Article · Le Pays · March 10, 2017 Cite
Rôle des médias dans le dialogue des cultures et des religions : le décryptage de Boureima Jérémie Sigué
- Type
- Article de presse
- Publisher
-
Le Pays
- Date
- March 10, 2017
- Description
-
At the International Symposium on the Dialogue of Cultures and Religions, held in Ouagadougou from 3 to 7 March 2017, Boureima Jérémie Sigüe argues that the media have a major role in promoting peace and social cohesion. He presents them as ambivalent instruments that can foster interfaith dialogue, international citizenship and peaceful coexistence, but can also amplify extremism. He calls on journalists to uphold ethics and professional standards while confronting the dilemma of reporting on fanatical acts without becoming their relay.
Value Annotations
- AI Model - Summary
- GPT-5.6 Luna
- Subject
- Pauvreté
- Pluralisme religieux
- Réconciliation
- Intégrisme
- Extrémisme
- Terrorisme
- Radicalisation
- Albert Tévoédjrè
- Jean-Paul II
- Culture
- Médias
- Paix
- Language
- Français
- Source
-
Le Pays
- Contributor
-
Frédérick Madore
- Identifier
- iwac-article-0000294
- content
-
Du 3 au 7 mars 2017 s'est tenu à Ouagadougou le Symposium international sur le dialogue des cultures et des religions et ce, dans un contexte national et international marqué par la montée de l'intégrisme. A l'occasion, le Fondateur des Editions « Le Pays » a fait une communication que nous publions pour vous in extenso. Il démontre le rôle, ô combien important, que peuvent jouer les médias dans la promotion de la paix et de la cohésion sociales. Voici son décryptage. Lisez !
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Culture et religion, ces deux concepts sont consubstantiels l'un de l'autre. Il serait vain de chercher à édifier une cloison entre ces deux termes. Ils procèdent de l'Homme, de l'humanité et portent, depuis toujours, la marque profonde des âges. Et à l'inverse, on peut dire aussi que les âges portent tout autant leurs marques, leurs stigmates. Et si la culture est un ensemble de valeurs matérielles et immatérielles propres à une communauté humaine, la religion dont le support est la foi, est ce carburant qui fait mouvoir l'Homme dans son rapport à ce qu'il considère comme force sacrée supérieure ou énergie suprême dont il est la créature, le protégé, l'image visible. Si vous enlevez à l'Homme, ces deux dimensions que sont la culture et la religion, il se retrouve tragiquement nu comme une bête sauvage, un être sans repère, dans toute son animalité, totalement désacralisé, voire déshumanisé. De ce point de vue, la culture relève de la sphère des faits, des signes, des pensées, des images, des symboles, de toutes les valeurs qui caractérisent une communauté humaine. Sous cet angle, toutes les sociétés humaines ont leur culture, leur civilisation. Le relativisme culturel prend alors ici et partout sur la Terre, les allures d'une vérité absolue. Même les sociétés jugées les plus amorales ont leurs valeurs, leurs sensibilités, leur culture, leur religion, leur civilisation. Dès lors, il est dangereux, suicidaire et mortel de vouloir s'enfermer dans le fanatisme, la radicalité qui exclut toute rationalité, toute logique de compréhension de l'autre, regardé avec mépris, avec haine, ou, au mieux, avec condescendance. Toutes choses qui secrètent les prémices de la mésentente et qui préparent l'explosion et parfois même, la conflictualité.
Toutes ces guerres plongent les racines de leurs causes dans le mépris des uns pour la culture des autres, dans l'intolérance des uns à l'égard de la religion des autres
L'Europe, aux siècles passés, a connu ses guerres de religion. En Afrique, elles ont parfois été doublées de guerres ethniques. Toutes ces guerres plongent les racines de leurs causes dans le mépris des uns pour la culture des autres, dans l'intolérance des uns à l'égard de la religion des autres. Malheureusement, il continue à ce jour, de se jouer sur notre planète, une sorte de drame messianique dont les acteurs se trouvent aux deux niveaux principaux de la religion et de la politique utilisées souvent comme instruments au service d'ambitions inavouables et parfois avouées. Tout cela donne aux hommes de bonne volonté, quelques justes frayeurs. André Malraux a eu à dire que le 21e siècle sera un siècle éminemment religieux. Il faut surtout espérer que cette prophétie se réalisera dans son sens le plus positif, celui du raffermissement de la foi, de l'acceptation de l'autre dans sa différence religieuse et culturelle. Et c'est là qu'intervient le rôle des médias.
Aussi vrai que depuis Mc Luhan, nous vivons dans un village global ou planétaire, nous sommes tous aujourd'hui plus qu'hier, des citoyens de ce village. Nous sommes, du fait des médias, au sens large du terme, des passagers de l'Arche de Noé, du nom de ce personnage mythique qui avait rassemblé dans sa grande embarcation, tous les spécimens des créatures de la terre dans leurs différences naturelles. Aujourd'hui plus qu'hier, face à la montée de nombreux périls dont les principaux ont pour noms, extrémismes religieux, populismes politiques, fanatismes de toutes espèces, les médias ont une sorte de mission sacrée, voire divine qui les exhorte à la construction de la citoyenneté internationale, à la compréhension entre les peuples, à l'édification et au renforcement dans l'esprit des hommes, de la valeur théologale de la paix. De cette paix sans laquelle nous serons tous broyés à la moulinette de la misère morale et matérielle. Pour un monde de paix, de développement, de compréhension mutuelle, de cohabitation pacifique, de compréhension fructueuse entre les hommes, les médias doivent exercer leur pouvoir divin de bâtisseurs, de diseurs de vérité, de vérité féconde, de cette vérité sans laquelle il n'y a pas de grandeur ni de salut.
Les médias apparaissent comme des catalyseurs basiques de la stabilité mondiale
Les médias, plus que tout autre instrument, sont d'une importance sociale telle que la maîtrise de leur déontologie et de leur éthique, doit les transformer en facteurs très déterminants pour le dialogue des cultures et des religions, pour la paix, pour le développement. Sous cet angle, les médias apparaissent comme des catalyseurs basiques de la stabilité mondiale. L'influence incommensurable des médias, surtout en ce siècle, est, sous tous rapports, tangible et irréfutable. Mais, s'ils sont des instruments irremplaçables et prodigieux pour la construction du bien, ils le sont aussi pour la construction du mal. Oui, ils peuvent être aussi des instruments horribles de destruction. Un célèbre écrivain de la Renaissance disait avec beaucoup de hauteur que « science sans conscience n'est que ruine de l'âme». Cette pensée est suffisamment illustrative de l'indispensabilité de la formation des acteurs des médias. Au demeurant, Alfred Nobel ne dirait pas autre chose aujourd'hui, lui qui inventa la dynamique pour construire et non pour détruire.
Sans doute vivrions-nous dans le meilleur des mondes si les premières vertus des journalistes étaient la passion du juste, du bien, de la fraternité humaine qui transcende toutes les frontières. Sans doute le monde serait-il meilleur si l'éthique, la déontologie et la bonne foi constituaient la pierre philosophale, le sceptre totémique du journaliste, de cet homme qui a le pouvoir de chloroformer les esprits. « Si vous ne savez pas servir les hommes, vous ne sauriez servir les dieux », disait Confucius. Chaque journaliste, citoyen de ce village global qu'il a contribué à bâtir, doit prendre conscience de cette mission qui l'interpelle à chaque instant : celle de contribuer à bâtir un monde plus juste par le rejet de l'intolérance et du fanatisme religieux avec pour objectif humaniste final de fendre, de briser leur armure. Car, ces deux fléaux oublient que la liberté est l'un des biens les plus précieux que le Ciel ait accordé à l'Homme. Les serviteurs zélés de l'intolérance et du fanatisme oublient qu'une pensée non exprimée s'accentue à mesure qu'elle est réprimée ; que les guerres apportent très rarement pour ne pas dire jamais, des solutions correctes et définitives aux problèmes nationaux ; que toute idéologie qui s'appuie sur la haine est contre-productive et stérile. Ils ignorent que l'uniformité ringardise et que la diversité enrichit et vivifie. De fait, le fanatisme, le sectarisme, l'intolérance ne veulent même pas que le soleil brille pour tout le monde.
Le champ du mal est vaste et les Hommes de médias doivent donc rester dans la posture permanente du combattant qui craint le Ciel
Comme on le voit, le champ du mal est vaste et les Hommes de médias doivent donc rester dans la posture permanente du combattant qui craint le Ciel, qui aime et honore l'Homme dans toute sa diversité. Par son travail, il doit magnifier l'inter-culturalité, célébrer le vivre-ensemble, inciter à la paix, contribuer au progrès social. En tout état de cause, aujourd'hui plus qu'hier, l'Homme de médias de bonne foi et de bonne volonté peut faire l'heureux constat suivant : il y a de plus en plus une prise de conscience très forte sur l'indispensable grand pas à faire en direction du dialogue des cultures et des religions. En effet, entre 1975 et 2013, il a été créé à travers le monde, une trentaine de commissions à l'échelle des nations, toutes ayant pour objet le dialogue, la justice, la vérité et la réconciliation. La grande rencontre d'Assise en octobre 1986, initiée par le Pape Jean-Paul II, procède de cette volonté de dialogue. A l'échelle de l'Afrique de l'Ouest, on ne peut faire litière de la rencontre du Bénin en 2015, lors de laquelle une graine toute saine a été semée par l'éminent Pr Albert Tevoedjré. Une graine qui ne cesse fort heureusement de germer, comme on peut le constater à travers ce symposium de Ouagadougou. Plus récemment encore, on peut noter la rencontre du 22 au 24 février dernier au Caire entre le St Siège et la célèbre université d'Al Azhar, principale institution de l'Islam sunnite. Autant d'éléments qui traduisent à suffisance le désir des uns et des autres de rouler résolument les mécaniques du dialogue islamo-chrétien, et plus généralement du dialogue inter-religieux dans son ensemble. Mais il est vrai que de plus en plus, les choses se compliquent avec l'avènement d'Al Qaïda, de l'Etat islamique et la prolifération tous azimuts des extrémismes politiques. En tous les cas, la presse peut et doit faire sa part de combat.
Une problématique semble se poser à la conscience des acteurs des médias. Doivent-ils oui ou non se faire l'écho des coups d'éclat ou plus généralement des actes et paroles des adeptes du fanatisme religieux ?
Toutefois, une problématique semble se poser à la conscience des acteurs des médias. Doivent-ils oui ou non se faire l'écho des coups d'éclat ou plus généralement des actes et paroles des adeptes du fanatisme religieux et plus généralement de tous les extrémismes ? Au nom du droit des populations à l'information, les médias doivent-ils se comporter en «relais» des acteurs de l'intolérance, des déconstructeurs de tout dialogue qui n'hésitent parfois pas à aller, de façon tragique, au-delà du tolérable ? En tout état de cause, au nom de la liberté de la presse, au nom du droit pour tous à l'information, les médias sont, à leur corps défendant, «les complices» de l'extrémisme, parce que malheureusement, ils ne peuvent s'abstenir de parler des coups d'éclat de ces activistes. Sans aucun doute, l'extrémisme se nourrit des échos des médias qui ont pour mission première d'informer.
Ce n'est pas demain la veille que le combat contre tous les extrémistes prendra fin
Assurément, le combat contre l'extrémisme, l'intolérance, ne sera pas un combat de tout repos, et c'est une lapalissade de le dire. En effet, ces deux fléaux ont depuis toujours, inspiré leurs concepteurs et théoriciens qui disposent d'énormes moyens en termes de logistique et de finances. Ils ont des politiques audacieuses de communication et ils savent se servir des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Ils ont même, à tout moment, la possibilité de couper l'herbe sous les pieds des médias traditionnels en se servant des réseaux sociaux et autres.
Comme on le voit, ce n'est pas demain la veille que le combat contre tous les extrémistes prendra fin. Et d'ailleurs, prendra-t-il jamais fin ? On peut se le demander, si l'on se réfère à l'Histoire. Les Croisades, ces expéditions entreprises au Moyen âge par la chrétienté pour chasser les musulmans des lieux saints, l'Inquisition instituée par le pape Grégoire IX pour réprimer les crimes d'hérésie, d'apostasie, de sorcellerie et de magie, la résurgence et la persistance de vieux extrémismes, l'apparition de nouvelles formes de terrorismes religieux et culturels, légitiment très fortement hélas ! ce questionnement. Et il y a cette cruelle vérité de La Palice : le dialogue des cultures et des religions ne peut être fécond s'il occulte la pauvreté, l'ignorance et l'utilisation politique des religions ; toutes choses qui interpellent fortement et en permanence, les gouvernants et les organisations internationales.
Boureima Jérémie SIGUE
Journaliste – Ecrivain
Fondateur du Groupe de presse
Les Editions «Le Pays»
Ouagadougou, le 6 mars 2017
Symposium international sur le dialogue des cultures et des religions (3 – 7 mars 2017)
How to cite this item
“Rôle des médias dans le dialogue des cultures et des religions : le décryptage de Boureima Jérémie Sigué.” Le Pays, March 10, 2017. https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/2524.
Rôle des médias dans le dialogue des cultures et des religions : le décryptage de Boureima Jérémie Sigué. (2017, March 10). Le Pays. https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/2524
“Rôle des médias dans le dialogue des cultures et des religions : le décryptage de Boureima Jérémie Sigué.” Le Pays, 10 March 2017. https://islam.zmo.de/s/westafrica/item/2524.
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L’article valorise la foi, l’acceptation des différences religieuses et le dialogue islamo-chrétien, notamment à travers la rencontre entre le Saint-Siège et l’université d’Al-Azhar, tout en condamnant les extrémismes.
L'article valorise l'islam comme une composante essentielle du dialogue interreligieux et culturel, tout en critiquant les extrémismes qui se réclament de l'islam sans stigmatiser l'islam ou les musulmans en général.
L'article promeut le dialogue interreligieux et présente l'islam sous un jour favorable, notamment en citant « la célèbre université d'Al Azhar, principale institution de l'Islam sunnite », tout en condamnant uniquement l'extrémisme et l'intolérance, sans généraliser aux musulmans.
L'auteur valorise le « dialogue islamo-chrétien » et présente l'université d'Al Azhar comme un partenaire essentiel pour la stabilité mondiale.
L'islam est traité de manière symétrique aux autres religions dans un discours global sur la tolérance : les menaces (Al Qaïda, État islamique, « intégrisme ») sont balancées par des références positives (rencontre Vatican–Al Azhar, « dialogue islamo-chrétien »), et aucune orientation favorable ou défavorable spécifique à l'islam n'est engagée par l'écriture elle-même.
Centrality
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Secondary
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Le dialogue des religions, notamment islamo-chrétien, et la question de l’extrémisme religieux structurent une grande partie du texte, même si les médias et la culture constituent aussi des thèmes majeurs.
Le texte consacre une partie importante au dialogue interreligieux en mentionnant explicitement l'islam et des institutions islamiques comme Al Azhar, tout en abordant les défis posés par les extrémismes se réclamant de l'islam.
Le sujet principal est le rôle des médias dans le dialogue des cultures et des religions, l'islam n'apparaissant que comme l'un des partenaires de ce dialogue, à travers des mentions comme « Al Azhar » ou « le dialogue islamo-chrétien ».
L'islam est un axe majeur de la réflexion, avec des mentions explicites de l'université d'Al Azhar, du dialogue islamo-chrétien et des groupes Al Qaïda et État islamique.
L'islam apparaît à travers la mention d'Al Azhar comme « principale institution de l'Islam sunnite », du « dialogue islamo-chrétien » et des références à Al Qaïda et l'État islamique, mais ces éléments sont subordonnés au sujet principal, qui est le rôle des médias dans la promotion de la paix et du dialogue interculturel.
Subjectivity
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Very subjective
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Le texte est une communication fortement normative et rhétorique, qui attribue aux médias une « mission sacrée » et appelle au combat contre le fanatisme et l’intolérance.
L'article est une tribune d'opinion très engagée, où l'auteur exprime ses convictions sur le rôle des médias et la nécessité de lutter contre l'intolérance et le fanatisme, avec un ton moralisateur et une forte présence énonciative.
L'article est une tribune argumentée, avec des jugements explicites et un lexique fortement engagé, par exemple « les médias ont une sorte de mission sacrée » ou « l'intolérance, avec pour objectif humaniste final de fendre, de briser leur armure ».
Il s'agit d'une communication personnelle utilisant un lexique émotionnel et prescriptif tel que « mission sacrée, voire divine » ou « moulinette de la misère morale ».
Il s'agit d'une tribune personnelle publiée in extenso, traversée d'un lexique moralisateur et emphatique (« il est dangereux, suicidaire et mortel », « ces deux fléaux », « le champ du mal est vaste », « instruments horribles de destruction ») qui engage l'auteur dans un plaidoyer passionné sur le fanatisme religieux, sans distance énonciative.
