id 78376 Url https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/78376 Modèle de ressource Newspaper article Classe de ressource bibo:Article Titre Economie : la problématique de l'intérêt bancaire et le profit dans l'Islam Créateur Moussa Diakité Sujet https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/5 Laïcité Editeur https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item-set/2202 L'Appel Date 1997-11/1997-12 Droits In Copyright - Educational Use Permitted Est une partie de https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/12110 L'Appel #18 Contenu Nous bouclons dans ce numéro, la réflexion du frère Moussa Diakité sur la problématique de l'intérêt bancaire et du profit dans l'Islam. Le fait d'une utilisation quasi universelle de l'intérêt ne constitue pas, à cause précisément de cette universalité, un motif suffisant pour rejeter les dispositions de la Shari'ah qui interdisent la pratique de l'intérêt. Le désir et la volonté des êtres humains et les exigences de leur époque ne suffisent pas pour changer la Shari'a ou même d'en suspendre l'application dans la mesure où il s'agit de dispositions divines ou de la Sunna et non de dispositions résultant de l'effort d'interprétation d'une génération passée et découlant de l'Ijtihad. Dans les années soixante dix, le tiers monde s'est attaché à remettre en cause les fondements de l'ordre économique mondial existant. Cette remise en cause était justifiée par des raisons, économiques, financières, monétaires et aussi d'ordre moral et juridique. L'offensive fut menée au niveau des Nations-Unies, de la Banque Mondiale, du F.M.I., de la CNUCED, de la C.E.E./A.C.P., etc. En réalité, sur le plan de la doctrine pure, personne dans les pays développés n'ose s'opposer à la revendication des Etats en développement tendant à l'édification d'un nouvel ordre économique. En cette fin de second millénaire caractérisé par une crise socio-économique aiguë et généralisée, on s'aperçoit que la mondialisation de l'économie qui provoque l'uniformisation culturelle, comporte plus d'inconvénients que d'avantages. Le dernier sommet des chefs d'Etat du G 7 à Lille en avril 1996 a mis à nu cette triste réalité au point que le Président Jacques Chirac a présenté une troisième voie entre la mondialisation et l'atomisation de l'économie. Le monde, surtout les pays industrialisés, est conduit de plus en plus à admettre que les mécanismes bancaires et les exigences financières ne sont pas - tant s'en faut- adaptés aux besoins légitimes des populations des pays sous-développés plus nombreuses que les autres populations de la terre. La même remarque est valable à bien des égards pour les pays développés qui sécrètent de plus en plus des exclus sans domicile, sans culture, sans identité et sans perspectives. Cette prise de conscience est importante à souligner, car elle constitue une des preuves tangibles qu'il doit y avoir une alternative au système économique actuel dans plusieurs de ses fondements et de ses applications. C'est dans ce cadre qu'il faut situer la problématique de l'intérêt. De nombreuses raisons basées sur des faits irrécusables justifient et légitiment l'interdiction de l'intérêt. Ces raisons, en partie examinée, ont permis de montrer les nombreux inconvénients qui s'attachent à la pratique de l'intérêt. Conscient de ces inconvénients majeurs, le monde islamique peut-il se soustraire à cette loi de l'économie mondiale ? A cause de la mondialisation de l'économie, il est difficile à un état islamique d'éviter la pratique de l'intérêt dans les relations avec le monde extérieur (financement du développement, commerce extérieur, placement des fonds, etc). A cet égard, on peut invoquer la clause de la nécessité (darouriya) qui justifiera une telle dérogation. Toutefois, chaque fois que l'Etat islamique peut éviter de recourir à la pratique de l'intérêt, il doit le faire obligatoirement. A cette fin, il s'impose à chaque Gouvernement islamique de s'engager dans la voie de l'intégration économique des Etats islamiques en vue de créer un marché commun, une monnaie unique et une économie intégrée basée sur les règles de la Shari'ah. En d'autres termes, il s'agira de construire ici et maintenant la "oumma ". Les Etats islamiques en ont les moyens et c'est une obligation divine. En effet, la question se pose de savoir pourquoi la communauté musulmane mondiale (la " Oumma ") n'a-t-elle pas créé un système de Gouvernement, de droit, de banque, de finances, une monnaie unique convertible comme jadis elle l'avait fait durant des siècles dans le cadre d'une grande tolérance religieuse. Il s'agit d'un défi qui interpelle le monde islamique aujourd'hui éparpillé et divisé entre pays musulmans (n'appliquant pas la Shari'ah) et Etats islamiques se réclamant de la Shari'ah qu'ils appliquent intégralement. Le monde musulman d'Asie, d'Afrique, d'Europe, d'Amérique et des Iles du Pacifique, vit sur une aire géographique qui s'élargit, atteignant plus du tiers de la planète tandis que la variable démographique connaît une grande poussée jugée alarmante à tort par le Nord. Aucun pays n'échappe à l'expansion continue de l'Islam qui comprend à ce jour environ 1,4 Milliard de musulmans, soit le cinquième de la population mondiale. En outre, cette aire géographique recèle en ressources du sol plus de la moitié des richesses minières de la planète. Le monde musulman assure actuellement 41 % de la production pétrolière mondiale et contient 63 % des ressources pétrolières connues dans le monde. On peut citer d'autres exemples. Ainsi, la communauté musulmane dispose d'énormes ressources dans tous les domaines qui lui permettent d'exister et d'aspirer au rôle d'une grande puissance. Certes, face à ces nombreux atouts d'extrême importance, existe un environnement international quelque peu hostile nourri par un anti-intégrisme primaire dont les germes sont en général inoculé par l'Occident. Cette croisade renforce d'ailleurs la prise de conscience des musulmans qui sont convaincus que l'Islam constitue désormais le seul enjeu du troisième millénaire qui commence. Cette raison doit conduire le monde musulman à assurer la difficile unification des états qui le compose en tant qu'Oumma, cette communauté égalitaire des croyants que Dieu demande aux musulmans de créer en vue d'appliquer l'incrustable volonté du Tout puissant sur terre. Seul le regroupement des Etats musulmans sur une base solidaire, parce que fraternelle et inspirée avant tout et surtout par la foi unitaire en Dieu, peut conduire le monde musulman à créer un système politique, juridique, judiciaire, culturel, économique, financier et monétaire à travers un ordre islamique dont la pérennité est d'avance garantie par Dieu. Le Monde musulman est capable de relever le défi de son unité pour construire la Oumma. Et cette communauté offre le modèle de vie valable sur tous les plans et pour tous les temps à travers la transcendance divine à la lumière de la rationalité du Coran et de la Sunna. Dans ce cadre et en ce temps de recul de l'irréligion malgré un athéisme arrogant et de triomphe d'une laïcité impie, le système islamique apparaît comme une utopie parfaitement réalisable ici et maintenant. On observera que le monde islamique n'a pas fourni l'effort nécessaire pour faire valoir l'économie islamique et en particulier les avantages attachés à l'interdiction de l'intérêt qui implique en contrepartie l'adoption des différents mécanismes de financement islamique que nous avons examinés. Tant au niveau de la doctrine (Coran, Sunna et itjihad) qu'à celui de la pratique, le monde islamique doit faire connaître l'économie islamique dans ses différents mécanismes et procédures. Bamako, le 26 Avril 1996 Moussa Diakité Inspecteur Principal des Douanes Ministère des Finances Numéro 18 Nombre de pages 1 Pages 10 --