Issue
Plume Libre #03
- Title
- Plume Libre #03
- Type
- Périodique islamique
- Publisher
-
Plume Libre
- Date
- December 1991
- issue
- 3
- Abstract
- Mensuel ivoirien d’informations générales
- number of pages
- 8
- Language
- Français
- Has Part
- États-Unis : Reagan et la Bible
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-issue-0001325
- content
-
PLUME Libre
DÉC. 1991
Prix : 200F
N° : 003
MENSUEL IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
CARTES DE SÉJOUR :
CE QUI NE VA PAS
DE LA GUERRE DU GOLFE A LA CONFÉNCE DE MADRID
NOTRE MAJORITÉ SILENCIEUSE
EDITO PLUME
LES CROISÉS SONT DE RETOUR!
Développer sa foi, la faire partager par d'autres, noble mission!
Mais le faire en faisant fi des autres, voilà qui pose problème. En Côte d'Ivoire comme dans la plupart des états africains subsahariens. Deux grandes religions se cotoyent et se partagent les croyants. Sans négliger la part des religions africaines et des libres penseurs, il faut tout de même reconnaître que l'islam et la religion chrétienne (toutes tendances confondues) se taillent la part du lion. Pendant longtemps, la cohabitation s'est faite de façon acceptable malgré les aléas dûs à la colonisation et à la politique partisane des différents gouvernements africains. Cependant depuis quelques années, les choses commencent à prendre une autre tournure. La quiétude d'antan disparaît des relations pour faire place à la méfiance : le ciel à l'horizon voit s'amonceler de gros nuages annonciateurs d'un avenir incertain. La tragique situation que continue de vivre le Libéria (pour laquelle beaucoup feignent d'ignorer les dimensions religieuses) et les récentes violences au Nigéria ne sont pas faites pour lever les inquiétudes.
Pourquoi cette nouvelle et mauvaise tournure? Dans un espace occupé et de surcroît par un élément civilisationnel aussi puissant que la religion, toute brusque intrusion donne lieu à des chocs violents. Dans le cas d'espèce, on note depuis une décennie au moins, la ruée des «nouveaux croisés» sur l'islam et les zones islamisées. L'objectif affiché, vider cette religion de sa substance vitale (jeunes et femmes surtout) à défaut de la démolir définitivement. Tout un arsenal aussi bien psychologique qu'économique est à cet effet déployé.
Dembélé Al Séni
Il s'agit notamment d'enrôler des jeunes dioulas ou ayant des noms à consonnance islamique, de les former (pour l'essentiel leur apprendre quelques versets du Coran et des bribes de la langue arabe) et de les injecter dans les milieux musulmans avec force dollars pour essayer d'accomplir leur sale besogne: détourner les musulmans de leur foi. Ce «jeu» semble le favori des croisés venus de chez les yankees. Les cassettes audio, les livrets et prospectus de tout genre signés par des «Mouhamed», «Abdallah», «Moussa» et vantant les mérites du christianisme ou donnant les soi-disantes raisons de la conversion d'un musulman au christianisme foisonnent. Il y a même un guide pratique avec pour titre «Comment évangéliser un musulman». La construction de centres d'éducation féminine dans les régions traditionnellement musulmanes (Odienné, Bondoukou, Séguéla...) par certaines missions participent du même objectif. C'est une provocation manifeste que nul n'a le droit d'ignorer.
Toute cette activité fébrile est-elle l'expression d'un nouveau regain de foi et de popularité de l'autre côté? Apparemment oui ! Mais à la réalité, ce n'est que le chant du cygne.
Malheureusement ce chant-ci a la capacité d'empoisonner l'atmosphère et d'exacerber les tensions!
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PL
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SOMMAIRE
PLUME EN LIBERTÉ
- Notre majorité silencieuse ........................................Page 3
PLUME DANS LE QUOTIDIEN
-Cartes de séjour : Ce qui ne va pas ............................4
- L'école ivoirienne : et la question morale ? ........5
PLUME POLITIQUE
- De la guerre du Golfe à la Conférence de Madrid ..............................................6
- Peut-on faire confiance aux partis politiques ?
- La politique : une fiction ? ............. 7
- Les musulmans et les fêtes: halte au mimétisme?
INFOS-PLUME ...........................................8
LA SAGESSE EST-ELLE DEVENUE AMÉRICAINE?
Dans la littérature classique, on attribue généralement la sagesse aux grecs et de façon générale aux peuples d'orient. Mais les drames du monde moderne semblent la ramener en Amérique.
Dans sa livraison du 11 Novembre 1991 (cf Ivoir Soir N° 1125) notre confrère Ivoir Soir nous rapporte, suite au drame de Magic Johnson ces propos du vice-Président américain Dan Quayle : «C'est l'abstinence. S'il y a quelque chose que je pouvais faire pour encourager les jeunes, ce ne serait pas de parler de l'amour sans danger. Je parlerai de l'abstinence...».
Le SIDA, malgré tout, a le mérite de ramener l'humanité aux vérités religieuses
Si le mot avait été lâché du côté d'Alger ou de Téhéran, on aurait pu entendre les réactions du genre : «Encore ces musulmans... avec leurs modèles et leur morale...» Puisque ce sont ceux qui nous servent de modèle qui le disent, alors nous osons croire que l'idée fera tâche d'huile dans l'intérêt supérieure de l'humanité.
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PLUME Libre / DECEMBRE 1991 / Page 2
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PLUME EN LIBERTE
NOTRE MAJORITE SILENCIEUSE
L'Islam en Côte d'Ivoire est la religion majoritaire, c'est une chose connue et tue. C'est un atout important dans un pays que nous voulons de plus en plus démocratique.
Une vraie démocratie n'est pas une démon-cratie (1). Tant qu'elle aspire à apporter un plus d'équité et de justice. La floraison déraisonnable de journaux et de partis politiques peut mener à une médiocre médiacratie (2). C'est un prélude possible à une forme d'anarchie. Dans le cas de la C.I ce serait remplacer un mal vicieux par un autre tout aussi frustrant.
S'il faut soutenir le pouvoir dans sa volonté affichée de reforme il faudra le faire en évitant le danger de la récupération et de la manipulation. Ce sont les spécialistes de certains barrons encore sur leurs séants. S'il faut s'opposer au pouvoir en place, il faut s'y tenir prêt à tout instant. Sans concessions, sans compromission, comme un vrai contre-pouvoir, porte parole de plus de 40% de notre peuple.
Autrefois nous avons été naïfs, aujourd'hui, nous ne devons plus rester passifs. Nous ne pouvons plus accepter les illusions que l'on nous maquillait en épouvantail de solution.
LES DIRIGEANTS DOIVENT ÉCOUTER LEUR PEUPLE
Il parait qu'en démocratie, les dirigeants doivent écouter leur peuple et respecter ses aspirations. Autrement le peuple doit les démettre pour les remplacer par d'autres dirigeants qui savent écouter. Dans ce cas n'hésitons pas à être premiers parmi les démocrates.
Le chemin que nous avons à parcourir est long et jalonné d'embûches. Pour l'instant, personne ne parle de révolution. Ce mot fait peur. De plus, dit-on, «les révolutions propres n'existent que dans les livres» (3). Nous sommes propres. Nous voulons le rester. Parlons donc d'évolution. Parlons de transformation graduelle mais urgente de notre statut de religion bafouée (depuis la colonisation) à la reconquête du respect légitime que l'on nous doit. Nous sommes une communauté religieuse. Nous sommes la première communauté religieuse de ce pays.
Cette transformation incombe à la jeunesse musulmane actuelle de Côte d'Ivoire. Elle seule peut faire que l'Islam soit chez elle en Côte d'Ivoire.
Certes, ces dix dernières années de très gros progrès ont été accomplis sous l'instigation, voire sous l'action de nos aînés. Au point qu'aujourd'hui, il n'est plus dangereux d'être musulman en Côte d'Ivoire. L'alibi de la LYBIE et le spectre de l'IRAN ont presque disparu. Il n'est même plus gênant, pour beaucoup d'être cadre ivoirien et de se réclamer de l'Islam. Les mentalités de nos concitoyens nous ont suivis dans une part de notre mouvement de réhabilitation. Mais il reste du chemin à faire.
Pour beaucoup d'Ivoiriens, il demeure douteux et curieux sinon mystérieux que l'on puisse être musulman et ivoirien. Pourtant il y a des musulmans haut placés aux gouvernements de leur pays. Ceux-là, l'islam ils s'en taisent.
Ne leur demandez pas si bientôt ils iront au Hadj. Ils pourraient s'en offusquer. Les musulmans de nos gouvernements ne vont jamais à la Mecque. C'est une loi tacite non écrite ? Chaque année, ils hochent la tête devant les déboires et la rage contenue des pèlerins Ivoiriens rescapés de l'expédition de la Mecque. Indifférents ? Très probablement, car «l'ambassade de Côte d'Ivoire en Arabie Saoudite» n'est pas encore à l'ordre du jour.
NOUS DEVONS REVENIR SUR CETTE SOUMISSION MENTALE
Quand nous demandons à l'Etat ses moyens, son savoir faire et sa caution pour l'éducation de nos enfants, ils nous les place sous surveillance de la police nationale (4).
Nos enfants n'ont donc pas les mêmes chances que les autres. Notre avenir est ainsi compromis.
Si nous attendons, comme nos parents ont été forcés d'attendre, que les gouvernants nous jettent des miettes, nous assassinons notre futur.
Nous devons revenir sur cette soumission mentale. Nous sommes une communauté musulmane, une fraction vivante de la UMMA. Nous devons nous montrer à la hauteur des ambitions de notre religion. Notre survie est à ce prix. Nous ne devons pas rester une majorité bouillante sans cesse frustrée ; bavant après des projets sans aucune mesure avec ses vraies aspirations communautaires (5).
C'est une lutte sans relâche contre nous mêmes et contre ceux qui nous gouvernent (aujourd'hui et demain) tant qu'ils ne cesseront de nous toiser comme étrangers parce que musulmans.
La place de l'Islam en Côte d'Ivoire est à reprendre, à arracher. Personne ne la donnera. Elle n'est pas à donner. Cet effort sur-la voie de Dieu est un devoir de chaque musulman. Mais en priorité il s'impose aux universitaires et aux étudiants musulmans. Ils sauront trouver le moyen de donner la parole à la Majorité Silencieuse. Inchallah.
Notre lutte doit s'orienter sans faille et sans faux scrupules contre les marchands de mensonges maraboutiques et les colporteurs de superstitions. Elle ne doit pas pour autant faiblir ; contre les néo-colons locaux et leur démagogie bon marché. Notre succès, comme tout succès, dépend de Dieu. Notre engagement nécessite deux renoncements minimum. Le renoncement à certaines méthodes de pensée, le renoncement à certaines méthodes d'action. Puisse Dieu Très Haut nous y assister.
Il nous faut renoncer à cette fausse idée bien de chez nous que l'argent est la base de toute réalisation humaine. Une vie réussie est une vie de fric. Le renoncement à cette idée sera pour beaucoup d'entre nous une renonciation. Le goût du gain, tel une ventouse, s'est accroché à nos cœurs et dans nos mentalités. On nous a enseigné qu'il nous fallait des capitaux. C'était vital pour notre économie.
Certes ! ce fut fatal pour notre mentalité.
Nous avons donc à révenir à des propositions plus justes pour réintégrer l'idée que la valeur d'une œuvre humaine ne doit se voir que dans son rapport avec la réalisation du projet Divin.
L'argent n'est donc pas la juge par défaut du succès de nos actes.
Il nous faudra renoncer dans un second temps aux méthodes classiques d'action politique importées d'Occident.
IL S'EN TROUVE DANS NOS RANGS QUI NE NOUS SUIVENT PAS ET QUI NE NOUS SUIVRONT PAS
Notre action, dans la voie de Dieu, exige de nous «la création», l'imagination constante de notre avenir. Nous devons cesser de penser que notre devenir est à jamais cristallisé, consigné, enfermé dans certaines lois déterministes. Nous devons plutôt évoluer dans une perspective positiviste fondant notre appréciation nos décisions sur la Sunnah (7). Autrement nous sombrerons dans le mimétisme illogique dans le gaspillage d'énergie.
Il s'en trouve dans nos rangs qui ne nous suivent pas et qui ne nous suivront pas. Ce sont de trop bons élèves de notre école Ivoirienne. Ils refusent de se remettre en question à la lumière de leur raison et de la naissante démocratie.
Nous pensons, quant à nous, que refuser la lutte pour l'Islam aujourd'hui en Côte d'Ivoire c'est fuir l'action pour se réfugier dans la réaction. Quelle couardise et quelle absence de responsabilité.
Nous estimons que, continuer d'attendre des «gentillesses» de la part de nos dirigeants, c'est accepter de perpétuer la subordination coloniale et la méfiance injuste dont ont tant souffert nos corréligionnaires par le passé.
La majorité silencieuse a besoin de voix pour proposer sa voie. Proprement, Islamiquement.
Une République Dioula du Nord ? C'est ridicule. Il faut savoir rester sérieux. La gravité du sujet nous l'exige. L'Islam transcende les races et les tribus. Nous avons à libérer un Islam domestiqué. Nous userons des méthodes islamiques : dans le respect de la Création, en toute obéissance au Créateur.
Notre majorité Silencieuse à des choses à dire. Des choses plus belles que le silence. Nous devons nous exprimer en notre nom. Pour que demain soit plus beau, pour que demain soit plus sûr pour nos enfants.
B. AMARA,
Paris France.
La majorité silencieuse : Il faut la transformer en force de décision !
Il parait que en Démocratie ce qui compte, c'est le nombre ! Alors....
1)- Démon-cratie : le gouvernement par le démon
2)- Médiacratie : le gouvernement par les médias
3)- Lénine
4)- Les médersa relèvent du ministère de l'intérieur, comme la police
5)- Il est regrettable que la question des congés de fêtes suscite plus d'intérêt de la communauté que le Statut des Mosquées de des Medersas.
6)- Sunnah (ici au sens général) le Saint Coran et la pieuse pratique du Prophète de l'Islam.
PLUME Libre
notre métier :
LA QUALITÉ !
Plume Libre / DECEMBRE 1991 / Page 3
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
CARTES DE SÉJOUR :
CE QUI NE VA PAS
Ce qui depuis un an était annoncé à demi-mots est devenu depuis le mois d'octobre dernier une réalité. Désormais, tout étranger en Côte d'Ivoire doit posséder une carte de séjour.
C'est vrai, la grande France sous la houlette du truculent Chirac, malgré ses grands principes de liberté, d'égalité et de fraternité avait donné le ton il y a quelques années. Cependant, nombreux sont ceux qui pensaient que l'Afrique allait se passer de cet exemple. Erreur ! la côte d'ivoire vient de lui emboîter le pas.
Lucarne ouverte sur une mesure aussi injuste que dangereuse.
«L'instauration de la carte de séjour est un acte de souveraineté nationale, elle ne remet nullement en cause les engagements internationaux de la Côte d'Ivoire...» C'est ce qu'a fait entendre le ministre ivoirien de l'intérieur et de la sécurité le colonel Emile Constant Bombet justifier la mesure instaurant la carte de séjour pour en Côte d'Ivoire.
Simple rhétorique diplomatique ! On ne peut en effet s'empêcher de penser ici au sens et à la portée des traités signés entre les Etats Africains. Au premier chef les accords de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes et des biens. L'acte posé par le gouvernement ivoirien quoi qu'on en dise foule aux pieds lesdits accords.
Le Nigeria en a fait pire pourraient rétorquer certains. Mais, faut il se situer dans le camp de ceux qui violent les accords qu'ils ont librement consentis? Faut-il que pour l'Afrique l'émulation ne se situe que dans les mauvais exemples ?
La décision du gouvernement ivoirien est d'autant plus incompréhensible qu'il a autorisé il y a de cela quelques mois ces mêmes étrangers à participer aux dernières élections présidentielles, législatives et municipales.
Par cet acte, la Côte d'Ivoire se présentait comme un pionnier dans la recherche de l'intégration effective des populations africaines.
VIOLATION DE L'ESPRIT DES ACCORDS SOUS-RÉGIONAUX D'INTÉGRATION
Pour beaucoup d'observateurs dans la capitale économique ivoirienne, c'est justement par rapport aux dernières élections générales qu'il faut comprendre les décisions annoncées par le ministre de l'intérieur. En effet, la participation des étrangers à ces consultations électorales n'a pas été du goût des partis d'opposition et avec eux, une partie de la population autochtone. Or, le parti au pouvoir et son gouvernement ne sont pas sûrs de pouvoir maintenir cette participation aux prochaines élections (l'opposition en tout cas est déterminée à ne pas céder sur ce terrain). Aussi, est ce à dessein qu'on s'est résolu de ce côté à faire la conquête des nationaux. La carte de séjour participe de cette conquête en «sanctionnant» ceux qui ont par leur participation aux votes révolté les nationaux contre le pouvoir. On espère également du côté du pouvoir, ainsi enlever à l'opposition l'un de ses arguments favoris.
LE DRAME DE LA DEUXIÈME GÉNÉRATION D'IMMIGRÉS.
L'instauration de la carte de séjour n'a pas tenu compte de ceux qui sont appelés (notamment en France et en Grande Bretagne), les immigrés de la seconde génération.
En effet, telle que présentée, la décision gouvernementale frappe tous les étrangers y compris les enfants nés sur le sol ivoirien et qui n'ont pour seule faute que le fait d'être de parents étrangers. Par nature, le séjour est «le fait de demeurer un certain temps en un lieu», ce qui signifie qu'on est venu de quelque part ! Ces personnes nées ici doivent elles et peuvent elles être considérées comme en «transit» en Côte d'Ivoire ? Poser ce problème n'est pas faire preuve d'un quelconque sentimentalisme idéaliste ! Mais bien au contraire, c'est mettre à jour une situation que bien de personnes feignent d'ignorer. Le drame psychologique de cette génération bouleversée et déchirée entre un pays d'origine (souvent inconnu) et un pays de naissance (généralement hostile) a entraîné dans les banlieues parisiennes et londoniennes des explosions de violence et des affrontements qui ont marqué plus d'un esprit. Ces violences sont depuis toujours le lot quotidien de ces grandes villes. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, on serait mieux inspiré en faisant preuve de réalisme, et de pragmatisme pour traiter le cas de «ces immigrés particuliers» avec la lucidité que la situation nécessite.
Aucun nationalisme étroit ne saurait expliquer des tergiversations à ce sujet.
UN VÉRITABLE IMPÔT DE CAPITATION
Dans son numéro 01 déjà, «plume libre» ouvrait le dossier sur l'origine et la nationalité. La question des cartes de séjour vient à point nommé pour nous conforter dans nos positions. Il faut des textes clairs et précis sur le code de nationalité pour éviter des situations injustes commes celles qu'on est en train de faire subir aux enfants de ce pays victimes de leur origine.
Au nombre des questions que suscite la carte de séjour, figurent en bonne place les prix appliqués et la périodicité de son renouvellement. Pour le colonel Bombet, les prix des cartes visent à amener l'opération à se prendre financièrement en charge ! On reste perplexe devant cette justification car comment expliquer que les cartes de séjour qui n'ont qu'une année de validité puissent coûter 5000f pour les ressortissants des pays de la CEDEAO et 50.000 frs pour tous les autres alors que la carte nationale d'identité qui coutera 2500 F (nouveau prix) a une validité de dix ans ?
Pour beaucoup cette opération vise à renflouer les caisses de l'Etat. Avec les 3 à 4 millions de personnes concernées, ce sont plusieurs milliards de francs CFA qui sont en effet attendus. On peut comprendre la volonté d'un gouvernement à mettre ses finances à flots. Mais le faire au détriment d'une population gagnée déjà par la paupérisation (pour la grande majorité) voilà qui est difficilement acceptable. Pour la plupart en effet des populations touchées par la mesure, les conditions de vie sont les mêmes que supporte l'ivoirien ordinaire : Mévente des produits agricoles, petit commerce en chute libre, compression dans les entreprises commerciales et industrielles. S'il faut ajouter à cette triste situation le paiement des cartes de séjour pour des familles souvent de plus de dix personnes, la situation devient franchement invivable. Pour ces populations, cet autre impôt de capitation est vraiment de trop.
UN SILENCE COUPABLE
Malgré tout, à Treichville à Adjamé, à Abobo comme partout dans le pays, on sait qu'il faudra payer.
Il faudra se priver du minimum (au besoin du repas quotidien) pour être en règle. Ceux qui ne le pourront pas devront alors faire face aux différents corps habillés, notamment la police. Pour ces derniers (une bonne partie tout au moins) la carte de séjour est une aubaine, un moyen supplémentaire pour racketter surtout que pour cette opération ils n'auront affaire qu'aux étrangers plus faciles à intimider.
Au delà du sombre avenir qui s'annonce pour les étrangers dans «le pays de l'hospitalité», c'est la réaction du monde politique ivoirien devant cette situation qui a marqué plus d'un observateur. Pour une fois, pouvoir et opposition sont sur la même longueur d'onde. Pas de communiqués, de meetings encore moins de marches de protestaion de la part des partis de l'opposition. C'est bien connu pas ces temps qui courent, le «haro sur l'étranger» est le meilleur moyen pour engranger des voix et améliorer sa côte électoral. Même les journaux si prompts à dénoncer les propos racistes des Chirac et Giscard ont perdu leur tonus devant cette situation !.
La recette Lepen risque de faire bien des émules par ici. L'attitude de l'oppostion ivoirienne pose le problème général de nos politiciens et de leur conception du rôle d'un parti. Ce rôle est vu beaucoup plus comme la mise en place de stratégies pour accéder au pouvoir que l'éducation, la formation et l'orientation des populations vers un dessein grandiose. C'est cela qui explique qu'on garde le profil bas devant des situations de ce genre pour ne pas s'aliéner une partie de l'électorat.
Les populations sont soumises à l'influence des contingences immédiates et leur réaction s'en ressent. Les politiciens doivent les amener au delà de ces contingences. Les nôtres semblent ne pas être à la hauteur de cette tâche et c'est dommage pour la Côte d'Ivoire.
Dembéle Al Seni.
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
L'ECOLE IVOIRIENNE :
ET LA QUESTION MORALE ?
Quand la scène finit, on change de décor, entend-on dire. Effectivement le système traditionnel d'éducation qui était chez nous un système intégré d'éducation de chacun par tous a succombé sous le poids de l'histoire pour laisser la place à celui que nous connaissons aujourd'hui c'est à dire une institution spécialisée dont la seule mission est de produire, à partir des structures d'éventualités que représentent les enfants, des hommes capables aussi bien physiquement, intellectuellement que moralement.
Tout comme le cultivateur choisit ses plus beaux grains pour les semences futures, la société a proposé ce qu'elle a de meilleur parmi ses hommes pour assumer cette tâche aussi noble que délicate.
Mais en posant aujourd'hui un œil critique sur cette institution, le constat est amer, l'école est malade. Sa maladie est d'autant plus grave qu'elle devient de plus en plus chronique et si un remède efficace n'est pas trouvé le plus tôt possible, le glas sonnera pour elle et la société entière avec.
En effet notre système éducatif est victime de l'ablation volontaire d'une bonne partie du contenu définitionnel du concept d'éducation et cela par la plupart des enseignants. Or ce sont eux nos maîtres qui nous ont appris que le terme éducation recouvre deux dimensions fondamentales dont chacune est nécessaire mais insuffisante sans l'autre. D'une part nous avons l'instruction et de l'autre la morale.
L'instruction a pour mission d'assurer le savoir et le savoir-faire. Cette mission, une fois accomplie, nous pouvons avoir au bout du circuit des médecins, des ingénieurs, économistes, littéraires... Quant à la morale, elle prend en charge le savoir-être de l'enseigné. Et c'est elle qui est menacée, c'est elle qui pour la majorité des enseignants aujourd'hui ne fait plus partie de l'éducation. Selon cette conception des choses, le concept d'éducation se réduirait à celui d'instruction tout simplement. Si cette conception était la bonne pourquoi continuerait-on de parler d'éducation nationale alors qu'il s'agit en réalité d'instruction nationale?
Si nous attribuons cette conception des choses à une partie des enseignants, ce n'est pas que nous la tenons de leur pensée verbalement énoncée mais nous la déduisons des actes qu'ils posent. Car le principe directeur de la morale c'est l'illustration, une illustration non verbale ni théorique mais pratique et quotidienne dans chaque geste et acte que posent l'enseignant aussi bien en classe qu'en dehors d'elle.
UN COMMERCE HONTEUX
Mais que nous offre le spectacle de nos lycées et collèges? Des tableaux hideux et moralement troublants surtout la scène de nos jeunes filles.
En effet, il est maintenant quotidien de voir et d'entendre un professeur tenir un discours soutenu, sur les dangers de l'avortement, animer un cours sur le déséquilibre social que peut créer la dépravation des mœurs ; et juste après ce cours, se laisser surprendre avec la même sérénité d'esprit entrain de proposer «l'amitié» à une de ses élèves. Vous nous répondrez peut-être en disant : quoi de plus normal? Réaction compréhensible mais entendons-nous bien sur les termes. Ici proposer c'est sommer, intimer l'ordre de... et amitié signifie tout simplement concubinage. Cette sommation met nos jeunes filles devant un dilemme très profond et très accablant surtout celles qui tiennent à poursuivre un idéal de pureté et de satisfaction divine. Répondre par oui ou par non ? dans les deux cas les conséquences sont lourdes à assumer.
Le «oui» l'amène du coup à remettre en cause en premier lieu l'enseignement que vient de lui dispenser son fameux professeur, auteur du dilemme. Ensuite il l'entraîne au rejet systématique de tout son patrimoine historique de vertu, la conduisant par ce même fait à porter atteinte à toutes ses valeurs religieuses.
Quant au «non» ses conséquences, sont sur le plan pratique plus difficiles à gérer. Car dès l'affirmation de cette négation, elle doit s'attendre aux difficultés les plus diverses qui certainement l'entraîneront à la porte, mettant ainsi fin à ses études. Dans la plupart des cas on soumet la jeune âme qui «joue les durs» aux pressions d'une sournoise coalition qui comprend par exemple trois professeurs enseignant tous la même classe où se trouve leur pauvre victime. Sans pouvoir se l'expliquer objectivement, la jeune fille se retrouve dans un tourbillon indescriptible avec des zéros qui lui tombent comme par enchantement et tout ce ballet se solde, à la fin du semestre par des moyennes d'une médiocrité légendaire.
N'ayant pas digéré sa défaite initiale qu'il prend sous l'angle du défi, le gentleman, comme dans un conte de fée, réapparaît, pour d'abord admirer l'œuvre déjà accomplie (par lui et ses acolytes bien sûr) et ensuite réitérer la sommation : «Si tu t'obstines dans ta position ton sort est réglé, si tu reviens sur ta décision on peut toujours sauver la situation».
Dans un désarroi pareil, désemparée elle ne semble plus avoir le choix, elle cède. Et cela est naturellement suivi d'une flambée de ses moyennes dans certaines matières (celles du professeur en question et ses acolytes) qui peut passer du 5 au 14 sans transition. Dans les deux situations ni l'un ni l'autre ne reflète la valeur objective de l'élève concernée.
En clignant l'œil du côté de notre prestigieuse université et nos grandes écoles (surtout l'ENS). La réalité est plus déconcertante. Le droit de «cuissage» est devenu un devoir académique fondamental et le moyen le plus sûr pour atteindre le bout du tunnel.
Le doctorat n'a malheureusement pas suffit pour faire prendre conscience à cette fraction d'enseignants de loin la plus importante que même à ce niveau on est à la fois éducateur et facteur d'éducation et que la façon la plus active qu'on puisse donner aux élèves est celle par laquelle l'enseignant a été façonné positivement.
Alors quelles sont les implications de ce comportement de «nos maîtres à penser»? La première et la plus immédiate se sont les fuites constantes aux examens (chaque année) ce qui fait que les évaluations sont désormais faites au profit des élèves et étudiantes qui ont payé le prix exigé, les opportunistes qui ont pu assister au raffinage du «pétrole» et ceux qui par l'entremise d'ami ou frère ont pu bénéficier du produit fini. Le mérite est mort, vive l'sprit de facilité, tricherie, et des cartels dans les salles d'examens.
2°) Sur le plan social etprofessionnel, il est la cause de bien de frictions entre professeurs, les classes étant communes, les choix peuvent être communs. D'où des télescopages fréquents car souvent il peut se trouver «2 ou 3 prétendants pour une concubine». Il est aussi généralement à la base de beaucoup de problèmes entre les professeurs et les élèves, «petits prétentieux» qui osent roder autour de ce que le maître considère comme sa chasse gardée.
De ces différents chocs beaucoup d'élèves y laissent leurs plumes.
3°) Au plan pédagogique les conséquences sont plus dramatiques :
Au niveau de la jeune fille, on ne vient pas seulement de poser de simples actes de fornication ou d'adultère. Mais on vient d'initier par contrainte (donc par viol) une amie innocente à la science de la tromperie, de la dupérie, de l'expoitation de son corps pour assouvir ses besoins n'importe lesquels,bref on vient de produire une mauvaise femme, inadaptée et infidèle au foyer futur ou présent.
Ensuite au niveau général on retrouve des jeunes filles qui traversent tout le système jusqu'à la licence, maîtrise, capes....sans jamais rien mériter et retourner à leur tour à l'enseignement. Etant l'ombre de leurs diplômes, elles sont obligées de développer un complexe qui vacille entre la susceptibilité la plus aigue et la férocité la moins pédagogiquement justifiable.
Et généralement ce sont les mêmes qui sont à la base de ce système honteux qui crient au scandale : «le niveau de notre enseignement baisse» la plaie de l'école est là toute béante, pansons là au lieu de distribuer des capotes gratuitement chaque année.
SIDA AU SECOURS!
Peut-être la peur du très célèbre syndrome viendra-t-il à bout du fléau? Cela serait vraiment salutaire sinon après le sacrifice de la morale et de la dignité d'enseignant sur l'autel des instincts viles, attendons-nous à un suicide collectif. Car le sida est un soldat intrépide et redoutable, il utilise la technique de la terre brûlée, il frappe dans le tas et personne n'est épargnée même pas les innocents encore moins les pervers fussent-ils licenciés capessiens ou même docteurs.
Koné Zakaria Abdallah.
[Photo caption 1]
Ces jeunes lycéennes sont des proies faciles pour des enseignants "prédateurs".
[Photo caption 2]
Les foulards et les voiles font timidement leur apparition à l'école ; on devine la réaction des "modernes"
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PLUME Libre / DECEMBRE 1991 / Page 5
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PLUME POLITIQUE
DE LA GUERRE DU GOLFE A
LA CONFERENCE DE MADRID
Le Premier Ministre Israélien : « L'issue du Dialogue amorcé est incertaine, à moins qu'Israël accepte de faire des concessions territoriales ».
Les lampions se sont éteints sur la conférence de Madrid. Arabes et Israéliens se sont séparés sans avoir trouvé une solution que dis-je, sans avoir fait planer à l'horizon une fine lueur d'espoir pour la résolution d'un conflit d'ordre à la fois territorial, historique, politique et religieux.
Peu importe, dira le Président Bush. L'essentiel était d'accomplir la promesse faite au sortir du conflit apocalyptique du Golfe, à savoir réunir autour d'une même table Arabes, Palestiniens et Israéliens. C'était en somme le cadeau que l'oncle Sam entendait offrir à ses frères en «dieu-pétrole Arabes» pour leur soutien sans lequel la victoire aurait été problématique.
Mais au délà des bonnes intentions affichées par les Américains aujourd'hui pour la résolution du conflit Israëlo-Arabe, interrogeons-nous sur les raisons qui ont conduit véritablement à la conférence de Madrid.
Dès les lendemains de l'ultimatum de l'ONU lancé contre l'IRAK de SADDAM HUSSEIN pour le retrait de ses troupes du Koweït, celui-ci avait exigé la convocation d'une conférence internationale pour la résolution générale des conflits du proche -orient.
Pourquoi cet apparent amalgame ? SADDAM HUSSEIN savait en effet que l'issue du conflit opposant les Arabes aux Juifs, dépendait avant tout de la volonté des occidentaux. On le sait, Israël dont le refus de céder les territoires occupés, objet de la lutte, ne doit son attitude téméraire qu'à l'engagement à ses côtés des puissances occidentales avec à leur tête les Etats-Unis. Les incommensurables apports budgétaires (plusieurs milliards de dollars US par an) et les aides militaires (engins et personnel d'encadrement), de ce pays ont permis à Israël d'asseoir son arsenal militaire et de devenir la puissance dominante de la région.
SADDAM HUSSEIN en s'attaquant à un intérêt vital des Etat-Unis dans le Golfe le ( Koweït pouvoyeur de pétrole américain) portait ainsi un grand coup de «poignard» au cœur même de l'origine de la puissance juive. Le retrait du Koweït et la résolution du conflit Israëlo-Arabe n'étaient pas un amalgame dénué de tout sens.
Le Koweït, c'est en réalité les Etats-Unis.
Quant à Israël, ce serait une tautologie que de le dire.
Aussi, qu'on le veuille ou non et quelque soit ce que l'on pense aujourd'hui de SADDAM HUSSEIN, l'on est obligé de lui reconnaître tout de même d'avoir été à la base de la conférence de Madrid.
Quelqu'un disait que c'est par la guerre que l'on prépare les conditions de la paix.
La deuxième raison sous-jacente qui a conduit certainement à la recherche de la paix aujourd'hui par la voie du dialogue direct entre les protagonistes du moyen-Orient, n'est pas des moindres. C'est en effet la responsabilité morale qui a toujours miné l'esprit des occidentaux d'avoir été directement à la base de ce conflit.
L'installation des Juifs sur cette terre de Palestine après la seconde guerre mondiale a été décidée, on le sait, par ces puissances occidentales par l'entremise de l'ONU, alors que toutes les conditions de réussite de l'opération n'avaient pas été réunies. La preuve est que dès le lendemain de la proclamation de l'indépendance d'Israël, la guerre entre les palestiniens et Juifs a éclaté.
Cette lourde responsabilité historique pèse encore aujourd'hui sur les héritiers ou ayant cause de ces personnalités politiques d'avant guerre (plus militaro-stratèges que visionnaires politiques soucieux d'un équilibre mondial) et les oblige à rechercher la paix. Cette paix dont tout le monde (et au premier chef ces puissances occidentales), espère finalement voir s'établir dans cette région tumultueuse car cette guerre coûte de plus en plus chère autant à Israël même qu'à ses pourvoyeurs de fonds étrangers, ne fusse que sur le plan de l'insécurité permanente qui règne sur les eaux jouxtant le moyen-Orient et route de l'or noir.
Mais que peut-on attendre de ce processus entamé à Madrid?
Il faudrait avant tout aplanir les divergences entre les camps en présence, c'est-à-dire entre les Arabes et les Israéliens. Cela Bush l'a compris, bien compris c'est la raison pour laquelle, en temeraire pragmatique?) il a parlé vaguement de compromis territorial dans son discours d'ouverture afin de ne pas se mettre sur le dos un des antagonistes.
En somme, cette conférence se situe dans la droite ligne du «Sea Power» de sir alexander Hamilton dont les Américains ne s'écartent jamais.
De son côté, Israël est convaincu du caractère incontournable du compromis territorial malgré le soutien des puissants lobbies juifs. Et pourtant il rejette toute idée d'échange de territoire ; c'est de bonne guerre car en matière de diplomatie, il faut savoir monter les enchères pour espérer mieux.
La spéculation est indispensable à Israël pour plusieurs raisons :
-La libération de tous les territoires occupés réduit considérablement son espace vital. A titre d'exemple, le golan offre à lui seul le 1/4 de la consommation d'eau de l'Etat hébreux ;
-Il faut plus de territoires pour l'installation des Juifs de la diaspora ;
Israël est-il prêt à un tel renoncement? Comme on le voit, l'Issue du conflit se trouve entre les mains d'Israël, sa reconnaissance ayant déjà été faite pas les Arabes, implicitement ou explicitement.
Or cette solution ne fait pas l'unanimité dans le camp Israélien. Au moment où se tient la conférence de Madrid, la colonisation des territoires occupés se poursuit au grand dam de l'initiateur Américain par les extrémistes juifs.
Peut-ont éviter une solution à l'Iraquienne pour le réglement du conflit Israëlo-arabe?
L'Irak a été débouté de «Eldorado» Koweïtien par Bush et ses alliés sous parapluie Onusien, sans ménagement allant jusqu'à faire des milliers de victimes innocentes; sa souveraineté nationale continue d'être bafouée par la création d'une «Zone tampon» au nord de son territoire. Il est obligé d'accepter le survol de son territoire par des soi-disants avions des «Nations-Unies» sous le fallacieux prétexte de recherche de sites nucléaires.
Les nations-Unies ont retrouvé leur rôle, la suprématie américaine aidant. On ose croire que depuis la «libération» de Koweït, la légitimité du droit international ne souffrira plus d'aucune ambiguité et qu'enfin les résolutions 242 et 245 à l'encontre d'Israël seront respectées.
Dans cette logique, des décisions pour la destruction de tous les sites stratégiques et armes de destructions massives de la région (y compris ceux d'Israël) doivent être envisagées de façon systématique.
Ainsi justice sera faite et le Proche Orient pourra cesser d'être cet enfer permanent. Et si Israël continuait à faire fi de ces résolutions. Alors la solution à l'Iraquienne s'imposera car il n'y a que deux façons de resoudre un conflit : le dialogue ou la force. Le premier a déjà débuté à Madrid depuis le 30 Octobre vivement qu'il aboutisse en tout équité.
Autrement, le second...devra s'imposer. Bush et les Nations Unies ont-ils la volonté et les moyens de rétablir la paix au Moyen-Orient?
Un scepticisme demeure quand on sait qu'à l'ouverture de la conférence de Madrid, Bush a affirmé qu'il n'a rien à imposer aux partis en conflits.
Où est l'ONU, elle qui a été si prompte à ordonner la destruction de l'Irak ? La faiblesse et la mollesse des USA envers Israël se passent de commentaire, tel Aviv n'est pas Bagdad, ça on le sait.
Bush ne peut pas se servir du parasol des Nations Unis contre Israël. Les intérêts en présence s'y opposent. Des sanctions économiques contre l'Etat hebreux? Possible! Mais pour leur efficacité, on en doute.
De ce fait, l'issue du dialogue amorcé à Madrid démeure incertaine, à moins qu'Israël accepte de faire des concessions, consciente du fait que son destin ne peut indéfiniment continuer à se jouer à partir de Londres ou de Washington.
Bouka Tchienfola
et D.H.L
Le festival des compromis
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PEUT-ON FAIRE CONFIANCE AUX PARTIS POLITIQUES ? (fin)
LA POLITIQUE : UNE FICTION ?
Nous sommes obligés par ce qui précède de nous attarder sur les fondements du pouvoir politique dans son rapport avec les masses. La politique du moins, telle qu'elle se pratique dans les sociétés contemporaines a été bien définie par un professeur de l'Université Nationale de Côte d'Ivoire comme étant le «théâtre d'art». Le théâtre implique la représentation et l'art la fiction. D'où politique égale représentation fictive. La représentation théâtrale met en avant la fiction car toute pièce qui par malheur étale au grand jour sa «substructure» ou organisation matérielle court le risque de se faire siffler par les spectateurs. La mise en scène théâtrale est la même méthode utilisée en politique politicienne. C'est ce qui explique comment le peuple qui contribue à la mise en place du pouvoir se trouve en fin du processus être un hors-lieu qui de temps en autres reçoit des miettes pour subsister et produire. Sans vouloir incriminer quique ce soit, l'avènement du multipartisme et les imbroglios auxquels il a déjà donné lieu, confirme le caractère théâtral de notre politique.
Les nouveaux partis nous ont habitué à un fait insolite comme le désavoeux mutuel entre leaders d'un même parti. Il en est de même des alliances politiques qui se font et se défont au grand dam des militants de base. Si l'on s'en tient au fait que le premier objectif et l'objectif commun de l'opposition est de détrôner le parti au pouvoir, pourquoi alors toutes ces querelles puériles ? En notre connaissance, les compromis en politique ne sont pas mauvais en soi, sauf quand ils compromettent fondamentalement la vie du parti.
Or ici, il ne s'agissait que d'une alliance stratégique et peut être temporaire. Cependant, cela n'a pu être, pour des raisons que chacun d'eux continuera d'occulter. S'agit-il d'un problème de personne ou de structure ? Bien malin qui pourra y répondre. Ne faut-il pas voir derrière ces accrocs un problème de partage du gâteau une fois l'objectif atteint ? Le cas du FPI et du PIT pour la présidence du groupe parlementaire de la gauche à l'Assemblée Nationale n'est-il pas significatif? C'est dire que si les politiciens «driblent» les masses, ils ne s'épargnent pas entre eux.
Ce jeu de cache cache n'est pas inhérent à la seule opposition. Le parti au pouvoir, ébranlé par les menaces qui fusaient de toutes parts (aussi bien de l'opposition qu'en son propre sein) a largement ouvert ses portes aux jeunes afin de ne pas se saborder. Si aujourd'hui, on se félicite là bas de la cohésion retrouvée, force est de reconnaître que les frustrés ne manquent pas. La jeunesse qui entendait s'engouffrer dans les brèches ouvertes aux «flancs» du parti est presque restée sur sa faim. En guise de récompense, elle s'est vue faite des montagnes de promesses.
Certains ténors, qui ont également «laissé leur peau» dans l'affaire, n'ont pas encore dit leur dernier mot. La course à la députation à Cocody- qui a fait perdre un siège au PDCI - en est une illustration parfaite. «Ne se débarasse pas du manteau du pouvoir, qui le veut.» cette randonnée dans le monde titanesque de la politique nous permet de situer deux niveaux d'inquiétudes :
- un scepticisme à l'égard des modèles de sociétés qui nous sont proposés parcequ'ils sont caduques. Ici et ailleurs, ils ont donné les preuves de leur inadaptation et de leur dépassement. A cet égard, l'Afrique se présente comme un cimétière d'idéologies : libéralisme bourgeois, socialisme léniniste ou Maoïste, socialisme africain de Senghor et de Nyeréré...
Certes, les idéologies en elles-mêmes ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Le capitalisme et le socialisme, malgré des tares considérables, ont produits des valeurs matérielles considérables dans leurs fiefs respectifs. Elles ne le deviennent que par l'utilisation qu'on en fait.
Toutes les idéologies appliquées çà et là sur le continent, n'ont pas tenu compte des réalités nationales et des aspirations des peuples. Leurs voeux les plus légitimes ont été foulés au profit des différentes bourgeoisies nationales. Ces idéologies ont été considérées par les décideurs comme des «prêts à porter» capables de s'adapter à toutes les situations. Le résultat est bien connu de tous : déchéance matérielle, morale et spirituelle sur tout le continent.- Une peur bleue quant à la sincérité et au nationalisme des leaders politiques. Les querelles puériles et les coups-bas qu'ils se livrent ne justifient nullement les idéaux qu'ils prétendent défendre. Trouver une thérapeutie adéquate à cette «homophobie» équivaut à solutionner la problématique du devenir de la Côte d'Ivoire en particulier et de l'Afrique en général. Pour notre part, nous estimons qu'il est temps, grand temps qu'un feedback sincère s'instaure d'une part entre les masses et les dirigeants et de l'autre entre les leaders politiques au lieu d'une transparence de façade. Cela veut dire que le peuple, tout le peuple doit «voir clair» dans la gestion des affaires publiques. De même la répartition du revenu national doit se faire de façon équitable entre les citoyens et entre les régions. Il y va de l'avenir de l'unité nationale.
DHL
Laurent Dona Fologo du PDCI
Laurent Gbagbo du FPI
LES MUSULMANS ET LES FÊTES :
HALTE AU MIMETISME
Tchémogoba Ladji Bakary, cadre commercial, s'affaire avec sa petite famille réduite à sa femme et à ses trois enfants, dans leur luxueuse petite villa sise à Cocody les citronniers. La raison?
Nous sommes en Décembre. C'est bientôt les fêtes : Fête de l'Indépendance, du nouvel an, mais surtout la fête de la Noël.
Cette année, Madame Tchémogoba voudrait aller découvrir las Palmas pendant que les enfants souhaiteraient obtenir comme cadeau les derniers nés des jeux informatiques de cette fin de 20è siècle. Mais malheureusement, cette année, tous ces vœux ne pourront se réaliser. En effet Tchémogoba (à la pointe des informations économiques s'evertue à expliquer à sa petite famille que compte tenu de la baisse du coût de nos matières premières, consécutive à la détérioration du dialogue nord-sud, de la hausse du prix du baril enflammé de pétrole Koweïtien, les taux d'intérêt source de notre appauvrissement (Dieu leur avait pourtant dit de ne pas se lancer dans cette affaire) et enfin de l'inflation généralisée, le budget-fêtes de cette année va connaître une baisse drastique. Aussi devra t-on se contenter cette fois-ci d'une bonne fête à la maison dans une ambiance quelque peut austère.
Arbres de Noël, jeux de lumière, guirlandes ont été achetés. Ils serviront à décorer la maisonnée. Quant au réfrigérateur, il tient déjà au frais pastis, rhum, et autres boissons alcoolisées pour les invités, seulement pour les invités car on sait à la maison que Allah a interdit de boire de l'alcool. Même si de temps en temps, pour faire plaisir à des amis et pour respecter une tradition mondaine, Tchémogoba avale quelques gorgées de champagne fabriquée en Côte d'Ivoire . Et (il parait que sa saoule moins que ceux d'Europe et donc plus adapté aux musulmans modernes) entre deux éclats de rire cela arrive très souvent car tchémogoba Bakary et sa famille participent à toutes les fêtes ; fête de la Tabaski et du Ramadan, mais aussi toutes les «saintes fêtes «des cousins»
C'est la civilisation de l'Universel. Mais, c'est juste pour le temps que le seigneur nous accorde dans ce monde. Dans l'au-delà, il fera la part des choses entre les musulmans et les «civilisés de l'universel» qui devront repondre de leur vie amalgamée d'ici-bas. Quand est-ce que nos frères et sœurs musulmans comprendront qu'aucun aspect de leur vie ne doit se faire de manière hasardeuse en foulant au pieds les principes sacro-saints de leur religion? Pourront-ils enfin comprendre que la fête, au delà de l'aspect culturel a avant tout un fondement idéologique et spirituel?
A chacun sa religion, à chacun donc sa fête.
HAMZA
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Infos-Plume
ETATS-UNIS :
REAGAN ET LA BIBLE
Ronald Reagan se voulait le champion d'un patriotisme américain qui s'identifie au message biblique et fait des Etats-Unis la nouvelle Jérusalem. Il a émis des doutes sur la validité de la théorie de l'évolution DarWinienne et estime que la théologie de la création divine devrait être enseignée en parallèle dans les écoles. Il incrimine également le système éducatif «neutre» dénué d'éthique, auquel il impute la croissance de la criminalité et de la toxicomanie.
Dans une de ses interventions devant l'Association nationale des évangéliques, il déclara : «j'ai toujours pensé que ce pays béni a été spécialement mis à part, qu'un plan divin a placé ce grand continent ici, entre les océans, pour qu'il puisse être retrouvé par tous ceux qui éprouvent un amour particulier pour la foi et la liberté».
Rappelons que Reagan fit de 1983 «l'année de la bible».
S'il était ce que vous savez, on l'aurait taxé d'intégriste.
NEW-YORK :
ÇA S'ORGANISE
source le nouvel observateur.
Les musulmans de l'état de New-York viennent de constituer un conseil supérieur des dirigeants musulmans sous le nom de Majilis Ash-Shura. Le conseil comprend tous les grands Imams et leaders musulmans de New-York parmi lesquels : Al Amin Abdul Lauf, l'imam Masjid Muminoon et président du conseil ; Siraj Walraj l'imam de Masjid Taqwa, Zaheer Uddin, président de la section New-Yorkaise de l'Islamic Circle of North America (ICNA), Ali Rashid du Masjid Malcom Shabbag ; Ibrahim Abdullah, l'imam de Masjid Ikhwa.
BANGLADESH
Démocratie et défi économique
Les récentes élections au Bangladesh constituent un nouveau départ pour ce pays qui a été pendant longtemps dirigés par des régimes militaires.
Le Bangladesh Nationalist Party (BNP) qui a remporté ces élections aura pour tâche principal le redressement de l'économie ruinée par les militaires.
YOUGOSLAVIE :
UN NOUVEAU LEADER POUR LA COMMUANTÉ
Hadji Jakub Selimoski a été élu à Sarajevo comme le nouveau président de la communauté musulmane de la Yougoslavie. Pendant les deux dernières années Selimoski avait été le président par intérim de cette communauté. Il était au paravant président de la communauté musulmane de Macédoine. Il devient ainsi le premier dirigeant de la Umma islamique de Yougoslavie qui ne soit pas de la Bosnie-Herzégovine.
IRAN
LES DURS SE CONCERTENT
(source Iqra)
Du 19 au 22 Octobre dernier, s'est tenu à Téhéran la capitale iranienne une conférence de soutien au peuple palestinien et sa révolution. Plus de 400 participants étaient présents à cette rencontre. On notait à côté des iraniens la présence du Hezbollah libanais, du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), FDLP (Front Démocratique de Libération de la Palestine), du Soudan, de l'Irak pour ne citer que ceux-là.
Les durs qui ont rejeté au cours de leurs assises la validité des décisions qui seront prises à Madrid ont promis de faire payer aux organisateurs participants de la rencontre de Madrid et leur trahison de la cause palestinienne.
ALBANIE :
L'ISLAM REFAIT SURFACE
L'Albanie, pays européen à majorité musulmane, (87% sur une population totale de 3,2 millions) et jusque là le plus stalinien sur terre a introduit la liberté de culte après plus de 20 ans d'interdiction. Environ 100 000 fidèles se sont rendus le 18 Janvier 1991 pour la première prière de Vendredi à la célèbre mosquée Ethem-Bej de Tirana, la capitale depuis que le très orthodoxe leader communiste Enver Hoxha (lui-même d'origine musulmane) a interdit la religion en 1967. Son successeur l'actuel président Raniz Alca, lui aussi musulman, essaie maintenant de s'éleagner du communisme. Malheureusement pour lui, les albanais n'ont pas oublié qu'il était le protégé et bras de son parrain Lover Hoxha, l'égal du Tührer allemand pour ce peuple.
votre calendrier islamique : bientôt en vente.
les jeunes surrérogatoires, le mois de ramadan, les fêtes islamiques, les mois sacrés disponible à la petite Mosquée de la Riviera à la Librairie du Nord Tcville Bd Nanan Yamoussou, Librairie JECEDA au Plateau.
Tous les Samedi, à partir de 10 heures, cours d'initiation islamique et cours d'Arabe à la petite Mosquée de la Riviera.
Pour toute information, téléphoner au 43 - 39 - 13 ou contactez le bureau de la Ligue Islamique des Prédicateurs en CI
COMMUNIQUES
Le Comité Exécutif de l'Association des Elèves et Etudiants Musulmans de Côte d'Ivoire (AEEMCI) convoque les S/comités à l'Assemblée Générale ordinaire qui aura lieu le Mardi 24 Décembre 91 à 8h 30 au Collège Moderne d'Abobo.
Chaque S/comité devra venir avec son rapport d'activité 90-91 et son programme d'action 91-92.
Le Président Exécutif
Issa Diallo
L'Amicale des Anciens de l'AEEMCI organise du 27 Décembre au 02 Janvier 92 son séminaire de formation à San-pédro pour toute Information téléphoner au 43/47/58 ou 39/14/11
Journées islamiques à Yopougon du 22 au 31 Décembre 91
Au programme :
Conférence, jeux concours, commentaire du St Coran , projection de film, kermesse, nuit de prières.
Renseignements au siège de l'UJEMY (petite mosquée de Port-bouet 2)
PLUME Libre / DECEMBRE 1991 / Page 8
Linked resources
États-Unis : Reagan et la Bible
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