratique habituelle de l'Envoyé d'Allâh - sur lui la grâce et la paix. «Lorsque la dernière décade du mois était venue, il pliait sa natte ou sa couche, serrait sa ceinture, s'appliquait avec assiduité (à cette pratique d'adoration) et la faisait faire à sa famille» (1).
C'est dire qu'il s'adonnait continuellement à cette pratique en raison de la présence, pendant cette période, de la Nuit du Destin (laylat al-qadr).
La manière la plus répandue de procéder à cette retraite spirituelle consiste à veiller (de préférence) les jours impairs de la dernière décade du mois ou, ce qui revient presqu'au même, les première, troisième, cinquième et septième nuits.
L'accomplissement de la retraite spirituelle pendant tout ce mois est préférable.
Si l'on a fait le voeu d'une telle retraite continue, ou si on se l'est proposée, la continuité est interrompue par les sorties (hors de la mosquée) qui ne présentent pas un caractère de nécessité absolue, comme (1) d'aller au chevet d'un malade, de prêter témoignage, d'assister à un enterrement, de faire des visites, ou de renouveler la purification. La continuité n'est pas interrompue si l'on sort pour les besoins naturels, ou pour faire la petite ablution dans le lieu (réservé à cet usage). Il ne convient pas que la personne qui s'est vouée à cette condition s'occupe d'autre chose. «Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - ne sortait que pour les besoins de l'homme et ne s'informait des malades qu'en passant (2)».
La continuité de la retraite spirituelle est rompue du fait de l'union sexuelle et non par le baiser. Il n'y a pas d'inconvénient à se parfumer à la mosquée, à y contracter mariage, ni à y manger ou dormir, ni à s'y laver les mains dans un récipient, car tout cela est nécessaire pour l'accomplissement interrompu de cette retraite.
La continuité n'est pas détruite par la modification de certaines choses du corps. C'est ainsi que le Prophète - sur lui la grâce et la paix - «approchait sa tête de "A"isha, son épouse, - qu'Allah soit satisfait d'elle - qui le peignait alors qu'elle se tenait dans la pièce (où il faisait sa retraite) (1)».
Toutes les fois que l'on sort par nécessité et qu'on revient à la mosquée, il est bon de renouveler l'intention, sauf dans le cas où l'on avait décidé initialement de pratiquer dix jours de retraite, par exemple. Mais, dans tous les cas, il est plus méritoire de renouveler l'intention.
LES SECRETS DU JEUNES. SES CONDITIONS INTERIEURES
Sache que le jeûne a trois degrés : le jeûne général ou jeûne de commun (çawm al-ûmûm), le jeûne spécial ou jeûne de l'élite (çawm al-khuçuç) et le jeûne spécial réservé ou jeûne de l'élite de l'élite (çawm khuçûç al-khuçûç).
- le jeûne du commun est caractérisé par l'abstention de se livrer aux désirs du ventre (bat-an) et du sexe (farj) ainsi qu'il a été exposé dans l'introduction de ce traité pour montrer les faveurs attachées au jeûne.
- Le jeûne de l'élite consiste (de plus) à préserver du péché l'ouïe, la vue, la langue, les mains, les pieds, etc.
- Le jeûne de l'élite de l'élite est (en outre) celui du coeur qui se détourne des préoccupations mondaines et des pensées vaines, et qui fuit autre qu'Allah puissant et majestueux.
La rupture de ce jeûne (celui de l'élite de l'élite) est réalisée par la pensée qui porte sur un autre qu'Allah, ou sur autre chose que le Jour dernier. Il est rompu quand la pensée s'applique à ce bas-monde sauf si elle est déterminée par des mobiles religieux, viatiques de la vie future, et non par des visées sur ce bas-monde. C'est pourquoi, les Maîtres versés dans la science des coeurs enseignent que celui qui, pendant le temps du jeûne, se préoccupe de ce avec quoi il rompra, se verra inscrire une faute, car cette attitude est le signe du peu de confiance dans la faveur d'Allah et la marque d'une certitude déficiente à l'égard d'Allah qui a promis la subsistance. Telle est l'excellence des Prophètes, des Véridiques et des Rapprochés. Il parait superflu d'en parler longuement car, en vérité, ce degré d'excellence s'obtient par l'acte. Il s'agit, en l'espèce, d'orienter intimement son aspiration vers Allah puissant et majestueux et de s'éloigner de tout ce qui est autre que Lui - gloire à Lui -. On devra alors s'imprégner du sens de la parole divine suivante : «Dis : «Allah», puis laisse-les se divertir dans leurs vains propos !» (coran 6-91).
* Le jeûne de l'élite est celui des êtres pieux et vertueux (çâlih-ûn). IL consiste à éviter au péché d'envahir les facultés. Il est rendu parfait par six dispositions :
La première est de baisser le regard et de se soustraire ainsi à la considération de tout ce qui est blâmable et réprouvé, et de tout ce qui préoccupe le coeur et le distrait de Dieu (dhikr Allâh).
Le prophète - que Dieu lui accorde Sa Grâce et Sa Paix - a dit : "Le regard (concupiscent) est l'une des flèches empoisonnées d'Iblis - qu'Allâh le maudisse. Dieu donne une fois qui procure la douceur du coeur à celui qui préserve son regard par crainte de Lui".
La deuxième consiste à retenir la langue du bavardage, du mensonge, de la calomnie, de la médisance, de la contradiction. Elle oblige au silence et à s'occuper de l'invocation de Dieu - Gloire à Lui - et de la récitation du coran. Tel est le jeûne de la langue dont Sufyân a dit : «La calomnie détruit le jeûne de la langue», selon ce que rapporte Bashar Ibn al-H.arth. Layth relate que Mujâhid disait : «Deux attitudes corrompent le jeûne, la médisance et le mensonge».
Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit : «Assurément, le jeûne est protection. Quand l'un de vous jeûne, qu'il ne tienne pas de propos indécents et qu'il ne vocifère pas. Et si quelqu'un l'agresse ou bien l'injurie, qu'il dise : «Je jeûne, je jeûne !»
Dans une nouvelle prophétique, on trouve que deux femmes jeûnaient du temps du Prophète - sur lui la grâce et la paix -. La faim et la soif les tiraillaient vers la fin de la journée au point qu'elles étaient entrain de défaillir. On
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les envoya auprès de l'Envoyé de dieu et elles lui demandèrent la permission de rompre le jeûne. Il leur fit remettre un récipient en spécifiant : «Il faut leur dire de vomir ce qu'elles ont mangé !» L'une d'elle vomit de la viande et du sang frais jusqu'à remplir à moitié le récipient. L'autre femme vomit les mêmes choses que la première au point de remplir entièrement la jarre. les gens s'étonnèrent de cela. Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - expliqua alors : «Elles jeûnaient toutes les deux sans tenir compte de ce qu'Allh leur avait interdit. Elles se sont assises l'une à côté de l'autre et ont commencé à médire des gens. Et c'est de la chair de ceux-ci qu'elles ont mangée».
La troisième consiste à ne pas écouter ce qui est réprouvé. En effet, quand certains propos sont interdits, il est logique de ne pas y prêter attention. C'est la raison pour laquelle Allah n'a guère fait de différence entre celui qui prête l'oreille et celui qui se nourrit d'un bien illicite. N'a-t-il pas dit en effet : «Ceux qui écoutent attentivement le mensonge sont des mangeurs impénitents de biens illégitimes !» (Coran 5-68). «si les Maîtres et les doccteurs les avaient empêchés de proférer des mensonges et de se nourrir de biens illégitimes...» (Coran 5-63).
Garder le silence devant la médisance est interdit. Allâh - qu'il soit exalté - a dit : « En vérité, vous êtes alors comme eux.» Le prophète a bien précisé ce point de cette façon : «Le médisant et celui qui prête l'oreille sont associés dans le péché.»
La quatrième disposition du jeûne de l'élite consiste à empêcher les membres, tels que les mains et les pieds, de pécher et d'accomplir des actes réprouvés, à retenir son estomac des désirs au moment de la rupture du jeûne le soir. C'est qu'en effet, le jeûne n'aurait pas de signification si, étant abstention de nourriture permise, on le rompait avec ce qui est interdit (c'est-à-dire avec excès). Un tel jeûneur serait alors comme celui qui construirait un château en détruisant une cité pour y parvenir ! La nourriture licite ne nuit que par sa quantité et non par son espèce.
Ainsi considéré, le jeûne implique la modération (taqlil) et le renoncement à prendre un remède en grande quantité par la crainte du dommage qui en résulterait, car cela reviendrait à vouloir assimiler du poison, ce qui est insensé ! L'interdiction se réfère au poison qui détruit la religion, et le licite est le remède qui profite quand il est employé en petite quantité mais nuit en grande quantité, alors que le mobile du jeûne reste la modération. le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit : «Combien de jeûneurs ne retirent de leur jeûne que faim et soif !» Ce sont ceux dont on a dit aussi qu'ils rompaient avec les choses interdites, s'abstenaient de la nourriture permise, rompaient avec la chair de l'homme par la médisance - traits de caractère interdits - et ne préservaient pas leurs membres du péché.
La cinquième consiste à ne pas absorber beaucoup de nourriture licite au moment de la rupture du jeûne de manière à ne pas se remplir l'estomac. Aucun vase n'est plus détesté de dieu qu'un ventre qui regorge de choses permises. Et comment le profit du jeûne - qui est de réduire les ennemis d'allâh et de maîtriser la passion - serait-il obtenu si le jeûneur compensait au moment de la rupture ce qu'il n'avait pu absorber depuis le début du jour?
Il se pourrait même, au moment de rompre son jeûne, qu'il ajoute d'autres aliments (que ceux qu'il absorbe ordinairement) au point de prendre l'habitude de garder toutes sortes de victuailles pour le mois de Ramad-ân et de manger ainsi des mets qu'il ne consomme pas pendant les autres mois de l'année ! Or, il est notoire que le but du jeûne est de réaliser la vacuité et de briser les passions afin de se préserver par la crainte pieuse. En contenant les réactions de son estomac depuis le début du jour jusqu'à la nuit pour mieux exciter ses désirs et pour fortifier sa convoitise, sa volupté s'accroît en suscitant la passion alors que son énergie (spirituelle et psychique) s'affaiblit. Il en arriverait ainsi à se complaire (dans cette disposition)) s'il ne venait à abandonner cette habitude. L'esprit du jeûne, son secret, n'est-il pas de réduire les forces, moyens d'accès coutumiers de Satan, et d'empêcher de revenir aux dispositions mauvaises ? Il n'y réussira qu'en réduisant (sa nourriture) et en ne mangeant que la quantité d'aliments qu'il aurait dû absorber chaque nuit s'il n'avait pas jeûné. S'il devait (à la rupture du jeûne le soir) totaliser ce qu'il mange habituellement,(en ne jeûnant pas), le jour et la nuit, son jeûne ne lui serait d'aucun profit.
Le bon comportement consiste à na pas dormir beaucoup pendant le jour afin de ressentir la faim et la soif, et afin de prendre conscience de l'affaiblissement des forces, car c'est alors que le coeur se purifie. L'être s'efforcera de garder le plus longtemps possible, chaque nuit, une certaine faiblesse (de corps) afin de rendre légères ses dévotions nocturnes. Il lui devient de ce fait possible de ne plus sentir Satan tourner autour de son coeur, et d'être en mesure de considérer le Royaume du Ciel et la Nuit du Décret prédestiné, nuit pendant laquelle certaines réalités du Royaume céleste sont dévoilées.
Tel est ce qu'Allâh exprime dans le verset suivant : «En vérité, Nous l'avons fait descendre (il s'agit du Coran, selon l'interprétation la plus répandue) dans la nuit Décret prédestiné» (Coran 97-1). Quiconque met entre son coeur et sa poitrine un «sac» plein de nourriture, reste voilé (à ces réalités célestes) ; celui qui vide son estomac, n'obtiendra pas l'enlèvement du voile tant qu'il n'aura pas libéré son énergie spirituelle de tout ce qui n'est pas Dieu puissant et majestueux. Or, c'est bien cela qu'il faut réaliser en commençant par réduire la quantité de nourriture. Mais nous traiterons à nouveau de ce point au chapitre consacré à la nourriture.
La sixième disposition qui rend le jeûne parfait consiste, après la rupture, à ressentir crainte et espoir dans le coeur, devant l'incertitude de savoir si le jeûne sera agréé (de dieu). Si tel est le cas, l'être ainsi concerné sera parmi les Rapprochés (de Dieu), mais si au contraire, son jeûne est refusé il se trouvera d'entre les Réprouvés. Il devra donc veiller à garder cette attitude à l'issue de chaque oeuvre d'adoration.
On rapporte que Al-H.asan fils de Abû al-H.asan al-Baçri, passant près d'un groupe de gens qui riaient, s'exclama : "Assurément, Allâh a fait du mois de Ramad-ân un hippodrome pour Ses créatures. Elles y rivalisent de vitesse pour Lui obéir. Certains êtres l'emportent et triomphent, alors que d'autres restent à l'écart et échouent. Le comble de l'étonnement du rieur qui se distrait en ce jour où ceux qui l'emportent réussissent et où ceux qui sont frivoles se perdent, oui par Allâh, le comble de l'étonnement ne réside-t-il pas dans le fait que, si le voile était levé, celui qui est vertueux se préoc-
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cuperait de sa vertu, et celui qui est agréé (de Dieu) le détourne de la frivolité et l'infortune de celui qui réprouvé lui ferme la porte du rire".
On rapporte qu'une certaine personne tint les propos suivants à Al-Ah.naf ibn Qays : "Certes, tu es bien vieux et le jeûne t'affaiblit !" Il répliqua : "Je me disposes à l'accomplir en vue d'un long voyage ! La constance (çabr) dans l'obéissance due à Allâh - Gloire à Lui - est plus facile que la résignation dans Son châtiment."
Telles sont les significations intérieures du jeûne ! Viendrais-tu à dire : «Qu'arrive-t-il à celui qui se modère en refusant de s'adonner aux désirs du ventre et du sexe, mais qui pourtant néglige toutes les significations (ci-dessus mentionnées) ?» Les juristes répondent que son jeûne est valable mais qu'il n'en réalise pas le sens profond.
Sache toutefois que les docteurs de la foi extérieure établissent les conditions extérieures légales à l'aide d'arguments plus faibles que ceux que nous venons de présenter pour établir les modalités intérieures du jeûne, et nous voulons notamment indiquer la médisance et certaines de ses formes.
Cependant, les docteurs qui considèrent de l'extérieur les prescriptions de la loi ne traitent que de ce qui est à la portée de l'immense majorité des gens composée de négligents adonnés à ce bas-monde et qui sont subjugués par lui.
Différemment, les docteurs qui s'intéressent à la vie future comprennent par «validité du jeûne» l'acceptation (de Dieu) qui est l'atteinte du but recherché. Il savent que l'objectif du jeûne est de se caractériser par certains caractères d'Allâh puissant et majestueux, tel que l'attribut de çamâdiyya ou de soutien universel indépendant et impénétrable, et d'imiter les Anges en s'éloignant des passions dans la mesure où la nature le permet. C'est qu'en effet, les Anges sont exempts de désirs passionnels. Les hommes, eux, sont d'un degré supérieur à celui des animaux en raison de la lumière de leur intelligence qui leur permet de se déprendre des passions. Pourtant, les hommes sont d'un moindre degré que celui des Anges, à cause de l'emprise sur eux des désirs passionnels. Leur condition est d'être éprouvés dans le combat qu'ils entreprennent pour y parvenir.
Quand l'homme s'adonne aux passions, il s'abaisse au niveau le plus bas et rejoint la masse des bêtes. Mais en domptant ses désirs, il s'élève au degré le plus haut des êtres exaltés et atteint ainsi l'excellence des Anges. Or ceux-ci sont des proches d'Allâh, et quiconque les imite et assimile leurs caractères se rapproche de Dieu comme eux-mêmes. Qui ressemble à l'être proche est lui-même rapproché (de lui). Il est cependant évident que la proximité en question n'est pas spatiale mais bien fonction des qualités de cet être. Tel est le secret du jeûne chez les Maîtres d'intelligence pénétrante et chez les personnes de coeur.
A quoi bon différer un repas si en contrepartie on en assimile deux quand le soir arrive ! Et pourquoi ainsi à d'autres désirs passionnels de se développer tout au long de la journée ? Si dans ce cas, il y avait pourtant un avantage, quel serait alors le sens de la parole suivante du Prophète - sur lui la grâce et la paix : «Combien de jeûneurs ne retirent de leur jeûne que faim et soif ! C'est à cette condition que fait allusion Abû ad-Dardâ' quand il dit : «Combien le sommeil des gens sagaces et leur rupture de jeûne sont excellents ! Comment le jeûne et la veille des insensés ne seraient-ils pas défectueux, car un atome de qui a la certitude et la crainte pieuse est bien supérieur et plus lourd que l'équivalent d'une montagne d'actes de piété pratiqués par ceux qui s'égarent ?» Pour cette raison, certains savants disent : «Combien de jeûneurs rompent leur jeûne et combien de ceux qui rompent jeûnent !» en effet, celui qui rompt et qui pourtant jeûne est bien celui qui garde ses membres du péché tout en mangeant et en buvant. Par contre, celui qui jeûne tout en étant considéré comme rompant le jeûne est bel et bien celui qui a faim et soif et demeure insouciant à l'égard de ses membres.
Quiconque comprend la signification et le secret du jeûne saura pertinemment que celui qui s'abstient de nourriture et d'union sexuelle mais rompt par son attitude pécheresse, est semblable à celui qui fait les gestes rituels de la petite ablution (wud-û) par trois fois en se conformant à toutes les prescriptions extérieures, mais qui aurait négligé l'essentiel qui est d'avoir fait auparavant la grande ablution (ghusl). A cause de son ignorance sa prière n'est pas valable !
Celui qui rompt au moyen de nourriture et jeûne en retenant ses sens de faire des actes répréhensibles, ressemble à celui qui fait le lavage rituel de chaque partie du corps une seule fois. La prière d'une telle personne est acceptée s'il plaît à Dieu, puisqu'un tel individu accomplit ainsi les règles fondamentales (de la Loi qui consiste à bien faire l'ablution de chaque membre au moins une fois), même s'il néglige de faire chaque geste rituel de cette ablution trois fois (comme il est de recommandation).
Quiconque réunit la pratique de ces deux ablutions ressemble à celui qui fait l'ablution de chaque membre trois fois, car il réalise tout à la fois les règles de base essentielles (qui consistent à bien faire l'ablution de chaque membre une seule fois) et l'excellence (en se purifiant par trois fois). Telle est aussi la perfection dans l'accomplissement du jeûne. Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit : «Le jeûne est un dépôt de confiance (amâna). Que chacun de vous préserve son dépôt de confiance !» Lorsque le Prophète récitait cette parole d'Allâh: «En vérité, Allâh vous ordonne de restituer les dépôts confiés à ceux à qui ils appartiennent» (Coran 4-58), il plaçait la main à l'oreille et aux yeux en disant : «L'ouïe est un dépôt de confiance et la vue est un dépôt de confiance.» Si le jeûne n'avait été un de ces dépôts de confiance, le Prophète - sur lui la grâce et la paix - n'aurait pas dit (dans un autre h.adith à propos du jeûneur attaqué et injurié) : «... je jeûne, je jeûne !» La signification contenue dans ces versets coraniques et ces traditions prophétiques est la suivante : «Ma langue m'a été donnée en dépôt pour que je la préserve. Comment alors pourrais-je la dégager (de ce dépôt) en répondant à ta provocation, ô toi qui m'agresses (quand je jeûne) ?»
Il apparaît dès lors que toute oeuvre d'adoration a un aspect extérieur et un intérieur, une écorce et un noyau. L'écorce comprend des enveloppes (plus ou moins rapprochées du noyau). Chacune d'elles comporte de même des graduations.
Le bien est maintenant avec toi, que tu te contentes de l'écorce sans te préoccuper du noyau, ou bien que tu te réfugies auprès de l'Assemblée des Maîtres doués d'intelligence pénétrante. ■
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CONSEQUENCES DE LA RUPTURE DU JEÛNE
Elles sont de quatre sortes :
1 - le report ou acquittement (qad-â),
2 - l'expiation ou réparation (kaffâra),
3 - l'abstention de manger le reste de la journée, par conformité avec ceux qui jeûnent,
4 - la compensation (fidya).
Reprenons chacun de ces quatre points.
1 - Le report ou acquittement.
Son obligation frappe tout musulman, astreint aux prescriptions légales, qui abandonne le jeûne avec ou sans excuse.
La femme en état de règles (h-â'id), ainsi que le renégat (murtadd) doivent reporter le jeûne, par contre, l'infidèle ou mécréant (kâfir), le non-musulman, l'impubère et le dément n'y sont pas tenus.
Le jeûne continu n'est pas de rigueur dans le cas de report de jours du mois de Ramad-ân. Ce report sera donc accompli d'affilée ou non.
2 - L'expiation ou réparation.
Elle est seulement exigée quand il y a eu union sexuelle (pendant la journée de jeûne) et non pas dans le cas de l'écoulement spermatique involontaire, ni dans le fait d'avoir mangé ou bu, par exemple (1).
La réparation consiste dans l'affranchissement d'un esclave ou, en cas d'impossibilité, dans le jeûne continu de deux mois ou, si on n'est pas capable, dans la nourriture de soixante indigents, à raison d'une quotité fixée par personne.
3 - La compensation.
Elle est rendue obligatoire pour la femme enceinte et celle qui allaite lorsqu'elles rompent par crainte pour leur enfant. Pour chaque jour de jeûne ainsi perdu, il dut (l'équivalent) d'une mesure de froment donnée à un pauvre, comme dans le cas de l'acquittement ou report.
Le vieillard décrépi qui ne jeûne pas fera l'aumône de l'équivalent d'une mesure de froment pour chaque jour perdu (s'il en a les moyens).
4 - L'abstinence (imsâk) le reste de la journée
Elle est obligatoire pour celui qui a désobéi en rompant, ou qui a arrêté (involontairement) son jeûne avant l'heure de la rupture.
Elle n'est pas due pour la femme dont les règles viennent de cesser et qui vient de se purifier, ni pour le voyageur lorsqu'il se trouve avoir parcouru la distance qui sépare deux relais de monture.
L'abstention (imsâk) est d'obligation quand un seul témoin juste atteste la vision du croissant lunaire le jour du doute.
Le jeûne pendant le voyage est plus méritoire que la rupture, excepté si on n'est pas capable de le supporter. On ne rompra, ni le jour du départ si on s'est sustenté au tout début de la journée, ni le jour de l'arrivée lorsqu'on revient en état de jeûne.
LAYLATOU-L-QADR OU LA NUIT DU DESTIN
"Oui, Nous avons fait descendre ceci, la nuit de la détermination. Et qui te dira ce qu'est la nuit de la destination ? la nuit de la Détermination est meilleure que mille mois ! ... "
(91 : 1-3)
L'Imam Sâdiq (psl), sixième Imam Shiite, raconte du Prophète (PSL) à Mina, sur la nuit du destin :
«Le Prophète est entré dans la mosquée et a dit aux gens, dans son discours, après avoir fait la louange de Dieu : «vous me demandez ce qu'est la nuit du destin». «Je ne connais pas moi-même, les détails de la nuit du destin ; mais sachez que si quelqu'un conçoit le mois de Ramadan et est sain et sauf, s'il jeûne le jour et fait des invocations le soir, s'il fait attention à ses prières et se dépêche pour la prière du Vendredi, puis s'il conçoit la fête du mois de Ramadan, cette personne aura conçu la nuit du destin et elle atteindra la récompense de son Dieu».
La nuit du destin est une nuit célébrée à une certaine date du mois de Ramadan (différente suivant les écoles religieuses) et, considérée comme la nuit pendant laquelle Dieu décidera du sort de chaque être humain (pour l'année à venir jusqu'au prochain mois de Ramadan), les musulmans la passent en prières et en invocations. C'est au cours de cette nuit que les musulmans feront toutes leurs demandes à Dieu, c'est au cours de cette nuit qu'ils présenterons leurs voeux les plus chers.
Mais comme le Coran le dit dans le verset 3 de la sourate 97 et comme l'Eminent Prophète (PSL) l'a dit dans le hadith précédent, la nuit du destin est meilleure que mille mois et pour bénéficier des grâces divines qui descendront sur la terre en cette nuit, le croyant ne devra pas seulement se reposer sur ses prières et ses invocations en cette nuit particulière, mais il devra attendre son destin proprement dit en fonction de la «hauteur» à laquelle il se sera élevé pendant tout le mois de Ramadhan.
Le Prophète a aussi dit :
«Quiconque accomplit une bonne action, pendant le mois de Ramadan, est susceptible de remplir ses obligations pendant les autres mois de l'année. Et quiconque remplit une obligation sera récompensé de la même façon que quelqu'un qui l'aura remplie 70 fois pendant le reste de l'année»
Le croyant doit donc retrouver, pendant ce mois béni, sa vraie identité religieuse, afin que Dieu le guide dans son droit chemin et le couvre de Ses bienfaits, aussi bien sur la terre que dans l'au-delà
ZAKAT EL-FITR : (= rupture du jeûne)
Cette aumône est une <<Sunna>> très recommandée et incombe à tout musulman. Ben Omar di :
- Le prophète (S.B. sur lui) a institué la Zakat d'El-Fitr - rupture du jeûne de Ramadan - de la valeur d'un Saa' de datte ou d'orge (environ 2,50 l), due par tout musulman, libre ou esclave, grand ou petit, homme ou femme.
(B & M)
SON BUT :
Elle purifie l'âme de celui qui l'aurait souillée pendant le jeûne, tel que bavardage et propos obscènes. Elle procure au pauvre de quoi manger le jour de l'Aïd et de s'abstenir de quémander. Ben Abbès dit :
- Le prophète (S.B. sur lui) a institué la Zakat El-Fitr pour purifier l'âme du bavardage et des paroles licencieuses et pour donner à manger aux pauvres.
(Abou Daoud, Ibnou Maja & Ha'kim)
ZAKAT EL-FITR : quantité et nature
Sa quantité est évaluée à un <<Saa'>>, mesuré par quatre fois la contenance des deux mains (environ 2,5kg) de la nourriture la plus généralement en usage dans la région, tels que blé, orge, dattes, riz, raisin sec, fromage, etc...
Abou Saïd dit :
- Du vivant du Prophète (S.B. sur lui) nous acquittons de la Zakat El-Fitr à raison d'un Saa' de blé, d'orge, de fromage ou de raisin sec pour chaque membre de la famille, grande ou petit, libre ou esclave. (B. & M.)
Il n'est pas permis de la donner en dehors des produits alimentaires, même de l'argent qu'en cas de nécessité. Il n'a pas été rapporté que le Prophète (S.B. sur lui) l'eût accomplie en espèces, ses compagnons non plus.
A PARTIR DE QUAND ZAKAT EL-FITR DEVIENT OBLIGATOIRE ET QUAND FAUT-IL LA DONNER ?
Elle devient obligatoire dès la veille de la fête de l'aïd.
Quand au moment de sa remise il est comme suit :
- Un temps admissible où il est possible de remettre cette Zakat un jour ou deux avant l'Aïd.
LA ZAKAT
- Un temps obligatoire préférentiel : c'est le jour même de l'Aïd depuis l'aube jusqu'avant l'accomplissement de la prière. C'est la recommandation du prophète (S.B. sur lui)
Ben Abbès dit :
Le prophète (S.B. sur lui) a institué cette Zakat comme purificatrice du bavardage et des propos indécents et pour donner à manger aux pauvres. Celui qui s'en acquitte avant la prière,
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elle sera pour lui agréée comme Zakat de Fitr, mais livrée après la prière, elle sera considérée comme une simple aumône.
- Un temps obligatoire d'acquittement qui s'étend de l'accomplissement de la prière à l'infini.
A QUI DONNER CETTE ZAKAT :
C'est une aumône à donner comme toutes les autres, mais les pauvres y sont prioritaires, car le prophète (S.B sur lui) dit :
- Epargnez leur la mendicité le jour de l'Aïd.
De ce fait, les indigents y ont plus droit et on ne peut l'attribuer ailleurs que s'ils font défaut, ou qu'il y ait plus de nécessiteux qu'eux ou que d'autres catégories en aient plus grand besoin.
REMARQUE :
1 - La femme riche peut remettre sa Zakat à son mari pauvre et non le contraire, car elle est à sa charge.
2 - Le pauvre qui n'a rien à manger ce jour-là est dispensé de cette aumône. Dieu ne charge nulle âme au-dessus de ses moyens.
3 - Celui qui a une partie de nourriture, même petite, excédent celle de la journée de l'Aïd, peut la donner en Zakat. Elle lui suffit Dieu dit :
- Craignez Dieu autant que vous le pouvez.
(64- La Déconvenue - 16)
4 - Il est admis de partager une aumône entre plusieurs personnes et de remettre plusieurs aumônes à un seul pauvre. La loi n'a pas fait de restriction.
5 - Le musulman doit donner la Zakat du <<Fitr>> là où il se trouve.
6 - Il n'est permis de le transférer que par nécessité. Il suit alors la règle générale de l'aumône
L'AID EL FITR OU LA FÊTE DE RAMADAN.
C'est la grande prière en plein air qui marque la fin du Ramadan. pour aller à la prière il y a des précautions à prendre :
- Prendre un bain rituel ou grande ablution le matin.
- Prendre le petit déjeuner.
- Se vêtir de ses plus beaux habits.
Il est recommandé d'emprunter après la prière un chemin autre que celui suivi à l'aller. De son domicile au lieu de prière et jusqu'à ce que l'imam arrive, le fidèle doit répéter la formule suivante :
Allâhou Akbar (3 fois), lâ Illâha, Allâhou Akbar (3 fois), wa lillâhil-Hamd; Allahou akbar kabiran, walhamd lillahi kaciran, wa Soubhânnallhi boukratan wa açila, wa çallallâhou ala Sayyiddina Mouhammadine, wa-ala âlihi was'habihi wa Salam.
Il n'y a pas de prière nafila (surerogatoire) avant ni après la prière.
Il faut faire des rang droits pendant la prière.
Il faut éviter le bavardage avant la prière.
L'IMPACT DU JEÛNE SUR LA SANTE
PAR LE Pr CHEIK TITANE KEITA ET LE Dr SANOGO IBRAHIM
«Les croyants sont ceux qui ont la foi en Dieu et en son apôtre, foi excluant le doute, et qui s'évertuent à mettre leurs biens et leurs personnes au service de Dieu. Tels sont les sincères». ( Sourate 49, verset 15)
Le jeûne est une obligation pour tout musulman pubère et saint. Il constitue le quatrième pilier de l'Islam et apporte beaucoup de bénéfices s'il est bien observé.
A côté de la récompense divine, le jeûne présente des avantages physiques et spirituels. Les avantages physiques sont essentiellement représentés par l'impact positif sur la santé.
Il faut souligner cependant que pour bénéficier de cet impact, il est nécessaire d'observer certaines mesures diététiques.
Nous nous proposons au cours de ce travail de montrer comment conduire le jeûne pour mériter les retombées possibles.
Nous exposerons, avant cela, les avantages physiques du jeûne.
AVANTAGES PHYSIQUES DU JEUNE
Les avantages physiques comme nous l'avons dit se résument à l'impact positif sur la santé. Cet impact se situe à deux niveaux : aux plans local et général.
1) AU PLAN LOCAL
Le jeûne est véritablement un repos pour l'estomac; en effet cet organe assure le broyage des aliments est sollicité deux à trois fois par jour pendant onze (11) mois.
Le mois de Ramadan au cours duquel le musulman observe l'abstinence alimentaire de l'aube au crépuscule constitue un repos pour l'estomac et assure une meilleure santé de cet organe.
2) AU PLAN GENERAL
Les aliments que nous consommons chaque jour constituent la source d'énergie pour couvrir nos besoins quotidiens. Il faut souligner le fait qu'il est pratiquement impossible chez le sujet normal (sans problème d'apport alimentaire) d'avoir un équilibre entre apport énergétique et besoins journaliers. Il existe en général chez le sujet en bonne santé et sans problème d'apport, un excès par augmentation de l'énergie reçue (des aliments) alors que les besoins sont pratiquement constants.
Cet excès d'énergie est conservé dans l'organisme sous forme de graisses constituant une réserve qui est source de maladies lorsqu'elle s'accroît au fil du temps.
En effet, autant il existe des maladies liées à la malnutrition (kwashiorkor et marasme), autant il existe des maladies liées à la surcharge alimentaire. Elles sont d'autant plus redoutables qu'elles touchent le moteur même de l'organisme c'est-à-dire le coeur et les vaisseaux, déterminant l'hypertension artérielle et les maladies cardiaques (angines de poitrine et infarctus du myocarde ou «crise cardiaque»).
Dans cette situation de surcharge alimentaire, on devine le rôle du jeûne sur l'organisme humain.
Le jeûneur va puiser dans ses réserves énergétiques pendant toute la journée. On observe en conséquence un amenuisement progressif de celles-ci pendant le mois de Ramadan si le jeûne est bien conduit.
Pour résumer l'impact du jeûne au plan général nous dirons qu'il permet une adéquation entre apport et dépense énergétiques, constituant de ce fait une mesure préventive contre les maladies de surcharge.
COMMENT BENEFICIER DE CES AVANTAGES
Les mesures à observer pour bénéficier de ces avantages portent essentiellement sur notre alimentation à la rupture du jeûne. Cette alimentation doit être analysée aux plans quantitatif, qualitatif et à celui de la fréquence des repas.
1) Au plan quantitatif.
Une alimentation quantitativement judicieuse est une condition essentielle pour tirer profit du jeûne au plan de la santé. En d'autres termes, il faut manger à sa faim sans faire d'excès, sinon le travail de l'estomac resterait accru et il n'y aurait pas bénéfice au plan local. On ne tirerait pas de bénéfice au plan général car l'excès d'alimentation risquerait de combler la perte journalière et constituer même un excédent qui serait stocké.
Au plan quantitatif il faut donc «manger à sa faim» sans déborder. Il faut remarquer d'ailleurs que l'excès rend difficile l'exécution des prières de la nuit.
2) Au plan qualitatif
Sur ce plan, l'alimentation doit remplir les conditions suivantes :
* Elle doit être légère et digeste. Les habitudes en cela sont adaptées car la bouillie possède ces qualités.
* Elle doit être essentiellement faite d'aliments énergétiques appelés également aliments glucidiques. Ces aliments apportent de l'énergie à l'organisme et sont riches en sucre.
* Elle comportera des protides (poissons et viandes) en quantité modérée, mais elle contiendra peu de lipides (les graisses) car nous rappelons que les graisses constituent des réserves.
3) Au plan de la fréquence des repas.
Une prise alimentaire abondante en une seule fois doit être évitée ; elle entraîne une digestion fatigante pour l'estomac. Il est préférable de prendre de petits repas successifs à intervalles réguliers permettant une digestion plus légère.
Telle sont les mesures que nous pensons appropriées pour bénéficier des avantages du jeûne.
Le jeûne apporte des avantages physiques se résumant à son impact positif sur la santé. Ces avantages sont au plan local un repos donc une meilleure santé de l'estomac et au plan général une adéquation entre apport et besoin énergétiques. Cet équilibre constitue une mesure préventive contre les maladies de surcharge. Il ne suffit pas cependant de jeûner pour bénéficier de ces avantages : il faut observer certaines mesures diététiques qui portent sur la qualité des aliments, leur qualité et leur répartition.
Après des considérations d'ordre général, il y a lieu de nous attarder maintenant sur la possibilité de faire le jeûne lorsqu'on est atteint de l'une des trois maladies suivantes qui sont assez courantes chez nous.
Il s'agit de :
- L'ulcère gastro-duodénale
- Le Diabète,
- L'hypertension.
L'ULCERE GASTRO-DUODENALE ET LE JEUNE
L'ulcère étant une érosion de la paroi du tube digestif, il réagit donc au rythme alimentaire du patient. Ainsi lorsque l'estomac est plein, le bol alimentaire fait tampon et joue le rôle d'un pansement contre l'acidité gastrique. Ce qui diminue sinon élimine la douleur que ressent l'ulcéreux quand il est à jeun.
Le jeûneur ulcéreux ayant l'estomac vide pendant de longs moments, l'ulcère se trouve directement en contact avec l'acide du tube digestif provoquant dès lors des douleurs intenses. Ce contact entre l'acide et l'ulcère facilite l'érosion de l'ulcère pouvant provoquer une hémorragie voire une perforation du tube digestif.
Un patient porteur d'un ulcère confirmé court donc des risques en jeûnant sans avis médical. Mais attention ! il ne faut pas confondre les douleurs gastriques et les ulcères, car sur dix personnes qui croient avoir un ulcère, seules deux personnes présentent effectivement un cas d'ulcère confirmé. Il est donc conseillé à tout musulman ayant des doutes sur les douleurs gastriques de faire une fibroscopie qui lui permettrait de savoir de quoi il souffre exactement afin de ne pas mettre inutilement sa vie en danger, ou perdre par ignorance, les avantages du mois le plus saint de l'Islam. Car il est dit que tout acte d'adoration pendant ce mois est multiplié par dix (10) en mérites.
LE DIABETE ET LE JEUNE
Le jeûne est surtout dangereux pour le diabétique soumis à la prise insulo-dépendant, c'est-à-dire, le diabète soumis quotidiennement à la prise d'insuline. Il court d'autant plus de risques en jeûnant, qu'il peut se trouver en état d'hypoglycémie sévère (manque de sucre). Ce qui peut provoquer un coma diabétique mettant sa vie en danger.
L'HYPERTENSION ARTERIELLE ET LE JEUNE
L'hypertendu équilibré peut tirer un avantage certain du jeûne. Il peut prendre ses médicaments (qui ont pour la plupart, une longue durée d'action), tôt le matin pendant le Sohour, ou le soir après la rupture du jeûne. L'hypertendu qui suit les consignes de son médecin, peut entreprendre son jeûne sans grande inquiétude.
En tout état de cause, nous recommandons vivement aux personnes atteintes de l'une des 3 maladies précitées, de voir absolument un médecin avant d'entreprendre un jeûne. Dans le cas où la réponse de ce denier est négative, l'intéressé doit alors s'adresser à l'IMAM ou à toute personne ayant les connaissances nécessaires pour lui indiquer les mesures compensatrices exigées dans son cas.
Qu'Allah le Tout-Puissant nous préserve de toute maladie pouvant nous empêcher d'accomplir nos devoirs religieux.
Source : ALLAHOU AKBAR N°
Hors série Avril-Mai-Juin 1990
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RAMADAN
Tableau de prières surerogatoires à faire pendant le mois de Ramadan.
Elles ne sont pas obligatoires mais rapportent des gains spirituels indéniables.
1ère NUIT
10 Rakats
5 Salams
1 Fois FATIHAT
2 fois sourate Kafirouna
2 fois Sourate IKLASS
(réciter voix haute dans chaque rakat)
2ème NUIT
6 Rakats
3 salams
1 fois FATIHAT
5 fois sourate Kawçar
(voix haute dans chaque rakat)
3ème NUIT
6 Rakats
3 salams
1 fois FATIHAT
1 Fois Sourate Quadri
(voix haute dans chaque rakat)
4ème NUIT
4 Rakats
2 Salams
1 fois FATIHAT
3 fois Kafirouna
(voix haute dans chaque rakat)
5ème NUIT
4 Rakats
2 Salams
1 fois FATIHAT
1 fois Alam Nachrah
voix haute dans chaque rakat)
6ème NUIT
2 Rakats
1 Salams
1 Fois FATIHAT
11 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
7ème NUIT
6 Rakats
3 Salams
1 Fois FATIHAT
7 Fois Kafirouna
7 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate
8ème NUIT
2 Rakats
1 Salam
1 Fois FATIHAT
12 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate
9ème NUIT
4 Rakats
1 FATIHAT
3 Fois TABATE Yadâ
1 IKLASS
(voix haute dans chaque sourate
10ème NUIT
4 Rakats
2 Salams
1 Fois Ayatoul Koursi
12 fois Quadri Kawçar
(voix haute dans chaque sourate
11ème NUIT
4 Rakats
2 Salams
1 Fois FATIHAT
7 Fois quadri
7 Fois Kafiroûna
7 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
12ème NUIT
10 Rakats
5 Salams
1 Fois FATIHAT
6 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
13ème NUIT
2 Rakats
1 Salam
5 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
14ème NUIT
8 Rakats
4 Salams
1 Fois FATIHAT
7 fois Sourate NASSR
(voix haute dnas chaque sourate
15ème NUIT
6 Rakats
3 Salams
1 Fois FATIHAT
1 fois NASSR
35 IKLASS
(voix haute dnas chaque rakat)
Après la prière réciter 70 fois Lâ Qouwata Illâ Billâhil Aliyil Azim. 70 fois Salâtou Alâ Nabi
16ème NUIT
2 Rakats
1 Salam
1 fois FATIHAT
10 fois IZA Zoulzilati ardou
17ème NUIT
12 Rakats
6 Salams
1 fois FATIHAT
2 fois Quadri
2 fois IKLASS
18ème NUIT
10 Rakats
5 Salams
1 fois FATIHAT
1 fois Sourate a-alâ
1 fois Kafiroûna
1 fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
19ème NUIT
6 Rakats
3 Salams
1 fois FATIHAT
7 Fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
20ème NUIT
8 Rakats
4 Salams
1 fois FATIHAT
3 fois quadri
3 fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate)
21ème NUIT
4 Rakats
2 Salams
1 fois FATIHAT
20 fois IKLASS
(voix haute dans chaque sourate
22ème NUIT
2 Rakats
1 Salam
3 Fois sourate a-alâ
3 fois IKLASS
3 fois Quadri
3 fois Falakhi
3 fois NASSI
23ème NUIT
4 Rakats
2 Salam
1 Fois FATIHAT
5 fois IZA Dja Nassroullâh
5 fois IKLASS
24ème NUIT
6 Rakats
3 Salams
3 fois IKLASS
3 fois Falaqi
3 fois NASSI
25ème NUIT
8 Rakats
4 Salams
1 Fois FATIHAT
4 fois IKLASS
26ème NUIT
10 Rakats
5 Salams
1 Fois FATIHAT
1 fois Al quariatoul
5 fois IKLASS
Après réciter 70 fois Astaghfiroullah
27ème NUIT
12 Rakats
1 fois FATIHAT
10 Fois Quadri
28ème NUIT
4 Rakats
1 fois FATIHAT
5 fois Tin wa Zaytoûn
5 fois IKLASS
70 fois Astakhfirou Lâh
70 fois SALATOU alâ Nabbi
29ème NUIT
6 Rakats
3 Salams
1 fois FATIHAT
11 Fois IKLASS
30ème NUIT
4 Rakats
2 salams
1 Fois FATIHAT
25 fois IKLASS
25 fois Kâfirouna
BIBLIOGRAPHIE : Les secrets du jeûne et du pélérinage. Al-Ghazàll.( ed. TAWHID 1993)
La voie du musulman ABOUBAKER DJABER E. (ed. ASLIM 1985)
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INTERVIEW
SUITE ET FIN DE L'INTERVIEW DE CHEIKH A.T
Les hommes politiques utilisent toujours l'Islam pour atteindre leurs objectifs et une fois le but atteint, ils ne font rien pour l'Islam.
* Alif : Un musulman peut-il adresser des prières aux non-musulmans ?
- I.A.T.B : Le fait même de s'adresser à un musulman signifie qu'il a une notion de la divinité. Il ne croit peut être pas en notre manière de voir la religion, ce qui ne signifie pas qu'il ne croit pas en Dieu lui-même. Un mécréant vivant, qui, pour des besoins terrestres licites s'adresse à un musulman pour lui faire des prières, le musulman peut prier pour lui sans problème. La religion n'intervient pas dans ce domaine. Que cela soit le chef de l'Etat ou n'importe quel mécréant qui demande des choses pour l'ici-bas, le musulman peut prier pour lui.
Ce qui est interdit c'est de prier sur le corps d'un mécréant. Le Coran est formel là-dessus (cf Sourate 114)
* Alif : Je voudrais revenir sur une question : c'est la pratique du culte. Pour la plupart des musulmans, on pense que c'est la prière et, le jeûne, et on prête très peu attention à la Zakat, au Pèlerinage (si on a les moyens) et surtout à la profession de foi qu'on néglige le plus.
- I.A.T.B : Cela se comprend. La plupart des musulmans sont nés musulmans, donc ils n'ont pas eu à prononcer la chahada. L'enfant d'un musulman est automatiquement musulman. Il a l'occasion de répéter la chahada plusieurs fois. On ne lui a pas enseigné que c'est une obligation fondamentale pour un musulman. Il est différent d'un chrétien ou d'une autre personne qui embrasse l'Islam. C'est un préalable pour ceux-là. Quand quelqu'un se convertit à l'Islam, il prononce d'abord la chahada ou la profession de foi, c'est fondamental. Il faut qu'il accepte ça d'abord. Une fois qu'il a accepté cela, c'est en ce moment qu'on lui demande de prier, de jeûner.
Pour demander à quelqu'un de faire ceci, de faire cela, ceci est interdit, ceci est permis, il le fera au nom de qui ? Tous ces actes se font au nom de Dieu. Donc il faut admettre d'abord l'existence de Dieu. Il faut l'admettre tel que nous le concevons : le Dieu unique qui n'est pas parenté à une créature.
Sur le deuxième point, c'est une erreur fondamentale. On parle des obligations fondamentales de l'Islam :
- la prière,
- le jeûne,
- la Zakat. Celui qui a des biens et qui ne fait pas la Zakat, il va en enfer, c'est sûr. Mais il n'y restera pas éternellement.
Quant au pèlerinage à la Mecque, celui qui a les moyens et qui refuse d'y aller va également en enfer, sauf miséricorde de Dieu, parce que lui aussi aura négligé une obligation fondamentale.
C'est donc une erreur de croire que le culte se limite à la prière uniquement. Elle ne nous dispense ni du jeûne, ni de la Zakat, ni du pèlerinage et inversement.
* Alif : Au niveau de la Zakat il se pose deux problèmes :
1°) la définition de l'équivalence,
2°) la collecte de la Zakat.
On nous dit habituellement que la Zakat est annuelle. Si mes souvenirs sont exacts, la Communauté Musulmane de la Riviera avait à l'époque, émis des fiches pour demander à chaque musulman, à chaque fin de mois, de verser un peu de sa Zakat. Pour eux c'était une façon de récolter plus facilement la Zakat et faire des oeuvres islamiques. Est-ce que cette pratique est vraiment une Zakat ?
- I.A.T.B : Effectivement, comme tu l'as dit, au temps du Prophète Muhammad (Saw), la Zakat était perçue annuellement. A cette époque, il n'y avait pas une classe de travailleurs mais plutôt une classe de commerçants et une classe d'agriculteurs et d'éleveurs. Tous les textes que nous avons parlent des éleveurs (Zakat des animaux), des agriculteurs (Zakat des céréales) et des commerçants (Zakat en numéraire). C'était les trois catégories du temps du Prophète. Il n'y avait pas une catégorie de travailleurs. Maintenant cette catégorie existe. C'est pourquoi l'étude moderne qui a été faite, c'est que les travailleurs sont soumis à la Zakat.
Personnellement, je suis de cet avis. Pourquoi ? Parce qu'on demande au petit cultivateur de faire la Zakat sur sa récolte annuelle qui lui aurait rapporté 400.000 F par exemple.
Le fonctionnaire qui gagne mensuellement 400.000 F, doit-il être exonéré au motif que le texte ne le mentionne pas ?
* Alif : Mais il y a là un problème. Le fonctionnaire peut toucher 400 000 F, mais il a une dette vis-à-vis de sa banque qui s'étale sur deux ou trois ans. Un type comme ça est-il redevable de la Zakat, puisqu'on dit que c'est après satisfaction des besoins vitaux qu'on fait la Zakat sur ce qui reste.
- I.A.T.B : Je crois que les crédits que vous devez à la banque sont des économies. On prend le crédit pour construire une maison, on n'a pas dépensé, l'argent est là. On ne peut pas considérer ce genre de crédit comme une dette. Cependant le crédit contracté pour ses besoins personnels peut être pris en considération.
La nouvelle loi ou la nouvelle conception est que le fonctionnaire doit d'abord assurer ses besoins vitaux et maintenant donner la Zakat sur le reste. Là encore nous avons des différences avec les frères qui ont fait leurs études en Arabie Saoudite. Ceux-ci prétendent que le fonctionnaire ne doit pas la Zakat parce qu'il n'est pas mentionné dans les textes des Hadiths.
Là encore c'est une erreur fondamentale, parce que l'esprit de la loi est aussi importante que la loi elle-même. L'Islam ne peut pas exiger la Zakat à un agriculteur qui a un revenu annuel (400 000 F) et exonérer un fonctionnaire qui a un revenu annuel de cinq millions de francs. Cela est impossible.
* Alif : Nous avons terminé l'entretien et je souhaite que vous lancez un message aux musulmans, message d'entente, car la mésentente est l'une des plaies de notre communauté.
Que devons-nous faire pour arriver à nous entendre, pour que triomphe l'Islam en Côte d'Ivoire ?
- I.A.T.B : Ce que nous devons faire avant tout pour que triomphe l'Islam, c'est d'abord et avant tout de travailler uniquement pour Dieu. Il faut que chacun de nous soit guidé par l'intérêt général, et qu'il se considère comme un militaire ; et qu'il laisse de côté, les ambitions personnelles, au profit de l'intérêt collectif ou communautaire, ou commun. On ne doit viser que Dieu seul. Si nous taisons nos personnalités, si nous oublions notre égoïsme, il ne se posera plus de problème. Lorsque Cheick Tall est venu du Sénégal c'est ce qui l'a marqué : «L'Islam en Côte d'Ivoire serait parfait s'il n'y avait pas des problèmes de personnes. Ce que j'ai vu ici m'a beaucoup séduit. Faites un effort pour dépasser les problèmes de personnes».
Tout ce qui nous divise c'est cela. Toutes ces associations qui se créent c'est pour des ambitions personnelles. Chaque jour voit naître une nouvelle association, pour faire quoi ?
Quand on fait une étude comparée des statuts de ces différentes associations, on s'aperçoit qu'elles sont toutes identiques pratiquement au niveau de leurs objectifs. Les statuts sont idéals et dans la pratique c'est autre chose. Vraiment si on pouvait faire un effort dans ce sens là, l'Islam s'en porterait mieux.
Chacun est libre d'adhérer au parti politique de son choix. Chacun est libre de faire la politique pleinement. S'il veut être candidat à la députation, il est libre de le faire. Mais de grâce il ne faut pas confondre politique et religion. C'est le triste constat qu'on fait de nos jours.
Même les funérailles sont devenues des lieux des campagnes électorales. J'ai assisté à un enterrement à Agboville, où le corps a été complètement oublié au profit de la politique. C'était à l'approche d'une campagne électorale. Si nous mélangeons politique et religion, c'est la politique qui l'emportera.
* Alif : Là, il y a un problème. l'Islam est un tout, c'est un ensemble à l'intérieur duquel existe le social, l'économie, le politique. Si nous devons séparer le politique de l'Islam, n'y a t-il pas une contradiction quelque part ?
I.A.T.B : Si nous pouvions appliquer l'Islam dans sa globalité, il n'y aurait aucun problème.
Dès l'instant où on se trouve dans un Etat laïc, il est difficile de parler de politique islamique, parce que cela n'existe pas. On ne pourrait le faire que dans un pays où l'application de l'Islam est possible. Je suis toujours à l'écoute et je n'ai jamais entendu une revendication à l'Assemblée Nationale pour la communauté musulmane. Je n'ai jamais entendu un ministre lever la voix pour faire une revendication islamique quelconque.
Les hommes politiques utilisent toujours l'Islam pour atteindre leurs objectifs et une fois le but atteint, ils ne font rien pour l'Islam.
Je vous remercie
Propos recueillis par
OUATTARA Issouf
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DEVALUATION OU ESCLAVAGE
CE JOUR LÀ, LE FMI, LA B.M. ET LA FRANCE SE CONCERTÈRENT POUR DÉCIDER DE L'AVENIR DE L'AFRIQUE.
IL FAUT APPAUVRIR LES PAYS AFRICAINS, ILS SONT BONS À RIEN !
EXACT !
CETTE FOIS NOUS ALLONS LEUR IMPOSER LA DÉVALUATION !
EN EFFET...
ALLÔ ! TOUS LES PAYS MEMBRES DE L'UMOA, VOUS DEVEZ COÛTE QUE COÛTE ACCEPTER LA DÉVALUATION, C'EST UN ORDRE !!
OUI PATRON !
PLUS TARD LE 11 JANVIER 1994 AU SENEGAL.
À COMPTER DE CE JOUR, LA DÉVALUATION PREND EFFET SUR L'ENSEMBLE DES PAYS DE L'UMOA
HÉ ! HÉ ! HÉ !
CEPENDANT CONTRAIREMENT À LA CÔTE D'IVOIRE, LE SENEGAL ÉTAIT PERPLEXE.
APRÈS LA RÉDUCTION DES SALAIRES VOILÀ LA DÉVALUATION QUE VAIS-JE FAIRE ?
HÉ ! HÉ ! HÉ !
PENDANT CE TEMPS À ABIDJAN LES MILLIARDAIRES JUBILAIENT.
NOUS ALLONS RAPATRIER NOTRE ARGENT NOUS SERONS RICHES, RIIICHES
YOUPIII
YOUPIII
VIVE LA DÉVALUATION
ALORS QUE LA POPULATION IVOIRIENNE S'APPAUVRIT.
PAR PITIÉ, DONNEZ-MOI 10 F !
ON EST FOUTU ! TOUT A AUGMENTÉ : MÉDICAMENT 50 %
DÉVALUATION ON T'A FAIT QUOI MÊME ?
RIZ 20 %, CONSERVE 120 %, MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION 90 %, AUGMENTATION DE SALAIRE 5 %, BAISSE DE SALAIRE 30 %
CARLOS
FEVRIER 1994
ALIF
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