Issue
Plume Libre #46
- Title
- Plume Libre #46
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Plume Libre
- Date
- December 15, 2000
- issue
- 46
- Abstract
- Hebdomadaire ivoirien d’informations générales
- number of pages
- 9
- Language
- Français
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0001364
- content
-
Plume Libre
Hebdomadaire Ivoirien d'Informations générales
N° 46 — du 15 au 21 Décembre 2000 - 300 F.CFA
Rappel
"Ils stratégient.
Dieu stratégie.
Dieu est le meilleur
des Stratèges".
(Coran : S. 2 - V. 195)
REPORTAGE A ABOBO
Mensonge, intoxication et politique d'exclusion au sommet
Nouvelle décente des forces du mal contre les Musulmans
Des dizaines de morts, des Imams battus à sang, des centaines d'innocents parqués à l'Ecole de police et dans les casernes
Les étudiants de la FESCI ont incendiés la mosquée de la SOGEFIHA à Abobo. Les policiers ont ensuite raflés les musulmans qui étaient venus balayer leur lie de culte.
Le Général Lassana Palenfo (notre photo) et le Général Coulibaly sont illégalement détenus dans des casernes depuis des mois
Des témoins racontent ce qui s'est réellement passé
RAMADAN 2000
TOUT SAVOIR SUR LE TARAWIH
ECONOMIE
Le rôle de la Zakat dans la vie économique d'une Nation
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Plume Internationale
THAÏLANDE
L'essor de l'Islam à Bangkok
Le Ministre des Affaires Etrangères de la Thaïlande a indiqué récemment que plus de 5% de la population thaïlandaise (60 millions d'habitants) est musulmane, et que les musulmans jouent un rôle important dans le développement socio-économique et culturel du pays. Selon les statistiques de 1999, la population musulmane de la Thaïlande est de 3,2 millions. Elle vit en majorité dans le Sud du pays.
Les musulmans thaïlandais jouissent de la liberté confessionnelle la plus totale. Certains occupent de hauts postes de responsabilités dans l'administration, comme l'actuel Ministre des Affaires Etrangères, Dr Surin Pitsuwan, l'actuel Président du Parlement, Mohammed Nour Mataha. Par ailleurs, 16 des 364 membres du parlement sont des musulmans.
Chaque année le gouvernement offre une assistance financière de 50 millions de baths (1 dollar = 26 baths) pour soutenir l'éducation islamique, le travail de propagation de l'Islam et la rémunération des imams et autres membres du personnel islamique.
Dans le domaine de l'éducation, la Thaïlande compte 394 écoles islamiques, auxquelles il faut ajouter l'Institut d'Etudes Islamiques de l'Université Prince Songkhala et le Lycée Islamique de Yala.
Le gouvernement thaïlandais envisage de créer un fonds pour aider les futurs pèlerins thaïlandais qui effectueront le grand pèlerinage à La Mecque. Par ailleurs, il étudie la possibilité de créer une banque islamique dans le pays. Un autre projet consiste à développer le Sud de la Thaïlande, Pattani, pour qu'il devienne un centre d'exportation de viande hallal (licite, NDLR).
HOLLANDE
Conférence sur l'Islam et la citoyenneté des musulmans d'Europe
Le Ministère de la justice de la Hollande a organisé récemment à Rotterdam une conférence sur « l'Islam et la citoyenneté », au cours de laquelle divers aspects de la citoyenneté des musulmans d'Europe ont été discuté. Dans son allocution, à cette occasion, un participant de marque, le Ministre hollandais des Minorités, Van Boxtel, a indiqué que la société hollandaise pourrait bénéficier des valeurs et des traditions de l'Islam. Le Ministre qui a, par ailleurs, lancé un appel aux musulmans de son pays pour qu'ils présentent et expliquent ces valeurs et traditions islamiques aux Hollandais, leur a aussi demandé de dialoguer avec la société hollandaise et a souligné que les minorités jouissent de beaucoup d'estime de la part du gouvernement de son pays. Plusieurs autres personnalités politiques et religieuses ont pris la parole au cours de cette conférence.
Au début de l'année 1999, la population néerlandaise s'élevait à 15, 8 millions d'habitants et a une densité moyenne de 376 habitants au kilomètres carré, l'une des plus élevées du monde. Les Pays Bas comptent actuellement un peu plus de 5% d'étrangers (Marocains, Turcs et autres). Avec l'immigration en provenance de pays tels que le Maroc, la Turquie et l'Indonésie, l'Islam occupe une place croissante dans la société néerlandaise.
COMMUNIQUE
CONSEIL NATIONAL ISLAMIQUE
JOURNEE NATIONALE DE SOLIDARITE MUSULMANE
PREMIÈRE ÉDITION, LE VENDREDI 1 DÉCEMBRE 2000
LE PROPHÈTE (SAW) DIT : «La meilleure charité est celle accomplie pendant le ramadan» (Tirmizy). «Qui donne à manger ou à boire à quelqu'un qui jeûne, d'un bien licitement acquis, les anges ne cessent de prier pour lui durant ramadan. L'archange Gabriel prie pour lui la nuit du destin». (Boukhari ).
Le Conseil Supérieur des imams (COSIM) et Le Conseil National Islamique (CNI) ont décidé de consacrer le premier vendredi du mois de Ramadan 2000, le 1er décembre 2000 à la journée de solidarité musulmane sur toute l'étendue du territoire.
A cette occasion il est lancé le Fonds de Solidarité Musulmane destiné à :
• la reconstruction des mosquées, écoles incendiées et détruites récemment,
• la mise en place d'un système de protection des lieux de culte et symboles de l'islam
• l'aide à apporter aux victimes des injustices : martyrs, veuves et orphelins.
Au cours de cette journée il appartient :
• au Imams, d'encourager l'élan de solidarité parmi les fidèles pendant tout ce mois saint de Ramadan
• aux Comités de gestion des mosquées, de réserver la collecte de ce vendredi au Fonds de Solidarité Musulmane
• Fidèles, de participer activement aux opérations de dons
En outre il sera mis en vente pendant tous le mois de Ramadan, un timbre pour pouvoir alimenter ce Fonds de Solidarité Musulmane.
LA SOLIDARITÉ MUSULMANE N'EST PAS UN VAIN MOT, C'EST UN COMPORTEMENT
Plume Libre
EST ÉDITÉ PAR LE CENTRE D'ETUDES ET DE DOCUMENTATION ISLAMIQUE DU CONSEIL NATIONAL ISLAMIQUE (CNI) MOSQUEE DE COCODY-AGHIEN
B.P. 174 CIDEX 03 ABIDJAN 08
TÉL : 22-42-67-79
Internet : http://www.cni.ci
DÉPÔT LÉGAL
N° 2732 du 07/09/1991
Directeur de la publication
Koné Issa
Rédacteur en chef
Doumbia Ibrahim
Secrétaire général de la rédaction
Koné Seydou
Impression
OLYMPE
Distribution
CEID - Communication
Tél : 05-69-00-49
BÉNIN
Le nouveau centre islamique de Bassila a commencé ses activités
Peu après son inauguration, le nouveau centre islamique de Bassila dans le Département de Donga, au Bénin, a déjà commencé ses activités, en particulier l'enseignement des disciplines islamiques.
Le centre qui comprend une école, une infirmerie, un orphelinat et un centre de formation des femmes, a, par ailleurs démarré son programme d'éradication de l'alphabétisme qui consistent à donner des cours aux adultes dont le nombre est actuellement de 130 femmes et de 100 hommes.
Le centre islamique de Bassila qui tient des cours islamiques au niveau des mosquées chaque jour, a aussi commencé à réaliser des émissions radiophoniques diffusées par une radio locale.
A Cotonou, la capitale économique du Bénin, l'Institut Dar-es-Salam créé en 1972, poursuit ses activités d'enseignement de la langue arabe aux enfants. Il oriente les familles dans leurs affaires quotidiennes à la lumière du saint Coran et de la sunna.
Malgré la volonté notoire des populations béninoises à mieux comprendre l'Islam, les musulmans de ce pays éprouvent un grand manque de moyens, ce qui pose des obstacles aux activités islamiques. De leur côté, les missions Chrétiennes au Bénin profitent de cette situation pour intensifier leurs activités visant à évangéliser les musulmans. Ces missions ont atteint cet objectif dans six villages du département des Collines. Selon un journal saoudien « Al-Madinah », ces musulmans ont abandonné leur religion parce qu'il n'y avait personne pour les orienter en ce sens qu'il manque de propagateurs de la dawa qualifiés et de mosquées en nombre suffisant dans leur pays. C'est ainsi que les missions chrétiennes ont pu exploiter non seulement l'ignorance de ces musulmans, mais aussi leur situation économique difficile en leur promettant mille et une merveilles. Des efforts ont été entrepris pour que ces musulmans reviennent à l'Islam. Ce que certains ont déjà fait.
Introduit au Bénin par les Yorouba et les Haoussa, la communauté musulmane est surtout implantée dans le Nord-Est et le Sud-Est. La religion de Mouhammad (SAW) progresse surtout dans les grandes cités comme Porto-Novo, Parakou et Djougou.
Le Bénin est membre de l' Organisation de la Conférence Islamique (OCI).
ARABIE SAOUDITE
Hadj-Sécurité : Installation des consignes automatiques à la mosquée Al-Haram
Les autorités saoudiennes étudient un projet d'installation des consignes automatiques à la sainte mosquée d'Al-Haram, à La Mecque, pour permettre aux pèlerins et aux visiteurs d'y garder leurs objets de valeurs en toute sécurité.
Le président du comité central du Hadj, le prince Abdul Madjid Bin Abdul Aziz a donné des instructions afin que soit créé un comité qui sera chargé d'étudier ce projet qui aidera à réduire les pertes de biens dont sont victimes les pèlerins et autres visiteurs dans les alentours de la Grande Mosquée, à cause des pickpockets en particulier, opérant dans la foule immense des fidèles.
Selon le responsable de l'Institut Roi Fahd de Recherche sur le Hadj, la réalisation d'un tel système de sécurité exprime le souci des autorités saoudiennes concernant le confort et la sécurité des pèlerins pendant le Hadj, et des visiteurs qui viennent effectuer la Oumra, le petit pèlerinage.
Cette nouvelle a été accueillie avec soulagement et joie. Selon des diplomates en poste à Jeddah, les consignent automatiques soulageront tout le monde, pèlerins, autorités saoudiennes, missions diplomatiques et agence de voyage pour qui la perte des documents de voyages et d'argent notamment est source d'un véritable casse-tête.
« Les consignes automatiques sont d'une telle importance qu'on espère qu'elle soient prévues aussi à d'autres endroits où elles s'avèrent utiles » a dit un agent qui organise le séjour pendant la saison du Hadj des groupes africains non arabes. (Source : INA)
La direction commerciale de PLUME LIBRE cherche des distributeurs à Abidjan et à l'intérieur du pays.
CONTACT : 22-42-67-79 / 03-05-35-79
(Hadja Fofana)
ou BP 174 cidex 08 Abidjan 08
Plume Libre n° 46 du 15 au 21 Décembre 2000
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Plume Religieuse
RAMADAN 2000
Tout savoir sur le Tarawih
AW ABDOUL LATIF
La prière dite de Tarawih est la prière que font les fidèles pendant les nuits du mois de Ramadan. Cette prière qui a un caractère surérogatoire (non obligatoire) prend sa source comme toutes les autres prières en Islam, depuis le prophète Mouhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui).
C'est la 2ème année de l'Hégire, que le jeûne du Ramadan a été institué par Allah. Son Prophète vint à la mosquée de Médine une nuit, et se mit à faire des prières. Des fidèles, l'ayant aperçu, firent comme lui et le lendemain tout le monde fut informé de ce que le Prophète célébrait la prière la nuit à la mosquée ; ce qui provoqua une forte affluence à la mosquée le 2nd jour. Le 3ème, la mosquée fut prise d'assaut par les fidèles, mais le Prophète resta chez lui. Cette absence nécessita une explication que le Prophète donna, le matin, à la prière de Sobh (fadjr) : « Je savais que vous étiez prêts pour la prière, mais je suis resté à la maison de peur que Allah, en voyant cette mobilisation, ne prescrive cette prière comme obligatoire ». Ainsi le reste du temps, le Prophète fit seul sa prière de Tarawih, pendant que les fidèles se retrouvaient dans la mosquée.
« Quiconque se lève pour prier pendant les nuits du Ramadan avec foi et en comptant sur la récompense divine, Allah pardonne ses fautes passées », a dit le Prophète de Dieu. Même après sa mort, les fidèles ont continué cette pratique des prières surérogatoires.
Les musulmans profitent des bienfaits du Ramadan avec le soutien des Imams.
Lors du califat du prince des croyants, Oumar Ibn Kattab al Farouk, les fidèles chaque soir de Ramadan priaient par groupe à la mosquée de Médine jusqu'à ce qu'il leur ordonne de prier tous derrière l'Imam Obay Ibn Kayb. Cette injonction du calife fut néanmoins contestée par certains fidèles qui la considérèrent comme une innovation religieuse (Bid'a'a). Mais le calife leur apporta l'explication dont ils avaient besoin. Il leur dit que le Prophète une fois mort, la révélation est terminée ; il n'est plus possible que Allah fasse de la prière de Tarawih une prière obligatoire car celui qui recevait la révélation est mort.
Cette tradition a donc été perpétuée jusqu'à nos jours où, durant tout le mois de Ramadan, les mosquées sont prises d'assaut dès la tombée de la nuit, pour célébrer la gloire et la louange du Tout Puissant.
Dans la pratique, la prière de Tarawih comporte 10 ou 20 rakats et comme elle est exécutée avec la prière de Ichai'a (4 Rakats) et celle du Chafi et du Witr (3 Rakats), on a donc une prière de 17 ou 27 Rakats, selon les écoles. Mais compte tenu de son caractère non obligatoire, on peut observer le jeûne sans faire la prière de Tarawih. Celui qui n'a pas la possibilité de faire tous les rakats, peut faire ce qu'il peut. Dans certaines mosquées, les prières de Tarawih sont des occasions pour les fidèles pour réaliser toute la lecture du Saint Coran. Dans ce cas, la prière sera un peu plus longue, mais la récompense, plus forte.
Edito Plume
KÉMÉ Brahma
La diabolisation des musulmans continue...
Les manifestations politiques des 4 et 5 décembre derniers ont servi de prétexte à une nouvelle descente des forces du mal contre la communauté musulmane. Des musulmans ont encore une fois été tués, des mosquées incendiées et les informations tronquées contre des montages grossiers. C'est ainsi que des armes ont été présentées à la télévision comme ayant été saisies dans une mosquée. Autant de choses qui ont fait ironiser Me Emile Boga Doudou, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation et député, sur des « choses pas très saintes dans un lieu supposé saint ». Sans partager l'hilarité de notre ministre, nous constatons tout simplement que la vérité des faits est diamétralement opposée à son récit des événements.
Au demeurant, si nous insérons cet triste épisode de la vie de la nation dans le scénario exécuté depuis de très longs mois, et qui consiste en l'interpellation des imams, au contrôle des cartes nationales d'identité aux abords des mosquées et aux perquisitions dans les mosquées à la recherche d'armes à feu, on peut conclure, à entendre le commissaire du 13è arrondissement et son ministre, que les preuves sont enfin établies que le « terrorisme musulman » en Côte d'Ivoire est une réalité. C'est dans cette même logique que les autorités ont parlé de l'église de Kong qui aurait été incendiée, et de l'employé qui aurait été égorgé à Treichville parce qu'il s'était rendu à son lieu de travail, avant de conclure que si le RDR veut importer le syndrome algérien en Côte d'Ivoire, qu'il le dise (sic).
Les médias sont depuis longtemps mis à contribution pour déverser une haine injustifiée sur la communauté musulmane, l'amalgame étant fait entre ressortissants du Nord, musulmans et militants du Rassemblement des Républicains. C'est pourquoi, chaque fois que ce parti politique manifeste, des mosquées sont incendiées. Le 5 décembre 2000, la FESCI, qui a abandonné le militantisme estudiantin pour se reconvertir en milice politique, a, en tout cas, incendié de gaieté de cœur la mosquée d'Abobo-Sogefiha, avant de faire la passe aux forces de l'ordre. Ces derniers s'amusent à longueur de journée, jusqu'à ce jour, à arracher la barbe des fidèles musulmans qui ont commis le crime de vouloir empêcher des malfaiteurs de brûler leur lieu de culte. Comme quoi, la haine ethnique et religieuse est entretenue par les pouvoirs qui se succèdent. Mais que gagne le pouvoir à vouloir coûte que coûte diaboliser les musulmans ? Qu'ont fait les musulmans pour cristalliser toute cette haine ? La question mérite d'être posée, d'autant plus que la communauté musulmane a toujours participé à la bonne marche de la vie politique ivoirienne. Est-ce parce que certains sentent le contrôle de cette communauté leur échapper ?
L'histoire que beaucoup d'historiens semblent ignorer, nous enseigne que feu le Président Houphouët Boigny était le député PDCI-RDA de Korhogo. La logique aurait voulu qu'il soit celui de Yamoussoukro s'il avait le soutien de ses propres parents.
Le Grand Nord ne savait-il pas à l'époque qu'Houphouët-Boigny n'était pas musulman ? Tous ces grands hommes qui l'ont aidé, de Péléforo Gon Coulibaly au Cheick Yacouba Sylla, en passant par l'Imam Timité Koudouss et le Cheick Amadou Hampaté Bâ entre autres, ne savaient-ils pas qu'Houphouët était Chrétien ? Plus près de nous, lorsque le même Houphouët persécutait Laurent Gbagbo, ce dernier n'a-t-il pas trouvé le réconfort et le soutien nécessaire à son action au Nord et auprès des nordistes ? Aujourd'hui, les nordistes sont traités d'étrangers voulant islamiser la Côte d'Ivoire. Des imams sont déshabillés, humiliés, battus, traînés dans la poussière et enchaînés dans des casernes militaires pour rien. Des musulmans sont contraints de boire de l'alcool, rudoyés et abattus de sang froid, leurs lieux de culte profanés, le Coran incendié, des musulmanes violées, souillées pour le plaisir de les entendre s'en remettre à Allah (exalté soit-Il).
Tout est fait de façon méthodique, comme si cela avait été planifié de longue date. Pourquoi ? Si, au moins, ce sentiment de jalousie et de haine était partagé ! Si, au moins, les imams avaient invité leurs fidèles à militer dans tel ou tel parti politique. Si, au moins, les mosquées avaient été transformées en tribunes politiques. Mais il n'en est rien. Rien. Absolument rien. Aucun imam n'a pris position pour un quelconque leader politique, aucun musulman n'éprouve de la haine pour un non musulman, aucun musulman ivoirien n'éprouve de la haine pour les Ivoiriens d'autres ethnies que la sienne. Tout simplement parce que Mouhammad (SAW) nous a enseigné la sincérité, la vérité et la justice. Tout simplement parce que Dieu nous dit dans le Coran : « Ina lilahi wa ina ilayhi radjioune », c'est-à-dire « assurément, nous venons tous de Dieu, et notre retour est vers Lui ». En attendant ce jour, pourquoi ne pas se mesurer dans les bonnes actions ?
Ma-Salam
Les bienfaits du jeûne du mois de ramadan
Depuis quelques jours, les musulmans vivent le mois de Ramadan. Mois d'abstinence, le Ramadan semble terrible si l'on considère le fait qu'il nous prive de certains plaisirs quotidiens tels que manger, boire... Cependant, cette privation semble négligeable devant les bienfaits que nous procure le jeûne. En effet, le respect du jeûne du Ramadan exige de la part du jeûneur un effort exceptionnel qui, à coup sûr, à la fin du mois contribuera à lui octroyer un caractère propre. C'est ainsi, qu'en se privant de certains plaisirs quotidiens, le jeûneur acquiert la patience qui lui permettra par la suite de supporter les épreuves auxquelles il sera soumis et d'agir sereinement face aux situations les plus pénibles. C'est surtout dans l'adversité que l'on doit observer la différence entre le croyant et le non croyant. Alors que ce dernier s'affolera, car n'espérant aucun secours, le premier fera preuve de maîtrise de soi en se rappelant les durs moments du jeûne où il avait à sa portée de quoi le rompre, mais la présence de Allah l'a en dissuadé.
Le Prophète (SAW) nous recommande d'être plus généreux pendant ce mois béni de Ramadan. Le jeûneur, en se privant de nourriture, comprend mieux la souffrance des démunis. Il en résulte que le jeûneur devient plus sensible et qu'il apporte, s'il le peut, toute l'aide nécessaire à quelqu'un qui est en difficulté.
Quel que soit notre statut social, le jeûne en un jour de chaleur torride nous rappelle notre condition humaine avec tous ses besoins. Cela contribuera à nous rendre humble et modeste. Quel que soit notre fortune, ou notre science, nous souffrons de la faim au même titre qu'un vulgaire qui n'a aucune valeur à nos yeux.
Le Prophète d'Allah nous exhorte à ne pas être belliqueux et nous demande d'éviter d'avoir un esprit de vengeance. Pendant le Ramadan, si quelqu'un nous agresse, notre riposte doit être des mots : « Je jeûne ». Et cela, bien que nous ayons d'autres préoccupations telles que la faim et la soif. Le jeûne nous forge à la clémence. Celui qui est incapable de se maîtriser, Allah n'a que faire de son abstinence de manger et de boire. Il est de ceux qui n'ont pour récompense de leur jeûne que la faim et la soif qu'ils en récoltent.
Le jeûne cultive en nous la loyauté envers Allah, la fidélité envers la religion et l'honnêteté envers soi-même et les autres. En effet, le jeûneur n'est contrôlé par personne, et pourtant, même à l'abri de tout regard il ne peut tricher car sa conscience l'empêche de trahir le pacte qui le lie à son Créateur. Cette fidélité envers la religion de Dieu, l'honnêteté envers soi-même, va se répercuter sur nos relations inter personnelles. Il est évident que celui qui ne respecte pas ses engagements vis-à-vis de Allah, ce n'est pas envers les hommes qu'il les respectera. De même, celui qui essaie de tromper Allah, ce n'est pas les hommes qui seront épargnés. Dieu ne nous dit-il pas, parlant des hypocrites : « Ils cherchent à tromper Allah et les croyants, mais ils ne trompent qu'eux-mêmes, et ils ne s'en rendent pas compte » (Coran, S : 2 - V : 9).
Le mois de Ramadan est donc une usine de transformation d'un produit semi-fini en produit fini avec une forte valeur ajoutée. Le produit semi-fini est le croyant avec ses imperfections, et le produit fini n'est autre que le musulman. Selon un hadith, est perdu celui qui voit un mois de Ramadan et à la fin n'a pas tous ses péchés pardonnés.
A.A.L.
Reportage Rupture du jeûne à la mosquée de la Riviera 2
Il est 17 h 45 mn ce jour de Ramadan 2000, et, déjà, sur l'esplanade de la petite mosquée de la Riviera 2, des frères, jeunes et adultes, sont en train d'installer des nattes et des nappes. Arrivent, ensuite, d'autres fidèles avec, dans le coffre arrière de leurs véhicules, des bouteilles de jus glacés, des thermos de mil et de thé. D'autres sortent de leurs poches des dattes. Tout ce menu sera méticuleusement servi dans des assiettes en plastique sur les nattes préalablement dressées.
A 18h 05mn, l'Imam Sékou Sylla arrive. Les discussions sont engagées sur la chaleur de la journée par certains. D'autres se remémorent leurs différents zikr. C'est dans cette ambiance que l'Imam donne « le coup d'envoi » de la rupture du jeûne. On fait des invocations pour le reste du Ramadan.
Le muezzin fait l'Ikamah. Certains n'ont même pas avalé ce qu'ils ont en bouche que l'on entend déjà « Allahou Akbar ». C'est la prière qui commence. « Notre Seigneur ! donne-nous les biens ici-bas et les biens de l'au-delà, et préserve-nous du tourment de l'enfer » (Coran, S : 2 - V : 201).
A la prochaine, inch'Allah, avec une autre communauté.
A. A. L.
Plume Libre n° 46 du 15 au 21 Décembre 2000
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Plume Politique
REPORTAGE
Mensonge, intoxication et politique d'exclusion au sommet
Des dizaines de morts, des Imams battus à sang, des centaines d'innocents parqués à l'Ecole de police et dans les casernes
Après les événements tragiques survenus lundi 4 et mardi 5 décembre 2000, le ministre Boga Doudou, de l'Intérieur et de la Décentralisation, est intervenu sur les ondes pour agresser la communauté musulmane. Il a déclaré que des armes avaient été saisies dans la mosquée de la Sogefiha, à Abobo-Gare. Pour vérifier les faits, nous nous sommes rendus sur les lieux, et nous avons tendu notre micro aux fidèles de la communauté, mais aussi aux voisins et à tous ceux qui ont été témoins de ce qui s'est réellement passé. Le constat est clair : encore une fois, on a essayé d'intoxiquer l'opinion publique ; encore une fois, on a falsifié les faits pour discréditer les musulmans.
Les traces du passage des vandales à la Mosquée d'Abobo-SOGEFIHA
PROPOS RECUEILLIS PAR KÉMÈ BRAHMA
LES TÉMOINS RACONTENT CE QUI S'EST PASSÉ À LA MOSQUÉE D'ABOBO-SOGEFIHA
N'DRI W. A. W.
Président coordination communale CNI Abobo :
« Je suis responsable de tout ce qui se passe sur la commune d'Abobo, concernant les organisations musulmanes. J'habite dans le quartier. Lorsque les choses se sont déroulées vers 15h 30, il n'y avait aucun fidèle autour de la mosquée. Le groupe (des étudiants) est venu. Il a opéré et il est parti. C'est après son départ que les uns et les autres ont été alertés. Moi, je dormais. On est venu me réveiller pour me dire que les gens sont venus casser la mosquée. Quand je suis arrivé sur le théâtre du sinistre, j'ai vu des jeunes gens et des jeunes filles en train de nettoyer. Je leur ai demandé ce qui s'était passé et ils m'ont expliqué. Ils m'ont dit que les assaillants, en se retirant, avaient promis revenir encore plus nombreux. Et c'est pourquoi ils montaient la garde pour les empêcher de détruire ce qui restait. Je leur ai dit : « S'ils viennent, ne vous bagarrez pas, mais il faut les empêcher de causer d'autres dégâts. Si vous pouvez en arrêter deux ou trois, on les enverra au Commissariat ». Après cela, je suis retourné chez moi. Peu de temps après, on est venu me dire que la police est venue sur les lieux et qu'elle a ramassé l'Imam, les jeunes gens et leurs parents pour les envoyer au commissariat du 13ème. Les policiers auraient dit également qu'ils avaient trouvé des armes avec eux et qu'ils allaient les déférer. Par ailleurs, on m'a dit aussi que de nombreux autres imams avaient été arrêtés, mais ça, je ne l'ai pas vérifié. »
Une voisine de la mosquée :
« J'étais chez moi à la maison. J'habite en face de la mosquée. Tout d'un coup, ma mère m'a dit « ils sont en train de casser la mosquée ! ils sont en train de casser votre mosquée ! ». Je vous signale que ma mère est chrétienne. Je suis sorti et j'ai constaté. Les parents sont sortis et les vandales leur ont dit : « N'approchez pas ! » Moi je suis allé vers les assaillants. Ils étaient en train de brûler. J'ai regardé leurs visages, et je me suis retourné. Les « grands frères » du quartier nous ont dit de ne pas intervenir, de les laisser faire. Cependant, il y en a deux qui ont estimé que cela était anormal et ils nous ont dit d'aller éteindre le feu. On est allé, on a pris des seaux d'eau pour essayer d'éteindre l'incendie. J'étais en train de travailler là-bas, lorsque mon petit frère est venu me dire que ma mère était allée au marché. Je lui ai dit : « comment maman peut aller au marché dans une telle situation ? ». J'ai donc couru au marché, à la recherche de ma mère. Je ne l'ai pas retrouvée, mais j'ai vu les policiers en train d'aider les vandales à détruire le marché, à casser les magasins »
- Qui a brûlé la mosquée ?
- Ce sont les étudiants de la FESCI. Je les ai reconnus à leur bandeau rouge qu'ils nouent sur leur tête. Ils étaient une quarantaine dont des élèves en kaki. Quand je revenais du marché, j'ai vu les policiers arriver. Ils ont rencontré mon petit frère qui était avec un groupe d'amis non musulmans. Ils leur ont dit : « Nous sommes là maintenant, allez brûler leurs mosquée ! » Mon frère leur a dit : « Nous ne sommes pas là pour casser la mosquée, si vous voulez casser la mosquée, allez la casser vous-mêmes »
Les policiers encourageaient donc les vandales à brûler les mosquées ?
- Oui, ce sont eux et je suis prêt à témoigner puisque je reconnais certains parmi eux. Tous les jeunes du quartier ont refusé de se livrer à tel acte. Ils sont allés vers les parents rassemblés autour de la mosquée. Ils ont tiré à bout portant. Ce qui n'est pas normal. Un seul parent a réussi à s'échapper. Il ont mis les autres en cercle, et ils ont jeté une grenade lacrymogène au milieu. Ils étaient en dehors de la mosquée. Ils ont commencé à les bastonner avec leurs ceinturons, leurs matraques, et des bâtons.
Y avait-il des personnes âgées ?
Oui, il y avait des personnes âgées, avec des jeunes gens qui n'étaient pas tous des musulmans. Il y avait des jeunes chrétiens parmi eux, comme, par exemple Tetchy Sam qui n'est pas musulman. Après cela, il les ont parqués dans les Dyna (minibus). Et quand les Dyna partaient, ils ont lancé des grenades lacrymogènes à l'intérieur. Dans le même temps, ils tiraient en l'air pour ne pas que la foule s'approche.
On parle d'armes. Que pouvez vous-nous dire à ce sujet ?
- Il n'y avait pas d'armes. Je peux le confirmer parce que lorsque les étudiants sont venus brûler, ils ont fait sortir les nattes et ils ont mis les pneus à l'intérieur pour mettre le feu. Comment voulez-vous que des armes se trouvent sous les nattes quand il n'y a plus de nattes à l'intérieur ?
D'où proviennent donc ces armes dont on parle ?
- Les armes proviennent certainement des policiers eux-mêmes, parce que quand ils frappaient nos parents, ils ramassaient des bois partout. C'étaient des policiers du 13è, 14è et 15è arrondissements. Certains parmi eux étaient en civil. Franchement, on est vraiment dépassé. Je remercie les jeunes du quartier qui ne sont pas musulmans, qui ne sont pas Dioula, et qui nous ont soutenus pour éteindre l'incendie. Ils sont même allés jusqu'à la police pour démentir tous les propos et dire que c'est un montage. Ces jeunes ont vraiment été exemplaires.
Mme ANTOINETTE
(mère de DL) :
« Je tiens à vous dire que je suis chrétienne. Tout ce que les gens disent à la télévision, ce sont des histoires. C'est un montage complet. Franchement, il faut avoir la crainte de Dieu. Les gens n'avaient pas d'armes. Moi-même j'ai assisté à la scène. Quand les étudiants brûlaient, j'étais là. Ensuite, quand les policiers agissaient, j'étais là aussi. Et ils disaient qu'ils allaient nous « terminer » si on approchait. Tout le monde criait quand on frappait les gens, quand on les piétinait, on criait. C'est honteux pour la Côte d'Ivoire, très honteux. »
D.L.
(Notre interlocuteur a les pieds bandés. Il porte des traces de blessures sur lui) :
« J'étais à la maison quand ils sont venus me dire que notre mosquée a brûlé. Comme c'est ma mosquée, il fallait que je vienne voir ce qui s'était effectivement passé. Donc je suis arrivé au moment où tout était déjà fait. On a trouvé nos jeunes frères, nos fils et nos sœurs qui balayaient et lavaient la mosquée. Nous qui sommes les doyens avons commencé à réfléchir aux solutions pour réparer la mosquée. Donc l'Imam et nous étions entrain de discuter. Et nous avons décidé qu'il fallait d'urgence réparer les portes. Quelqu'un a dit qu'il connaissait un menuisier. Nous étions dans l'attente de ce menuisier. Entre temps, les jeunes nous ont dit que les assaillants ont promis revenir plus nombreux et mieux armés. En partant, ces derniers avaient poursuivi un individu pour le bastonner. Il semble même que ce dernier soit déjà mort.
Au vu de tout cela, nous avons estimé qu'il fallait garder la mosquée. C'est ainsi que nous étions tous là. Et à notre grande surprise, nous avons vu les policiers venir. Quand ils sont arrivés, nous sommes restés calmes, puisque nous n'avions rien à nous reprocher. Ils ont commencé à tirer en l'air dans le but de nous effrayer. Personne n'a bougé. Ils ont alors jeté une bombe lacrymogène et nous ont rassemblés. Personne n'a tenté de fuir. Et sur place même, il y en a un qui a dit : « vous avez eu la chance, si quelqu'un essaie de fuir on va faire la démonstration devant vous, on va l'abattre devant tout le monde ». Nous n'avons pas fui puisqu'on se disait qu'on nous interrogerait au commissariat où nous dirions la vérité. On n'avait donc aucune crainte. Cependant, ils nous ont déshabillés, et en nous enlevant nos chemises et sur le champ, les policiers ont commencé à brûler nos chemises et puis ils ont commencé à enflammer les autres nattes de prières, tout cela, ils ont même demandé aux jeunes gens qui étaient autour de les aider à casser la mosquée. Ces derniers ont dit non, qu'ils ne pouvaient pas les aider, puisqu'ils n'étaient pas des casseurs. Par la suite, ils nous ont conduits à la police où on a été battus. Vous pouvez constater mes blessures. Ils ont même commencé à nous battre devant la mosquée. Tout le monde peut témoigner, même ceux qui ne sont pas musulmans. Je signale qu'il y a une solidarité qui est née devant tant d'injustice, et tout le monde nous a aidé. Seuls les policiers nous ont fait subir des exactions.
Quand nous sommes arrivés au commissariat du 13è arrondissement, on nous a déversés comme des bêtes. Et même au moment de descendre, ils ont jeté une bombe lacrymogène dans le Dyna. On était asphyxié et nous nous sommes précipités tous vers la porte. Imaginez la bousculade qui peut arriver dans de telles situations. Ensuite ils nous ont entassés. Dès qu'on est arrivé, on a eu l'impression que les policiers qui nous attendaient étaient prêts. Ils se sont levés et ils ont commencé à se saisir de bâtons, de bois, de cailloux et se sont déversés sur nous pour nous battre. Le langage qu'ils proféraient était : « Vous les Dioula, vous allez voir, on va vous tuer ! vous les Dioula, on va vous tuer ! ». Et donc on nous tapait sans mesure. Et je vous dis qu'il y avait des policiers qu'on prenait avec deux bras et on les jetait sur les gens. Quand ils étaient fatigués, ils se reposaient un peu et revenaient à la charge. L'un d'entre nous a dit qu'il était Agni et non Dioula. Les policiers lui ont dit : « mais en tant qu'Agni, qu'est-ce que vous cherchez là ? ». Il a dit qu'il était de passage et puis il s'est vu trempé dans [l'affaire ?] on lui a enlevé ses pièces, ils les ont vérifiées. Il portait un nom Agni et ils l'ont libéré. Dans le groupe, il y avait certainement une de mes connaissances, qui a dû demander qu'on me tire de là. Lorsqu'on m'a fait sortir, il ont demandé le nom de ce policier qui m'a fait sortir parmi eux. Je ne sais plus ce qu'ils lui ont dit. Comme je suis Baoulé, j'ai entendu un policier dire en Baoulé, je me suis exprimé dans cette langue. Et je leur ai dit que j'étais Baoulé comme eux »
C'est donc parce que vous avez parlé Baoulé qu'on vous a libéré ?
« Je ne peux l'affirmer. Mais je crois que si je n'avais pas parlé Baoulé, on m'aurait dit de réintégrer le groupe. Dans tous les cas, je ne sais pas pourquoi on m'a sorti d'abord du lot. C'est probable que ce soit un de mes anciens élèves, puisque j'en rencontre souvent en tenue. Mais c'est pour jouer le jeu que j'ai dû parler baoulé. Je signale que la plupart des policiers étaient saouls. Pire, dans la salle où on m'a ensuite gardé, j'entendais des cris, je voyais des adultes, de vieilles personnes qui criaient. C'était horrible ! Et en plus, ils faisaient sortir des eaux du WC qu'ils déversaient sur eux. Ils mettaient du piment dans l'eau qu'ils déversaient sur les gens qui étaient blessés et qui saignaient. Ils les avaient frappés avec même des barres de fer. Par la suite, ils ont découvert que l'un des prisonniers était un Yacouba. C'est un de nos frères du nom de Marouf. Ils lui ont demandé ce qu'ils faisaient dans le groupe en tant qu'Anago ? Il a répondu qu'il était simplement musulman. Ils voulaient pas le croire. Il y avait des Attié, des Agni, etc, musulmans, mais qui ne se sont pas présentés. J'ai même oublié de parler d'un policier, membre de la communauté, qui n'est pas Dioula. Il s'appelle T., c'est un sous-officier. On l'a traité de complice. On voulait le libérer mais il a refusé en disant qu'il ne partirait pas tant que l'Imam serait détenu. C'est à partir de ce moment que je suis rentré chez moi. Et j'ai appris qu'ils ont été déférés.
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des vandales à la Mosquée d'Abobo-SOGEFIHA.
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les Dioula, on va vous tuer ! ». Et donc, on nous tapait sans mesure. Et je vous dis qu'il y avait des cailloux qu'on prenait avec deux bras et on les jetait sur les gens. Quand ils étaient fatigués, ils se reposaient un peu et revenaient à la charge. L'un d'entre nous a dit qu'il était Agni et non Dioula. Les policiers lui ont dit : « mais en tant qu'Agni, qu'est-ce que vous cherchez là ? «. Il a dit qu'il était de passage et puis il s'est vu trempé dans l'affaire. On a demandé ses pièces. Ils les ont vérifiées. Il portait un nom Agni et ils l'ont libéré. Dans le groupe, il y avait certainement une de mes connaissances qui a dû demander qu'on me tire du lot. Lorsqu'on m'a fait sortir du lot, ils m'ont demandé : « qu'est-ce que tu cherches parmi eux ? ». Je me suis dit qu'ils me considéraient comme un des leurs. Et alors, comme je comprends Baoulé, je me suis exprimé dans cette langue. Et je leur ai dit que j'étais Baoulé comme eux. »
C'est donc parce que vous avez parlé Baoulé qu'on vous a libéré ?
« Je ne peux l'affirmer. Mais je crois que si je n'avais pas parlé Baoulé, on m'aurait dit de réintégrer le groupe. Dans tous les cas, je ne sais pas pourquoi on m'a sorti d'abord du lot. C'est probable que ce soit l'un de mes anciens élèves, puisque j'en rencontre souvent en tenue. Mais c'est pour jouer le jeu que j'ai dû parler baoulé. Je signale que la plupart des policiers étaient saouls. Pire, dans la salle où on m'a ensuite gardé, j'entendais des cris, je voyais des adultes, de vieilles personnes qui criaient. C'était horrible ! Et en plus, ils faisaient sortir des eaux du WC qu'ils déversaient sur eux. Ils mettaient du piment dans l'eau qu'ils déversaient sur les gens qui étaient blessés et qui saignaient. Ils les avaient frappés avec
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Parmi ceux qui sont détenus, il y a deux imams, l'Imam principal et un autre. Sidibé, qui a été vraiment malmené. A ces deux s'ajoute Maoulé le muezzin. Le vieux Toé qui est chez lui actuellement a eu une chance inouïe, sinon il serait mort actuellement. A notre départ, ils l'ont tellement battu qu'il était tombé dans le coma.
En conclusion, je peux dire que tout ce qui a été dit est un montage. J'ajoute même qu'il s'agit d'une épuration ethnique.
O. D.
(il est étendu sur une natte, les jambes enflées, les reins brisés)
« On était à la maison, on nous a dit qu'ils avaient brûlé la mosquée. Nous sommes allés sur les lieux pour constater. Quand on est arrivé, les gens lavaient la mosquée. Entre temps, un monsieur, candidat à la députation, Mr Bezieme, qui habite en face de la mosquée, a appelé la police. Nous étions regroupés au terrain et on a vu la police arriver. On s'est dit qu'ils venaient faire un constat. Mais ils ont mis les gaz lacrymogènes, et ils ont commencé à battre les gens et à les déshabiller. Ils ont commencé à frapper l'Imam. Ils nous ont mis dans les Dyna et nous ont envoyé au 13e arrondissement. Arrivés là-bas, ils ont commencé à nous frapper avec des barres de fer, des cailloux des chevrons. Ils nous ont battu affreusement ! Ça criait n'importe comment ! J'ai eu la vie sauve grâce à un policier que je connaissais qui m'a tiré du lot. Et mes parents m'ont conduit à la maison.
CE QUI S'EST PASSÉ À LA MOSQUÉE D'ABOBO-TÉ
T.I. :
« Le mardi 5 décembre 2000, vers 12H, nous avons vu un groupe de jeunes Ebrié passer à côté de notre mosquée située en face du Lycée Adama Sanogo. Ils sont partis vers le carrefour Samanké avant de revenir par le Plateau Dokui. Ils trimballaient un jeune homme habillé en dozo qu'ils ont lynché devant la mosquée. Ils lui ont fracassé le crâne avec une grosse pierre. Ils étaient habillés en guerriers avec de la peinture rouge, des branchages et jouaient du tam-tam. Après avoir tué le jeune homme, ils ont commencé à jeter des pierres sur notre hangar et dont ils ont cassé des tuiles. Ensuite, ils sont allés attaquer le domicile de l'Imam. Heureusement, il n'y avait personne à la maison. Ils ont emporté la gazinière. Je ne sais pas s'il y avait des policiers parmi eux, mais toujours est-il qu'ils ont jeté une grenade lacrymogène dans la cour. Ils avaient constitué plusieurs groupes d'une quarantaine de personnes environs. Vers 16H, la police est venue chercher le corps. »
UN RESCAPÉ DE L'ÉCOLE DE POLICE TÉMOIGNE
I. Traoré, a été arrêté le 5 Décembre à la Mosquée d'Abobo Avocatier-marché. Libéré de l'Ecole de Police dimanche 10, il tient à peine sur ses pieds.
« Je m'appelle I. Traoré, je suis Ivoirien, Odienneka, j'habite le quartier avocatier-marché. Le mardi 05 décembre 2000, je jeûnais. J'ai fait mes ablutions chez moi et je suis allé à la mosquée. Dès que j'ai franchi le portail de la mosquée, j'ai entendu des bruits de voiture, puis des bruits sourds provoqués par l'explosion de grenades lacrymogènes. Les policiers venaient d'arriver à bord de deux camions bâchés. Ils ont immédiatement encerclé la mosquée. Nous sommes réfugiés dans la mosquée, où ils ont encore jeté des grenades lacrymogènes. Nous sommes donc sortis. Ils sont allés gazer l'Imam chez lui à son domicile situé dans la cour de la mosquée.
Jette ce Coran, ce sont des versets sataniques !
Quand l'Imam est sorti, il lui ont intimé l'ordre de jeter le Coran en disant que ce sont des versets sataniques. Ils l'ont pris avec ses adjoints et ses muezzins de même que tous les vieux de la mosquée. J'en connais un même parmi eux, très âgé, qui avait de la peine à marcher parce qu'il a subi trois opérations chirurgicales. Les policiers les ont trimballés au dehors. Ils ont promis par la suite à l'Imam de ramasser son Coran. Il s'appelle Moustapha Diaby. Ils nous ont embarqués dans les camions bâchés et nous ont envoyé au commissariat du 13e arrondissement. Ils ont cependant relâché les femmes et les enfants. Il faut signaler que les habitants du quartier non Dioula et non musulmans nous huaient, et levaient les deux doigts, signe du FPI. Quand nous sommes arrivés au 13e arrondissement, c'était grave ! Ils ont commencé à nous battre affreusement. Regardez des blessures. Ce sont les traces des coups (son corps est couvert de plaies). Pour s'amuser ils arrachaient de force les barbes de tous ceux qui en avaient et ces derniers saignaient abondamment. Ils nous frappaient avec toute sortes d'instruments : des barres de fer, des matraques, etc. Beaucoup de personnes, notamment les vieux personnes ont eu le crâne percé.
Ils arrachaient les barbes de force avec les mains !
Quand ils ont repéré l'Imam, ils lui ont donné un grand coup de matraque sur la tête et lui ont intimé l'ordre de déchirer son Coran. Puis, ils ont déchiré eux-mêmes les dernières pages du Coran et on jeté le reste aux étudiants de la FESCI qui hurlaient. Ces derniers ont brûlé le Coran après l'avoir piétiné. Par la suite, ils nous ont déshabillés et ont brûlé nos habits et nos chaussures. Ils nous ont tout pris. Tout ! Ils ne nous ont rien laissé, avant de nous conduire à l'Ecole de Police, où nous sommes arrivés aux environs de 19 heures.
Des policiers urinaient dans de l'acide qu'ils versaient sur nous
Arrivés à l'Ecole de Police, ils ont commencé à nous battre avec des bâtons, des lianes, des bambous de chine. Les plus chanceux étaient ceux qui recevaient les coups de ceinturon et de matraque. Ils nous battaient comme on bat le riz non décortiqué dans notre village. Ils urinaient dans de l'acide et la versaient sur nous. Je n'ai jamais subi un tel supplice depuis ma naissance. Cela me démangeait et me faisait très mal et il était interdit de se gratter. Pire, ils ont versé ce mélange par terre et nous ont intimé l'ordre de nous coucher dessus. C'était insupportable ! Aux environs de 22 heures, ils nous ont fait coucher dix par dix et ont commencé à nous battre affreusement. Ils criaient à chacun de nous "combien tu as sur toi ? combien tu as sur toi ?" Quand tu n'avais rien, ils te battaient et même quand tu leur remettais de l'argent ils te battaient.
Allez dire à Allassane, Fofana, Koudous et Djiguiba de vous donner à boire.
Le supplice a continué jusqu'après 22 heures. Nous étions à jeûn et nous n'avions rien pris jusque-là, quand nous avons demandé à boire ils ont commencé à nous battre et ils disaient en chœur : « Allez voir Allassane Ouattara, et vos imams Fofana, Koudouss et Djiguiba, ils vont vous donner à boire ». Pour nous fatiguer encore plus, ils ont commencé à faire pomper tout le monde, à nous faire les pieds-avant et les mouvements gymnique jusque tard dans la nuit. Ils nous faisaient pomper malgré notre fatigue. Ils nous ont empêché de dormir.
Le lendemain mercredi 06 décembre 2000, aux environs de 06 heures, ils ont commencé encore à nous battre affreusement. C'était terrible. Ils criaient : « Vous les Dioulas, vous allez voir, on va fini avec vous en Côte d'Ivoire ! On vas vous tuer tous ! Vous voulez brûler le pays ? et bien on va brûler ensemble ». C'étaient surtout les policiers Bété et Agni. Un policier s'en est pris à l'Imam et lui a dit : « Je viole ma petit fille et je te frappe parce que tu n'as pas pu lui donner des conseils ». Le supplice a continué jusqu'à l'arrivée des membres de la croix rouge. Ces derniers sont arrivés, ils ont relevé nos noms et ont commencé à nous poser des question.
Ils voulaient nous faire dire que nous avions des armes
Je signale que certains de nos frères, membres d'une association des droits de l'Homme sont arrivés sur les lieux avant les membres de la croix rouge. Ils sont restés à la porte et ils nous ont demandé si on nous avait bien traités, alors que les policiers nous entouraient. Dans ces conditions, nous ne pouvions que mentir. Nous avons dit oui, ils l'ont même pas fait de minutes et ils sont partis. J'ai dit à mon voisin « si c'étaient des Blancs, ils auraient agi autrement ». Avant l'arrivée de la croix rouges. Les policiers voulaient à tout prix nous faire dire que nous avions des armes et qu'ils nous avaient pris à la marche. Ils voulaient nous extorquer ces fausses vérités.
J'ai été conduit à l'infirmerie parce que j'étais malade
Lorsque la Croix Rouge est arrivée, les choses ont peu changé. Le Jeudi 07 Décembre, ils ont commencé à nous nourrir. Et comme je suis tombé malade, ils m'ont conduit à l'infirmerie. J'étais très mal en point et ils m'ont fait une perfusion qui ne contenait rien. Je leur ai alors dit de me prescrire des médicaments que je ferais acheter par mon frère. C'est quand j'ai dit cela qu'ils y ont mis quelques médicaments. Comme ma santé ne s'améliorait pas, ils ont donné l'ordre de me conduire au CHU. C'est en cours de route que le chauffeur de l'ambulance m'a laissé et m'a dit de rentrer à la maison et j'ai marché jusqu'à vous.
Nouvelle descente des forces du mal contre les Musulmans
Mentir pour révolter...
Tout acte est justifié par un mobile. Pour inciter des gens à se haïr, il faut leur en donner la raison. Pour pousser un soldat à tuer de sang froid des civils sans défense, il faut lui démontrer en quoi cela constitue un acte héroïque. Pour diviser un pays en deux, il faut faire croire à une partie de la population que l'autre partie est à l'origine de ses malheurs. La clé de cette alchimie est la passion. Celle qui ramène l'homme au stade de l'animal. Parce que, lorsqu'on est aveuglé par la passion, le cœur se ferme à la raison, à Dieu.
KONÉ SEYDOU
A la veille des élections législatives, de nombreux Ivoiriens ont été surpris de voir l'Imam Koudouss Idriss Koudouss entouré de ses pairs, sur le petit écran relire un message d'apaisement à l'endroit des hommes politiques. Alors qu'il existe un Comité de Réconciliation Nationale chargé de ce genre de médiation, il apparaît donc que les hommes de Dieu, et autres personnalités d'associations religieuses, ont voulu prendre leurs responsabilités pour sauver ce qui pouvait encore l'être. S'agissait-il d'une autre manœuvre politicienne visant à endormir la masse pour favoriser un énorme hold-up électoral ? Nous ne saurions le dire. Toujours est-il que le Président du Conseil National Islamique a reçu ce jour-là, la visite de trois personnalités religieuses qui lui témoignent beaucoup de respect. En effet, Mgr Dacoury, le Pasteur Boni et le Senior Evangéliste Ediémou Jacob lui ont demandé de participer avec eux à une ultime tentative de sauvetage du navire Ivoire qui dérive depuis de trop longues années. Pour notre part, il n'y avait pas de mal à cela : l'intention était bonne, et Dieu seul sait la portée d'un tel acte. Mais dans un contexte où le mensonge est érigé en vertu, il y a de quoi se méfier des sorties de nos imams.
La prostitution de l'autorité...
Il y a quelques années, un haut responsable de l'Etat avait organisé une conférence de presse pour brandir le certificat de nationalité d'un homme politique. Ce papier avait ceci de particulier : il avait, semble-t-il, été signé un jour non ouvrable par un magistrat qui n'avait pas autorité pour le délivrer. Vérification faite, le document original ne ressemblait pas à celui qui avait été présenté à la presse. Il avait été délivré un mardi, jour ouvrable, par un magistrat qui était habilité à le faire. On classa tout simplement le dossier. Un autre haut responsable de la Justice s'érigea en contestataire de nationalité. Après bien des élucubrations, il fut renvoyé à ses copies par un non-lieu de la Justice (oui-ou-oui, vous elle existe !). Les « avocats de l'Etat » ont pris la relève... pour disparaître au propre comme au figuré. Depuis quelques semaines, la série a repris. Et toujours au sommet de l'Etat. Mais avec d'autres acteurs pour le même rôle comique. Un magistrat décrète qu'un document administratif authentique n'est pas signé. Poursuivant sur sa lancée, il démontre comment la science peut se tromper en affirmant sur la base d'un test d'ADN qu'un homme est le fils de sa mère. Il conclut en disant qu'en vertu de la disposition selon laquelle un juge peut se baser sur des doutes pour condamner un innocent, il lui « échet » de déclarer apatride la moitié des citoyens de notre pauvre pays.
... et du Droit !
Les longs métrages de la même série seront encore servi aux Ivoiriens par d'autres acteurs tout aussi célèbre. Pour pousser les gendarmes à tuer de sang froid de pauvres êtres sans défense, la presse a révélé qu'un responsable de ce corps d'élite aurait promené le corps d'un « assaillant » abattu par erreur par ses propres frères d'armes dans les casernes en disant que ce sont les « Dioula » qui l'avaient tué. L'effet suffisant pour provoquer un génocide. Des enfants ont été froidement abattus devant leurs parents tout simplement parce qu'ils porteraient des noms musulmans, des mosquées ont été saccagées, des commerces supposés appartenir aux ressortissants du Nord ont été pillés. C'était en octobre. Début décembre, même scénario. Un haut responsable passe à la télévision et affirme qu'un commissariat a été attaqué et que, informés de cela, les policiers d'un autre commissariat ne se sont pas laissés surprendre en tirant sur les manifestants. Il affirme également qu'un honnête homme qui voulait aller au travail a été égorgé, « je dis bien égorgé » (sic !) et que l'église de Kong a été incendiée. Vérifications faites, c'était tout simplement pour encourager les forces de l'ordre à faire couler encore plus de sang. A l'analyse, on pourrait se demander pourquoi aller chercher une seule église à Kong lorsque des dizaines de mosquées sont incendiées sous notre nez. Enfin... C'est cette même symphonie qui nous a été jouée lorsqu'un autre haut responsable (décidément !) est passé sur les antennes affirmer que la police avait saisi des armes, c'est-à-dire « des couteaux, des lance-pierres » dans un lieu supposé saint « (re-sic !). Et d'ironiser sur les motifs d'un autre carnage.
Une nouvelle définition de la majorité
Selon le côté où on se place, tout peut être appelé « majorité ». Ainsi, et malgré tous les tripatouillages visant à remplir les urnes, les 30% d'Ivoiriens qui ont approuvé le référendum constituent une « majorité ». Idem pour les 30% d'Ivoiriens qui ont participé aux élections présidentielles du 22 octobre. Enfin, ce sont encore 30% d'Ivoiriens qui ont jugé utile de se déplacer vers les bureaux de vote pour les législatives du 10 décembre 2000. Ils constitueraient pour certains, « l'immense majorité » des Ivoiriens. De là à dire que les 70% qui n'approuvent pas la gestion du pays sont des étrangers, il n'y a qu'un pas. En tout état de cause, le sentiment de révolte qui est né de toutes ces frustrations est sans doute légitime, même s'il ne justifie pas la sécession qui se profile dans le Grand Nord.
Il n'y a pas que les nordistes qui soient musulmans. Et puis, il existe de sérieuses raisons de douter que tous ces criminels, tous ces vandales et tous ces pyromanes qui sont en train de détruire la Côte d'Ivoire soient effectivement des Chrétiens. Tout simplement parce qu'aucune religion ne prône le mensonge. Aucune religion n'enseigne la haine. Le message du Dieu que nous connaissons, en tout cas, est amour. Et comme il n'y a qu'un seul Dieu...
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Plume Politique
Les vérités de l'Imam Fofana
La dernière Interview accordée par l'Imam Aboubacar Fofana au sujet des événements des 25, 26, 27 et 28 octobre, au journal le Patriote, comme on devait s'y attendre a fait couler beaucoup d'encre et de salive.
KÈMÈ BRAMA
L'Imam Fofana est connu pour son franc-parler.
Au niveau de certains journaux de la place, c'est la levée de bouclier « Fofana veut mettre le pays à feu et à sang » « Fofana, le bras armé de ADO ». Ces titres illustres bien l'état d'esprit qui animent ces personnes. Mais est-ce pour autant qu'il faille lancer des pierres à Fofana ? Loin de là. En effet, au delà de tous les commentaires acerbes qui fusent de certains milieux, il y a lieu de s'interroger sur certains points de ses propositions à commencer par le problème de génocide qu'il a évoqué. N'y a t-il pas eu génocide ? Pour répondre à ces questions, il n'y a qu'à analyser certains faits notamment le charnier de Yopougon constitué dans sa plus grande partie de Musulmans. Et comme l'a dit l'Imam, et comme tout le monde l'a vu, ce sont les forces de l'ordre qui sont allés déloger des jeunes gens chez eux pour les abattre. Avant cela il faut signaler les personnes affreusement tuées ou mutilées dans le « complot du cheval blanc ». Toutes ces personnes avaient le malheur d'être musulmans et d'être originaire du Nord comme le jeune Cissé Yacouba abattu de dix balles. Aujourd'hui, on remarque également que toutes les personnes tuées lors des événements des 4 et 5 décembre sont des musulmans, des Dioula. Comment, avec toutes ces tueries, ne pas penser à la thèse du génocide développée par l'Imam Fofana ?
Quand l'Imam Aboubacar parle de jalousie sur le plan économique, il n'y a qu'à scruter de près certains agissements pour s'en convaincre. Lors des événements des 25, 26 et 27 octobre qui ont endeuillé le pays, on a vu des individus s'en prendre aux biens des commerçants Dioula à Divo, Gagnoa etc. Ces malheureux ont vu leurs biens brûlés et certains y ont même perdu la vie. A Anyama, de nombreux gbakas ont été brûlés par des individus, avec l'aide des forces de l'ordre. Le 4 décembre, la « casse » d'Adjamé a été incendiée une première fois, puis une seconde fois, quelques jours après. Pourquoi un tel acharnement sur des biens acquis difficilement ? La question mérite beaucoup d'attention ! Surtout que quelques jours avant, à Bonon, les autochtones s'en étaient pris aux transporteurs de cette ville, au motif que le transport et le commerce devraient leur revenir comme si un décret interdisait à une ethnie quelconque de se livrer à une quelconque activité.
Tous ces agissements ne font que donner du poids aux propos de l'Imam Fofana. Oui, comme on le sait, a toujours attiré l'attention de tous sur les dangers qui visaient le pays depuis longtemps, mais surtout depuis l'avènement de l'ivoirité ; qui a contribué à diviser les Ivoiriens sur tous les plans mêmes au niveau religieux même si on essaie d'occulter cet aspect. Et quand l'Imam Aboubacar Fofana parle de préméditation dans les attaques des mosquées, cela ne semble pas fortuit. En effet, toutes les mosquées d'Abidjan ont été attaquées avant 9H les 25, 26 et 27 octobre, comme si un mot d'ordre avant été donné. L'Eglise de Blockauss qui avait été « brûlé » (c'est plutôt la voiture du prêtre qui l'a été et d'ailleurs du fait des gaz lacrymogènes) ne l'a été qu'après 9H. Et en plus, quelle disproportion entre les deux actes ! plus de vingt mosquées incendiées dans le pays, un Imam tué, des Imams et leurs fidèles molestés pour dit-on, une église brûlée. Cela sent la machination.
L'ensemble des griefs soulevés par l'Imam relatif à la « chasse aux musulmans » et qui semble offusquer certains, sont à prendre au sérieux par tous. Car commet peut-on admettre que des pensions telles que le Général Guéi, Boka Yapi et bien d'autres ont été mêlés à des assassinats au vu et su de tous soient en liberté alors que les généraux Palenfo et Coulibaly soient en prison ? Cela donne à réfléchir !
Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est qu'il y a un problème qu'on essaie d'occulter. Le problème est plus grave qu'un problème politique. Le problème est ethnique il est religieux. Et ils oppose une frange de la population à une autre. Et c'est ce que Fofana a dit à haute et intelligible voix.
Chapelet
POUR AVOIR OSÉ
BAMBA MAMADOU
On me parle de peuple accueilli
Moi je parle de faux témoignages, du mépris pour l'histoire
On me parle de peuple nourri
Moi je parle de peuple intarissable
On me parle de peuple inculte, incrédule
Moi je présente Allah
On me parle de billets d'avion et de sucres offerts et pour le pèlerinage, et pour le ramadan
On me parle de prières, de lectures coraniques pour la nation
Moi je parle d'opium qui endort pour nous détourner de...Hélas !
On me parle de mosquée offertes
Moi je parle de mosquée violées, d'imams interpellés
On me traite de tous les maux avec tous les mots
Moi je parle d'homme-léopard
On me traite de criminel... pour avoir osé
Mon audace, c'est mon crime
LA POLITIQUE, un péché pour moi.
ANNONCE
Communautés et organisations islamiques, contactez PLUME LIBRE pour vos annonces et communiqués (mariages, baptêmes, décès, manifestations, conférences, etc.)
Dites-nous notre crime
"Bédié va surprendre". C'est en ces termes que s'était exprimé M. Paul Akoto Yao, d'abord conseiller du Président Bédié avant d'être ministre des Affaires Présidentielles et porte-parole du gouvernement déchu du 24 Décembre 1999. Le projet de société de Bédié pouvait se résumer en deux éléments qui en disaient long : « Le progrès pour tous et le bonheur pour chacun ». Une fois élu, Bédié, en lieu et place de ce binôme, va servir, "l'Ivoirité" aux Ivoiriens, qui a consisté à catégoriser les Ivoiriens et pire à les braquer les uns contre les autres. Ainsi, les Ivoiriens ressortissants du Nord en général, et les musulmans en particulier, sont considérés par Bédié et ses suiveurs comme des Etrangers dans leur propre pays. Au nom d'une Ivoirité aux contours mal définis et mal maîtrisés.
PAR YASSIN IBN SIDY
Les musulmans ont été traités de tous les noms. On les a divisés en suscitant de vraies fausses associations musulmanes dont le but de prendre à contre-pieds les déclarations et actions du CNI (Conseil National Islamique), l'une des fédérations les plus crédibles. Les conseils donnés par les Imams étaient toujours vus d'un mauvais œil et on a vite fait d'attribuer un parti à tous les musulmans : le RDR. Parce que le mentor de ce parti, Alassane Dramane Ouattara, est originaire du NORD... et musulman. Il constituait la bête noire de Bédié et de ses ouailles.
Acculé, ADO a été victime de toutes sortes de tracasseries politico-judiciaires... autant ses musulmans ont été victimes de tracasseries, d'exactions et autres : arrestations abusives et injustifiées, confiscation de cartes nationales d'identité, etc. Ils ont été bafoués dans leur dignité. Comme toute chose, tous ces agissements d'un autre âge devaient prendre fin. Et Dieu a décidé que cela se passa le 24 Décembre 1999, à la veille de la Noël. Grâce à des jeunes militaires courageux et avec la bénédiction du Très-Haut, un vent nouveau allait souffler sur la Côte d'Ivoire. Ainsi prenait fin le long règne que Bédié s'était promis de passer à la tête du pays. Il aura néanmoins réussi à créer le complexe du musulman, à le présenter comme un diable, comme l'être à abattre. Comme une peste...
De Bédié à Guéi, la même logique d'exclusion
Après le putsch du 24 Décembre 1999, les jeunes militaires ont fait confiance au Général Guéi qui, lui aussi, avait été réduit au silence, car objet de tracasseries après le coup d'Etat manqué (?) de 1995. Dès son arrivée au sommet de l'Etat, que de discours lénifiants n'avons-nous pas entendu. Que de promesses n'ont-elles pas été faites ! Même les plus sceptiques ont fini par revoir leur position vis-à-vis du chef de la junte pour croire à tout ce qu'il disait. Hélas ! en peu de temps, tout le monde allait déchanter. Vraiment les discours se suivaient et ne se ressemblaient pas ! Le plus curieux, c'est la continuation logique de la politique de Bédié. Le Général-Président va se mettre lui aussi à dos le Nord du pays et surtout les musulmans. Les Imams et leurs fidèles sont accusés de faire des prières sataniques (?) contre le chef de la junte et cela quand. En plus, avec pour corollaires les interpellations abusives d'honorables imams, les descentes de gendarmes et de bérets rouges dans les mosquées... Ainsi nos guides sont-ils vus comme des ennemis, parce qu'ils s'immisçaient dans les affaires politiques, alors que leur rôle ne devait se limiter qu'aux choses religieuses. On leur en veut tout simplement parce que ces hommes de Dieu ont pris sur eux d'indiquer aux hommes politiques la voie à suivre afin de préserver la paix, l'harmonie, l'amour. Entre les fils de ce pays. Faut-il, pour atteindre une seule personne, s'en prendre à toute une communauté ? Pour ne l'avoir pas compris, Guéi se trouve aujourd'hui dans une position inconfortable. Les mêmes causes produisant les mêmes effets.
La haine comme arme de combat politique
Lorsque, en novembre 1990, Houphouët avait nommé le brillant homme qu'est ADO comme Premier Ministre et que celui-ci à son tour avait nommé M. Essy Amara aux Affaires Etrangères, des voix, et non des moindres, s'étaient élevées pour décrier ce qu'elles ont appelé « la mainmise des musulmans » sur les postes clés de la haute administration. Ensuite, en 1993, dès son installation aux affaires, Bédié a, sans autre forme de procès, débarqué de nombreux musulmans parmi ceux qui occupaient de hautes fonctions dans l'administration. Tout près de nous, lorsque le débat sur la fameuse éligibilité battait son plein, des gens seraient allés voir le Président Eyadema du Togo, pour le supplier de demander à ADO de retirer sa candidature. Il y a une volonté manifeste de réduire le musulman à sa plus simple expression. Pratiquer toute cette religion et cette haine dont est victime la communauté musulmane ? Pourquoi les musulmans sont-ils l'objet de tant d'arbitraire ? De quoi les accuse-t-on exactement ?
Qui dit Côte d'Ivoire dit le Nord, le Sud, le Centre, l'Est et l'Ouest. Ce sont toutes ces régions qui, ensemble, forment ce pays. Tous les fils originaires de ces différentes zones participent au développement de ce pays. Les musulmans servent et continuent de servir ce pays avec amour et conscience. Qu'est-ce qui leur vaut alors toutes ces méchancetés, toute cette haine ? Ce pays a besoin de la synergie, des énergies de tous pour continuer sa marche de l'avant. Aucun peuple, aucune région ne détient le titre foncier de ce pays. La Côte d'Ivoire appartient à chacun et à tout le monde. Il faut rechercher les voies et moyens qui puissent permettre à tous les fils de ce pays de vivre dans la paix, dans la fraternité, l'harmonie et l'amour des uns pour les autres. C'est de cela que les Ivoiriens ont besoin. Et rien d'autre ! Tout fils de ce pays a le droit de briguer tout poste qu'il veut. Les premiers rôles ne sont pas réservés à certains et les seconds rôles à d'autres. Les seuls critères qui doivent prévaloir sont la compétence, l'honnêteté, la probité morale... En un mot la Côte d'Ivoire et les Ivoiriens ont besoin de quelqu'un qui soit capable de les sortir de la situation pitoyable qu'ils traversent depuis des années. Pourquoi faudrait-il qu'une partie de la population accepte les brimades, humiliations et autres exactions ? Qu'on lui dise au moins son crime...
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Plume Sociale
Quels rapports entre la communauté musulmane et le nouveau Pouvoir ?
La première république de Côte d'Ivoire a connu trois présidents: feu Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié et le Général Guéi Robert. Si le premier a eu des rapports civilisés avec la communauté musulmane, ce ne fut pas le cas pour ses successeurs qui ont entretenu des rapports plus que difficiles. La deuxième république vient de naître avec aux commandes Laurent Gbagbo. Les musulmans sont curieux de savoir de quel seront faits les rapports du nouveaux pouvoirs avec eux.
ISSAH KONÉ
Feu Houphouët Boigny a dirigé la Côte d'Ivoire pendant plus de trente (30) années. Certes il n'était pas musulman, il était chrétien , mais durant tout le temps ou il est resté aux affaires, il a toujours su se comporter avec la communauté musulmane dans son ensemble. Il a su la mettre en confiance et a su tirer beaucoup d'elle. Sous feu Félix Houphouët la Communauté Musulmane était partie intégrante du tissu social ivoirien. Avec lui, les musulmans n'ont jamais été l'objet de quelque ostracisme criard que ce soit. Ils ont toujours pris part à tout ce qui pouvait consolider la cohésion nationale qui représentait pour Houphouët la prunelle de ses yeux. Avant sa mort, Houphouët lui-même va reconnaître qu'il n'a pas toujours été juste envers la communauté Musulmane et demander pardon pour le tort qu'il a pu causer à celle-ci. Houphouët va tirer sa révérence en Décembre 1993. Et depuis lors, les musulmans vont être confrontés à toutes sortes de tracasseries, d'abord sous Bédié, le successeur constitutionnel, ensuite sous Guéi Robert qui va continuer l'œuvre de celui-ci.
L'ère Bédié marque la rupture
Depuis sa révélation à toute la Côte d'Ivoire un jour de l'année 1965 jusqu'en 1993, nous n'avons pas eu connaissance de rapports ouverts entre Bédié et les Musulmans. Toujours est-il que ces rapports n'étaient pas mauvais dans leur ensemble. D'ailleurs c'est à un musulman qu'Houphouët l'avait confié, en l'occurrence feu Lady Lassina Cissé, alors Vice-Président de l'assemblée nationale. C'est ce dernier qui sera son sponsor pour le perchoir. Ce qui va faire de lui le dauphin constitutionnel grâce à l'article 11 de l'ancienne loi fondamentale. Une fois à la tête de la magistrature suprême, ses rapports avec la Communauté Musulmane vont prendre une autre tournure. En effet dès son arrivée, quelques uns de ces conseillers vont se signaler par la catégorisation des ivoiriens : « les vrais ivoiriens », ceux qui aiment leur pays et « les ivoiriens de circonstance », ceux qui n'aiment pas leur pays et qui ont un autre point de chute. Les musulmans seront classés dans le second lot. C'était le départ de la nébuleuse Ivoirité. Elle va s'exacerber et aura pour corollaires l'épuration ethnique et religieuse au sommet de l'administration, les perquisitions des mosquées, les attentats contre les hauts dignitaires de l'Islam en Côte d'Ivoire...De Décembre 1993 à Décembre 1999 (soit six ans), toute la politique de Bédié et ses suiveurs sera comment casser du nordiste en général et du musulman en particulier. Il n'a jamais apprécié les déclarations faites par les Imams. Qui ne faisaient que lui conseiller la justice l'équité pour tous les fils de ce pays . Sa haine pour les Musulmans va l'aveugler et finir par l'éjecter non seulement loin de son fauteuil présidentiel, mais aussi de son pays où il avait droit à tous les honneurs. Bédié quitte la tête du pays contre son gré. Il est remplacé par le Général Robert Guéi qui va gérer la Côte d'Ivoire pendant dix mois.
Le regretté Djény Kobina. Mort apatride.
La transition militaire vers le chaos
Contrairement à Bédié, Guéi a eu des rapports ouverts avec la Communauté Musulmane. Il était Chef d'Etat Major de l'armée et sous lui, des mosquées ont vu le jour dans les camps militaires. De par ces actes, il a réussi à entrer dans l'estime des musulmans. Dès son arrivée aux commandes le 24 Décembre 1999, les musulmans vont pousser un ouf de soulagement. Voyant en lui , celui qui allait mettre fin à toutes les tracasseries et méchancetés connues sous Bédié. Mais mal leur en pris. Car dès qu'il va bien s'installer au pouvoir, il va à son tour, se mettre à dos la Communauté Musulmane : interpellation des Imams, perquisitions des mosquées, épuration au sein de l'armée. Au lieu d'unir toutes les filles et tous les fils de ce pays, comme il se l'était promis, Guéi va renforcer la haine et la jalousie gratuites contre une seule Communauté. Le résultat ne pouvait être que tragique avec les événements douloureux de la fin du mois d'octobre 2000 : tueries, charnier de Yopougon. Avec au bout sa chute et son humiliation.
Gbagbo et les musulmans
Les rapports entre Laurent Gbagbo et les musulmans ont connu deux phases : de 1990 au 24 Décembre 1999 et toute la période de la transition. En tant que Chef de file de l'opposition, Laurent Gbagbo va bénéficier de l'estime et de la bénédiction des Imams et de la Communauté Musulmane toute entière. Parce que ses discours prônaient la justice, l'équité entre tous les fils de ce pays et entre les religions. Constamment il va solliciter l'assistance des Imams pour toutes ses entreprises. Rappelons qu'il s'est investi pour l'ouverture d'une ambassade de l'Arabie Saoudite en Côte d'Ivoire et vice versa et ce, dans le but de faciliter les démarches du Hadj aux musulmans.
Laurent Gbagbo a honoré de sa présence certaines manifestations organisées par les musulmans : conférences, déjeuners-débats, dîners-débats, colloques... En un mot, il a été aux côtés des musulmans et ceux-ci le lui ont bien rendu.
Mais avec la transition, c'est un autre Laurent Gbagbo que les musulmans vont découvrir. L'opposant qu'il était va entretenir un mutisme lors des interpellations des Imams, lors des perquisitions et de la profanation des mosquées et bien d'autres actes posés contre les musulmans.
Aujourd'hui Laurent Gbagbo est au pouvoir, il est Président de la République de Côte d'Ivoire. Déjà deux rencontres avec les Imams suscitées par lui-même ont été annulées sine die. Les mosquées, les Corans ont été incendiés lors des événements des 25, 26 octobre 2000 sans compter les nombreux blessés et morts que ces événements ont engendrés du côté de la communauté. Jusque là pas un seul mot de la part du Président, encore moins d'un Ministre de la République, à l'endroit de la communauté. Nonobstant cela, la Communauté Musulmane croit et espère que sous le règne de Gbagbo, elle ne connaîtra plus les affres et autres méchancetés vécues sous Bédié et Guéi. La Communauté Musulmane espère qu'avec Gbagbo, l'Ivoirité sera un passé. Même si douloureux.
Assemblée générale des 3A
ABOU ISMAEL
L'Amicale des Anciens de l'AEEMCI (3A) a tenu, Samedi 25 novembre dernier, son Assemblée Générale Ordinaire. C'était à la Petite Mosquée de la Riviéra II, de 9h à 16h. Le Président sortant Dembélé Fousséni et son bureau ont eu à exposer les bilans moral et financier de leur mandat devant les anciens adémcistes parmi lorsque des délégations de l'intérieur.
Au titre du bilan moral, l'on retiendra que les anciens adémcistes s'intéressent de plus en plus à leur amicale, on notera aussi que plusieurs activités ont pu être réalisées non sans grandes difficultés notamment financières.
Au titre du bilan financier, le bureau sortant a brossé un certain nombre de problèmes notamment au niveau des cotisations, les bourses BID (Banque Islamique de Développement), le projet transport...
A l'issue de l'exposé, l'Assemblée a fait des propositions en vue d'améliorer le système d'entrée d'argent et de résoudre les problèmes au niveau des bourses BID.
Le Président Dembélé a par la suite fait certaines propositions en vue de faciliter le travail du prochain bureau.
A l'issue des exposés, l'Assemblée a donné le quitus au bureau sortant.
Les travaux ont continué dans l'après midi. Les anciens adémcistes ont reconduit par la suite le Président Dembélé pour un nouveau mandat de deux ans.
La Plume Féminine
Plume Libre consacre un espace de choix aux problèmes de nos sœurs. A retenir absolument.
En raison de l'abondance de l'actualité, nous ne sommes pas en mesure de vous proposer l'interview de l'Abbé Abékan comme annoncé.
CE SERA PARTIE REMISE DANS NOTRE PROCHAINE PARUTION, INCH'ALLAH.
Le CNI sur l'Internet !
LE CONSEIL NATIONAL ISLAMIQUE MONTRE AUX INTERNAUTES DU MONDE ENTIER :
Toutes les photos des mosquées saccagées lors des événements des 26 et 27 octobre 2000
Les horaires de la première semaine du Ramadan
Les différentes déclarations des imams depuis 1993 sur la situation sociopolitique
Le forum du CEID : la question de la semaine : quelles sont, selon vous, les conditions de la réconciliation nationale ?
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P/lume Economique
Le rôle de la Zakat dans la vie économique d'une Nation
La Zakat, 3ème pilier de l'Islam est un prélèvement sur toutes les richesses productrices ou susceptibles d'être productrices et destinée spécifiquement à huit catégories sociales dans le besoin. S9 V60. Elle est une institution divine dont un devoir religieux à paiement volontiers et le taux est non manipulable comme instrument de politique économique. Son importance dans la religion se voit dans le Coran où Dieu (swt) la lie dans plusieurs versets à la prière. Mais en dehors de sa fonction religieuse et spirituelle, la Zakat joue un rôle déterminant dans la vie économique.
OUATTARA YAYA
La fonction première que l'on pourrait évoquer est celle relative à la réduction de la pauvreté et des inégalités sociales. En effet un examen des catégories de personnes bénéficiaires révèle le dénouement dans lequel elles vivent.
L'Islam nous enseigne que la lutte contre la pauvreté passe par la création d'opportunité d'emploi au profit des personnes dépourvues de ressources. L'emploi permet en effet à l'individu de gagner sa vie dans la dignité et en fait en même temps un agent économique actif productif et utile à la société. Le paiement de la Zakat au profit des couches les plus défavorisées de la société encourage la consommation des biens essentiels (logement, habillement, nourriture...) et fait baisser la consommation des biens de luxe car, ces couches ont une propension marginale à consommer plus que les plus nantis. La Zakat relance donc la demande des biens de consommation qui à son tour fait une pression sur l'offre (production). Pour répondre à cette hausse, les capacités productives doivent s'adapter par des investissements rentables car la Zakat peut changer la structure de la production et réorienter la production nationale vers les biens essentiels à consommation de masse. Autrement dit, si la production ne suit pas la demande, il faut craindre une situation inflationniste qui pénaliserait l'ensemble des agents économiques. L'appel à l'investissement productif induira une plus grande « capacité de production et une création d'emploi qui résorbera le chômage.
Mais cette politique zakgaire a l'avantage de permettre aux bénéficiaires d'entreprendre leur propre activité. L'Islam ne leur permet pas de faire un arbitrage entre travailler ou chômer pour recevoir la Zakat. Le Prophète (saw) dit en effet que « la Zakat n'est pas licite pour le riche, le physiquement apte et pour quiconque gagne sa vie ». En recevant la Zakat, le bénéficiaire, après ses dépenses essentielles doit investir le reste dans une activité productive. Ainsi d'une situation d'assisté, la société lui offre les moyens et la chance d'améliorer ses conditions de vie. Il pourra lui-même devenir donneur de Zakat si ses affaires prospèrent.
D'un point de vue macro-économique, la Zakat dans un système islamique a le potentiel de transférer près de 3% à 4% du PIB chaque année vers le secteur informel où vivent ces dernières. De façon implicite, la Zakat fait une régulation entre les différents secteurs de l'économie pour permettre une croissance dont les fruits sont redistribués à tous les niveaux de la vie économique. Elle réduit ainsi les inégalités et garantit un niveau de subsistance aux pauvres ; ce qui allège les tensions sociales. Une société qu'elle soit développée ou pas comporte plusieurs classes, certaines nanties et d'autres démunies. L'existence de la Zakat qui oblige les riches à venir en aide aux pauvres est un moyens d'harmonisation de la société afin d'en faire un bloc social uni. L'objectif principal étant une redistribution équitable des richesses. Elles régularise ainsi les conflits internes par le renforcement de la solidarité.
La gestion de la Zakat à l'échelle nationale aidera beaucoup la communauté.
Le paiement de la Zakat a aussi un impact positif sur la mise en place des infrastructures tels que la construction d'écoles, d'hôpitaux, l'octroi de bourses aux étudiants les plus démunis etc. Même si certains savants musulmans ne sont pas d'accord avec cette affectation puisque soutiennent-ils, ces infrastructures pourraient encore bénéficier aux riches qui ne sont cités dans la Sourate 9 V 60.
L'institution de la Zakat décourage la thésaurisation qui est un mal économique. Le retrait des capitaux dans le circuit économique tel un corps dépourvu de sang freine les possibilités d'investissement et de croissance. Elle est d'ailleurs condamnée par le Coran S.9 V34-35. Une somme thésaurisée se voit en outre ponctuée chaque année de 2, 5% de sa valeur sans compter les inconvénients que court le propriétaire sur le plan spirituel. Payer la Zakat est laissé au libre cours de chaque musulman mais il est évident que celui qui s'en soustrait de façon volontaire aura à rendre compte inévitablement le Jour du Jugement dernier mais pourra encourir les conséquences de son acte ici-bas (cf. histoire des propriétaires du verger qui ont refusé de payer la Zakat sur leur récolte S.69 V17-33). En Islam il n'est donc pas besoin d'inciter à l'investissement par un quelconque taux d'intérêt car la doctrine économique islamique prédispose la société à une mobilisation des capitaux.
Enfin, mentionnons les bienfaits économiques de la Zakat al Fitr que les musulmans payent à la veille de la fête du Ramadan. Le montant obligatoire de cette Zakat pour chaque individu est selon la majorité des juristes de un « sâ » (1,75 kilo de la denrée principale du pays). C'est par exemple l'équivalent de 2, 175 kg de blé ou riz. En vue de parvenir à une estimation de l'impact que pourrait avoir cette Zakat sur l'économie nous considérons l'exemple ivoirien. La population ivoirienne estimée à 15 millions comporte selon les statistiques officielles près de 43% de musulmans, soit environ 6, 45 millions. Supposons maintenant que 20% de cette population musulmane est totalement démunie et reçoit la Zakat al Fitr. Autrement dit 80% de la population musulmane est donatrice de cette Zakat. Ainsi, on établit qu'il y a 4 donateurs pour un receveur. Chaque bénéficiaire reçoit ainsi 8, 7 kg de riz à la veille de la fête du ramadan.
Financièrement ce sont près de 1, 290 milliards de FCFA qui sont injectés dans la filière céréalière au titre de la Zakat al Fitr en supposant un prix moyen du kg de riz à 250 FCFA. C'est certainement là la seule occasion où les plus pauvres parmi les pauvres reçoivent des transferts aussi importants des couches aisées de la population.
La contribution de la Zakat dans la vie économique devrait inciter à la mise en place d'institution viables à sa collecte et à sa gestion.
CONSEIL SUPERIEUR DES IMAMS (COSIM)
OPERATION SOLIDARITE RAMADAN 2000
DEUXIÈME EDITION
«Les musulmans, dans l'amour, l'affection et la miséricorde qu'ils se portent, sont comparables à un seul corps (c'est à dire aux différentes parties d'un même corps). Lorsqu'un membre est affecté, c'est l'ensemble du corps qui ressent la douleur et s'enfièvre» (Boukhâri et Mouslim).
2ème édition de l'Opération Solidarité Ramadan 2000.
Chaque fidèle musulman est invité à déposer à la mosquée de son quartier au plus tard le 15 Ramadan :
● 1 KILO DE RIZ,
● 1 PAQUET DE SUCRE,
● 1 BOITE DE LAIT
● OU L'ÉQUIVALENT EN CASH, SOIT 1.500 FCFA.
Chaque mosquée collecte les dons et procède à leur distribution selon les directives au COSIM (70 % pour la mosquée et 30 % au bureau régional du COSIM / CNI).
Chaque commune organise un centre de collecte pour les parts destinées au COSIM/CNI en collaboration avec le comité national de pilotage de l'Opération Solidarité Ramadan.
Chaque mosquée doit adresser le bilan de l'opération au Département Social du CNI (DAS) avant le 25 Ramadan.
Le comité de pilotage comprend 3 délégués par commune pour la ville d'Abidjan. Ces délégués sont choisis par les coordinations et le Bureau local du COSIM. A l'intérieur du pays, il est formé par les coordinateurs et les bureaux locaux du COSIM.
LA SOLIDARITÉ MUSULMANE N'EST PAS UN VAIN MOT, C'EST UN COMPORTEMENT
Attention ! Attention !
La dynamique communauté musulmane de la Riviera 3 vous donne l'occasion de participer à la construction de sa mosquée.
ACHETEZ UN TICKET DE 500 F OU 1.000 F ET VOUS PARTICIPEREZ AU RAYONNEMENT DE L'ISLAM EN CÔTE D'IVOIRE !
CONTACT :
Secrétariat Permanent Mosquée de la Riviera III, route des lycées français et américain, Cocody.
Tél : 22471642
07987357
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