Issue
Plume Libre #05
- Title
- Plume Libre #05
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Plume Libre
- Date
- February 1992
- issue
- 5
- Abstract
- Mensuel ivoirien d’informations générales
- number of pages
- 12
- Language
- Français
- Has Part
- Drôle de démocrates
- Dossier : crise algérienne. À quand la fin de l'Islamophobie
- Dossier : crise algérienne. L'Occident face à l'islam : le point de vue d'un non Musulman
- Dossier : crise algérienne. Le point de vue des Ivoiriens
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0001327
- content
-
PLUME libre
Fév. 1992
Prix : 200 F
N° 005
MENSUEL IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
ALGERIE
On n'arrête pas le destin d'un peuple
Abassi Madani : Le sourire de l'espoir pour le peuple algérien.
A quand la fin de l'islamophobie ?
L'Occident face à l'Islam :
Le point de vue d'un non Musulman
ALGERIE : Le Soleil de Dieu brillera
ECONOMIE
L'EUROPE DES DOUZE ET L'INTEGRATION AFRICAINE
SPORT : “SENEGAL 92”
Les Eléphants enfantent enfin la coupe !
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EDITO-PLUME
Vox populi, vox Dei
« LE vent de l'est » a permis aux populations Africaines de prendre en mains leur destinée. C'est dans cette mouvance que sont intervenues les élections législatives en Algérie avec les résultats que l'on sait. La victoire du Fis se passe de tout commentaire, le peuple Algérien a désavoué le FLN et parmi 50 (cinquante) partis a décidé de confier son destin au FIS. Le projet de société de ce parti sans aucun doute correspond au mieux aux aspirations des Algériens.
Il n'en fallait pas plus pour que les occidentaux, allergiques à l'islam, par médias interposés, lèvent les boucliers pour crier la fin de l'Etat Algérien civilisé.
Et pourtant, ils auraient chanté" "le triomphe de la démocratie." On en veut à l'Algérie pour avoir conçu "le menu démocratique" qui lui sera le plus digeste, rompant du coup avec le stéréotype occidental.
En choisissant le Fis, les Algériens montrent aux occidentaux que toute démocratie pour être réelle doit prendre en compte les réalités socio-culturelles des peuples pour lesquels elle a été élaborée. L'islam n'est il pas partie intégrante de l'identité et du prestige social de l'Algérie ? Que les éternels donneurs de leçon de démocratie sachent que les algériens ont choisi d'évoluer dans l'histoire selon leurs propres valeurs. Pourquoi remettre donc en cause ce choix ? Certainement parce qu'on veut leur offrir une démocratie toute faite, «prête à être consommée». On était tout de même en droit de penser à la fin du stade de "l'allaitement" puisque la France (tant sage) ne devait plus faire le gendarme en Afrique et que "chaque pays pouvait aller à la démocratie au rythme qui lui convenait."
Le Fis n'effraie pas les Algériens qui l'on choisi mais bien les occidentaux qui n'en veulent pas. Et pourtant, Abdel Kader Achani (président provisoire du Fis) avait rassuré que "l'Algérie ne sera pas coupé du reste du monde."
Si le Fis avait été l'épouvantail tant décrié (n'oublions pas que depuis 1990, il gère plus de 50% des communes en Algérie), les Algériens, (les administrations aidantes) ne lui auraient plus fait confiance. Mais, il faut comprendre la frayeur des occidentaux. Dans «le nouvel ordre mondial», l'islam demeure le seul courant capable de rivaliser avec le capitalisme, le communisme ayant déposé la clé sous le paillasson. Malgré tout, l'occident devra se résoudre à la réalité et admettre le choix du peuple car «Vox populi, vox Dei» (voix du peuple, voix de Dieu). En tout cas, aucune alternative en Algérie ne sera possible sans le Fis.
Abou Sidick Ryabak.
SOMMAIRE
Edito-Plume
Vox Populi Vox dei..................... 2
FIS Raz de marée inquiétant 3
ALGERIE : Le soleil - Le Dieu brillera................... 4
Interview : Aboikary Fofana «Le FIS n'est pas un phé-nomène isolé sur le plan mondial»....... 5
A quand la fin de l'islamophobie ?......................... 7
L'Occident face à l'Islam : «Le point de vue d'un non-Musulman................................ 8
Economie : Leurope des douze et l'intégration africaine 9-10
Interview Pr. Francis Wodié 11
Sport : Sénégal 92 Les Eléphnts enfantent enfin la coupe ....................................12
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DROLES DE DÉMOCRATES
LE 31 décembre 1991, au journal de 07 h 00 sur la RFI ( Radio France International) on pouvait entendre : " le conseil constitutionnel Algérien a rendu les résultats du 1er tour : 188 sièges pour le FIS, 25 pour le FFS; 15 pour le FLN ET 3 pour les indépendants....) Du coup l'armée reste la seule force organisée capable de freiner le FIS et de protéger les institutions. On se demande ce que fera le président mais beaucoup de démocrates souhaitent l'intervention de l'armée..."
Non, vous ne rêvez pas ! c'est la radio d'état du pays qui se veut le plus démocratique du monde, la France, qui lance cet appel. La question qui vient immédiatement à l'esprit est la suivante : Qu'est-ce que la démocratie ? Dans les collèges et les lycées, on nous a toujours dit que "c'est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple !! Le démocrate alors, n'est rien d'autre que celui respecte le choix du peuple.
On nous a toujours dit également que le peuple était souverain : il a pour ainsi dire la primauté sur la forme institutionnelle régissant l'Etat. C'est donc lui qui décide de vivre sous une république (comme en France), sous un royaume (comme en Grande Bretagne), sous un empire (comme du Japon). La forme institutionnelle ne s'impose pas au peuple mais bien au contraire est sujet à modification par ce dernier. Alors pourquoi en Algérie, au nom des institutions des "démocrates" en appellent-ils à l'armée ? La réponse, elle est simple et c'est Bamba Alex du journal le "Démocrate" qui nous la donne dans l'émission "Reflets média" de radio Côte d'Ivoire du 03/1er/92 "La démocratie, elle n'est jamais totale..." Le mot est lâché. En effet, la démocratie n'est jamais totale. Elle ne l'a d'ailleurs jamais été. Rappelez-vous qu'à Athènes ou elle est née, il y avait 40.000 hommes libres qui décidaient et 110.000 esclaves qui n'avaient pas le droit au chapitre...Aussi, est-ce le plus logiquement du monde que ce
Dembélé Al Sémi
même Bamba Alex poursuit "les Algériens ont peur, il y a des intellectuels occidentaux... et des femmes qui ont été à l'école, qui ont vécu dans la liberté... vous avez vu les 300 mille personnes dans la rue à l'appel du FFS contre le FIS ?... le peuple Algérien veut se ressaisir... " Effectivement, pour nos "démocrates", le peuple, ceux pour qui la démocratie doit exister et fonctionner, ce sont les intellectuels occidentaux(et ceux qui épousent leurs convictions et valeurs)et les femmes (en fait toutes celles qui se dénient au profit des valeurs occidentales). Peu importe si pour cela la volonté de millions de personnes qui pensent autrement ou qui défendent des valeurs différentes et de loin la majorité, est foulée aux pieds.
Les démocrates comme personnes acquises à la cause de la souveraineté du peuple, lui reconnaissant sa primauté, et prêtes à accepter sa volonté, ça n'existe que dans l'esprit. Et la démocratie elle-même comme liberté de presse, de conscience et le choix n'est qu'illusion. Tout fonctionne comme s'il y avait des moules préfabriquées dans lesquelles tout le monde devait couler. Ces moules charrient des valeurs qui doivent être acceptées par tous. Est partant, tous ceux qui évolueraient en dehors de ces moules deviendraient des hors-la-loi. Rien d'autre que cette logique implacable à la limite du machiavélisme n'explique ses propos de Diégou Bailly (un autre moralisateur et directeur de conscience) dans notre "temps N°37 du 15 janvier 1992" De toute façon, la victoire du FIS porte déjà en elle les facteurs du dévoiement du processus démocratique..."
Tous les "démocrates" en arrivent donc à se renier et à nier les principes et valeurs qu'ils réclament à hue et à dia dès lors que la ligne qu'ils défendent est vaincue. Recourir à tous les moyens pour défendre sa conception des choses élevée au rang de dogme immuable n'est-ce pas là le vrai intégrisme et la forme achevée de l'intolérance ?
Dans ce domaine, Abolé Ogou de "La voie" N°111 du 06 janvier joue les oiseaux de mauvais augure, lui qui prédit : "vainqueur du suffrage universel, la suprématie du FIS lui sera contestée dans la rue. Ce jeu-là ne comporte-t-il pas de risque de dévoiement du processus démocratique M. Diégou Bailly ?
Il y-a lieu de devenir plus sérieux et de prendre les choses avec lucidité. Crier à l'intégrisme à tout bout de chant pour empêcher une forme de société, une idéologie réclamée par le peuple d'exister (alors que d'autres idéologies et formes de société dites laïques ont largement fait la preuve de leur faillite) relèvent purement et simplement de la dictature. Peu importe qu'elle soit imposée par les médias, les "intellos" ou l'armée.
Les différents efforts fournis par ceux qui veulent faire croire, qu'il en est autrement font d'eux de drôles de démocrates.
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DOSSIER : LA CRISE ALGERIENNE
LE FIS : RAZ DE MAREE INQUIETANT
JUIN 1990 le Front Islamique du Salut remporte en Algérie les élections municipales. En politique une victoire aux consultations électorales est un indice sérieux. Il permet de mesurer la côte de popularité d'un parti. Le FIS venait donc de poser un jalon sûr pour l'avenir.
Mais ce parti comme son nom l’indique est religieux et plus précisément musulman.Quoi de plus normal pour rendre la France et au-delà l'occident fiévreux. Pour qui sait l’histoire de l’Algérie rien d’étonnant. Souvenons-nous que le Président de la République Française d’aujourd'hui n’est rien d’autre que l’ex-ministre de la France d’Outre-mer d’hier qui avait à cor et à cri annoncé à l’époque: "l’Algérie c’est la France”. Cela montre à l’évidence le désir impérialiste,qui plus, est une entreprise de “civilisation” de l’Algérie Bastion de l’islam.Le savoir,le savoir-faire,le savoir-être n’existerait que du coté de l'occident. L'islam serait comme une histoire simple de gymnastique physique corroborée de charabia qui ne peut avoir cours que dans les grands gymnases conçus à cet effet: Les mosquées par euphémisme l’islam serait comme le disait l'autre,la préhistoire de la civilisation moderne(ainsi aurait-il donné l’algèbre, les chiffres arabes etc...). Il est donc juste bon pour la référence,il n’a pas un projet de société capable de galvaniser les énergies et permettre d’épanouir globalement l'homme. Simple erreur de jugement et pour cause les préjugés aveuglent et il n'y a pire aveugle que celui qui refuse de voir.L’exemple iranien est là pour l'attester.Aujourd’hui du point de vue technique ou technologique la république islamique n’a rien à envier à des pays dits développés. Reconnaissons toutefois que des choses restent à parfaire là-bas.
En décembre 1991 au terme du premier tour des élection législatives le FIS fait un raz-de-marée.Les réactions ne se font pas attendre. D'abord on crie à la fraude .Il fallait s’y attendre.La victoire du Front est inquiétante car à ce stade, nous sommes a un pas des élections présidentielles et peut être de l'avènement d’un état islamique en Algérie, chasse gardée de la France. N’oublions pas non plus que l’assemblée est l'institution la plus importante après la présidence. En effet c’est dans ce forum que se prennent toutes les décisions importantes qui s'imposent de façon obligatoire à tous les citoyens.C'est donc à partir de cette institution que sont déterminées les règles nécessaires à la vie de la nation. Et pourtant on a poussé l'audace jusqu'à arrêter la lourde machine démocratique, on a même supprimé le lieu de son expression au vu et au su de tous.
Et les chantres de la démocratie? Notamment la France, elle est restée dans un mutisme sans précédent. Quand il s’est agit du Togo et du Tchad sa réaction a été autre.
Une seule chose est claire aujourd'hui, l'on veut nous faire croire que les peuples Africains sont immatures, irresponsable puisque ne sachant pas où se trouve leur bonheur. C’est ce qu'il faut comprendre des grincements de dents qui font suite à la percée de FIS. Il ne faudrait pas aussi oublier que l'on veut décourager toute tentative similaire au maghreb ou dans les ex -colonnies françaises et peut-être même dans tous les autres états où il y a une forte majorité musulmane. Eh bien, il n’est donc pas étonnant que la traînée de poudre “islamiste” fasse éternuer beaucoup de régimes voisins.
Ceux qui tirent sur les ficelles doivent savoir que lorsque le peuple est lésé de sa victoire ,frustré dans son amour propre il devient dangereux.Quand le peuple voit sa liberté bafouée, il s’arme pour la reconquérir.
aujourd'hui Hocine Ait Ahmed leader du FFS reconnaît que le FIS est une réalité sociale .Cela signifie en d'autres termes que ce parti est celui qui répond le plus aux aspirations du peuple algérien (même si Hocine a des allégations contraires et en dissonance avec sa première affirmation).
La très grande abstention semble avoir une seule explication : après les exactions perpétrées contre le FIS et la détermination du pouvoir en place d'en finir avec lui, le peuple quelque peu pessimiste a pensé que le FLN ne laissera aucun espoir de changement.
Toutefois en opérant sur les suffrages exprimés le résultat est là tout nu et tout beau. L'adversaire à cours d’arguments valides devant l'ampleur de la victoire du FIS n'a de recours qu’à la force brute.oui au coup d’état. Jugez en vous mêmes : le deuxième tour des élections devrait avoir lieu le jeudi 16 janvier 1992 et subitement le samedi 11 janvier Chadli Bendjedid démissionne et l’assemblée nationale est dissoute. De fait l'Algérie se trouve sans dirigeants, sans tête. Il y a donc un vide constitutionnel. Cette situation volontairement créée donne l'occasion au haut conseil de sécurité (organe essentiellement composé de militaires) de s'installer sur le "trône". Pour tenter de masquer ce coup d’état, ce haut conseil de sécurité se transforme en haut conseil de l'état avec pour chef un cacique du FLN, Mohamed Boudiaf (entre temps banni et exilé au Maroc).
Cela est paradoxal car le conseil en question est simplement un organe consultatif: de ce fait il n’a pas un pouvoir effectif.
Il y a là anticonstitutionnalité. C'est alors la démocratie qui est en péril car le droit est foulé aux pieds.
Mais pour combien de temps ?Jusqu’où ira la patience des Algériens?
Une chose est certaine, c’est que le FIS c'est la lumière de DIEU qui luit au Maghreb malgré toutes les manœuvres pour l’éteindre elle continuera d'illuminer le monde Inch’Allah.
Sangaré Moussa
Meeting et prière dans une rue d'Alger. La mobilisation du FIS coupe le sommeil à l'Occident.
Chadli Benjedid : sacrifier pour sauver un système en agonie.
Chapelet : “Vous avez dit démocratie...”
Arabie Saoudite, Koweït, Iran, Maroc,Tunisie, Egypte. Point commun, tous des pays musulmans. Et la ressemblance s'arrête là.
Au point politique, le Maroc vit au rythme des humeurs du roi. Les partis politiques, l’assemblée nationale et “les élections libres” organisées de temps à autre ne sont que des faire-valoir. Dans ce pays, l'on connaît les bagnes et les déportations. Et pourtant, Hassan II est reçu avec faste à Washington, Bonn, Paris et Londres.
L’Arabie Saoudite, elle, ne se donne même pas la peine d’entretenir ce décor comme au Maroc. Il y a un roi et sa famille . Le pays leur appartient.. La volonté royale fait force de loi. Ici, comme au koweit ( le petit frère qui lui se contente du titre d'Emirat ), on pratique "la charia". Mais soyez sereins, il s'agit ici de la charia édulcorée façon sauce américaine . Cette charia-là, on l’ adore chez les plus grands démocrates du monde: américains, anglais et français. On n’a même pas hésité à sacrifier quelques soldats du monde civilisé et à détruire tout un pays pour sauver un trône. La guerre du golf n'est pas si loin.
La Tunisie et l'Egypte eux sont des républiques. Là-bas, il y a la séparation des pouvoirs : exécutif, législatif et juridique. Et pourtant, on remarquera qu'aucun des chefs d’Etats de ces pays n'a accédé au pouvoir par des élections. A Tunis, comme au Caire? on se livre chaque jour que les forces de l’ordre veulent s'exercer, à l’arrestation, à l'emprisonnement et même à la liquidation physique de citoyens qu'on nomme “activistes islamiques”. Et pourtant, Moubarak et Ben Ali font l'honneur et la fierté des grands protecteurs des droits de l'homme et de la démocratie. Dans ces pays, on vit avec l'Amérique, on voit pour l'Amérique on est donc démocratique.
En Iran, il y a un Chef d’Etat élu et des députés tout aussi élus. Et pourtant, dans ce pays existe le régime le plus anti-démocratique qui puisse exister». Démocrates dixit. Il faut comprendre. Comment en ce 20è siècle peut-on interdire l’alcool, la prostitution, la drogue? C'est la plus abominable des violations des droits de l’homme. Et l'occident n’aime pas ça.
Le péché Iranien est trop grand et ce pays ne mérite pas d’exister tout comme l’algérie du FIS. Parole de démocrates.
Dembélé Al Séni
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DOSSIER : CRISE ALGERIENNE
ALGÉRIE : Le soleil de Dieu brillera
«Nous sommes au bord du gouffre... nous sommes en train de faire un pas " ce "pas" est si décisif que le destin de l'humanité en dépend et personne ne doute s'il sera posé ou non: il s'impose.
Toute la question est de savoir dans quel sens il le sera par rapport au gouffre ? Pour l'instant le résultat enregistré est troublant et la gestion désastreuse, conséquence logique, le soleil s'est éclipsé la nuit s'est obscurcie, la tempête et les tourbillons de toute sorte, menacent. On ne voit plus. On n'entend plus. "Ils" nous font voir et entendre ce qu'ils veulent. "Ils" déforment la réalité et orientent la réflexion avec le vœu secret de soumettre les consciences. Car la conscience brise les chaînes et menace "leur" égémonie. "Ils" ont à leur solde les masse-média dont le mot d'ordre est d'illustrer l'illusoire. Ces derniers s'atellent chaque jour davantage à jouer leur partition dans cette cacophonie où s'entrechoquent des intérêts égoïstes et divergents.
Et pourtant l'humanité ainsi martyrisée en deuil de son identité assassinée, déçue par tous les "ismes" est toujours en route, oui en marche, en quête d'un nouvel autel. Que dis-je, de son autel originel : celui de sa source et de sa fin dernière. (Le fleuve en allant se jeter à la mer ne réalise pas un voyage sans retour, il tourne simplement en contorsion et assume son destin).
Ainsi avant les élections législatives en Algérie, les commentaires vont bon train, les pronostics s'orientent plus vers ce qu'on voudrait que les résultats soient que ce qu'ils peuvent être objectivement. Dans cette logique le FIS, on ne vend pas chère sa peau; il n'ira pas loin.
Mais le peuple Algérien, ce peuple martyr qui a, dans les convulsions du colonialisme, conquis sa liberté au prix du sang, son propre sang offert en sacrifice; " ce peuple qui doit son maintien et sa survie a une insertion héroïque dans une nature hostile et qui a réalisé la vie comme une réponse volontaire à l'appel de Dieu " ; (1) ce peuple là est resté serein et imperturbable. Il sait qu'il donnera sa voix au candidat le plus sérieux : et ici le plus sérieux c'est le Front. Mais quel Front? Pas n'importe lequel.
Front de libération national? Il a déjà fait ses preuves. Et pour parachever son œuvre, il a cherché à réalisé son idéal de liberté en essayant de convaincre le peuple qu'il n'y a de liberté véritable que dans les fers, dans la soumission aux créatures dans la désobéissance au Créateur, cela le peuple l'a bien compris et cela lui a vallu la dernière place aux 1er tour avec 15 sièges.
Le front des forces socialistes ? Il ne semble pas inspirer confiance au peuple car bien qu'il se présente sous des dehors novateurs et prometteurs, il reste fondamentalement identique au Front précèdent dans son fondement et dans sa portée - résultat : 25 sièges, avant dernier.
Que veut alors le peuple ?
Ce à quoi le peuple aspire c'est un changement profond, un changement dans l'essence des choses. Il s'agit de restituer à l'homme la place qui lui revient de droit et aussi de devoir - celle qui fera de lui une valeur relative par rapport à la valeur absolue vers la satisfaction de laquelle toutes ses actions doivent tendre - c'est seulement à ce prix que les intérêts égoïstes des individus, des groupes et des nations ne continueront plus d'écraser la communauté. C'est donc à cet appel constant de l'Islam à la résistance à toute oppression (parce qu'il exclut toute autre soumission que celle de la volonté de Dieu) que le peuple algérien veut répondre.
Et cela n'est inscrit au programme que par le FIS. Ce qui lui a vallu au premier tour 188 sièges.
«Mais par ce choix on a mis l'eau dans le nid des termites alors qu'ils faisaient leur travail ; travail de termites !!!»
Sans conteste depuis 1989 le mot le plus utilisé dans le champ politique Est-Européen et africain est le terme "démocratie". La démocratie oui le mot est bien lâché, il s'agit de la démocratie.
Mais que veut dire ce mot ?
De façon superficielle on vous jetera au visage et de façon théorique que c'est le gouvernement du peuple par le peule et pour le peuple. Cette définition est trop belle et elle fait douter avec raison l'observation lucide. Car dans les faits la démocratie veut tout dire, tout ce qu'on veut lui faire dire. Même le contraire de ce qu'elle est appelée à assumer comme sens.
Rappelons pour mémoire qu'à l'apogée d'Athènes on dénombrait 40 milles citoyens libres pour 110 milles esclaves. Et cette oligarchie esclavagiste a été et est toujours appelée "démocratie".
C'est dire que cette expression sclérosée est utilisée à tout bout de chemin pour permettre la vente de tous les espoirs et servir toutes les fins. Malgré l'évolution des temps les choses semblent les mêmes. Constatez de vous même : dans le journal de radio Côte d'Ivoire du lundi 30 décembre 1991 le lendemain de la victoire inattendument écrasante du FIS, les devins ont prédit une cohabitaton difficile avec M. Chadli Bendjedid. Celui-ci aurait affirmer qu'il s'appuierait sur la constitution et l'armée pour faire triompher la "démocratie". Dans cette même analyse on va jusqu'à rappeler que la constitution prévoit la dissolution du parlement au cas où celui-ci empêcher le Président de diriger.
Mais ce n'est pas le parlement qui sera dissout, c'est plutôt Bendjedid qui va s'en aller ( on l'apprendra le 11 janvier 1991). Toutes les grandes causes nécessitent de grands sacrifices. Bendjedid a été immolé pour la cause démocratique. Une démocratie qu'ils espèrent voir régner sous les bottes de l'armée. Comme quoi les "modernes" préfèrent tout à l'Islam et tout ce qu'ils préfèrent prend automatiquement le nom de démocratie.
Ah sacrée démocratie ! où veux-tu nous mener ?
Ce qui est clair et ne souffre d'aucune contestation c'est que la roue de l'histoire tourne , elle tourne et elle tournera toujours. Et lorsque le soleil éclatera à minuit, l'histoire nous en portera témoignage (-) les chauves-souris s'enfuieront, les oiseaux migrateurs retourneront et l'homme en quête d'orbite en vue de son plein épanouissement les découvrira, tout en retrouvant son identité perdue.
Alors brandira t-il le coran dans une main, les hadices dans l'autre et s'écriera aux quatre coins du monde :
«Certes nous sommes de toi (Dieu) et certainement nous retournerons vers toi.»
Koné Zakaria Abd' Allah
1) Roger Garaudy, biographie du 20 ème siècle
2) * Coran
ET LA ROUE DE L'HISTOIRE TOURNE, ELLE TOURNE ET ELLE TOURNERA TOUJOURS.
ET LA ROUE DE L'HISTOIRE TOURNE, ELLE TOURNE ET ELLE TOURNERA TOUJOURS.
LE MYTHE DE LA DEMOCRATIE
COMMUNIQUE
Sous le parrainage de la Fondation SAAR et sous la présidence effective du Docteur Moustapha Sy, le Cercle Islamique de Yamoussoukro organise inch Allah les 18, 19 et 20 Avril 92 un séminaire sur la "PRIERE EN ISLAM" pour la région de Yamoussoukro.
Quatre sous-thèmes sont prévus :
— La purification
— La prière obligatoire
— La prière ssurrérogatoire
— Le dzikr et la doa.
Les fiches de panicipatioin sont à retirer dans les localités suivantes : Bouaké, Bouaflé, Tiébissou, Toumodi, Dimbokro, Béoumi, Didiévi, Sinfra, Oumé, Sakassou et Yamoussoukro auprès des associations islamiques.
Pour toutes information, contacter le CERCLE ISLAMIQUE DE YAMOUSSOURO - B.P. 1819 - Tél. 64-04-68.
— En raison du caractère quelque peu particulier de ce numéro, certaines de nos rubriques habituelles n'ont pas été publiées. Elles reprendront leur cours normal dans le prochain numéro.
in challah.
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DOSSIER : CRISE ALGERIENNE
Aboikary Fofana : “Le FIS n’est pas un phénomène isolé sur le plan mondial”
La situation en Algérie suscite beaucoup de commentaires de journalistes et autres spécialistes. Mais le point de vue des religieux musulmans eux-mêmes n'est que rarement exprimé. Pour combler cette lacune, nous avons rencontré pour vous El Hadj Boikary Fofana.
Economiste de formation, Iman, conférencier émérite et un des porte-parole de la conscience musulmane de ce pays, El Hadj Fofana est connu pour être intègre dans sa foi et franc dans son parler.
Pour l'occasion, il nous livre son analyse sur la situation actuelle de l’Algérie. Une analyse qui ne manque pas de surprendre, tellement elle est différente des discours déjà entendus ou lus sur la question.
Plume libre: Quelle analyse pouvez-vous faire du coup de force qui s'opère actuellement en Algérie suite à la victoire écrasante du FIS au 1er tour des législatives?
A.F: Je pense que la situation en Algérie est dans un premier temps un choc de civilisation : un choc de civilisation entre l'islam et les valeurs occidentales. L'Algérie qui s'est battue contre la France à un moment donné au nom de l'islam n'a pas retrouvé par la suite l’islam dans la conduite de sa vie. Et je pense que c’est cet élément qui revient comme l'élément de culture de base de l'Algérie. Et cela rencontre une certaine résistance de l’occident qui fait de l’Algérie une partie de lui-même et qui sait que les conséquences de l'arrivée du FIS au pouvoir sont lourdes pour elle. La première c’est que l’Algérie va récupérer son identité islamique. A travers cela, il risque d'avoir un changement profond dans la vie des Algériens. Cela va remettre également en cause certaines données économiques. En un mot l'arrivée du Front Islamique du Salut (FIS) au pouvoir peut être considérée comme la fin de la colonisation, c’est le fond du problème.
Plume libre: Vous considérez donc qu'actuellement l'Algérie et les autres Etats Africains sont encore sous le joug de l’occident?
A.F: Cela n’a pas besoin d'une démonstration dans la mesure où tout dépend de l'occident, et cela n'est caché à personne. Est-ce qu’un pays Africain peut choisir sans pression extérieure, un homme qu’il veut pour se gérer? Est-ce qu’un pays africain peut gérer son économie librement? Est-ce que les Africains peuvent aujourd'hui établir ou concevoir une culture propre à eux, indépendante?
Si on peut répondre oui à toutes ces questions, alors on pourra dire que l'Afrique est indépendante.
Plume libre : On oppose aujourd'hui la démocratie à l'Islam, qui serait un instrument de privation des libertés et aurait le dos tourné au progrès et au modernisme. Qu’en pensez-vous?
A.F : Il y a ici un ensemble de valeurs ou de notions qu’il faut apprendre à définir, que veut dire démocratie? Quelles sont ses composantes? quel est son objectif sur le plan philosophique, culturel, économique, social et moral?
L'occident sait de quoi il parle quand il dit que L'islam est une menace pour la démocratie. Si démocratie signifie l'établissement de la Toute-Puissance de l’homme à l'exclusion de toute référence divine alors elle exclut volontiers l'Islam.
Mais si l’Islam en dehors de cet élément veut dire l'égalité, la liberté la justice alors l’Islam est tout à fait démocratique. Si elle veut dire le choix libre des dirigeants, l'Islam est démocratique. Et je pense, pour que la démocratie puisse s'installer dans un pays comme l’Algérie, il faut qu’elle tienne compte de la spécificité culturelle, historique géographique de ce pays Africain, musulman avec à la base la culture Arabo-Musulmane. La démocratie doit tenir compte de tous ces éléments, si tel n'est pas le cas, elle ne peut s’installer.
Aboubacar Fofana : "L'arrivée du FIS au pouvoir peut être considérée comme la fin de la colonisation en Algérie".
Plume libre : Dans ce problème algérien , que pensez-vous de l'attitude des grandes puissances?
A.F: Les pays occidentaux défendent leurs intérêts. Ils n'ont pas d'autres attitudes. Ils n'ont pas de cœur, pas d’amitié. Ils n’ont rien, ils n’ont que des intérêts à défendre. Si le FIS demain leur garantit leurs intérêts, ils ne feront plus d'obstacles à la présence du FIS. Mais s’ils sont convaincus que le FIS ne va pas garantir leurs intérêts, ils ne l'admettront jamais. Tout ce qu'on reproche au FIS se retrouve en grande partie en Arabie Saoudite ( la chari'a y est appliquée) pourtant les grandes puissances s'en accommodent très bien. Le problème est donc essentiellement un problème d'intérêt. Et il ne faut pas être naïf l'occident fera tout ce qu'il peut pour empêcher l'islam de s'exprimer dans toute sa plénitude. Cela ne veut pas dire qu’il le pourra mais il utilisera tous les moyens. Le quoran nous avertit sur ce point.
Plume libre: Pour l'instant, sur le terrain, il y a un bras de fer entre le FIS qui est décidé à accéder au pouvoir par la voie pacifique et l'armée qui veut en finir avec ce parti. Quelle projection pouvez-vous faire sur l’avenir de l’Algérie?
A.F : L’avenir de l’Algérie est incertain, personne ne peut aujourd’hui prévoir exactement ce qui va arriver, au départ on a minimisé la capacité de mobilisation du F.I.S., ensuite on a mis des obstacles après les élections municipales. Enfin on a refait les découpages et on a arrêté les dirigeants. Il se trouve que malgré cela le F.I.S.est devenu un phénomème populaire. C'est dire que ceux qui sont au pouvoir sont impopulaires. S'ils sont impopulaires, ils ne peuvent s'installer en Algérie que par la force, dans ces conditions on prévoit donc un état policier avec tout ce que cela implique. Mais pourront-ils s'installer effectivement ou non?
C’est l’avenir qui poura le dire.
Plume libre: Dans la mesure où le FIS c’est la majorité écrasante du peuple ne pensez-vous pas que la situation de l'Iran pourrait se reproduire? ( situation où le peuple lui-même est allé déposer le shah).
A.F: Tout est possible parce que l’armée aussi fait partie du peuple. On ne peut rien prévoir de précis et d'exact. Mais tout ce qu'on peut dire, c'est que le FIS n'est plus un phénomène isolé sur le plan mondial. Le FIS vient au moment où les mouvements islamistes ont acquis une certaine expérience dans leur face à face avec les pouvoirs militaires. Au Soudan aujourd'hui le pouvoir est islamiste. Rien n’exclut une telle situation en Algérie.
Propos receillis par Tal Emil
Le point de vue des Ivoiriens
La situation en Algérie, on s’en doute n’a pas laissé les ivoiriens indifférents . Quelques personnes interrogées nous livrent ici leurs impressions.
Fofana Ousmane : Etudiant en droit : Sur le plan sociologique il faut dire que l’Algérie est un pays à majorité musulmane et normalement toutes les règles devant régir la société devaient être inspirées des pratiques religieuses. Je ne vais pas cependant tomber dans un fanatisme qui consiste à penser qu'il faut strictement appliquer les règles du Coran.
Les événements actuels étaient prévisibles car toute société a un fondement et l'Algérie est essentiellement musulmane. De toute évidence cet aspect religieux va jouer un rôle dans l'histoire; ce rôle ne doit pas pour les musulmans être négateurs. On ne doit pas faire table rase de tout ce qui existe déjà comme institutions. Sur le plan idéologique, je pense qu'on peut être islamiste et pro-occidental. Les occidentaux ont peur des islamistes : c'est une erreur. A travers l'histoire ces derniers se sont montrés durs ce qui part même des principes fondamentaux de la religion. Il faut en tout état de cause conserver son authenticité. Les occidentaux veulent toujours que les gens vivent à leur image. Pourquoi ne pas vivre à l'image de soi-même ?
Fofana Ousmane (Etudiant en droit)
Les Algériens doivent savoir qu'on doit faire un amalgame pour suivre le mouvement actuel du monde. Il est évident qu'aucun Etat du monde ne peut vivre en autarcie. Si cela est vrai un pays qui veut un épanouissement de ses citoyens doit accorder une importance aux relations internationales. C'est un début et nous souhaitons que les islamistes fassent un clin d'œil dans ce sens.
La tendance à bloquer le processus démocratique est un échec car lorsqu’on veut aller contre la volonté d'un peuple cela peut avoir beaucoup de conséquences par exemple la guerre civile. Il faut que les français se plient à la volonté de la majorité des Algériens.
Kamagaté Ben Ahmed Fac droit : L'occident se sent menacé du fait que le FIS ait pris le pouvoir si bien qu'ils veulent boycotter l'ascension de ce parti. A mon sens on doit laisser les Algériens souverainement choisir le parti qui leur plaît. On doit bannir l'ingérence dans les affaires ixtérieures d’un Etat. Il est normal qu'un pays musulman soit dirigé par des musulmans. Etre musulman ne signifie pas être anti-démocratique. Tout ce que l'Islam dit le droit laïc le dit aussi je le sait en tant qu'étudiant de la fac de droit. Que l'Algérie choisisse son dirigeant est mieux.
Kamagaté Ben Ahmed (etudiant en Droit)
Gohou Sery Honoré Fac des Lettres Arts et Sciences Humaines : Nous suivons avec beaucoup d'intérêts les événements qui se déroulent en Algérie. Faisons observer que toute innovation est accompagnée de grands mouvements et ce qui se passe en Algérie n’est pas étranger à cela. Ce que les uns et les autres souhaitent c’est que ce mouvement n'aboutissent pas à l'irréparable. Il faut que tout se passe dans un esprit de transparence.
J'espère que la démission du Président Chadli ne va pas remettre en cause le processus démocratique. La démocratisation passe par le rassemblement de toutes les forces vives de la nation. l'Algérie est un pays qui
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DOSSIER : CRISE ALGERIENNE
A quand la fin de l’Islamophobie ?
EN Europe, des partis d’obédience chrétienne sont au pouvoir (notamment en Allemagne avec la CDU et dans certains pays nordiques) sans que personne ne crie au scandale. D’ailleurs cela est tout à fait “légitime”. Mais après la victoire du FIS (Front Islamique du Salut) aux élections législatives en Algérie, on a senti l’“humanité” choquée. Cette seconde victoire du FIS après celle des municipales en 1990 nous amène à poser l’équation suivante : laquelle de la civilisation arabo-islamique ou de la civilisation judéo-chrétienne et sioniste est-elle intolérante?
ON NE PEUT FALSIFIER LE DESTIN D’UN PEUPLE
Une fois de plus, l’occident et sa presse nocive, avec à sa tête la France qui croit encore que l’Afrique est sa chasse gardée, étale au grand jour son hypocrisie et son intolérance. Les élections législatives en Algérie ont fini par convaincre plus d’un optimiste que le dialogue islamo-chrétien prôné ça et là est une chimère mais que s’il devrait être une réalité, il ne peut se faire qu’au détriment de l’Islam qui devra se vider de sa substance. Le coran se diluant dans la civilisation chrétienne, la valeur “référentielle” par excellence. La civilisation judéo-chrétienne ne veut et ne peut accepter l’existence de l’Islam en tant que force spirituelle, sociale et politique; c’est dire que les croisades ne font que commencer. En son temps, la révolution islamique d’Iran a été présentée par la presse occidentale comme la plus grande barbarie de notre époque. En quoi un régime aussi dictatorial comme celui du Shah qui détenait une des polices les plus sanguinaires de la planète (la SAVAK) était-il démocratique? cependant il a régné pendant des décades sous la haute protection américaine.
Aujourd’hui, le peuple algérien dans sa majorité écrasante a fait son choix : le Coran, la Sunnah et l’achourah (1). ce choix “oh! combien” démocrate a été ressenti par tous les anti-islamiques de la terre comme un tremblement de terre à une échelle jamais égalée pour reprendre les termes de feu le Docteur Youssouf Fofana. une fois de plus, l’occident a été battu sur son propre terrain, celui des urnes ou de la démocratie “universalité”. Le peuple algérien a démontré que l’Islam n’était pas antidémocratique mais qu’il avait des principes et de des méthodes qui diffèrent radicalement de ceux des descendants de Prométhée et de Ciceron. L’occident se résignerait-il enfin à laisser l’Islam à ceux qui l’ont choisi comme principe directeur de leur existence? «A César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu» aime-t-on dire là-bas. Alors pourquoi cet adage n’est-il pas valable pour les autres ?
La réponse à cette question est évidemment non. La preuve est qu’après ce succès du FIS aux élections législatives, l’occident a cru stopper son ascension en injectant des milliards de dollar dans l’économie algérienne et cela avec une promptitude jamais égalée, parce que pour lui, la victoire du FIS est liée à la crise économique qui secoue l’Algérie. L’occident, plongée dans son économisme ne croit qu’à la vertu de l’argent, cette “mère puissance” qui résoud tout. Or toute L’humanité n’est pas encore celle du matérialisme vulgaire et notamment la civilisation musulmane qui croit toujours aux vertus cardinales du saint Qûran. Cette politique de divertissement a été prolongée par les classes dirigeantes en Algérie par une hypothétique politique d’arabisation des institutions nationales (comme l’école et l’administration). La vigilance du peuple algérien a vite fait de déceler ces stratagèmes démoniaques et de sanctionner ses auteurs en votant massivement FIS.
APRES CE QUI S’EST PASSÉ EN ALGÉRIE, IL FAUT DÉFINIR LE CONCEPT DE DÉMOCRATIE
Où la démocratie peut-elle encore s’affirmer en dehors des urnes? Et la presse occidentale et ses satellites de relais présentent le raz-de-marrée du FIS comme une montée de l’intégrisme. Alors les récentes démocraties d’Europe de l’Est et d’Afrique Noire sont-elles également de l’intégrisme ? Le mensonge et l’Intoxication de la presse anti-islamique se passe de commentaire, les femmes algériennes, les algériens tout court seraient inquiets de la montée du FIS. QUI sont ces algériens ou ces algériennes si ce ne sont les micros de RFI, FR3 ou les antennes de Canal France International? Ceux qui ont perdu jusqu’à leur identité sont censés parler au nom du peuple algérien. Des partis soutenus et financés pour défendre les intérêts de l’occident mais qui sur le terrain ne représente pas grand chose, sont présentés comme ceux de l’alternative démocratique. Estimons que le F.F.S. (Front des Forces Socialistes ) et le F.L.N.(Front de Libération National) qui réunis, n’ont obtenus que 41 sièges contre 188 pour le FIS gouvernent l’Algérie. A quelle type de démocratie aurions-nous affaire? Sans doute à une démocratie de type Athénienne, symbole de la démocratie occidentale qui excluait plus de 80 % de sa population du processus électoral pour le simple crime d’avoir été des esclaves (Métèques) ou des femmes.
Après ce qui s’est passé en Algérie, il faut redéfinir le concept de démocratie, du moins chaque peuple doit forger sa forme démocratique car l’occident a démystifié le concept en laissant voir clairement que la “vraie démocratie “ est celle qu’elle conçoit et oriente et qui, en définitive doit sauvegarder ses intérêts.
LE COMBLE DE L’IRONIE
Lorsque le F.F.S. réunit dans les rues d’Alger 300 à 400 personnes, ce rassemblement est médiatisé et présenté comme celui de démocrates protestant contre la “ flambée intégriste “. Par contre un événement semblable dans le rues de Moscou ou de Léningrad avec 4.00 à 10.000 personnes est une manifestation des nostalgiques du communisme. Ironie du sort. Le comble de l’ironie même est provenu du chef du F.F.S. Haït Hocine qui a organisé une marche à Algérie afin de protester contre une élection démocratique légalement remportée. Cela relève de l’inédit et de l’insolite . Suivons le cours de l’ironie. Il est reproché au F.I.S. d’avoir menacé et intimidé les lecteurs. Quelle arme d’intimidation pouvait-il brandir contre la vieille machine du F.L.N qui a su pactiser pour le moment avec la hiérarchie militaire qui se trouve à la croisée des chemins? Ses principaux leaders ne sont-ils pas en prison pour un complot qui reste à démontrer ? Tous les arguments, même les plus dénudés sont évoqués pour ternir l’image du Mouvement Islamique. Sa victoire serait due aux taux élevés d’abstention. Les Algériens qui ont boudé les élections n’ont-ils pas pris leur responsabilité?
En aucun cas, le F.I.S. ne peut être accusé d’avoir été une entrave au processus démocratique en Algérie. Au contraire, c’est bien ceux qui ont décidé d’évoluer à contre-courant qui veulent plonger l’Algérie dans une vague de violence dont l’aboutissement n’est connu que de Dieu. L’exemple du Liban, de l’Afghanistan et de l’Iran doit éclairer tous ceux qui croient encore pouvoir embrigader la civilisation musulmane, objet de tant d’angoisse et de combats vains.
Chaque civilisation a connu son rayonnement. La civilisation judéo-chrétienne qui règne depuis plus de 700 ans a connu son apogée et attend maintenant sa chute comme l’ont été celle de l’Egypte pharaonique, des incas ou des perses... Ce sont les lois de l’histoire qui l’imposent, comme l’a si bien perçu Ibn Khaldoun (2) “une civilisation qui rompt avec le progrès (progrès étant entendu ici dans son sens le plus large possible) se recroqueville en elle même et ne produit plus que les élément de son autodestruction”. Ce stade, l’occident semble l’avoir atteint avec ses performances inquiétantes dans la régression fulgurante des valeurs humaines. Il a atteint son point de non retour qu’il refuse d’admettre. Sa désintégration sociale et le péril des armes inter-planétaires dans lequel il a plongé l’humanité prouve qu’il n’a plus d’alternative autre que la violence à proposer.
Or, le renouveau islamique ne fait que commencer et rien ne peut le stopper. Sa lumière est contrairement à ce que disent ses détracteurs, celle qui, arrivée au firmament éclairera l'humanité d'un soleil nouveau «la vérité est son propre critère et en même temps celui du mensonge», écrivait Spinoza. Peut-on empêcher la roue de l’histoire de tourner ou arrêter le soleil de luire ?
D. H . L
(1) Mot arabe signifiant la consultation
(2) Sociologue arabe
L'Imam Khomeiny : principal acteur du renouveau islamique en Iran.
L'Occident aura tout essayer pour lui nuire.
L'exemple du Liban, de L'Afghanistan et de l'Iran doit inspirer tous ceux qui croient encore pouvoir embrigader la civilisation musulmane.
pourquoi avoir peur
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DOSSIER : CRISE ALGERIENNE
ALGERIE : Le Retour aux sources
La crise politique actuelle en Algérie constitue le point de mire de tous les chroniqueurs. Réfusant d'admettre la réalité l'occident se lance dans des commentaires de tous ordres.
On accuse le FLN (Front de Libération National) d’avoir mis le pays dans une situation de pauvreté absolue poussant ainsi le peuple à une réaction. La peur des occidentaux pour les régimes islamiques, on la connaît. Mais la situation actuelle est-elle essentiellement économique ? Comment expliquer ces victoires aussi écrasantes du jeune parti qu’est le FIS (Front Islamique du Salut) ? L’Analyse historique permettra de mieux comprendre un tel phénomène et de situer son importance.
ISLAMIQUE DEPUIS TOUJOURS
Depuis toujours, le Maghreb a été un territoire très islamisé ! Avant les conquêtes occidentales, ce sont les dynasties établies au Maroc, au Maghreb central et dans l’ex IFRIQIYYA qui dirigeaient les populations entièrement islamisées. A partir du 16 Siècle, ces territoires ont commencé à être convoités par les Européens notamment les Portugais et les Espagnols. C'est alors que des Armées se sont constituées et au nom de la Religion, ont défendu les territoires d’Afrique du Nord. L'une des figures marquantes de ces défenseurs est KHAYR ED-DIN. Son action et celle des autres ont contribué à la création des provinces aux Frontières précises qui deviendront plus tard l'Algérie.
La TUNISIE et la LIBYE.
Quand “au nom de la Civilisation” la France engagea l'opération de colonisation en Afrique, les peuples Algériens réagirent d'abord de façon individuelle et non concertée. Mais avec la prise d’Alger le 5 juillet 1830, ils se réunirent et nommèrent un Religieux à la tête de leur armée de lutte. Le 20 novembre 1839, la JIHAD (guerre sainte) fut déclenchée par l’Amir Abd EL Kader Cette guerre dura 8 ans, jusqu'en décembre 1847. Abd EL Kader représente aujourd'hui le signe de la volonté d'un peuple Arabo-musulman refusant la domination française. On lui attribue cette phrase significative : «Je connais parfaitement ma religion...Je sais très bien qu'une heure passée à combattre l’infidèle est préférable pour un soldat à soixante dix ans passés à la Mecque»
Les VISSICITUDES D’UNE COLONISATION
La colonisation en Algérie a été le sommet de la politique coloniale de la France. En effet, la France appliquait dans ses colonies ce qu’on a appelé le “Direct Rule” qui consistait à considérer les peuples colonisés comme Français et à leur inculquer la culture, les règles de vie et la langue Française. En Algérie, cette politique a atteint son sommet. Considérée comme "colonie de peuplement”, l’Algérie a du accueillir le trop plein de population en France : Les démunis, les repris de justice, l'armée etc... cela a donné naissance à la génération de “Pieds Noirs” c’est-à-dire des Français nés en Algérie. Pour la France, il s'agissait dans le cas de l'Algérie d'une assimilation pure et totale. Des actes ont été posés dans ce sens :
Introduction de la langue Française au détriment de l'Arabe, opération d'émigration des masse paysannes en France pour servir l’industrie ; Introduction de bars, discothèques et tous les éléments culturels occidentaux ; Création de “Medersa”afin de réduire au minimum à défaut de l’éliminer, l'enseignement Islamique et l'alphabétisation en Arabe; création d’écoles occidentales. Mais c'était compter sans la détermination d’un peuple déjà civilisé. En effet loin d’être des barbares sans aucune base culturelle, les Algériens avaient une culture, une Religion, une langue et une Ecriture. Profondément enracinés dans leur civilisation Arabo-Islamique, le peuple Algérien bien qu'adoptant l'enseignement et la langue Française, n’a jamais abandonné sa civilisation. Mieux c'est dans celle-ci qu’il trouvera les moyens de la lutte anti-coloniale.
La JIHAD POUR L’INDEPENDANCE
Les nombreux mouvements de cette lutte pour l'indépendance et les grandes figures de la lutte anti-coloniale ont pour base l'islam. Messali Hadj, créateur du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (M.T.L.D.) en Algérie était un musulman convaincu et «persuadé que la supériorité des Français n’est que matérielle et que l'avenir appartient à l’Islam». C'est de son M.T.L.D. qu’est sortie en 1954 le Front de libération National (F.L.N). Parti qui jusqu'à présent était au pouvoir en Algérie. Parmi les revendications de son mouvement, figurait le retour à la langue Arabe comme élément linguistique et à l'Islam comme composante Religieuse de l’Algérie. Il fut le créateur du drapeau Algérie qui représente le projet islamique de ce peuple. Le vert qui est la fécondité et la foi, le blanc, la pureté, le tout marqué du signe de l'islam : Le croissant lunaire et l’étoile. Un autre symbole de la lutte «pour la régénération de la personnalité historique» du peuple est Ben Bâdis. Fondateur de l'A.U.M.A. (l’Association des Ulémas Musulmans Algériens) «dont il fera l’Instrument de la renaissance culturelle et politique de l'islam Algérien»; Ben Bâdis a illustré le sursaut de la conscience nationale devant l’intensification de l’œuvre de Francisation qui risquait de transformer l'Algérie en «une Algérie Française d'âme et de culture». L'adhésion populaire des masses aux luttes anti-coloniales, les guerres de libération et les insurrections de Novembre 1954 à Mars 1962 ont toutes été placées sous le signe de la lutte d'un peuple pour retrouver son identité historique et le devoir religieux de défendre ses biens contre l’agression des cafrs (Infidèles). En un mot, toutes ces luttes passionnées dans l’Algérie occupée ont été placées sous le signe de la Jihad (Guerre Sainte).
VICTOIRE VOLÉE
Mais à l’accession à l’Indépendance. Après les accords d’Evian en Mars 1962 et le scrutin d'autodétermination le 1er Juillet 1962 les projets de société Islamique ont été rangés dans les tiroirs par les dirigeants, privant ainsi le peuple de son aspiration véritable. Ceux qui, comme Messali Hadj ont voulu continuer dans ce sens ont été écartés. De sorte qu'après avoir incité le peuple à lutter et gagner au nom de l'islam , les dirigeants ont en quelque sorte trahi ce peuple trop occupé à se réjouir de sa Victoire sur l'ennemi Kafr. Ainsi l'Algérie adoptait en 1962 une constitution présidentielle purement laïque et Ahmed Ben Bella en devenait le premier président, le pays se déclarait socialiste. Loin d'appliquer les revendication faites sous la colonisation, les régimes se succédant n’ont fait qu'accroître la dépendance du pays vis à vis de la France.
Maintien du Français comme langue d'Etude. Statu-quo pour les Medersa, baisse constante de la morale Islamique et du rôle des chefs religieux dans la vie du pays etc...
Résultat : Boumedienne succède à Ben Bella contesté et jeté en prison. A lui succède Chadli Bendjedid, accroissement de la pauvreté, endettement, perversion des mœurs, positionnement des richesses sous la domination occidentale. L’Algérie se retrouve en 1992 comme la plupart des pays africains dans l’impasse à cheval entre les valeurs culturelles Locales qui sont celles des populations et le mode de vie occidentale qui est encouragé.
La REVANCHE DU PEUPLE
Mais le peuple Algérien a une culture solide. Alors commence la lutte pour son identité; les réactions se font sentir. En 1990 on vote une loi pour le retour de L’Arabe comme langue d’Etudes. Lorsqu'arrive l'ère de la “Démocratie” ; Le peuple saisit sa chance. Le Font Islamique du Salut (FIS) est crée, et dirigé par un certain Abassi Madani. Un Algérien bien de son pays, produit de son pays, intellectuel émérite maîtrisant aussi bien sa culture que celle importée. Le peuple n'attendait que ça. Il adhère massivement. Il veut une seule chose: Retourner à sa source Islamique : Madani veut la lui restituer. Les trois ne font plus qu’un. Le peuple, c'est Madani et lui c’est le Fis et le Fis c’est le peuple. Difficile équation à résoudre pour ceux qui ont vu dans la démocratie, un moyen de faire progresser les Etats Africains dans la voie de l'assimilation, comme un processus évolutionniste, qui se réalise par stades successifs.
alors, réaction contre le F.N.L.? Non, car le cri du peuple Algérien va bien au delà de ce parti. Expression de l’immaturité d’un peuple? C’est une insulte à toute l'Afrique de penser cela.
Il est temps, grand temps que les peuples d'Afrique retournent à leurs valeurs d'avant la colonisation afin de retrouver leur identité culturelle car «l’impérialisme culturel est la vice de sécurité de l’impérialisme économique»dont ils sont victimes. Retrouver ses sources,sa culture, c'est se retrouver soi-même pour mieux affronter les réalités modernes. Cela toute l'Algérie l’a compris. Et qui pourrait arrêter un peuple convaincu qui se met en marche pour une cause? Pas la France qui a connu la révolution de 1789. Et surtout si cette cause est aussi noble : La gloire de DIEU.
Tal Emile
Toutes les citations, dates et références In CHARLES (André Julien) LES AFRICAINS Tome 1 à X Edition J.A.51,Avenue des Ternes 75017 Paris 1977
Messali Hadj, fondateur du M.T.L.D. : Il disait à l'époque, “la supériorité des Français n'est que matérielle. L'avenir appartient à l'Islam.”
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DOSSIER : CRISE ALGERIENNE
L’OCCIDENT FACE A L’ISLAM :
Le point de vue d’un non Musulman
AINSI donc nous venons d'assister à un coup d’état en Algérie, qui met un terme au processus démocratique, et il ne se trouve pas grand monde pour protester. C’est à peine si nous n’applaudissons pas. les Etats-Unis, grands champions de la démocratie, ont, dans une formule alambiquée apporté leur appui au processus en cours. La France décide que c'est aux Algériens de décider de leur sort, ce qui est aussi un appui au processus en cours, c'est-à-dire au coup d'Etat.
Pourquoi ce mutisme des uns et le soulagement des autres, qui dit-on, s’inscrit dans la marche de l'histoire? faisons un bref appel. Après les émeutes de 1988 qui firent des centaines de morts, le FLN au pouvoir depuis l'indépendance fut contraint d’encourager un processus de démocratisation des institutions. Les premières élections locales virent la victoire du Front Islamique du Salut. Les secondes élections législatives cette fois-ci virent le même FIS l'emporter au premier tour.
Il était acquis que le FIS aurait remporté le second tour qui aurait dû se dérouler demain. En clair, une majorité d'Algériens avait décidé de se faire diriger par le FIS. Mais le FLN, parti au pouvoir devenu minoritaire, et l’armée ont décidé de ne pas donner le pouvoir au FIS, et ont organisé un coup d'Etat. Et, comme le soulignait hier le quotidien français LE FIGARO, «pour la première fois de l'histoire contemporaine, des démocrates dans le monde entier accueillent ce coup d'Etat avec une satisfaction évidente».
Pourquoi donc ? Parce que celui que l'on a empêché de prendre le pouvoir, démocratiquement, est un parti islamiste qui veut instaurer une république islamique en Algérie. A qui ce parti fait-il peur ? Certainement pas aux Algériens qui dans leur majorité ont voté pour lui, en toute connaissance de cause. Le Fis fait peur à l'Occident. Ce n'est pas tant le parti qui fait peur. C’est l’islam qu'il véhicule qui fait peur. Parce que l'Occident chrétien s’est toujours vu en opposition avec l'islam arabe.
Une histoire qui remonte loin. En 731, Charles Martel repoussait les Arabes à Poitiers, en plein centre de la France, un événement que des Français de plus en plus nombreux commémorent chaque année. Souvenez-vous aussi des Croisades entreprises aux XIè et XIIIè siècles par l’Europe chrétienne pour reprendre le Saint Sépulcre aux musulmans, puis pour défendre le royaume latin de Jérusalem. Ainsi, depuis le 8è siècle, l’Occident chrétien et «civilisé» s’est toujours opposé à Orient musulman et «barbare». Une opposition qui n'a jamais disparu et qui s'est exacerbée ces dernières années en Europe, surtout en France, avec l’action de démagogues comme le Pen. Souvenez-vous des problèmes entre les Etats-Unis et l'Iran islamique.
Au début de ce siècle le communisme avait occulté cette opposition. Le communisme athée régnant sur une moitié de l’Europe était un plus grand danger que l’Islam confiné pour l'essentiel hors du continent européen. L'Occident, nourri au christianisme a toujours eu une vision manichéenne du monde. Il y a d’un côte le bien et l’autre le mal. Le bien c’est naturellement le monde chrétien. Et le mal, le monde anti-chrétien. Reagan n'appelait-il pas l'ex-URSS «l’empire du mal» ? Le Judaïsme fut pendant longtemps le mal. Mais après l'holocauste les juifs sont aujourd'hui inattaquables. Le communisme a disparu. Qui d’autre peut bien être le mal si ce n'est l'Islam, dont certains adeptes ont le mauvais goût de faire sauter de temps en temps des avions occidentaux ? Pour avancer, l’Occident a besoin d'un adversaire. Lorsqu’il y en a pas, c'est le désarroi.
De nombreuses voix et non des moindres en Europe, surtout en France où vit une importante communauté musulmane déclarent que le plus grave danger qui guette l’Occident aujourd’hui est musulman. Et pour le grand public, Intégrisme et l’Islam sont associés. Et l'on oublie que les intégristes ne sont qu’une infime minorité des musulmans. Et l’on oublie aussi que le christianisme a aussi ses intégristes tout aussi dangereux, sinon plus, que les intégristes musulmans. Les intégristes chrétiens ne sont-ils pas les premiers alliés du Fascisme ?
L'Américain d'origine Japonaise Fujiyama qui voyait dans la fin du communisme la fin de l’histoire a eu tout faux. Une nouvelle histoire commence, qui verra l'affrontement entre l'Occident chrétien et le monde islamique. Un affrontement qui risque de faire plus de dégâts que l'affrontement entre le capitalisme et le communisme, parce que les religions soulèvent plus de passions que les idéologies.
Algérie ne peut être qu’un champ expérimental de ce future affrontement. Lorsque l'on lit ce que la presse française a écrit depuis que le FIS a amorcé sa montée, et ce que les hommes politiques français ont déclaré, il est presque certain que les autorités françaises ont fortement «conseillé» les militaires Algériens.
Et nous, que deviendrons-nous dans cet affrontement que nous pressentons ? Jusque-là nous étions dans le champ occidental. Ce qui était mauvais pour l'Occident l'était pour nous aussi. On nous a dit que le Communisme était mauvais. Nous l’avons rejeté. On nous a dit que Saddam Hussein était le Diable. Nous lui avons trouvé un air de ressemblance avec Satan. On nous a même dit que nous étions des êtres inférieurs. Nous l'avons cru et cultivons toujours notre complexe d'infériorité. On nous dit qu'Abassi Madani a une tête de futur dictateur. Et nous commençons à le croire.
Croirons-nous aussi lorsque l’on nous dira que l’Islam est le mal ? Ça c'est moins sûr. Parce que bon nombre d’entre nous sont musulmans. En Côte d’Ivoire ils sont majoritaires. Et il sera difficile de les retourner.
Nous avons la chance d’avoir en Côte d’Ivoire un Islam et une église tolérants. Mais l'affrontement a déjà commencé, avec les sectes, aussi bien chrétiens que musulmans dont certains ont tendance à se radicaliser de plus en plus. On a vu récemment des affrontements sanglants entre chrétiens et musulmans au Nigéria. Nul ne peut s’estimer à l'abri.
Mais pour l’heure, les démocrates africains devraient s’inquiéter du coup d'arrêt mis à la démocratie en Algérie et qui semble être cautionné par l'Occident. Au nom de ses intérêts, après ce qui s’est passé au Togo, ils doivent comprendre qu’ils ne doivent compter que sur eux seuls pour bâtir la démocratie chez eux.
Venance Konan
In Ivoire Soir
N° 1169 du 15/01/92
Hocine Hait Hamed Le messie que l'occident propose aux algériens
Abassi Madani : Il symbolise les aspirations du peuple algérien
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COMPLEMENT ECONOMIE
L'Europe des douze et l'Intégration Africaine
(Trois scénarios monétaires)
EN 1973, un horizon temporel qui est déjà là, l'Europe des douze aurait fait pratiquement peau neuve tant au niveau des structures économiques que de ses instruments monétaires. N'est-ce pas ici l'occasion de rendre hommage à des auteurs comme Anatole France qui estimait qu' " heureusement, il y a des gens qui rêvent, sans quoi l'humanité serait encore dans les casernes " ou comme Pierre Cot qui, dans l'adaptation de l'onu au monde d'aujourd'hui, soulignait que la nouveauté d'aujourd'hui sera la voie quotidienne de demain " ou enfin comme F. Mitterand qui, de façon prophétique, annonça dès 1969, l'unification européenne en ces termes: "un gouvernement socialiste, en France, fournira à l'indépendance européenne son plus solide point d'appui...Par exemple, la création d'un système de règlements monétaires, l'association des sociétés nationales françaises avec des partenaires européens publics ou privés... s'il est interdit - précise F. Mittérand - d'envisager une europe socialiste à court terme, à partir d'une France socialiste, l'évolution s'accélera..(1). .En effet, dès 1990, une fois le processus du changement amorcé en Europe de l'Est, F. Mitterand sera l'un des premiers chefs d'Etat de l'Europe occidentale, sinon le premier, à proposer la création d'une banque d'investissements et de règlements Monétaires permettant de favoriser l'intégration de l'Europe de l'Est à l'économie ou à la politique de l'Europe occidentale ou de bâtir une Europe Unie. N'est-ce pas là la preuve de la puissance du rêve?
Ainsi face à cette mutation exceptionnellement structurelles, provoquée par le rêve des dirigeants européens, quel sort réservera l'Europe des douze aux pays en voie de développement ou d'endettement et plus particulièrement aux pays africains ?
Question d'importance en effet, quand on s'imagine que l'Afrique, dans sa globalité structurelles est assaillie par des problèmes de survie au point qu'elle a à peine le temps de réfléchir à ses contraintes de demain de repenser ses structures actuelles en vue de les rendre plus opérationnelles, mieux adaptées et plus compétitives.
Cependant, malgré la complexité et la gravité des urgences, il y a quand même lieu de scruter l'avenir en partant des problèmes concrêts qui nous assaillent et dont la solution pourrait se trouver ailleurs que dans le statuquo,c'est-à-dire dans l'esquisse d'une nouvelle approche africaine des rapports économiques internationaux ou d'une stratégie de l'Europe -Afrique à la lumière des changements d'objectifs et de moyens que l'Europe est entrain de s'imposer avant de l'imposer au reste du monde et singulièrement à ses anciennes colonies africaines qu'elles soient francophones ou anglophones.
Mais compte tenu des contraintes de temps et d'espace, nous n'esquisserons ici que les éléments d'une nouvelle stratégie des relations Afrique-Europe mettant en relief deux types de changements qui aurait pu s'opérer simultanément mais qui pourrait se faire maintenant par phases successives.
A cet égard, deux questions fondamentales viennent d'adord à l'esprit et auxquelles une bonne réponse permettra d'esquisser cette nouvelle approche des relations Afrique/ Europe à l'aube de l'An 2000.
-Est-il souhaitable que des changements d'objectifs structurels soient opérés par les anciennes puissances coloniales sans que leurs anciennes colonies proposent un nouveau type de coopération Afrique : Europe?
-Est-il souhaitable que les anciennes puissances coloniales intègrent et/ou façonnent un nouvel espace économico-monétaire sans que leurs anciennes dépendances coloniales profitent de leurs demarches euro-spatiales ?
On s'efforcera de répondre à ces questions à travers les trois articulations suivantes :
-Politique des changements d'objectif
-L' Euro-espace et les anciennes zones monétaires
-Vers une nouvelle stratégie de l'Euro-espace, ou pour le meilleur des trois scénarios possibles.
L'Euro-espace et les anciennes zones monétaires en Afrique
Des pages précédentes, il ressort que si les européens ont des objectifs européens , il en est de même pour les Etats Africains qui, faute de marché interafricain, misent également sur le marché de la CEE pour assurer leur développement ; cela est devenu d'autant plus indispensable que leurs anciennes puissances coloniales respectives ne sont plus en mesure de contribuer à les prendre individuellement en charge.
En effet, les moyens des anciennes métropoles coloniales sont désormais limités pour aider les jeunes nations africaines à faire face à leurs besoins croissants et surtout aux problèmes brûlants qui les dépassent telles que la pression des spéculateurs sur la structure des prix de principaux produits d'exportations (cacao, café, arachide , sucre, produits miniers, etc) engendrant un véritable lot de cancers économiques et financiers dont les Etats africains sont désormais atteints. Même s'il est vrai par ailleurs que l'Europe est aussi confrontée à des problèmes de croissance notamment ceux du chômage, de la pollution, de l'inflation et de la haute capacité technologique. Mais si la technologie s'impose avec son cortège de chômeurs, elle présente cependant l'avantage de distribuer suffisamment de revenus aux chômeurs européens ; alors qu'en pays du tiers-monde,non seulement elle crée des chômeurs insuffisamment rémunérés mais aussi occasionne des émeutes de la faim après avoir étouffé des initiatives étatiques et privées favorisant ainsi l'existence d'une nouvelle chaîne de nouveaux esclaves de la dette faisant passer alors au premier rang un problème secondaire.
"L'Afrique, déclare en effet le Directeur général pour l'Afrique du PNUD, doit s'affranchir du boulet de la dette ", (1) cette dette qui s'élève à 270 milliards de dollars us équivalent de son PIB (produit intérieur brut).
L'impuissance des anciennes puissances coloniales à aider efficacement les anciennes colonies est si réelle qu'elles contrôlent de moins en moins l'empire des spéculateurs de même que leurs anciens marchés coloniaux dont les partenaires se diversifient en même temps que s'opèrent des changements structurels affectant aussi bien les appareils de production, de distribution, de commercialisation que de consommation. Cette loi de l'évolution normale des choses s'observe de façon contradictoire et curieusement dans le cadre des zones monétaires encore dominées par les monnaies des anciennes puissances coloniales créant ainsi une distorsion entre les changements opérés au niveau des structures de production et d'échange et le système monétaire qui ne s'adapte pas à une évolution qui n'est pas seulement nationale, bilatérale , mais aussi et surtout régionale et multilatérale.
Cette distorsion est d'autant plus accentuée que l'ancienne puissance coloniale change de point de mire ou élargit ses horizons politico économiques. , ses objectifs primordiaux sans qu'il en soit de même pour ses partenaires du sud du Sahara, ses anciennes dépendances.
Ainsi, au moment où se construit en Europe une économie d'échelle libératrice appelée à devenir suffisamment compétitive face à la puissance économique des Etats-Unis, une économie d'endettement ou d'esclavage financier se consolide dans les Etats Africains.
Par ailleurs, à mesure que les possibilités d'exportation et d'importation de la région africaine se développent , l'Europe de l'est apparaît en perspective et plus que maintenant comme un partenaire privilégié pouvant progressivement jouer le rôle qui était jusqu'alors presque dévolu aux anciennes métropoles coloniales (Angleterre, France,Espagne..,etc)(2)
Quel sort réserve l'Europe des Douze aux pays en voie développement, notamment aux pays africains -
(Ici exploitation d'une mine au Togo)
Dès lors, est-il possible et souhaitable que ces anciennes puissances coloniales intègrent un nouvel espace monétaire sans que leurs anciennes zones monétaires subissent une mutation qui soit en adéquation avec les objectifs européens clairement avoués tant par les Etats européens que leurs parténaires africains. De toute évidence, il reste à entreprendre des reformes en évitant l'anachronisme structurel qui veut qu'on continue à parler de zone sterling ou de zone franc pendant qu'on est régi par la zone ECU.
Vers une stratégie de l'Euro-Espace
Tenant compte de ce qui précède et de ce que nous avons écrit en 1975 à savoir que face à la maturité politique des parténaires africains" la coopération inégale n'a pratiquement plus d'avenir, et qu'il est bon désormais de jouer franc jeu où les décisions seront prises en commun pour bâtir et réaliser ensemble des projets arrêtés et définis ensemble au profit de tous ".(3) une nouvelle approche des relations Afrique-Europe exige une concertation permanente entre ancienne métropoles et leurs colonies, elles peuvent œuvrer pour négocier et améner les conditions d'une restructuration honorable des principales zones monétaires africaines par rapport à l'ECU.
A cet effet, trois scénarios ont été envisagés par les économistes.
SCENARIO 1: L'Intégration des pays-membres de la zone franc au SME
Il s'agit ici tout simplement de décharger la France du fardeau de la convertibilité illimitée du franc cfa en monnaies étrangères. Les partisans de cette reforme estiment que l'Europe devrait maintenant prendre la relève de la France pour assurer aux monnaies africaines la garantie de convertibilité illimitée en devises internationales aux pays africains et un développement économique harmonieux.
Les étapes de cette intégration passent par:
-Le rattachement de la monnaie africaine à l'ECU et la fixation d'un taux de change fixe entre les deux monnaies
-La gestion du compte d'opérations par la communauté économique européenne .
Une telle intégration de la zone franc au SME renforcera les échanges entre la zone et le marché commun, favorisera les investissements en provenance de l'Europe et donnera un coup de fouet à la croissance économique des pays africains. Bref! ce serait pour les pays africains l'entrée dans le cercle vertueux de la croissance économique et de la stabilité monétaire.
SCENARIO 2 : La suppression du compte d'opérations
Pour les auteurs d'une telle reforme, le dépot d'une partie des liquidités internationales dans un compte d'opérations est une contrainte inutile qu'il importe de supprimer. Il aboutit à une perte d'indépendance dans la gestion d'une partie du patrimoine des pays africains, ce qui limite considérablement les pouvoirs de décision des chefs d'Etats africains
(1) cf Intérieur Pierre clavier Damiba, FratMat 20/8/91 P12
(2) écrit en 1988, cet article est toujours d'actualité
(3) Revue Présence Africaine n° 96P 621
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COMPLEMENT ECONOMIE
dans la conduite de la politique économique. A cet égard, il citent Jacques Rueff qui écrit “quelle liberté de décision peut être celle d'un pays dont les ressources monétaires (instruments et conditions de convertibilité de sa monnaie ) sont en dépôt à l’étranger ?
Il s’agit donc pour les partisants de la suppression du compte d’opérations de conserver la zone franc tout en limitant ses inconvénients ou en écartant certaines servitudes. Dans cette hypothèse les pays africains centralisent leurs réserves dans un fonds commun géré par un organisme panafricain. Ce fonds commun peut bénéficier des avances de la Communauté Economique en cas de besoins, dans les limites préalablement définies. Mais la gestion des devises et le régime de change restent le fait de l'organisme panafricain.
La valeur externe de la monnaie sera garantie par une double ligne de défense : Celle constituée par la solidarité interafricaine d’une part et celle représentée par l'intervention de la communauté économique européenne. La politique de crédit et de la monnaie se trouve intériorisée et le taux de change devient un instrument de politique économique aux mains des pays africains.
Mais une telle hypothèse est incompatible avec le maintien d’un taux de change fixe entre le franc CFA et la monnaie européenne. Elle introduit au sein de la zone des éléments d’incertitude préjudiciables à l'investissement étranger aux échanges internationaux et surtout laisse le champ libre à la spéculation et au développement d’un marché parallèle des changes.
Quelle sera la structure de l’organisme panafricain ?
Une structure égalitaire comme celle de la BCEAO ou une structure hiérarchisée à l'image du FMI?
De quel pouvoir de décision effectif disposera-t-il ?
La structure égalitaire a très peu de chance de résister à l’épreuve du temps en raison même des relents de nationalisme qui couvent à l'intérieur des Etats africains.
La structure hiérarchisée à toutes les chances de reproduire les travers du FMI et les intérêts nationaux d’une minorité d'Etats orienteront la politique générale du fonds commun. Enfin, une institution aussi parfaite soit-elle, n'est viable que par les hommes qui l'animent.
Le fonds commun sera-t-il dirigé par les politiciens ou par les Technocrates ou encore par les Techno-démocrates? Dans le premier cas sa durée risque d'être éphémère et son efficacité aléatoire. La seconde solution implique l’abandon de la part des gouvernements africains d’une partie de leur souveraineté nationale au profit d’un organisme supra-national. La 3e approche suggère que les populations Africaines soient étroitement associées aux prises de décision fondamentales à tous les niveaux
SCENARIO 3 : La création d’une monnaie ouest africaine dans le cadre de la CDEAO ou pour une translation du compte d’opération
La création en Juin 1975 entre les banques centrales des 12 Etats de l'Afrique de l’Ouest (7 pays de l’UMOA plus la Gambie, la Sierra Léone, le Libéria, le Ghana et le Nigéria) d'une chambre de compensation (CCAO)constitue une étape intéressante vers la création de l'UCAO qui serait l'unité monétaire servant de moyen de règlement et de réserve des valeurs dans la CDEAO. Cette chambre Compensation de l’Afrique de l’Ouest qui a effectivement commencé ses opérations le 1 Juillet 1976 est un outil efficace d'intégration monétaire, un facteur de développement des échanges interafricains et de solidarité monétaire. Elle permet de réduire les délais de transfert, les cours financiers et surtout d'économiser les devises.
En effet, avant la création de la CCAO, les règlements entre les pays de l’UMOA et les pays anglophones se faisaient par l'intermédiaire des banques de Paris et de Londres, ce qui impliquait un coût financier supplémentaire , un délai de règlement considérablement allongé, une sortie effective de devises. Chaque banque centrale dispose d'un compte auprès de la CCAO, compte qui est crédité en UCAO en cas de recette et débité en UCAO en cas de paiement.
La 2e étape dans la voie de la création d’une monnaie Ouest africaine unique sera la création d’un Fonds Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (le FMAC). Ce fonds centralisera l’ensemble des dévises des pays-membres de la CDEAO et créera l'unité monétaire commune aux 16 Etats ; cette unité monétaire aura un pouvoir libératoire illimité au niveau des 16 Etats et la valeur externe sera gagnée sur l'ensemble des devisés des Etats-membres et sur les avances en devises internationales dont pourrait bénéficier le FMAO auprès de la CEE Le FMAO fonctionnera sur une base égalitaire et sera dirigé par agence des Technocrates. Il disposera dans chacun des 16 Etats-membres d'une X agence nationale à l'image des agences nationales de la BCEAO. L'unité monétaire Ouest-africaine sera reliée aux autres monnaies africaines par des taux de change flexibles. Le FMAO signera avec la CEE des accords de coopération monétaire garantissant la convertibilité de l'UCAO en ECUS à taux fixe mais réajustables tous les trois ans ou tous les 5 ans. La garantie de la CEE peut être partielle (compte d’avances) ou totale (comptes d’opérations)
Un tel schéma d’évolution représente une des meilleures formules susceptibles de donner aux pays ouest-africains les moyens d'une intégration économique véritable, facteur d’un développement harmonieux auto-dynamique et correctif. Comme l’a déjà recommmdé la BAD à travers ses différents résolutions. Mais il suppose une certaine prise de conscience de la part des élites africaines et une volonté politique de la part des gouvernements. Cette intégration monétaire apparait comme une nécessité vitale si l on veut sortir du dilemme tragique dans lequel baignent les pays ouest-africains :
- S’enfermer dans les frontières étroites héritées de la colonisation et perdre tout espoir d'un développement auto-dynamique et correctif avec comme corollaire l'endettement excessif et la dépendance accrue à l'égard des pays industrialisés.
- Réaliser l'intégration monétaire et économique et se donner les moyens d’un développement harmonieux et auto-entretenu.
Ce scénario peut d’ailleurs être étendu aux pays-membres de la Banque des Etats de l'Afrique centrale selon le schéma suivant :
1 étape négociation de l’Angola, du Zaïre avec les pays-membres de la BEAC.
2 étape: Admission de ces deux pays au sein de la BEAC et par conséquent au sein de la zone franc actuelle
3 étape: Création d'une chambre de Compensation de l’Afrique Central (CCAC)
4 étape: Création d'un fonds monétaire de l'Afrique Centrale avec des agences nationales dans chaque Etat
5 étape: L’unité monétaire commune à l'Afrique Centrale sera reliée aux autres monnaies africaines par des taux de changes flexibles
6 étape: Signature avec la CEE d'un accord de coopération monétaire garantissant la convertibilité à taux fixes mais reajustables tous les 3 ou 5 ans de la monnaie de l'Afrique Central
7 étape: Négociation entre le FMAO et le FMAC en vue de la détermination des parités fixes entre la monnaie ouest africaine et la monnaie d'Afrique Centrale
8 étape: Remplacement des fonds par un fonds monétaire unique : le fonds monétaire africain qui créera une unité monétaire commun ayant pouvoir libératoire illimité dans les deux zones (Afrique de l'Ouest et Afrique Centrale).
9 étape: Elargissement progressif de la zone aux autres pays de l’Afrique qui le désireraient après accord unanime des Etat membres de la zone. Il faudra un soutien effectif et inconditionnel de la BAD à tout schéma proposé en vue de mettre en place un système monétaire cohérent et stable. (1)
Dans le développement auto-dynamique et correctif, la dynamique de la croissance et le pouvoir de corriger les effets pervers du développement sont essentiellement internes.
L'Europe des douze, plus que SIX anciennes puissances coloniales, est aujourd'hui mieux outillée pour garantir plus efficacement les monnaies et le développement de l'Afrique en attendant la consolidation des technopoles de développement intégré, gage d’une maturité technologique africaine à laquelle l'Europe-espace pourrait apporter sa contribution appréciable dans le plus grand respect des valeurs propres à l'autre. Une Europe nouvelle forte donnant la main à une Afrique nouvelle décidée à gagner la bataille du développement intégré, où les "ancienne formes de domination colonie" (1) caractérisées par les micro-nationalismes auraient fait place à des structures neuves plus opérationnelles pour le plus grand nombre des habitants du continent, désormais regroupés dans des grands ensembles socio-économiques toujours plus élargis et consolidés ouverts au reste du monde dans le cadre d'une libre circulation saine des personnes, des biens et capitaux .
Dans une telle perspective , l’accès des produits africains œuvrés ou semi-œuvrés , doit être renégocié à l'avantage ,bien entendu des deux parties .
L’économie de la segmentation, non pas d’une technique partielle mais de “l'ensemble de la technique’’sera avec la créativité populaire piliers de la nouvelle stratégie économique afro-européenne. Ainsi le poumon économique de l’Euro-espace donnera-t-il un nouveau souffle à l’économie du développement en Afrique.
Cette nouvelle approche du développement devra donc Favoriser la naissance des technopoles socio-économiques dont la mission essentielle consistera à créer suffisamment de richesse pour couvrir les besoins majeurs de l'esprit et du corps en fournissant à la croissance son principal moteur et au développement son humanisme intégral de telle sorte que “la solidarité humaine ait le dernier mot” et que les pays africains cessent de "payer cher une technologie déjà amortie" (2)
Ainsi à la limite, l’Afrique et l'Europe pourront œuvrer ensemble, au-delà des querelles idéologiques et de générations, pour la sauvegarde des droits fondamentaux de l’homme universellement reconnus mais difficilement appliqués avec bonheur même dans les pays qui les proclament haut et fort.
Enfin de compte, il s’agit de rechercher en commun une nouvelle approche de "la gestion des affaires"obéissant à d'autres règles que celles ignorant les réalités africaines. Ainsi ira t-il de l’avant, la coopération Afrique/Europe où les missions spécifiques des anciennes métropoles seraient de préparer les nouvelles conditions de la présence africaine dans le nouvel ensemble européen.
Ces nouvelles conditions, à caractère économique, ne doivent pas compromettre mais encourager le processus de l’intégration socio-culturelle entamée déjà par nos populations, qui malgré les frontières artificielles et barrières de toutes sortes, contribuent de gré ou de force, à la création d'un seul espace culturel qui fait qu’on retrouve des Coffi, des Kouamé au Ghana, en Côte d'Ivoire au Togo etc, des Fall et N’Diaye signifiant respectivement Traoré ou Ouedraogo au Coulibaly et Diarra ou Koné selon qu'on se trouve au Sénégal, au Burkina Faso ou au Mali etc. Tandis que l'espace socio-économique est déjà modelé par la présence des grands groupes de commerçants ou opérateurs économiques connus sous les noms traditionnels de Haoussa, Nago, Mandé-Dioula, Peulh, Ashanti etc. .. Il reste donc à créer un espace scientifico-culturel caractérisé par la mise à la disposition des chercheurs et étudiants de tout horizon des unités de recherches et d’enseignement existant présentement dans les différents Etats africains et qui peuvent servir de base de départ à la création des grands espaces universitaires favorables à "la transnalisation de la modernité comme principe d’organisation qui se réfèrent délibérément aux traditions nationales progressives et tendent à faciliter la mobilisation pour la transformation sociale et l'édification nationale puis internationale" (cf D.A. Cissé, Hist. Eco. P. 57).
Dans ce vaste et long processus d'intégration à l'échelle mondiale et spécifiquement africaine le rôle de la jeunesse notamment de la jeunesse de notre continent est capital. Il l'est d'autant plus qu'elle est le fer de lance du développement, le moteur du changement et le cerveau de l'avenir. Solidement outillée, armée de sciences, de techniques modernes mais aussi respectueuse des valeurs fondamentales africaines, progressive, cette jeunesse fournira à l’Afrique de demain non seulement des technocrates mais de bons contingents de techno-démocrates, ces nouveaux agents de développement, démocratiques, conscients, des limites de la technoscience (D Amane Cissé Hist économique de l'Afrique Noire pusaf l’Harmattan, 1988 P. 57). ou de la bureaucratisation tentaculaire dont les premières victimes sont les nombreux exclus des avantages de la démocratie et du progrès socio-économique et qui ont pour nom chômeurs, ou affamés de toutes catégories.
La jeunesse doit donc se pénétrer de l’idée majeure que de sa profonde prise de conscience de l'impératif de l’intégration africaine, dépend indubitablement la réussite des différents plans, scénarios, modèles ou stratégies de développement proposés aujourd’hui tant par les théoriciens que par les praticiens du développement. Futurs responsables de ce continent, les jeunes africains d’aujourd'hui surtout universitaires sont condamnés à refuser les frontières historiquement dépassées et à rechercher un dialogue fécond, une concertation lucide, un débat d’idées avec tous les partenaires appréciés et appréciables de l’Afrique, prêts à l'aider dans sa lutte contre l’esclavage économique et financier pour le développement vrai.
CONCLUSION
Pour conclure disons que le dialogue qui est recherché aujourd’hui avec l'Europe n'est pas le dialogue de la force mais la force du dialogue qui suppose que l'Europe accepte de devenir africaine et l'Afrique Européenne.
"Il n'y a de place pour l'Européen en Afrique et pour l’Africain en Europe que dans la mesure où l’aménagement de nos espaces respectifs représentera notre salut commun, notre libération commune c’est-à-dire la libération de notre être historique de toutes les formes d’esclavage. C'est la condition sine qua non pour qu’à un partage du monde entre les grandes puissances succède un monde de partage équitable et durable.
Pr. Diabaté Moustapha &
Bello Toyidi (Maître - Assistant)
Université Nationale de Côte d’Ivoire
(Faculté des sciences Economiques)
(1) Cf Déclaration du Chef de l'Etat français François Mit. . au sommet des chef d'Etat de France et d’Afrique, a Rabat
(2) Cf Ch. l'orazé le point critique, puf, 1979 p.201
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PLUME POLITIQUE
Dans ce dernier volet de notre entretien avec le Pr. Francis Wodié, 1er Secrétaire national du P.I.T., il nous livre ses impressions sur les processus démocratiques en Afrique, la crise israélo-arabe et l’avenir du monde.
P.L : Le processus démocratique en Afrique a emprunté divers chemins : les conférences nationales, la révolutions à la malienne, le changement à la zambienne...Quel est selon vous, le chemin le mieux indiqué pour l'alternance politique ?
F.W : Il n' y a pas de voie royale ! la voie est fonction des conditions dans lesquelles se réalise le changement. La voie et les conditions décident ensemble de l'histoire de chaque peuple. La voie zambienne, la voie togolaise, la voie malienne, la voie béninoise, la voie ivoirienne... il faut que chaque peuple imagine la meilleure voie. Et la voie valable pour la Côte d'Ivoire n'est pas automatiquement transposable ailleurs. Dans le cas du Mali par exemple, c'est l'aveuglement, la cécité politique du chef de l'Etat qui a conduit à cette situation horrible et qui a entraîné la révolte des populations. C'est pourquoi nous disons en Côte d'Ivoire que le changement démocratique, on n'a pas le droit de s'y opposer. On ne peut s'y opposer. Mais si on veut qu'il soit pacifique, il faut que chacun le comprenne et que nous marchions vers le changement. Si certains veulent fermer pour de bon la voie, il est clair que les autres seront obligés de la débloquer. C'est pourquoi nous préconisons la concertation, la discussion (NDR la conférence Nationale), parceque le changement est éprouvé par les ivoiriens comme une nécessité. La situation de crise n'est acceptée par personne, il faut que cela change et que le changement se réalise non seulement au plan économique mais également aux plans politique, moral et culturel. Et c'est ensemble que nous devons trouver la voie. Il ne faudrait pas qu'un parti s'accorde le monopole des solutions alors que ce parti donne chaque jour, les preuves de son incapacité à régler le problème.
P.L : Donc pour vous en Côte d'Ivoire, la conférence Nationale paraît incontournable?
F.W : La conférence nationale, au sens d'une concertation nationale, parceque les problèmes sont les problèmes des ivoiriens. Si pendant longtemps la parole a été laissée à un seul ou à quelques uns, maintenant nous l'avons récupérée. Il est bon qu'ensemble nous puissions parler des problèmes de la Côte d'Ivoire car le choix opéré par le gouvernement n'est pas nécessairement le choix des autres. Donc voyons ensemble quelle est la meilleure solution pour les ivoiriens et par les ivoiriens.
Ainsi, si une solution est dégagée et acceptée comme la meilleure, la solution des ivoiriens sera appliquée par les ivoiriens.
P.L : Une conférence nationale aujourd'hui en Côte d'Ivoire ne tournerait-elle pas au scénario gabonnais, vu la situation dominante du PDCI?
F.W : Le risque existe et il est réel. Mais une conférence nationale demande à être préparée, préparée d'un commun accord, il ne sera pas question pour un parti d'imposer sa volonté aux autres. Il faut préparer cela de manière que le jeu en vaille la peine. La conférence nationale devra être un lieu de discussion, de concertation permettant de dégager des solutions et d'avoir des institutions dans lesquelles les populations se reconnaissent et qui vont conduire le changement par voie d'élections régulières. C'est la seule manière de créer les conditions d'un changement pacifique.
P.L : Le gouvernement vient d'adopter un projet de loi reglementant les partis ou les organisations politiques des appréhensions ?
F.W : Bien sûr! Mais il faut garder raison en ce sens que nous n'avons pas le contenu de cette loi : Pourquoi cette loi maintenant ? qu'est-ce qu'elle contient ? Nous voudrions en savoir un peu plus pour nous prononcer. Je voudrais profiter de cette occasion pour dire que nous avions déjà déposé une proposition de loi portant séparation de l'Etat et des partis politiques. Cette proposition de loi n'a pas été soumise à l'assemblée jusqu'à présent et on nous propose une loi portant statuts des partis politiques. Est-ce une loi de nature à réprimer l'opposition pour favoriser le PDCI ? Est-ce une loi qui répond aux exigences du multipartisme. Consistant dans la reconnaissance de l'égalité des partis politiques en présence avec les conséquences qui en découlent? Nous voudrions tout voir avant de nous prononcer.
P.L : Wodié 1er Secrétaire National du P.I.T., ivoirien, mais aussi citoyen du monde. Quel regard sur l'avenir de ce monde?
F.W : Nous voudrions un monde solidaire en ce sens que les problèmes des hommes sont ceux de tous les hommes qu'ils soient ivoirien, burkinabé, français... Malheureusement le monde est divisé en Etats à dimensions inégales. La répartition des biens est inégale et il y a des Etats, des populations qui soufrent, d'autres qui souffrent moins et d'autres enfin qui semblent avoir réglé l'essentiel de leurs problèmes. Alors le monde doit être perçu non seulement au niveau des rapports entre des Etats mais également au niveau des rapports au sein des Etats. Le rapport au plan étatique est le même que celui que nous voyons au plan intérieur : une répartition inégalitaire entre les individus qui font l'Etat. Il faut que ces injustices cessent pour que le développement se réalise au profit de l'ensemble et non au profit de quelques uns comme cela a été le cas jusqu'à présent. C'est à cette condition seulement que nous pourrons avoir un monde pacifique et fraternel parceque ce monde là sera celui dans lequel les uns et les autres, se reconnaitront.
P.L : Le problèmme israélo-palestinien est d'actualité. Pensez vous que nous sommes sur la bonne voie pour les solutions?
F.W : La bonne voie, dans la mesure où les intéressés acceptent de se rencontrer pour parler ; c'est toujours le même problème : la concertation. Il faut que la volonté existe véritablement d'aller faire des échanges et des compromis de manière que les partis en présence puissent préserver leurs intérêts qu'on reconnaissent à chacun une existence. C'est à ce prix que le problème sera réglé. L'Israël d'aujourd'hui occupe une portion de territoire qui est l'état d'Israël ; il faut que les palestiniens ait également une terre qui leur appartienne.
Mais tant qu'on voudra opprimer une population, un peuple ; on ne pourra pas instaurer la paix et la crise sera toujours présente ou latente.
P.L : L'homme politique que vous êtes, n'est pas pour l'interférence entre la réligion et la politique, vous l'avez dit tout à l'heure. Mais l'Islam est une réligion, vous la voyez, de près ou de loin, qu'en pensez-vous?
F.W : Je respecte les convictions religieuses des uns et des autres et comme j'ai eu à le dire, la foi est une affaire personnelle, elle est vécue et éprouvée par chacun. Je voudrais voir chacun ressentir et réaliser sa foi en toute liberté. Je ne voudrais pas que quelqu'un exerce des contraintes sur un autre pour des raisons tirées de la conviction religieuse ; je ne voudrais pas non plus que la foi soit utilisée comme un instrument contre d'autres. Il faut qu'en toute liberté nous puissions vivre notre foi. Il faut que ceux, qui n'adhèrent à aucune conception puissent également en toute liberté s'exprimer. C'est ainsi seulement qu'on pourra créer un cadre d'échanges fructueux parceque nous connaissant les uns et les autres dans nos différences mutuelles.
P.L : Quelles sont les impressions du 1er Secrétaire National du P.I.T sur le message adressé à la nation par le Président de la république le 6 Décembre dernier?
F.W : C'est un appel du chef de l'Etat à une espèce de convivialité nationale demandant aux uns et aux autres de se dépasser de manière que les ivoiriens puissent se parler et sortir de la poubelle, pour que la vie politique puisse se dérouler normalement.
C'est un appel qui vient du Chef de l'Etat. Or le Chef de l'état est au centre de la vie politique donc au lieu de se contenter de lancer un appel, c'est à lui qu'il appartient de prendre les dispositions sur tous les plans : juridique, économique, politique de manière que cette ouverture se réalise véritablement. Or, la politique conduite actuellement, le comportement du PDCI, le Chef de l'état lui même qui reste encore le Chef d'un parti politique, tout cela nous parait être aux antipodes de ce qu'il propose. Il faut donc que les conditions existent pour que les ivoiriens puissent se reconnaître les uns les autres pour pouvoir conduire le changement nécessaire pour sortir de la crise actuelle.
P.L : Un appel du Chef de l'état à la réconcialition et pourtant l'opposition était absente à la cérémonie de prise d'armes le 07 Décembre 1991...
F.W : L'opposition n'a pas été invitée. On se rend compte d'ailleur que l'opposition ou les chefs de l'opposition n'ont pas de statut et il ne peuvent en aucune occasion se présenter alors qu'ils n'ont pas été invités ; ils auraient été refoulés. Il semble même qu'à cette occasion ceux qui ont été invités et qui n'avaient pas leurs cartes ont été refoulés. Si l'on veut créer les conditions de la décrispation et de la reconnaissance des partis politiques il faut également prendre les dispositions sur tous ces plans de manière que les chefs de partis soient invités et associés à certaines manifestations.
P.L : Votre mot de fin, Monsieur le 1er Secrétaire National du P.I.T.
F.W : Votre journal, à connotation réligieuse, mérite qu'on félicite les jeunes qui adhèrent à un idéal et il faut que chacun y aille en toute sincérité. Mais par delà les appartenances confessionnelles je voudrais voire les ivoiriens se retrouver pour conduire ensemble ce combat pour la renovation sociale, politique, morale de ce pays parceque c'est en ensemble que nous pourrons réaliser ce changement pour tous les ivoiriens.
Interview réalisée par
Dembélé Al Seni et
Abou Siddick Ryrak
Francis Wodié, 1er Secrétaire national du P.I.T.
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nous coute cher pour la simple raison qu'elle a obtenu son indépendance au prix d'un effort soutenu. il ne serait pas bien de voir ce pays replonger dans une guerre fratricide ce qui n'arrange pas le monde.
je suis convaincu que c'est la victoire partielle du FIS qui est non loin de s'accaparer de la majorité qui a bouleverser le mouvement démocratique. Ce qu'on souhaite c'est que les uns et les autres reviennent à de meilleurs sentiments, nous souhaitons que la démocratie reprennent son train car il n'y a pas de développement sans démocratie, sans liberté. On espère que l'Algérie servira d'exemple et retrouvera son lustre d'antan afin d'inspirer les autres pays qui sont en cours de démocratisation.
Les mouvements islamistes ont été pour beaucoup dans la vie politique de L'Algérie. Il faut se rappeler lorsque les Algériens criaient avec à leur tête les Oulémas: L'Algérie est notre patrie; L'Islam notre religion; l'arabe notre langue. C'est l'islam qui a été utilisé pour acquérir leur indépendance. Aujourd'hui encore il se trouve que l'islam est au centre du débat. L'islam est beaucoup ancré dans les mœurs Algériennes. Il régit la vie économique, sociale, politique, culturelle des Algériens de sorte que lorsqu'il y' a un problème politique on a comme un sentiment de recourir à l'islam. Aujourd'hui le FIS se trouve comme dans une situation de départ. Parce qu'à chaque crise politique l'Islam réapparaît. Le programme du FIS fait peur aux pays occidentaux qui sont en relation avec l'Algérie. Il est difficile de comprendre que le FIS qui a remporté les élections partielles puissent faire peur aux Algériens mêmes qui l'ont porté au devant de la scène politique. On doit laisser les Algériens aussi bien que les autres pays faire leur politique. Vus les intérêts politiques et économiques en jeu il faudrait que le FIS ne soit pas trop catégorique,qu'il ait des positions plus flexibles.
Coulibaly Ahoua Fac Sciences économiques, Licence Pub. : Je soutiens le FIS et il m'arrive même de faire du Zikr (des prières) dans ce sens. Ce sont les élections qui ont porté le FIS au pouvoir et pour moi c'est un complot de la part des occidentaux qui ont peur de la montée de ce qu'ils appellent intégrisme. Mais ont voit bien que c'est la force de l'Islam qui peut contrecarrer les USA dans leur lancée monopolitique.
En ce qui concerne la réaction des femmes, elle résulte d'une déformation par l'éducation occidentale. Du jour au lendemain on leur demande de changer radicalement c'est ce qui provoque les remous. Mais il suffit qu'on les fasse venir à la raison et ça ira.
Koné Fatou, 3è année Pharmacie : Ces Occidentaux s'infiltrent trop dans la politique intérieure algérienne. Le FIS met tous les pions en place pour le jeu afin que les gens prennent leur responsabilité et puissent voter librement tout en sachant ce qui les attend. Si les gens ont voté et que le FIS l'a emporté, quoi de plus normal ! Mais les Occidentaux donnent l'impression que les gens étaient obligés de suivre le FIS. Les Algériens ont voté pourtant en sachant ce qui va se passer. Je ne vois pas pourquoi on fait tout ce tapage pour faire croire que c'est la chute... de la démocratie. En fait n'est-ce pas la démocratie qui a fait accéder le FIS au pouvoir ?
A propos des libertés des femmes il faut dire que les gens jugent de l'extérieur. Car quand on connaît les droits de la femme musulmane on ne peut pas avoir peur. Je leur demande d'attendre et de voir ce qui va se passer. si les Algériens n'ont pas ce qu'ils voulaient, ils vont changer, ils vont se révolter.
Les droits de la femme sont mieux garantis en Islam que dans les civilisations occidentales. En Islam tout est déjà écrit alors que de l'autre côté avec l'émancipation, il y a trop de fluctuations. Au fur et à mesure on se rend compte que ceci n'est pas bon et on change. Mais il faut reconnaître que ce sont les gens qui mettent en applications les textes religieux qui le font de mauvaises manières quelque fois. Et puis les femmes Algériennes savent ce qu'elles veulent. après avoir lu Jeune Afrique je me suis rendu compte qu'en fait les femmes supportent le FIS.
Propos recueillis par
Sangaré Moussa.
Genou Séry Honoré
(étudiant en Fac de Lettres)
PLUME LIBRE / Février 1992 / Page 11
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SPORT : SENEGAL 92
Les éléphants enfantent enfin la coupe !!!
Ça y est, la Côte d'Ivoire est championne d'Afrique des nations ! Le soir du Dimanche 26 Janvier 1992, c'est le délire, l'hystérie, l'extase. Les ivoiriens à coups de Klaxons de pétards, de tam-tams et de grelots ont fêté le sacre des éléphants acquis dans la capitale Sénégalaise. Mais que de chemin parcouru pour cette couronne ! Tunisie en 1965, Ethiopie en 1968 et Soudan en 1970, la grande génération des Manglé Eustashe, Laurent Pokou, Konan Yobouet et autres ne parviendra jamais à séduire dame coupe malgré leur talent et leur aient. Les blacks stars du Ghana par 3 fois freineront leurs ardeurs. Après une certaine traversée du désert de 1974 à 1978, revoilà les éléphants pour le rendez-vous de Lagos 80. Les prestigieux conquérants de la 1ère heure ont passé le flambeau aux Miezan Pascal, Lebry jerôme, Gnaoré Emile... Mais toujours rien ! Le sort semble décidé à ne pas sourire aux lourds pachydermes qui ne manquait cependant pas de charme pour conquérir le trophée le plus prestigieux du sport africain. Les générations de joueurs passent. La valse des entraîneurs se poursuit. Les ministres de sport se succèdent. Pour les tout dernières Dona Fologo, Ehui Bernard, Yaya Ouattara, chaque fin de campagne malheureuse en coupe d'Afrique des nations annonçait presque l'adieu au gouvernement. La mise à contribution des médias pour la sensibilisation des foules à la cause des éléphants, les quantités de billets de CFA déversés sur les sélectionnés ne donnèrent toujours rien. Vint Sénégal 92. Entre-temps, le multipartisme s'est installé et les langues se sont déliées. Les éléphants ne sont plus ménagés. La presse déchaînée tire à boulets rouge sur l'équipe nationale, la Fédération, l'encadrement technique, le ministère. Après les ratés de San-Pédro et le «Push» manqué contre Yéo, les éléphants sont à Porto au Portugal. On frôle le ridicule et la défaite face au Zaïre en match de préparation finit d'abattre le dernier carré des irreductibles supporters. Le pessimisme est général. Tout comme les spécialistes, l'homme de la rue et même nombre d'officiels n'y croient pas. Combien étaient-ils, les ivoiriens qui parieraient un sou troué sur la victoire des éléphants au Sénégal ? Presque Orphelins, joueurs et encadreurs débarquent à Ziguinchor. Le lundi 13 janvier 1992, face à l'algérie les éléphants partent comme un troupeau à l'abattoir!
Cependant, ce jour marquera le début d'une fantastique épopée qui va s'achever le dimanche 26 janvier 1992 par le sacre continental après un match intense de 120 mn et une fabuleuse série de tirs aux buts face... aux black stars. Quelqu'un disait que les éléphants ne sortent les troupes que lorsqu'ils sont abandonnés à leur sort et quand personne ne croit en eux. Le tournoi d'Afrique football et la CAN 92 semblent lui donner raison.
Malgré tout, le retour des héros le 28 janvier 1992 a été fêté avec faste par toute une nation en délire qui a attendu 27 ans durant ce jour. La fête fut belle, colorée, émouvante. Elle a tout simplement été à la hauteur des douleurs, frustrations et déceptions accumulées pendant tout ce temps. Bravo à Yéo et sa troupe.
Dembélé Al Seni
Abédi Pélé
Oh Rage ! Oh Désespoir ! Oh carton ennemi !
Détrompez vous. Ce n'est pas le cri de désespoir de Don Rodrigue (1) ressuscité. C'est plutôt celui d'Abédi Ayew, l'espoir de toute une nation cloué sur le banc de touche par le carton jaune de l'arbitre Tunisien lors de la demi-finale contre le Nigéria.
Un rêve brisé ?
Si le nom d'un pays a été prononcé avec beaucoup d'aisance et assurance avant et pendant cette 18 ème CAN, comme favori c'est bien le Ghana à cause de la constellation de vedettes de son équipe. Parmi ces vedettes Abédi Ayew (Pélé) reste incontestablement le chef d'orchestre tant il a plané haut, très haut sur la compétition. Zambiens et Egyptiens en savent quelque chose. Et ce ne sont pas les Congolais et les Nigérians qui vont nous contredire.
L'élection de Pélé comme meilleur joueur du tournoi (après son ballon d'or) n'est que la juste récompense d'un mérite car à ce jour l'homme est le plus grand ambassadeur du foot africain et pourquoi pas mondial !
Pélé était-il le véritable obstacle pour la sélection ivoirienne ? «Violente question» (vous dirait notre ami N'gess Bon Sens). Si quelqu'un a vraiment souffert lors de la finale de cette CAN, c'est bien Abédi Pélé. Bien qu'installé dans la loge officielle. Il a assisté impuissant et dans la plus grande consternation à la défaite des "étoiles noires".
Cruel sort pour un artiste de la trempe d'Abédi ! L'arbitre Tunisien n'a-t-il pas regretté son geste qui somme toute a été trop sévère ? Est-ce la fin d'un rêve pour Pélé ? L'histoire nous le dira. Toujours est-il que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Dame coupe a choisi cette année la perle des lagunes. Pélé quant à lui doit prendre son mal en patience.
Rendez-vous en janvier 94 à Tunis Inchallah.
(1) Héros de la tragédie de Pierre Corneille : LE CID
D.H.L.
Le sacre des Eléphants : La main de Dieu
Le plus grand acteur pour la Côte-d'Ivoire en cette CAN 92 a été Dieu. En effet sa grâce est immense et dans Son royaume il n' y a pas de laisser-pour compte définitif. Tout est une question de temps, chez Lui chacun a son temps. Et dans Sa volonté souveraine, Il a voulu que Janvier 92 soit nôtre. Il a tout mis en œuvre à cet effet. Mais son cadeau ne se donne pas aussi facilement, il faut savoir endurer avec constance pour qu'Il le prouve que, dans la persévérance,il est avec toi.
En effet tout a commencé dans une atmosphère pratiquement trouble avec ce qui est convenu d'être appelé « l'affaire Troussier ».
En fait à moins de deux mois du coup d'envoi de Sénégal 92, l'image de l'entraîneur qui devra conduire les éléphants n'était pas encore claire dans l'esprit des responsables du sport en Côte- d'Ivoire .
Enfin tant bien que mal, cette histoire est rangée. Yéo est maintenu à la tête de son troupeau. C'est d'abord le sud Ouest ivoirien particulièrement la ville de San-pédro qui les accueille Au bout d'une semaine, que de problèmes entre autres ceux de l'hébergement. Mais la marche continue tout de même; ils sont transportés à porto( au portugal). Là-bas ce n'est non plus pas le paradis c'est même pire. Pas de terrain . C'est donc la pelouse de leur hôtel et la terre battue élégamment appelée terrain stabilisé qui leur serviront pour un certain temps de terrain d'entrainement. Bref la Côte-d'Ivoire a bénéficié d'une préparation approximative, nous dirons même dérisoire. Et pourtant nous voilà à Ziguinchor face au champion d'Afrique en titre. C'est une victoire contre tous les pronostics . Les Algériens tombent malgré la présence de leur phénoménal Madjer.
Face à la Zambie en 1/4 de finale la Côte d'Ivoire place un but contre le cours du jeu. En demi-finale nous voilà face à nos "tombeurs ", en Côte- d'Ivoire 84 et en Egypte 86: les lions indomptables. Première mi-temps les lions obtiennent une occasion nette de but,je dirai un but tout fait, mais Dieu donne la baraka à Lignon Nagueu qui se transforme en Gouaméné Alain. Le penalty est tiré par Kundé Emmanuel un baron en la matière mais Alain enlève le shoot. Ah nous venons de loin! Cela aurait suffit au bonheur des lions qui finalement seront domptés par les exploits répétés de Gouaméné.La finale! oui pour la première fois la Côte d'Ivoire est en finale, stade de la compétition qu'on n' avait jamais atteint malgré le talent des virtuoses comme laurent Pokou qui pouvait marquer 5 buts au cours d'un seul match, malgré la rage du général Akran Jean Baptiste qui posait des tacles de 5 mètres rien que pour protéger la cage de son gardien...
Pour cette finale on a l'adversaire le plus prestigieux "les étoiles noires" qui des firmaments planent incontestablement sur cette coupe d'Afrique des nations (4 fois champions , 2fois finalistes).
Mais par un concours de circonstance cette équipe se verra privée de son étoile la plus brillante du moment Abédi Ayew Pélé, le meilleur footballeur africain de l'année.
Malgré cette absence remarquable, le Ghana n'est pas facilement prenable. 45 mn, 90 mn 120 mn, 5 coups de pieds de part et d'autre toujours égalité de score. Cela ne veut-il pas dire que les deux équipes s'équivalent partant qu'elles méritent toutes les deux la coupe?
N'est-ce pas la souveraine volonté de Dieu qui a prévalu en notre faveur?
Oui les Ivoiriens l'ont su ils l'ont reconnu.
Dans l'épreuve tout le monde disait:" Eh Dieu! Eh Dieu! Eh Seigneur!..."
Dans la liesse ( après la victoire ) ils sont demeurés reconnaissants à Dieu...
Que se soit François Kouakou, Levy Niamkey, le Ministre Djedjemel Diby, Yéo Martial ou le chef de l'Etat tout le monde a rendu hommage à Dieu pour le service qu'il vient de rendre à notre pays.
Espérons que cette foi demeure, s'accroisse et nous dirige sur le droit chemin, le chemin de la réussite suprême.
Allah merci ! Bravo les Eléphants !
Koné Zakaria Abd'Allah
COMMUNIQUES
— En raison du caractère quelque peu particulier de ce numéro, certaines de vos rubriques habituelles n'ont pas été publiées. Elles reprendront leur cours normal dans le prochain numéro.
in challah.
— Sous le haut parrainnage de M. Lanzéni Coulibaly, Président de la Cour Suprême et la Co-présidence de MM. Bamba Mamadou et Adou assaiô, respectivement Député et Maire de Koumassi, les associations musulmanes de Koumassi regroupées au sein d'un comité Ad-hoc organisent le dimanche 16 Février à la Mairie de ladite commune le Congrès Constitutif de l'Union des Jeunes Musulmans de Koumassi sous le thème "l'importance de l'Union en Islam. Le début des travaux est prévu à 08 heures. Vous y êtes tous conviés.
PLUME LIBRE / Février 1992 / Page 12