Article
EDITO. Rencontre de l'O.C.I. au Burkina : au nom des seuls pétrodollars ?
- Titre
- EDITO. Rencontre de l'O.C.I. au Burkina : au nom des seuls pétrodollars ?
- Type
- Article de presse
- Editeur
-
L'Appel
- Date
- mars 2000
- numéro
- 31
- pages
- 2
- nombre de pages
- 1
- Sujet
- Laïcité
- Langue
- Français
- Est une partie de
-
L'Appel #31
- contenu
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Du 28 juin au 02 Juillet 1999, s'est tenue dans la capitale du Burkina, la Conférence Islamique des Ministres des Affaires Etrangères (CIMAE).
Pour la première fois que leur pays abritait une rencontre officielle de l'Organisation de la Conférence Islamique (O.C.I.), l'événement était attendu avec beaucoup d'espoir par les musulmans burkinabé.
C'était-là une occasion rêvée pour montrer à la face du monde que le Burkina Faso, pays laïc comme aiment à le rappeler les inconditionnels de ce courant, compte en son sein des musulmans et en majorité, s'il vous plaît. La communauté musulmane ne pouvait donc que saluer le choix porté sur notre pays par toute la Oumma islamique mondiale. Les 60 % de musulmans dont tous les chiffres officiels créditent le pays des hommes intègres méritaient bien qu'une rencontre de l'instance qui représente les musulmans au plan international se tienne au Faso, même si les organisateurs de la CIMAE se sont évertués à montrer tout le contraire.
En effet, aux questions malveillantes de certains confrères sur l'intérêt pour le Burkina d'accueillir une rencontre mondiale de l'Islam, les premiers responsables du Comité d'Organisation n'ont eu de cesse à répéter que l'O.C.I., ce n'était pas une affaire des seuls musulmans. Et de rappeler pour se justifier, les nombreuses réalisations de l'organisation et de ses organismes spécialisés dans plusieurs secteurs du développement. Bien ignorant serait ce citoyen des pays en développement qui dénierait à l'OCI ce rôle de grande pourvoyeuse d'aide aux nations les plus pauvres de la terre. Les retombées de ces précieux concours apportés par la Banque Islamique de Développement (B.I.D.), les Fonds Koweïtiens et Saoudiens pour ne citer que ces organes dans le cadre de l'O.C.I, profitent aux citoyens des pays concernés sans exclusive.
Est-ce pour autant que l'O.C.I. n'a rien à voir avec l'Islam et qu'il faut s'y intéresser seulement parce qu'il y a des pétrodollars à empocher ? Visiblement, cette vision mercantiliste à laquelle on tente de ramener l'adhésion d'Etats partiellement musulmans comme le Burkina à l'O.C.I. aura été celle des organisateurs de la CIMAE de Ouagadougou et c'est bien dommage !
Le très peu de place faite aux musulmans burkinabé, voire l'exclusion de la communauté musulmane en tant qu'entité nationale de ce qui n'était en réalité que son affaire, repose encore cruellement la question de la représentativité de l'Islam dans notre pays. L'argument de la laïcité du pays que l'on n'hésite pas à brandir à tous les coups pour mieux phagocyter les initiatives de la communauté islamique ou simplement exclure ses membres de la gestion de leur propres affaires est ici battu en brèche. Car, envisager une manifestation de la dimension de la CIMAE, dans un pays qui compte plus de 50 % de musulmans, sans même avoir eu la courtoisie d'informer les associations islamiques, ressemble à un manque de considération. C'est une insulte en plus aux musulmans lorsque les auteurs d'une telle maladresse oublie délibérément de dire à ceux qui semblent ne pas voir l'utilité d'une telle rencontre, que le Burkina est tout de même un pays majoritairement musulmans, au moins selon les chiffres officiels. Loin de toute considération particulariste, de toute arrière pensée, cette dimension islamique méritait d'être respectée. Les musulmans du Burkina n'en demandaient pas plus.