Issue
Plume Libre #25
- Title
- Plume Libre #25
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Plume Libre
- Date
- March 1994
- issue
- 25
- Abstract
- Mensuel islamique ivoirien d’informations générales
- number of pages
- 8
- Subject
- Communauté Musulmane des Deux plateaux Aghien
- Cercle d'études et de recherches islamiques en Côte d'Ivoire
- Bernard Agré
- Élection présidentielle ivoirienne de 1995
-
Organisation de la Jeunesse Musulmane en Afrique de l'Ouest
- Intégrisme
- Laïcité
- Language
- Français
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0001346
- content
-
PLUME Libre
Mars 1994
Du 18 Ramadan au 18 Chawal 1414
125 F
N° 025
MENSUEL ISLAMIQUE IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
"Oui, l'Office (la prière) empêche de la turpitude et du blâmable. Le rappel de Dieu (zikr) est certes ce qu'il y a de plus grand."
(Coran S. 29 — V. 45)
Mgr. Agré s'inquiète:
"Le pouvoir ira aux musulmans"
Lailatoul kadr :
La meilleure des nuits
Man :
Le juge frustre la population
La vie de nos communautés
Aghien la dynamique
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PLUME - INFOS
OJEMAO, vous connaissez ?
L'ORGANISATION de la Jeunesse Musulmane de l'Afrique de l'Ouest a vu le jour le 12 Août 1993.
Ce qui était un rêve pour la jeunesse musulmane de la sous-région est aujourd'hui réalité. Le 12 Août 1993, la jeunesse estudiantine musulmane va se retrouver au Burkina Faso à l'assemblée constitutive de l'OJEMAO, une structure fédérative regroupant les associations de jeunesse musulmane de Côte d'Ivoire, du Burkina-Faso, du Mali du Sénégal et de la Guinée, pour ne citer que ces pays. Cette structure va leur permettre de coordonner leurs activités pour donner ainsi un contenu plus intéressant aux séminaires annuels qu'ils organisent. L'OJEMAO se donne pour mission d'établir des relations de coopération entre les associations et communautés membres en vue de la réalisation d'œuvres d'intérêt commun, d'entreprendre, d'une manière générale, toute action de nature à favoriser la promotion de l'Islam et l'épanouissement des musulmans en Afrique de l'Ouest, d'entretenir des relations fraternelles avec d'autres organisations internationales œuvrant pour le même but, de promouvoir une unité d'action à même d'accompagner l'intégration islamique, gage de la réunification de la oumma à l'échelle sous-régionale, de travailler à l'émergence d'une jeunesse musulmane pétrie des valeurs éthiques de l'Islam et enfin, de travailler en dehors de l'espace sous-régional. La Côte d'Ivoire a été honorée avec le choix porté sur le frère Moussa Sangaré, ancien Président de l'AEEMCI, (et journaliste à Plume Libre.) pour assurer la fonction de secrétaire exécutif. Puisse Allah(Exalté soit Son Nom!) lui donner les moyens de conduire à bien le tout premier mandat de l'OJEMAO
Cauney Issah
COMMUNIQUE DE PRESSE
A l'ordre du jour de la 1ère séance de travail de l'OJEMAO, un seul point: la définition des compartiments de travail et à eux les tâches urgentes allouées.
Ainsi au niveau de l'organisation, la mise en place des BNC (Bureaux Nationaux de Coordination) a-t-elle été décidée. Ceux-ci devront regrouper dans un même pays les associations membres et servir alors de relais au secrétariat exécutif.
Au titre du département de la culture, il a été question de la mise en place d'une filière d'échange de supports didactiques islamiques (cassettes audio, audio-visuelles, ouvrages islamiques...), une sorte de bourse culturelle islamique.
Quand au compartiment information, il a été arrêté: la création du bulletin de liaison OJEMAO dont la ligne éditoriale, la périodicité et le contenu sont à définir; l'édition d'un dépliant qui présentera l'OJEMAO ainsi que les associations membres; la constitution de la mémoire de l'OJEMAO; l'organisation de deux séminaires respectivement à Dakar en 1995 et à Conakry en 1996 inch'Allah.
La prochaine réunion du secrétariat exécutif est prévue pour le mois de Juin à Dakar.
AEEMCI
Association des Elèves et Etudiants Musulmans de Côte d'Ivoire
Le S/ Comité de Béoumi organise un
MINI-SEMINAIRE
DE FORMATION ISLAMIQUE
les 2-3-4 et 5 Avril 1994
au Lycée Moderne de Béoumi sur le Thème :
EDUCATION DE LA JEUNESSE MUSULMANE
Participation Individuelle: 1500 FRS
Contact - renseignements - Inscription
Voir le Secrétaire général
Tél : 66 - 20 - 39 / 66 - 20 - 43 / 66 - 20 - 46
BP 226 BEOUMI
EDITO - PLUME
L'Islam ou la réévaluation des valeurs humaines
Par Bouka Tchienfôla
RÉVOLTES, grèves, violence.., proxénétisme, drogue, SIDA... la liste des valeurs de la civilisation dite moderne est longue. Vouloir égrener tout ce chapelet de fléaux qui minent cette fin de siècle ne serait pas faire œuvre utile. La chose est connue, tant la vie quotidienne ici et partout ailleurs nous en donne la preuve. Une génération aux abois et une planète enfumée serait-on tenté de dire. Peut-être en est-on arrivé à cette époque dont avait parlé le Prophète Mouhammad (PDLB). Cette époque proche de la fin des temps où s'accrocher à sa religion serait semblable à tenir de la braise dans sa paume. Même si nous n'en sommes pas encore à la braise, force est de reconnaitre que des étincelles pétillent dans les mains de ceux qui, munis du message divin se donnent l'obligation de conduire leurs concitoyens vers la félicité.
Lailatoul Kadr ou Nuit de la Destinée. L'occasion était bonne pour apostropher l'humanité sur les dangers qui guettent chacun de nous au firmament d'un siècle agonisant. Au delà des graves problèmes sociaux provoqués par la dévaluation, des machinations manichéennes de pseudo-religieux criant le désespoir d'une cause à jamais perdue, c'est un message plein d'humanisme que se veulent porteuses les organisations islamiques œuvrant pour l'avènement d'une Côte d'Ivoire plus solidaire, meilleure, juste, gardienne des libertés individuelles, et plus proche des réalités quotidiennes de ses citoyens.
Devant les manœuvres de provocation et de frustration dont elle est de plus en plus l'objet, la communauté musulmane doit savoir raison garder. Ainsi aura-t-elle contribué à démontrer s'il en était encore besoin que l'Islam n'est que la concrétisation des valeurs que sont la patience, la lutte contre la bestialité, la fraternité, la générosité et la paix, seules conditions d'une vie en société plus humaine.
B. T.
SOMMAIRE
Edito-Plume
L'Islam ou la réévaluation des valeurs humaines P.2
Plume Religieuse
Laïlatoul Kadr: la meilleure des nuits P. 3
Le Ramadan au Campus P. 3
Plume politique
Mgr Agré: "le pouvoir ira aux musulmans P. 4
Chapelet: l'apprentissage de la lumière P. 4
Man: le juge frustre la population P. 5
La Presse en danger P. 5
Plume dans le quotidien
Aghien la dynamique P. 6
Abengourou: le CERICI s'installe P. 7
La Côte d'Ivoire et les droits de l'Homme P. 7
Plume en liberté
La dévaluation ou la souris monétaire P. 8
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PLUME POLITIQUE
Man :
Le juge frustre la population
Par Khady Ossaman
NOUS denoncions dans notre livraison du mois de décembre un complot latent contre les musulmans et accessoirement les Dioulas. Cette assertion a suscité une vague de réactions sur lesquelles nous nous gardons de revenir. Mais force est de reconnaitre aujourd'hui que cette tendance d'exclusion d'une des composantes de la population Ivoirienne, existe bel et bien. Les faits sont là têtus et nous refusons de nous taire face à une injustice aussi flagrante.
Légitimer la division ethnico-religieuse, cela parait inimaginable dans un pays comme le nôtre. Et quand un homme de loi, en fait son cheval de bataille, il y a lieu de s'opposer avec toute la fermeté nécessaire Nouplezana Ouattara Drissa, président du tribunal de Man, est au centre de ses pratiques apatrides, que le bon sens ne peut justifier. Nous en rendons témoignage, car nous l'avons constaté de visu. Il est quasiment impossible de prouver sa citoyenneté, si l'on a le malheur d'avoir un nom à consonnance musulmane ou Dioula. Même si notre magistrat censé accusé les autres, se plait à dire qu'il est musulman non pratiquant.
Tant de sacrifice pour prouver sa citoyenneté
Il ordonne à souhait des enquêtes judiciaires pour des demandes de certificats de nationalité, même s'il est clairement établi que les postulants sont originaires d'une ville ivoirienne et occupent au titre de leur compétence des postes de responsabilité. Qu'il soit de la marine, technicien étudiant et j'en passe. Tous s'indignent devant cette situation injuste. Et les enquêtes peuvent durer au minimum 3 mois ou une matinée pour les prompts à corrompre les policiers, car cette procédure cache une machination orchestrée par Mr Nouplezana O. D. Et l'enquête pouvant aller jusqu'à 3 ans, des témoins affirment sans embage, avoir été raqueter dans les locaux de la justice. Si chaque fois, que la nécessité se fait sentir, il faut tant de sacrifice pour prouver sa citoyenneté, il y a là un sentiment de frustration manifeste, que les populations musulmanes ne cachent plus. De plus, cet obstacle ne se justifie pas, si des personnes vivant dans la localité depuis 1922 ayant des pièces Ivoirienne, voient refuser à leur progéniture la nationalité Ivoirienne. La population Dioula visée directement par cette mesure discriminatoire en a par-dessus la tête, c'est un ras le bol qu'elle exprime de vive voix.
A l'instar de beaucoup de ses concitoyens Mr Doumbia Dramane secrétaire à l'environnement de la JPDCI et secrétaire à l'organisation de la jeunesse communale, indique avec indignation que sa carte Nationale d'Identité établie en 1982 expirait en 1992. Il décide alors d'entamer la procédure d'obtention d'une nouvelle carte d'Identité. Il se présente au tribunal de Man, en vue d'établir un certificat de nationalité Ivoirienne. Comme tous ses frères Dioulas, le sieur Nouplezana ordonne une enquête judiciaire sur ses vraies origines. Le dossier numéro 107 est transmis en date du 16-3-93. Le chargé d'enquête est le commissaire Bouabou Paul actuellement en poste à Bouaké et l'agent Dosso muté également à Abidjan. Mr Dramane a dû renoncer, lorsqu'à sa grande surprise, il est informé trois mois plus tard, que les personnes citées sont parties sans laisser de document. Incroyable, comment est-ce possible dans une administration ? Qu'à cela ne tienne. Il ne désarme pas pour autant, c'était sans compter avec l'opiniâtreté de ce patriote. Il revient à la charge, cette fois pour nécessité de travail, car il était en instance d'embauche à san-pedro. Fidèle à sa honteuse réputation Mr Nouplezana O. Drissa ordonne une autre enquête. Le dossier est transmis en date du 23-10-93. Le chargé d'enquête est Mr Djangoué. Ayant jusqu'au 3 janvier 1994 pour obtenir sa pièce d'Identité Mr Dramane se perd en conjecture, il ne comprend pas. Incurie, incompétence ou machination ? En somme, c'est un homme révolté, agité, blessé dans son amour propre que nous avons rencontré.
On ne fera pas la citoyenneté d'une communauté avec des humeurs
LES exemples foisonnent dans les milieux Dioulas. Des révélations accablantes d'abus d'autorité, par des arrestations arbitraires s'ajoutent au discrédit de cet homme de loi. Les ayants droits selon Nouplezana Ouattara Drissa qui sont, les Guéré, Wobè, Yacouba ne présentent qu'un extrait de naissance en plus des traits, pour se voir constater la nationalité, tandis que tous ceux qui ont des noms à consonnance musulmane ou dioula présentent en plus de leur extraits de naissance, les extraits de leurs parents. Chose qui selon lui n'est pas assez pour prouver que l'on est Ivoirien ? Il nous invite, pour se justifier, à admettre que les élections de 1990 ont prouvé que les CNI ne sont plus fiables. Mais que faut-il donc pour être Ivoirien ? Mr Nouplezana O. Drissa joue avec le feu, il n'est pas sans savoir en sa qualité d'homme de loi que son pouvoir a des limites. Et qu'on ne gère pas la citoyenneté d'une communauté avec des humeurs. Des informations de source diverses révèlent, que cette manœuvre tend à préparer les échéances électorales afin de mieux canaliser l'électorat. En attendant que cela se confirme, disons qu'une confrontation ethnique ou religieuse a toujours un détonateur, et l'instrument que vous tenez la justice, peut facilement nous y conduire. A ce prix ni vous, ni personne ne pourra maitriser les retombées. Il infère que des mesures immédiates des autorités de tutelle s'imposent, avant que l'irréparable ne survienne, car l'unité et la cohésion de l'ensemble des Ivoiriens est une richesse inestimable.
Aux dernières nouvelles nous avons appris que le sieur Draman Doumbia a obtenu son certificat de nationalité. Ce n'est que justice faite./.
K. O.
Arrestation d'Ahmed Bakayoko, avertissement à Notre Temps...
La Presse en danger
AIPDH
La peur de la répression entraîne la rétention de l'information. Alors, de quelle liberté parle le ministre de la Communication? Bientôt du boulot pour les organisations de défense des Droits de l'Homme.
LE jeudi 28 Février 1994, Ahmed Bakayoko, Directeur de Publication du journal "le Patriote" a été condamné à un an de prison ferme et à une amende de 200.000F CFA pour délit d'outrage au président de la république. Par ailleurs le patriote a été interdit de parution pendant trois mois.
Le mercredi 2 Mars 1994, le conseil des ministres donne ordre au Ministre de l'information de prendre contact avec le journal. "Notre temps" pour explication au sujet de l'article "les malheurs du gouvernement Duncan" du 23 Février qui aurait livré des informations diffamatoires et non fondées à la population sur lui.
Le conseil des ministres a profité de cette même occasion pour lancer une sévère mise en garde contre tout journal qui pourrait s'attaquer à lui!
Que dire de toutes ces mesures?
Rien de plus sinon que la spirale de la répression contre la presse non soumise à Bédié a commencé.
En effet, Bédié et son gouvernement ont décidé de ne pas aller avec le dos de la cuillère contre tout empêcheur de tourner en rond au niveau de la presse.
La question qui nous effleure cependant l'esprit est la suivante: Pourquoi la première victime de cette intention répressive du gouvernement est-elle Ahmed Bakayoko? Est-il vraiment coupable d'outrage au chef ou victime de sa position dans la contradiction politique qui prévaut au P.D.C.I.?
Bien malin celui qui pourra répondre à cette question.
En tout état de cause le moins qu'on puisse dire c'est que la presse est en danger.
Avec cette volonté de museler toutes les voix de la liberté exprimée que deviendra la jeune démocratie ivoirienne?
A-t-on mesuré les conséquences de cette tentative de nous faire retourner par la force à la situation d'unanisme obligatoire et finalement hypocrite qui a prévalu jusqu'à un certain temps?
Nous espérons que l'esprit de réalisme et le souci de maintien du climat de paix tant loué verbalement prennent le dessus dans les faits.
Ainsi préserverons nous notre pays de situation compromettante.
Par Kèmè Brama
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
La vie de nos communautés :
Aghien la dynamique
L'une des composantes de la communauté musulmane de Côte d'Ivoire force l'admiration. Par son dynamisme, son organisation et ses œuvres. Elle se trouve aux Deux-Plateaux à Abidjan, dans la commune de Cocody. Nous sommes allés à la découverte de la communauté d'Aghien. Voici notre témoignage.
Un fidèle a dit: "Vous commencez, je prends en charge la main-d'œuvre."
La mosquée.
LA mosquée d'Aghien est encore en chantier mais elle a déjà toute une histoire. À la naissance du quartier, les fidèles occupaient un terre-plein pendant le ramadan. Puis, ils obtinrent de la mairie un espace dans un bas-fond pour édifier leur mosquée. Mais ce projet avorta à cause des voisins qui firent savoir qu'ils ne voulaient pas d'une mosquée près de chez eux pour ne pas "traumatiser" leurs enfants. Qu'à cela ne tienne! En 1989, l'ex-directeur général de la SICOGI leur permet d'obtenir un terrain d'environ 4.000 m2 à 12 millions de francs. Les membres de la communauté mettent alors la main à la poche pour réunir une partie de la somme que complète la fondation SAAR, et le terrain est acquis en l'espace de 6 mois seulement. Il fallait à la communauté un président, et le frère Traoré Salif fut désigné. Pour démarrer enfin les travaux, il fallait 5 millions. Là encore, la foi des fidèles n'a pas failli et la somme fut réunie. Une sœur, Mme Touré, a tout simplement dit: "vous commencez, je prends en charge la main-d'œuvre".
La construction de cette mosquée évaluée à quelques 244 millions a toutefois dû être interrompue pendant 9 mois par le ministère de la Construction et de l'Urbanisme car l'autorisation de construire n'avait pas été délivrée. Il manquait aussi le titre foncier et la communauté devait se payer les services d'un notaire à 1, 530 million. Entre temps la petite baraque construite par le chef de chantier Diarra Seydou, ne pouvait plus contenir le nombre croissant des fidèles. Mais, finalement, tout rentra dans l'ordre et l'architecte Traoré Mamadou put reprendre son travail.
A Aghien, les jeunes non plus ne sont pas en reste: ils ont cotisé 30.000 francs pour financer un pilier tout en se faisant un point d'honneur d'entretenir la propreté des lieux. L'imam Aboubacar Fofana et ses adjoints, Aboubacar Coulibaly et Mohamed Lamine Touré ne laissent pas quant à eux échapper une occasion pour rappeler aux fidèles leurs devoirs envers Dieu (Exalté soit-Il). Ainsi, même s'il faut encore de l'argent pour la finition, on peut d'ores et déjà dire que la dévaluation du CFA n'empêchera pas Aghien d'avoir sa mosquée, inch'Allah.
La rupture du jeûne
LES fidèles d'Aghien ont choisi de donner un cachet particulier au social dans leurs activités. C'est ainsi qu'au début de chaque ramadan, un appel est lancé afin que les hommes apportent chacun au moins 5.000 F et les femmes 3.000 F pour alimenter une caisse. Une lecture du Coran est alors organisée pour demander la bénédiction du Très-Haut (Exalté soit-Il) afin que le mois se passe bien. La caisse permet ensuite de financer toutes les activités prévues pour ce mois béni, telles que les conférences et la rupture du jeûne. Au sujet de ce dernier point, un groupe de sœurs avait d'abord été commis pour faire la cuisine afin que tous ceux qui viennent à la mosquée puissent avoir un bol de nourriture. Par la suite, d'autres familles ont pris d'elles mêmes l'initiative d'apporter à manger à la mosquée. Au nom de l'Islam donc, les fidèles peuvent communier, riches et pauvres, sans complexe de supériorité ou d'infériorité mais plutôt avec plaisir comme nous avons eu à le constater. Les enfants du quartier "campement" viennent également partager le repas avant de contribuer à la propreté des lieux en ramassant les sachets trainant par terre. La première année, il y a eu de la bousculade mais petit à petit le flot humain a pu être canalisé au point que aujourd'hui, tout se passe dans le joie, dans l'ordre et la discipline.
L'ardeur des femmes d'Aghien à servir sur la voie de Dieu est exemplaire. Elles ont assuré la restauration à la mosquée durant tout le mois de Ramadan.
Le COMUDA
TOUT ce dont nous avons parlé jusqu'à présent est l'œuvre du COMUDA (Communauté musulmane des II plateaux-Aghien). Le président des jeunes, Kamagaté Kalifa, nous a entretenu du travail accompli dans sa communauté. Ainsi, entre autres activités, le COMUDA organise des cours de religion et d'arabe sur trois niveaux pour les enfants et aussi les adultes. Les frais d'inscription vont de 1000 à 1. 500F, et les cours sont dispensés par des membres de l'association. Des cours de vacances sont également organisés de sorte que les résultats soient proclamés le jour du Maouloud, et ce jour-là des recompenses sont distribués aux enfants. L'objectif de ceci est de faire comprendre aux enfants qu'ils ont eux aussi leur "Noël".
Les jeunes animent aussi la mosquée avec des nuits de prière, des conférences, des sorties, des projections de films... Ils ont même monté une troupe théâtrale. Mais ceci n'empêche pas la commission du président kamagaté d'avoir quelques problèmes avec ses membres. En effet, que de problèmes pour faire sortir certains frères de chez eux! "Qu'à cela ne tienne, leur a dit l'imam Fofana, allez donc les chercher à la maison!" Message reçu.
Les jeunes ont besoin d'en savoir un peu plus sur leur religion, c'est pourquoi le frère kamagaté suggère une meilleure organisation du Conseil Supérieur des Imams. Cette structure doit faire entendre plus souvent sa voix d'autorité sur les problèmes qui divisent les musulmans, mais aussi lorsque les fidèles ne savent pas quelle attitude adopter (comme cela a été le cas avec les prières organisées pour le président Houphouët).
La belle communauté d'Aghien ne se contente pas de poser des actes. Le président Traoré tient en effet à ce que cela "fasse tâche d'huile afin que toutes les communautés en fassent de même pour faire de la communauté nationale une communauté soudée. Que les plus nantis pensent à ceux qui n'en ont pas, et qu'on pense aussi aux imams. Ici, les deux adjoints de l'imam habitent à côté de la mosquée et perçoivent une indemnité quand ils ne sont pas entièrement pris en charge. En outre, le COMUDA offre pour le ramadan dix cartons de sucre au Conseil Supérieur des Imams". Merci donc et bravo au COMUDA, en espérant que cet sera entendu.
Le pdt Traoré à notre collaborateur: "Il faut penser à nos Imams pour ne pas qu'ils aillent se faire utiliser."
K. S.
PLUME LIBRE / Mars 1994 / Du 18 Ramadan au 18 Shawal 1414 / Page 6
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PLUME RELIGIEUSE
Lailatoul kadr
La meilleure des nuits
On a prié durant toute la nuit du destin. On a aussi mangé l'un des derniers souhour du ramadan. (Ici à la mosquée d'Aghien)
Par Diallo M. Yaya
La communauté musulmane de Côte d'Ivoire et singulièrement celle de la ville d'Abidjan n'a pas failli à la tradition islamique. Elle s'est mobilisée massivement pour participer dans la ferveur de la foi islamique à la veillée d'adoration en Allah organisée en différents lieux d'Abidjan. Outre le palais des sports où les fidèles musulmans ont répondu nombreux à l'appel du CNI, les différentes mosquées et de nombreux espaces aménagés à cet effet dans la ville ont servi de lieux de recueillement.
A Treichville, le domicile du maître coranique Thierno Telli à l'Avenue 23 Rue 38 a vu déferler des centaines de fidèles. Au cours de cette veillée, le maître n'a pas manqué de rappeler à ses frères l'importance de cette nuit bénie. Il a dit dans son exposé qu'un jour l'archange Gabriël (Paix sur lui) vint voir le Prophète Mouhammad (PBDL) et lui narra en présence de ses compagnons, l'histoire d'un saint homme de Dieu. Il dit que cet homme nommé Samson avait adoré Dieu pendant mille mois dans une soumission totale. En même temps il pratiquait une véritable jihad contre les mécréants, qu'il combattait seul avec pour seule arme, l'os de la mâchoire d'un chameau. Emerveillé par la grandeur et la valeur d'un tel homme, les compagnons du Prophète lui demandèrent si eux aussi pouvaient atteindre la station Samson. Alors le Prophète (PBDL) leur répondit que Dieu a béni la nuit du laïlatoul-Kadr et fait d'elle une nuit au cours de laquelle l'adoration de Dieu est supérieure à la dévotion à Dieu pendant mille mois. La valeur de l'adoration de Dieu pendant cette nuit ainsi démontrée, le maître Thierno Telli a ajouté par ailleurs que si elle est bénie et meilleure que toutes les autres nuits de l'année, c'est parce que c'est en cette nuit que le Coran fut révélé la première fois.
L'exposé du maître ayant pris fin, les chants liturgiques dans lesquels on glorifie Dieu et où on chante les louanges du Prophète Mouhammad (PBDL) sur qui on implore le salut de Dieu, et les prières surérogatoires prirent le relais. Cette veillée qui avait débuté par une lecture intégrale du Coran suivie de Bénédictions pris alors fin avec la prière de l'aube.
D. M. Y
Le ramadan au campus
Le samedi 12 Mars 94, alors que l'agonie du jour était arrivée à terme, le jeune croissant lunaire se rendit manifeste aux Ivoiriens. Sa façon magistrale de leur apprendre que Dieu leur recommande de mettre fin à la pénitence qu'ils ont librement enduré pour Lui en vérité cette apparition les a tous surpris, eux qui s'étaient préparés pour lundi.
AINSI, le dimanche 13 mars très tôt le matin, loin de sacrifier à une simple tradition, les musulmans ont investi avec foi tous les grands espaces pour renouveler leur déférence et leur gratitude à Allah (Exalté soit Son Nom) pour leur avoir donné une fois de plus l'occasion de vaincre Satan et de s'approcher davantage de Lui. Cette opportunité a été saisie par l'imam Sékou Sylla sur le parking du campus de Cocody pour lancer un vibrant appel à la communauté toute entière à qui il recommandera entre autres la lucidité et le discernement. Ce qui nous permettrait d'apprécier à sa juste valeur le don inestimable que Dieu a fait à notre pays, en faisant de lui, le lieu de rencontre des plus grandes familles religieuses du monde. "Qu'on ne transforme pas cette richesse dont Dieu a bien voulu nous combler en handicap à notre développement", dira en substance l'imam des étudiants.
S'adressant plus spécifiquement aux élèves et aux étudiants, l'imam mettra un point d'honneur à exalter la tâche d'éclaireur de conscience, de véhicule de l'Islam authentique, de véritable héritier du Prophète Mouhammad (PBDL) qui leur incombe. Il faut que ces jeunes deviennent des agents efficaces que nos pays engloutis sous les immondices du sous-développement ont besoin pour atteindre leur plein épanouissement. L'imam mettra fin à son sermon en faisant des bénédictions pour que Dieu accorde Sa protection et Sa miséricorde à la communauté musulmane du monde entier.
Koné Zakaria abd'Allah
FOCI
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Nom et Prénoms : .......................
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PLUME POLITIQUE
Mgr. Agré s'inquiète :
"Le pouvoir ira aux musulmans"
Par Dembélé Al Séni
LE 7 Février dernier, dans un élan de solidarité générale devant la douleur, la Côte d'Ivoire toute entière accompagne son 1er Président à sa dernière demeure. A la Fondation Internationale Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix, c'est l'évêque de Yamoussoukro Mgr. Agré qui crée l'événement : en lieu et place de son homélie, il a apostrophé ouvertement la communauté musulmane de notre pays. Depuis lors de ce côté se mêlent surprise, indignation et interrogations.
Houphouët protecteur des chrétiens ?
"AVEC la disparition du Président Félix Houphouët Boigny, l'église de Côte d'Ivoire vient de perdre son plus grand protecteur. Il y a à craindre que les musulmans forts de leur supériorité numérique ne veuille s'allier à un des leurs pour s'emparer du pouvoir... "A quelque chose près, c'est le discours tenu par Mr Agré, le jour du 7 Février 1994 à la Fondation Internationale Félix Houphouët Boigny devant la dépouille mortelle de celui qui pendant trois décennies a présidé aux destinées de la Côte d'Ivoire. Faut-il le rappeler, ... le Président Houphouët était chrétien catholique, fervent croyant et bon pratiquant. N'a-t-il pas dit "d'ailleurs un jour de juillet 1990 en recevant des représentants de la Côte d'Ivoire profonde venus lui témoigner leur soutien : "Toutes les religions cohabitent en Côte d'Ivoire (...) mais le souhait de chacun de nous c'est de développer au maximum sa religion..." En ces temps marqués par de bruyantes polémiques sur l'avenir politique du pays, cette déclaration de l'église catholique jette le pavé dans la marre. En effet, si toute la Côte d'Ivoire bruit à tort ou à raison, de la teinture ethnico-religieuse prise par le débat politique, c'est la première fois que des dignitaires religieux à un tel niveau descendent dans l'arène. L'apostrophe de la communauté musulmane par Mr Agré est lourde de conséquence. Les ondes de choc qu'elle a créées ne sont pas prêtes de s'estomper. Il est évident que les propos de ce prélat, l'une des voix les plus officielles de l'épiscopat ivoirien traduisent les points de vue de l'église catholique. C'est de là que naissent les questions essentielles : l'église catholique a t-elle considéré la présence du Président Houphouët Boigny à la magistrature suprême de l'état comme la «catholisation» de ce poste ? De quoi dispose-t-elle pour s'inquiéter de la volonté des musulmans d'accéder à la présidence ? Au demeurant en quoi la présence d'un musulman à la tête de l'état devait-elle inquiéter les non musulmans en général et les catholiques en particulier ? Du coup se pose à nouveau la délicate question des rapports entre la politique et la religion. Sans se lancer dans les questions théoriques, en général très éloignées de la pratique, il est possible de relever ici que ceux qui font la part entre le domaine de César et celui de DIEU ne sont pas les moins intéressés par « la nature de la tête » de celui qui régente le 1er. Dans cette Côte d'Ivoire, les citoyens, quelles que soient leurs convictions idéologiques ou religieuses, doivent s'accepter. Cela implique l'impérieux devoir à tous de reconnaître en l'autre "un autre soi-même". Les responsables religieux, dans cette optique ont un rôle déterminant à jouer. On ne le dira jamais assez, ils sont le dernier recours. Quand les politiques sont emportés par leur passion et par le maintien de leurs intérêts, quand la société civile ne se retient plus parce que, le quotidien devient intenable, le réflexe naturel de tous pour la recherche du consensus, pour la modération ce sont les religieux. Malheureusement, par ces propos de l'évêque Agré, l'épiscopat Ivoirien semble avoir pris le parti de dire à la Côte d'Ivoire qu'elle ne peut trouver son "salut", que piloter par un des siens. Avec un musulman "certainement la Côte d'Ivoire s'installera dans le règne du glaive et de l'intolérance". De façon insidieuse donc, on s'ingénie à faire croire à l'opinion que les musulmans veulent le pouvoir et qu'ils s'organisent dans ce sens !
La Côte d'Ivoire n'est pas un Etat chrétien
TANT que ces ragots végétaient dans les lieux communs, on pouvait en rire mais «qu'un prince de la sainte église» en fasse échos, il y a lieu certainement et sérieusement de s'en inquiéter. On peut donc être affirmatif : Il y a péril religieux en Côte d'Ivoire. Ce péril ne se situe pas là où "les plumitifs du ventre" veulent le localiser, eux qui sont demeurés étrangement silencieux, sur cette grave dérive. Si Mgr Agré voulait tester le sentiment des musulmans à l'égard de la tournure actuelle du débat politique, qu'il se rassure. En citoyens et croyants responsables, ils savent faire la part des choses entre la religion et la politique. Mais qu'on se le tienne pour dit, les musulmans de Côte d'Ivoire n'entendent plus jamais s'auto-censurer. Luttant pour des principes et non pour des individus, ils sauront se dresser contre toute tentative d'exclusion directe ou indirecte venant de qui que ce soit pour quelque raison que ce soit. Au demeurant, une telle lutte est un soutien à l'avènement de cette Côte d'Ivoire laïque telle que proclamée par sa loi fondamentale. L'histoire de cette terre bénie de Dieu nous a déjà donnés deux présidents qui se trouvent être chrétiens catholiques par le hasard des choses et la logique des lois républicaines. En citoyens conséquents il convient de s'incliner devant les lois de la république apposables à tous. Mais Mgr Agré, cela ne signifie nullement que la Côte d'Ivoire est un Etat chrétien.
Dembélé Al Seni
L'apprentissage de la lumière
Chapelet
NE t'appuie pas sur le mur il s'écroule, ne t'appuie pas sur l'homme Il meurt, ne t'appuie pas sur l'injustice elle ne résiste pas aux interrogatoirs de l'histoire et surtout ne te crois pas fils unique si tu n'es pas sûr de la stérilité de tes parents.
Si tu n'obéis pas à ces principes simples, la pilule sera amère car lorsque le vent de la démocratie soufflera et allumera le soleil à minuit tes yeux perdront l'équilibre qu'ils avaient acquis de haute lutte dans l'obscurité.
Ils ne verront plus le mur car le mur n'était que des suspensions de l'obscurité cela entraînera l'arrêt du travail, travail de nuit, travail obscur qui t'occupait tant et te faisait croire que tu étais seul.
Et quand tes yeux seront donc contraints à s'adapter à la nouvelle situation le mirage sera déjà dissout.
Et tu apprendras à tes dépens que ton pays est laïc une autre façon de te rappeler que ta patrie est féconde et compte beaucoup d'enfants.
Tu devras alors apprendre à regarder tes frères en face et surtout accepter (bon grè mal grè) de partager.
Cet apprentissage est difficile et développe la maladie de la susceptibilité accompagnée d'une fièvre qui monte et descent au gré des mouvements de tes frères (surtout celui d'entre eux qui a le plus de personnalité).
Ainsi lorsqu'on nommera un d'eux à un ministère comme celui des affaires étrangères, tu te plaindras croyant qu'il rappelera au pays ton representant diplomatique à Rome pour l'affecter à la Mecque.
Et lorsque le décret divin s'appliquera à ton protecteur tu te sentiras en insécurité et cela se liquéfiera en gesticulation et en déclaration
Par Koné Z. abd'Allah
tapageuses et dangereuses témoignant de la tenacité de tes vieux réflexes.
Et n'oublie pas cette dernière leçon ce que la loi fondamentale de notre pays consacre est immuable et s'applique immédiatement. Et cette loi consacre la laïcité de l'état donc affirme sans embage que la Côte d'Ivoire n'est pas un état chrétien.
Que cela soit clair pour tous même pour le seigneur agrée.
PLUME LIBRE / Mars 1994 / Du 18 Ramadan au 18 Chawal 1414 / Page 4
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
Abengourou :
Le CERICI s'installe
Les membres du bureau du CERICI Abengourou posent avec les autorités religieuses, politiques et administratives.
APRES la trève occasionnée par la disparition du chef de l'Etat, les activités Islamiques, ont repris leur droit. C'est ainsi que le CERICI, cercle d'Etude et de recherche Islamique en Côte d'Ivoire, a vu l'installation de sa section
d'Abengourou.
Ambiance de fête le samedi 26 Février 1994 à la Mairie d'Abengourou.
En effet, la communauté musulmane avait pris d'assaut la salle des fêtes de la mairie. Dès 8 heures, arrivaient les fidèles, avec à leur tête l'imam Bakayoko de la grande Mosquée. Suivent ensuite le secrétaire général de la préfecture et M. Amoikon Thiémélé, le député-maire. Etaient également présents des responsables musulmans des instances dirigeantes légitimes dont le Conseil Supérieur des Imams représenté par EL Hadj Aboubacar Fofana.
Dans son discours de bienvenue, le Docteur Koné Moussa, Président du CERICI local, devait remercier l'assistance pour la marque de confiance placée en eux, et exprimer toute sa reconnaissance aux autorités politiques et Administratives pour leur contribution devouée à l'organisation de la cérémonie.
EL Hadj Boubacar fofana au nom du Conseil des Imams, a précisé le caractère apolitique des associations musulmanes notamment le CNI, qui selon ses textes de bases, se veut respectueux de la laïcité de l'Etat et des institutions républicaines.
Prenant la parole, le secrétaire Général de la préfecture s'est déclaré satisfait de cette initiative louable et a exhorté les uns et les autres a plus de sérénité dans cette période sensible.
La cérémonie d'intronisation finie le programme devait prendre fin avec la conférence prononcée par Oustaz Mahmoud Samassi, professeur de Mathématique au Lycée Alphonse Assamoi de Divo, sur le thème : Islam et Modernisme.
Placé sous le signe de l'efficacité dans l'action, il faut souligner l'organisation parfaite de cette rencontre. Les cadres musulmans d'Abengourou sauront inch'Allah donner au nouveau-né une vitalité conforme aux vertus Islamiques.
En tout cas, la mobilisation que nous avons constatée dans cette cité nous rassure quant à la réussite de la nouvelle section. Le président national, Koné Ibrahima, ne sera pas le seul à s'en réjouir car c'est toute la Côte d'Ivoire qui en sera fière.
De notre envoyé spécial
Doumbia Nouh
La Côte d'Ivoire et les droits de l'homme
Toute personne a droit au travail et à une rémunération lui assurant une existence conforme à la dignité humaine.
CENTRE de Formation aux Techniques du Pétrole (CFTP) de Grand-Bassam, les Samedi 5 et Dimanche 6 Mars 1994. Le séminaire organisé par les sections ivoiriennes d'Amnesty International et du GERDDES avec la participation de la fondation Freidrich Ebert a regroupé des journalistes d'une quinzaine d'organes et des responsables d'Organisation Non-gouvernementales (ONG) de défense et de promotion des Droits de l'Homme sur le thème : "journalisme et Droits de l'Homme dans le contexte de pays en développement : le cas de la Côte d'Ivoire".
Les ateliers de Bassam ont réuni des journalistes de Radio Côte d'Ivoire, Plume Libre, Fraternité Matin le Nouvel Horizon, la Voie, Ivoir'soir, le Changement, le Démocrate, etc, et des responsables d'ONG telles que Amnesty International, GERDDES, MIFED, Acat ou encore Acat-DH. Les animateurs étaient le Pr. Dégni-Ségui, président de la LIDHO, M'Besso Louis, secrétaire général d'Amnesty International - C. I., Jean-Baptiste Akrou, chef de service à Fraternité Matin et Daniel Bolomey, attaché de presse à la section suisse d'Amnesty International.
Les Droits de l'Homme, c'est un document adopté et proclamé par l'Assemblée Générale des Nations Unies dans sa résolution 217 (III) du 10 Décembre 1948. Partant du principe que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits (Article 1), les signataires de cette charte reconnaissent de nombreux droits à la personne humaine dont celui de pratiquer la religion de son choix (Article 18). A ce niveau, il faut toutefois signaler que si les pays n'ont signé que par politesse ce genre d'engagement (il en va de même pour la charte africaine des Droits de l'Homme signée au libéria par le Togo et le Zaïre...), des organisations telles que Amnesty International ou la Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme (LIDHO) considèrent comme des violations des Droits de l'Homme des actes posés par le fidèle dans le cadre de la pratique de sa religion. Ainsi la dot, la polygamie, la place de la femme sont-elles par exemple denoncées... A part cet os, force est de reconnaître le travail immense abattu par Amnesty International qui ne cesse d'acculer les gouvernements du monde entier dès que ses services sont informés de ce qu'un être humain a été arrêté, séquestré, torturé ou porté disparu à cause de son opinion politique ou de sa religion. Sur le plan national (et bientôt sous-regional), la LIDHO se bat pour qu'on cesse de l'assimiler à un parti politique, quand le GERDDES ne se lasse pas d'expliquer la démocratie.
L'Association Ivoirienne pour la Promotion des Droits de l'Homme (AIPDH) des dynamiques Vahard Patrice et Lago Dodo suit leurs traces, et les associations chrétiennes Acat et Acat DH se frayent eux aussi leur chemin dans cette jungle.
A propos de la situation des Droits de l'Homme en Côte d'Ivoire, un constat amer est à faire sur les exploits réalisés par les autorités depuis que la rue s'est donnée la parole. Mauvaise lecture de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme ou adaptation de celle-ci à la couleur locale ? Toujours est-il qu'on a été habitué sous les tropiques à appeler justice une étrange pâte à modeler et à voir une cour suprême se déplacer au gré du vent. L'avenir ? Plutôt prometteur si l'on en croit les cigares explosifs distribués aux différentes rédactions avec la mention "le tabac t'abat"... L'avenir est même très radieux lorsqu'on voit des responsables politiques lancer du haut de leur chaires que "l'intégrisme religieux doit s'arrêter aux portes du Sahel et ne doit pas atteindre la forêt ivoirienne". Le sahel ne se trouvant pas dans la mer, on sait de qui on parle. Pauvres musulmans... L'homme s'est donné des droits en tenant compte de sa raison mais il ne peut y avoir d'équilibre, donc d'égalité véritable, que si l'aspect spirituel est observé. Les raisons humaines poussent des gens à attiser le feu de la révolte dans le cœur de ceux qu'ils oppriment. Quand ça explosera, ils seront pourtant les premiers à fustiger le fanatisme. Nous formulons néanmoins l'espoir de voir l'homme confirmé dans ses droit un jour, inch'Allah, comme nous prions pour que Dieu mette un peu de foi dans le cœur de ces égarés qui mettent en péril la nation.
Koné Seydou
PLUME Libre
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Directeur de Publication
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PLUME LIBRE / Mars 1994 / Du 18 Ramadan au 18 Chawal 1414 / Page 7
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PLUME EN LIBERTE
CFA
la dévaluation ou la "souris monétaire"
PREMIERE semaine de Janvier 1994. Les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone franc, se rencontrent à Dakar. Un sommet capital : Le CFA est malade malade de sa surévaluation. Malgré toutes les mesures d'ajustement structurel prises dans le cadre des institutions financières internationales (Banque Mondiale et FMI principalement).
Rien ne va dans l'économie des pays du Sud. Au sommet de Dakar, on décide donc de passer à la vitesse supérieure, le CFA doit être dévaluer de 50% par rapport au FF. La France n'en pouvait plus de continuer à soutenir l'économie moribonde des pays de la zone monétaire. Si cette mesure est un soulagement pour le contribuable français, tel n'est pas le cas pour l'ivoirien, le sénégalais, le gabonais... En effet, au lendemain de cette mesure de changement de parité, s'en est suivie la conséquence normale: la montée vertigineuse des prix. Aucun secteur de la vie économique n'a été à l'abri de cette inflation généralisée.
Des mesures dites d'accompagnement prises par le gouvernement pour alléger les effets de la dévaluation ont brillé par leur extrême timidité. De telle sorte qu'aujourd'hui, ce n'est pas mentir d'affirmer qu'il y a des laissé pour compte. Et cela à deux niveaux.
Primo, les Etats membres de la zone franc ne sont pas logés à la même enseigne sur le plan économique.
La mesure de la dévaluation s'inscrit dans un vaste plan de relance économique des Etats concernés. Elle doit permettre d'améliorer la compétitivité de nos économies nationales. D'une part en permettant à nos produits d'exportation d'être mieux vendus à l'extérieur et ainsi d'améliorer notre position extérieure grâce à une entrée de devise ( les devises issues des recettes d'exportation sont ainsi pratiquement doublées en monnaie nationale). D'autre part, cette mesure fermerait quelque peu nos ports aux produits venant des pays hors zone franc CFA, focalisant ainsi la consommation sur nos productions. Par ce mécanisme, l'industrie nationale serait relancée.
Ajouté à cela, l'avènement de capitaux étrangers, la croissance économique tant recherchée serait retrouvée. En nous arrêtant à ce niveau, on peut comprendre que ce bel artifice macro-économique repose sur des pieds assez fragiles. Les produits exportables, s'ils existent sont très peu et leur situation sur le marché international est actuellement boiteuse. Hormis le cas de la Côte d'ivoire, les autres pays (Mali, Sénégal, Niger, Burkina Faso, Tchad...) ont très peu à proposer à l'extérieur. Pourront-ils réellement profiter des effets recherchés par la dévaluation? Les industries locales elles mêmes, supposées être le levier de la croissance économique ne sont pas prêtent pour satisfaire la demande intérieure. Rien n'est fait aussi pour améliorer la situation. La plupart d'entre elles utilisent pour leur production de 40 à 80% d'intrants importés. Ce qui évidemment a une répercussion directe sur les prix proposés à la clientèle locale. Devant la faiblesse des revenus des ménages, cette situation risque d'entraîner une sous-consommation donc l'effet inverse de celui recherché.
Enfin, quant on table, sur l'arrivée des capitaux étrangers, on oublie que le premier critère pour un investisseur (les sondages l'ont démontré) demeure la stabilité politique du pays d'investissement. Le "risque pays" constitue le risque le plus important, avant les considérations de rentabilité financière. Ce que veut un investisseur, c'est le sécurité de son placement, c'est l'assurance que des grèves, des révoltes intempestives ne vont pas venir compromettre la bonne marche de son affaire. Or là-dessus, les pays africains ne sont pas logés à la bonne enseigne. Les exemple sont patents. Mali, crises gouvernementales incessantes. Niger, Sénégal, Gabon, grèves et révoltes sont le lot du quotidien. Ici même, si jusqu'à une époque récente la Côte d'ivoire avait bénéficié d'une relative confiance de la part de l'opinion internationale, on ne peut plus en dire de même aujourd'hui. En effet depuis 1990, date de l'installation des crises politiques dans ce pays, la destination Côte d'ivoire semble encore faire peur aux yeux des investisseurs étrangers. Le départ de celui qui incarnait la paix en Côte d'ivoire a laissé la place à une extrême politisation de la vie économique. Des couches entières de la population sont l'objet de provocation et de frustration. Poussés à bout, leurs réactions inattendues pourrait verser la Côte d'ivoire dans une spirale de violence dont les conséquences, on l'imagine, dégraderaient davantage les indicateurs favorables à notre pays.
Secundo, l'analyse mérite d'être portée quelque peu sur les conséquences de ce changement de parité dans la vie quotidienne des africains. En effet, nul n'est besoin de rappeler que la dévaluation n'est ni plus ni moins qu'une réduction des revenus. Quand on ne peut affronter les populations en leur proposant une baisse de salaire, on passe par la "souris monétaire" qui vous grignote le pied tout en soufflant sur la plaie provoquée, de telle sorte que vous avez l'impression à la fois de ne rien subir mais en même temps d'avoir très mal. Ce double sentiment antagoniste vous réduit en définitive à l'impuissance.
Les salaires ont été revus à la hausse à hauteur de 10% en moyenne alors que le taux d'inflation plane autour de 40 à 50%, soit une baisse des revenus en termes réels de l'ordre de 30 à 40%.
Quant à la grande masse des non salariés, la perte sèche est à la dimension du taux d'inflation pour eux, aucune voix, aucun parlement. Situation pareille pour toutes ces personnes non protégées par une administration sociale: Gens de maison (boy, cuisinier, bonne, jardinier...), chauffeurs etc. Y avez-vous pensé? Les musulmans, les vrais l'ont déjà fait. Face à cette contrainte nouvelle, ils ont réajusté les revenus de ceux travaillant pour eux. Ainsi Yacouba S., fonctionnaire nous l'a confié: «Je payais mes deux bonnes, l'une à 10 000F, l'autre à 5 000F avant la dévaluation. Je leur ai accordé aujourd'hui une augmentation de 20% chacune. Soit 12 000F pour la première et 6 000F pour la seconde. Et cela en vertu de la prescription du Prophète Mouhammad (SAW) selon laquelle, le musulman doit souhaiter pour son frère ce qu'il désire pour lui même.»
En effet, devant cette nouvelle donnée économique de la solidarité entre les musulmans doit encore plus qu'hier jouer. C'est la seule alternative pour prouver au yeux du monde entier, qu'en dépit des faux clichés, les valeurs humaines constituent le socle de l'Islam universel et que toute idéologie non fondée sur la foi ne peut percevoir et concourir à la fois à l'intérêt de tous.
Bouka Tchienfôla
DETENTE
Le Mot Caché N°14
Première étape du pèlerinage vers Allah (Exalté soit Son Nom).
Ali - Allah - Cœur - Dévotion - Dôme - Eshq - Guide - Hayaat - Hayy - Hou - Kun - Nafs - Pèlerin - Pir - Pôle - Qutb - Rose - Salat - Shaykh - Sols - Talab - Tas - Voyage - Vrai - Wali - Wird.
[Grille de mots cachés]
Par Koné Seydou
Mots Croisés N° 16
Horizontalement
I- Surnom du Calife Ali (Paix sur lui) - Périodes. II- Moitié d'obus - Dieu (Exalté soit-Il) l'a parachevé pour les croyants. III- C'est Lui dans un sens - Lettres de méprendre. IV- Stratégies - Peintre génial dans un sens. V- Eclairé. VI- Equipés. VII- Surnom du calife Oumar (P.L). VIII- Œil anglais - Rancuniers. IX- Homme Parfait - Prénom dioula. X- Suggestive.
Verticalement
1- Femme du paradis - Début de festin. 2- Surnom du calife Ousmane (P.L) 3- Lettres de Heysel - Filtre organique. 4- De italien - Peu doué - Enfantin. 5- Champion - Lettres de marabouts. 6- Dans un rôle - Dans l'ordre, c'est le jugement dioula. 7- Ainsi soit - Il - Temps Universel. 8- Gros - Dieu (Exalté soit-Il) est Celui des rois. 9- Inconnue coranique - Sur les rives. 10- Surnom du calife Abou Bakr (P.L) - Prénom Sénoufo.
SOLUTION DES JEUX PRECEDENTS
Le Mot Caché N°13: Alif Lam Mim
Mots Croisés N° 15:
Horizontalement:
I- Université. II- Nitere (Renier) Nos. III- In - Rite. IV- Constance. V- Ie - Rares.
VI- Ta - Tidiane. VII- Emise - Lini. VIII- Oo - No - Nam. (Man) IX- Ruminant. X- Ar - Nègres.
Verticalement:
1- Unicité - Ra. 2- Nino - Amour. 3- Ir - Ni - Iom (Moi). 4- Versets - In. 5- Erit - (tire) - Ienne. 6- Retard - Oag (Gao). 7- Snail (Liane) - Nr. 8- Is - Crainte. 9- To - Eenna (Année). 10- Est - Seima (Amies).
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