id 78372 Url https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/78372 Modèle de ressource Newspaper article Classe de ressource bibo:Article Titre Islam et Laïcité Créateur Momar Kane Sujet https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/5 Laïcité Editeur https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item-set/2202 L'Appel Date 1997-05/1997-06 Droits In Copyright - Educational Use Permitted Est une partie de https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/12113 L'Appel #15 Contenu Que veut la laïcité ? Que peut-elle ? Est elle compatible avec l'Islam ? etc... Ce sont là autant de questionnements souvent à l'ordre du jour pour certains, Pourquoi la religion, considérée comme une affaire privée et du ciel viendrait se mêler du politique et du terrestre ? Quel genre de rapports peut-il y avoir .....entre l'Islam et la laïcité ? C'est pour répondre à ces différentes interrogation que ce numéro de votre bimestriel a choisi de consacrer ses pages au thème de la laïcité. Le Robert Tome 4 dit ceci : "laïc rare jusqu'au XVIe siècle : "qui ne fait pas parti du clergé, "Qui est indépendant de toute confession religieuse". Le Petit Robert précise : "C'est le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse, l'Etat n'exerçant aucun pouvoir religieux et l'église aucun pouvoir politique". Le Grand Larousse encyclopédique nous apprend que : "le laïcisme (mot qui comme cléricalisme date du 19e siècle) tend à limiter l'influence de la religion sur la vie publique. Il trouve son origine profonde dans les luttes qui marquèrent au 19e siècle la fin de l'hégémonie pontificale et de la théocratie". Le Grand larousse ajoute : "La Laïcité a été le reflexe de la troisième république naissante. Elle se nourrit d'une opposition idéologique à laquelle se rallient républicains (que menaçait le retour de la royauté) protestants et israélites effrayés par le dogme de l'infaillibilité... toute la vie devait dès lors être marquée par la coupure confessionnelle; de la neutralité, les républicains maudits par la droite et l'église passent au laïcisme militant et à l'anticléricalisme". Ces définitions laissent clairement comprendre que la laïcité concerne d'abord et avant tout la religion catholique. Aussi, nous paraît-il indiqué de retracer les circonstances historiques qui ont jalonné les rapports de celle-là à celle-ci. Contexte de naissance de la laïcité Il est rare de consulter un ouvrage classique consacré à l'histoire de l'Europe médiévale où l'église n'est pas présentée comme une institution totalitaire et obscurantiste, intolérante vis-à-vis de ceux qu'elle considérait comme des hérétiques et vis-à-vis des savants et de toute forme de savoir contraire à ses vues. De religion martyre au début, le Christianisme, une fois devenu fort par accointance avec le pouvoir temporel pratiquement depuis le règne de Constantin, s'est mué, à l'encontre d'ailleurs de son esprit, en inquisiteur. Les unitairiens furent ses principales victimes : Servettus (1511-1553) unitairien fut brûlé vif sur le bucher, suite à ses vigoureuses dénonciations du trinatarisme aussi bien que du réformisme formaliste des protestants luther et calvin. Selon E. Brehier (histoire de la philosophie) : "Durant les cinq (5) premiers siècles de l'ère chrétienne, les absurdités anti-scientifiques du monde grec ont été dominants sans que le christiannisme n'y apporta aucun démenti : monde unique et limité, géocentrisme, opposition de la terre et du ciel. Tout cela persistera jusqu'à l'époque de la renaissance; au cosmos grec se juxtapose à la vie spirituelle des chrétiens sans que naisse une notion nouvelle des choses". On rapporte qu'en 1209, le synode de Paris décrétait comme péché la lecture des ouvrages de sciences naturelles. A la même époque, la bibliothèque de la Courdoue musulmane contenait 400 000 volumes. Un fait historique unanimement reconnu est la vive et violente opposition de l'Eglise à la thèse de Galilée selon laquelle la terre tournait autour du soleil et qui valu à ce dernier d'avoir été emprisonné. On peut donc, en considération de ces données historiques incontestables, affirmer que la laïcité fut le résultat d'un combat intellectuel. Ce combat, on le sait, devait par la suite déboucher d'abord, sur le rationalisme avec Descates qui excluait la réflexion sur les fins, ensuite sur le positivisme avec Auguste comte qui prétendait réduire le monde à la seule dimension des faits et des lois et, enfin, avec Marx (ou le marxisme) qui tira la conséquence extrême de la défaite de l'église en niant l'existence de Dieu et en accusant l'Eglise, et au-delà de l'Eglise, toute autre institution religieuse d'être une source d'aliénation religieuse et politique. L'histoire nous apprend aussi qu'en prenant de l'importance grâce à l'élargissement constant de ses adeptes le Christianisme a fini par être associé au pouvoir. A ce propos, Abderrahmane Benamara nous dit : "Avec l'introduction officielle du christianisme dans l'empire romain par Constantin, l'Eglise servit à légitimer le pouvoir de l'empereur". Cette association au pouvoir eut, cependant, une évolution en dent de scie. On sait, en effet, qu'une longue lutte aux nombreux recouvrements a opposé, en Europe, durant pratiquement tout le Moyen-âge, l'Eglise catholique au pouvoir temporel. L'aboutissement qui aurait pu être plus catastrophique pour la première fut un modus vivendi qui reconnut à chaque partie sa sphère de compétence (voir, à cet effet, l'ouvrage de René Guénon intitulé : autorité spirituelle et pouvoir temporel). L'Eglise n'a jamais voulu, cependant, se contenter du rôle auquel on voulait le confiner; aussi, dès qu'elle s'est sentit assez forte, elle essaya de s'imposer à l'empire dans la fameuse lutte du sacerdoce et de l'empire, qui eut un premier épilogue à Canossa avec la victoire de la papauté; victoire éphémère, car elle succomba sous les coups, à la fois, de la fronde théologique protestante et la défiance marquée des populations qui furent en butte à toutes les formes d'exactions. Ce fut l'épiscopat allemand et surtout Luther qui le premier s'indigna des pratiques simoniaques : En effet, à cette époque correspondant à la papauté de Léon X, il y eut la fameuse pratique des indulgences : pour pouvoir financer les multiples travaux de prestige, le dernier recours du Pape, soucieux de faste, de distinction et d'élégance, c'était de faire vendre des places au paradis; ainsi, pour l'absolution de toute espèce de crime, il fallait, pour être absolu du péché de sodomie par exemple, payer vingt (20) ducats, pour la fornication, le prix de l'absolution n'était que de deux (2) ducats. Face à cette adversité généralisée qui ne manquait pas d'arguments, l'Eglise dut se résigner à laisser le pouvoir temporel à l'Empereur et aux rois des différentes nations chrétiennes, accepta son rôle de censeur moral et surtout donna sa bénédiction à la légitimation divine du pouvoir royal. L'église eut cependant bien des lois des velleités de retour en connivence avec la féodalité battue par l'élite bourgeoise naissante lors de la révolution de 1789; notamment sous la Restauration et le second empire. Aussi, y eut-il de tumultueuses offensives anti-cléricales dont le premier aboutissement fut la laïcisation de l'instruction en 1882. On se souvient encore des terribles propos de Victor Hugo le 15-1-1850 à l'Assemblée législative française, lors de l'examen d'une réforme de l'enseignement présentée par le légitimiste Falloux, alors qu'il s'adressait au parti clérical: "C'est lui le parti clérical qui a fait défense à la science et au génie à aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'à fait l'intelligence de l'Europe, elle les a fait sans lui et malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain mais au verso". Le parti clérical ne sera cependant définitivement vaincu qu'à l'avènement de la troisième République. C'est, en effet, en 1905 sous le gouvernement des radicaux sociaux tous franc-maçons (il est attesté que sous Combes, la moitié du gouvernement était composée de francs-maçons, alors que 80% de hauts fonctionnaires étaient inscrits à une loge) qu'on a voté et promulgué la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat et, du coup, verrouillé les possibilités du retour de l'église comme ce fut le cas sous la restauration ou le second Empire. Celle-ci accepta le devoir de réserve dans les affaires publiques et, en échange, l'Etat s'interdit de s'immiscer dans les affaires internes de l'Eglise. Cette rivalité entre la Franc-maçonnerie et l'Eglise mais aussi avec toutes les religions révélées continue sous plusieurs formes. La première est demeurée plus que jamais fidèle à l'idéal de Jules Ferry qui confia un jour à Jean Jaurès : "Mon but est d'organiser l'humanité sans Dieu"; aussi, avec l'arrivée du parti socialiste au pouvoir en France en 1980, la loge du Grand-Orient de Paris qui contrôlait la politique intérieure et extérieure de la France avait voulu, par la loi Savary, substituer définitivement l'enseignement laïc à l'enseignement confessionnel. La manœuvre échoua grâce à la mobilisation de l'Eglise soutenue par toute la droite. Rappelons avant de fermer cette partie que la troisième République correspond à l'action anti-islamique coloniale dans les territoires d'Outre-mer. L'arrêt du 15 juillet 1903 portant réorganisation des écoles musulmanes au Sénégal et la lettre n° 468 du 29 juillet 1904 du gouverneur général de l'AOF à Gorée témoignent, si besoin en était, du caractère violemment anti-religieux de la laïcité. L'argument-massue des tenants de la laïcité réside, semble-t-il, dans la parole suivante de Jésus : "Rendez à César ce qui est à César". Quand on lit, cependant, dans l'Evangile selon Marc, les circonstances dans lesquelles, celui-ci les a prononcés, on peut légitimement douter qu'il a voulu par là consacrer la laïcité : "Ils envoyèrent auprès de Jésus quelqu'uns des Pharisiens et des héordiens, afin de le surprendre par ses propres paroles. Et ils vinrent lui dire : "maître nous savons que tu es vrai, et que tu ne t'inquiètes de personne; car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes, et tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. Est-il permis, ou non, de payer tribut à César? Devons-nous payer ou ne pas payer? Jésus connaissant leur Hypocrisie, leur répondit : pourquoi me tentez-vous? Apportez-moi un denier afin que je le vois. Ils en apportèrent un; et Jésus leur demanda : De qui sont cette effigie et cette inscription? De César, lui répondirent-ils, alors il leur dit : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils furent à son égard dans l'étonnement". Marc, 12, 13, 17. Momar Kane Numéro 15 Nombre de pages 2 Pages 8 9 --