Lancé à Ouagadougou en 2001, le projet de Zone d'Aménagement Commerciale et Administrative (ZACA) a entraîné le destruction de plusieurs vieux quartiers résidentiels du centre-ville à majorité musulmane. Ce projet, les réactions qu'il a soulevées et le déplacement des résidents vers la périphérie qu'il a entraîné ont permis de constater la marginalisation de ces quartiers au sein de la ville, de même que l'existence d'une culture de mobilisation en leur sein. Le projet ZACA a en outre révélé l'existence de clivages au sein de la communauté musulmane, notamment entre les générations. Enfin, il a révélé les tendances récentes en ce qui concerne les relations entre l'islam et l'État burkinabé et, plus largement, entre la société civile et cet État.
Depuis 1983, des problèmes économiques récurrents ont amené le gouvernement burkinabé à solliciter l'aide de divers acteurs dans l'arène du développement. Impliqués à maints degrés dans les secteurs de l'éducation et de la santé, les religieux catholiques et musulmans poursuivent leurs actions à Ouagadougou avec plusieurs objectifs de nature humanitaire, prosélyte, socio-économique et politique. Ces visées permettent d'observer la capacité ou non d'agency de ces groupes religieux et de mesurer leurs dynamiques dans l'espace public. L'enseignement secondaire et les établissements de soins de santé confessionnelle nous permettent aussi d'appréhender la complexité des enjeux et des relations avec l'État. L'implication sociale des religieux influence le pouvoir de négociation qu'ils disposent au sein de l'espace public vis-à-vis de l'élite politique. Toutefois, chaque confession tire profit de ses activités différemment : l'Église catholique étant avantagée par une position établie dans l'action sociale, alors que les associations islamiques tentent de faire reconnaître davantage leur implication auprès du gouvernement.
Burkina Faso is an exception in the Sahel in that no politicisation and ideological radicalisation of Islam has taken shape in the public space. This paper – the first version of a chapter in an upcoming book – analyses both the causes and the implications of this fact. The historical analysis of the formative process of the Burkinabe nation reveals that Islamisation is a recent development in the country as compared to other parts of the Sahel. It came about as a result of the colonial transformation of societies in the area of future Burkina Faso, in the first half of the twentieth century and progressed in competition with Catholicism. While Islam later became the country's majority religion, the singular aspects of Burkina Faso's history – again, relative to its neighbours – have created a society marked by religious pluralism, and a very specific form of ‘consensual secularism.' In this context, an Islamic public space has emerged where various doctrinal currents – modernist reformists, Wahhabis, Sufis – struggle to assert themselves, but which leads to an enduring combination of subordination to and partnership with Burkina's successive regimes, especially as influential Muslim merchants largely control the all-important trade economy of the country. This result does not imply that Muslims in Burkina are politically quiescent, but that they tend to mobilise politically not as Muslims, but as citizens of Burkina, as is testified by the country's stormy political history. The case therefore teaches us to avoid essentialising Muslims' existence in the political arena.