Article · Le Nouvel Horizon · 30 septembre 1994 Citer
Séminaire de Bouaké : la spécificité de la communauté musulmane est une richesse pour tous
- Type
- Article de presse
- Créateur
- Watson K.
- Editeur
-
Le Nouvel Horizon
- Date
- 30 septembre 1994
- Description
-
Les 24 et 25 septembre, le FPI a réuni à Bouaké ses cadres au cinéma Liberté, sous la présidence de Laurent Gbagbo, pour étudier les rapports entre monde musulman et politique en Côte d’Ivoire. Les conférences ont présenté une communauté représentant environ 37 % de la population, structurée autour du CNI et du CSI, et ont recommandé une mobilisation de proximité respectueuse des pratiques religieuses, des leaders et des réalités sociales. Le texte explique aussi la défiance envers le PDCI par le maintien de restrictions héritées de la colonisation, notamment pour les écoles coraniques et le pèlerinage à La Mecque.
Annotations de valeur
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- nombre de pages
- 1
- Sujet
- Front populaire ivoirien
- Laurent Gbagbo
- Félix Houphouët-Boigny
- Conseil National Islamique
- Conseil Supérieur Islamique
- Parti Démocratique de Côte d'Ivoire
- Politique
- Colonialisme
- Éducation
- Démocratie
- Commerce
- Conflit
- Langue
- Français
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-article-0011706
- contenu
-
SEMINAIRE DE BOUAKE
La spécificité de la communauté musulmane est une richesse pour tous
Les 24 et 25 septembre derniers, sur invitation du SENAFOP (Secrétariat national à la formation politique du FPI), les cadres du FPI se sont réunis au cinéma "Liberté" de Bouaké pour réfléchir sur le thème "Le monde musulman et la politique : le cas de la Côte d'Ivoire". Avant de proposer quelques solution pour aider à mobiliser dans ce milieu, les conférenciers ont exposé les raisons qui justifient l'attitude actuelle des musulmans face à la politique, et qui fait de leur communauté une entité bien à part.
Présidé par le Secrétaire général du parti lui-même, M. Laurent Gbagbo, le séminaire du FPI sur "le monde musulman et la politique" n'aura duré que deux jours. Après la cérémonie d'ouverture le samedi 24 septembre qui s'est transformée en un véritable meeting populaire, dans la salle archi-comble du cinéma Liberté du quartier Sokoura, les travaux ont véritablement démarré avec les conférences données par d'éminentes personnalités politiques et universitaires, dont des spécialistes des questions religieuses, et plus singulièrement de l'Islam. Les conférenciers, au nombre de trois, ont présenté l'Islam en Côte d'Ivoire, son organisation socio-culturelle, et décrit l'attitude des musulmans vis-à-vis de la politique depuis les indépendances.
Avant de revenir sur ce dernier aspect des exposés, parcourons ensemble dans les grandes lignes les spécificités du monde musulman et les quelques propositions retenues dans un premier temps pour aller à sa conquête.
Au crépuscule du XIIe siècle, l'Islam avait déjà pénétré tout le Nord de la Côte d'Ivoire par le biais du commerce de la cola, l'or et les esclaves.
Jusqu'au XIXe siècle, toute la Côte d'Ivoire devait être cemée. Mais du fait de la première pénétration par les populations du Nord, qui se sont elles aussi adonnées largement au commerce, les thèmes "musulman", "dioula" ou encore "homme du Nord" ont-ils été à la longue prononcés à tort et à travers pour désigner la même personne.
Les conférenciers ont enseigné aux séminaristes que l'Islam qui touche environ 37% de la population ivoirienne est organisé en une aristocratie et une bourgeoisie d'une part (notables, chefs religieux, hommes d'affaires) et la couche populaire (les petits vendeurs et acheteurs), d'autre part. L'Islam étant une force revendicatrice, ses adeptes ont à travers l'histoire lutté contre toute hégémonie, et en particulier contre l'implantation coloniale.
La tradition montre que le guide spirituel a toujours été leader d'opinion et leader politique dans la société musulmane. Par ailleurs, la nation islamique, diront les conférenciers, a toujours fait fi des frontières. Pour le musulman, on est chez soi là où on vit.
Concernant son organisation, le monde musulman en Côte d'Ivoire est aujourd'hui dans la tourmente d'une lutte intestine qui oppose ses deux principales associations, à savoir le CNI (Conseil national islamique) et le CSI (Conseil supérieur islamique), dont le dernier est dit avoir été créé sur instigation de la présidence de la République dans les années 70 pour contrôler l'avancée de l'Islam.
Ainsi, en retenant en substance que le monde musulman se présente comme une communauté attachée aux valeurs traditionnelles et religieuses, ainsi qu'aux valeurs démocratiques - le Coran commande aux hommes de se battre pour dire la justice là où il y a l'injustice -, en considérant le caractère pieux et pudique des comportements dans la communauté musulmane, en prenant en compte la grande solidarité dont font preuve les musulmans les uns envers les autres, mais aussi et surtout en se fondant sur l'attitude réservée et incrédule des musulmans vis-à-vis des hommes politiques et de la politique depuis les indépendances, attitude née de la marginalisation dont ils ont été l'objet par rapport au monde chrétien aujourd'hui, comme sous les colons, le séminaire a égrené les quelques propositions suivantes comme celles pouvant permettre au FPI de mobiliser et de battre campagne dans ce monde spécifique :
- le militant FPI qui approche le milieu musulman doit bien le connaître au préalable dans ses habitudes (ne pas entrer chez un Iman en chaussures, ne pas aller vers les musulmans dans une tenue vestimentaire obscène, etc.) et connaître l'Islam ;
- il faut être actif et correct dans les associations et mouvements islamiques ;
- le "pêcheur" de militants, de sympathisants ou d'électeurs dans le monde musulman doit avoir une carrure rassurante ;
- les meetings populaires n'étant pas efficaces dans ce milieu, il faut faire le corps à corps en rendant visite à domicile ;
- il faut avant tout identifier les leaders d'opinion (les Congolo Ba) et les chefs de groupe dans le monde musulman ;
- il faut aussi identifier les hommes qui sont en dehors de la communauté musulmane, mais l'influencent ;
- la personne du candidat comptant pour beaucoup aux yeux des musulmans, il faut soigner son image, aussi bien dans son apparence que dans sa moralité ;
- le message doit véritablement coller aux réalités économiques et sociales quotidiennes de la communauté en question, etc.
WATSON K.
Pourquoi les musulmans ne croient plus au PDCI
Après avoir vaincu la résistance musulmane (Samory Touré, El Hadj Omar, etc.) qui s'était opposée à son implantation, le colon a pris des lois restrictives pour freiner l'expansion de l'Islam et l'épanouissement politique, économique et socio-culturel des musulmans en Côte d'Ivoire. Ceux-ci sont retournés à leur commerce pour faire fortune.
Quand l'heure de la lutte pour la décolonisation a sonné, la communauté musulmane est sortie de son silence pour cette fois-ci s'engager farouchement aux côtés du PDCI, avec à sa tête Houphouët-Boigny qui lui a alors fait la promesse de la réhabiliter s'il prenait le pouvoir. Mais lorsqu'il est parvenu au pouvoir, Houphouët a bien au contraire maintenu les mêmes lois coloniales, et a même pris d'autres dispositions pour brimer les musulmans. Par exemple, les écoles coraniques sont sous la tutelle du ministère de l'Intérieur au lieu d'être sous celle du ministère de l'Education nationale comme les écoles chrétiennes lesquelles, d'ailleurs, reçoivent des subventions ; l'enfant qui fréquente l'école coranique n'est pas admis à l'école laïque, contrairement à l'enfant de l'école chrétienne. D'autres restrictions telles les difficultés du déplacement à la Mecque imposées aux musulmans depuis toujours ont fini par les persuader que les hommes politiques, quel que soit leur parole d'aujourd'hui, s'avèreront toujours demain des "fagnan fô mongo" (diseurs de mensonges).
En conséquence, les musulmans se seraient dit ceci en définitive : nous ne faisons plus confiance aux hommes politiques, et s'ils viennent solliciter notre suffrage, plutôt que d'attendre la réalisation de leurs promesses (qui ne sont jamais tenues), sur champ, nous réclamons la contre-partie en espèces. Car, pensent-ils, c'est de leur communauté qu'on ne veut pas.
Voici là expliquée la raison du comportement politique et électoral de la communauté musulmane, par les concernés eux-mêmes. Toutefois, ils pensent et osent croire qu'avec le FPI, "sini" (demain) ne pourra pas être "bi" (aujourd'hui) encore moins "kounou" (hier).
W.K.
Comment citer ce document
K., Watson. “Séminaire de Bouaké : la spécificité de la communauté musulmane est une richesse pour tous.” Le Nouvel Horizon, 30 septembre 1994. https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/76416.
K., W. (1994, septembre 30). Séminaire de Bouaké : la spécificité de la communauté musulmane est une richesse pour tous. Le Nouvel Horizon. https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/76416
K., Watson. “Séminaire de Bouaké : la spécificité de la communauté musulmane est une richesse pour tous.” Le Nouvel Horizon, 30 septembre 1994. https://islam.zmo.de/s/afrique_ouest/item/76416.
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La représentation est globalement favorable, insistant sur la solidarité, la piété, la pudeur et l’attachement à la justice, malgré la mention de divisions internes et de marginalisation politique.
L'article met en avant les valeurs positives de la communauté musulmane (solidarité, piété, attachement à la justice) et son rôle historique, sans porter de jugement négatif.
L'article est bienveillant envers les musulmans, décrits comme solidaires, attachés aux valeurs démocratiques et victimes d'une marginalisation historique, et le titre présente leur spécificité comme une richesse.}
Le texte valorise la communauté en affirmant que sa spécificité est une « richesse pour tous » et souligne son « caractère pieux et pudique » ainsi que sa « grande solidarité ».
L'article valorise la communauté musulmane (« attachée aux valeurs traditionnelles et religieuses », « grande solidarité »), traite ses griefs historiques avec une légitimité implicite, et se conclut sur une note d'espoir — « sini ne pourra pas être bi encore moins kounou » — dans un registre globalement bienveillant.
Centralité
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Très central
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L’article est entièrement consacré au « monde musulman et à la politique » en Côte d’Ivoire, à son organisation, son histoire et sa mobilisation électorale.
Le thème central de l'article est un séminaire sur l'islam et la politique en Côte d'Ivoire, avec des détails sur l'organisation de la communauté musulmane, son histoire et ses relations avec le pouvoir politique.
L'article porte exclusivement sur le séminaire du FPI consacré à « Le monde musulman et la politique » et sur l'attitude politique de la communauté musulmane en Côte d'Ivoire.
L'article est entièrement consacré à l'analyse du monde musulman et de son rapport à la politique en Côte d'Ivoire.
L'intégralité de l'article est consacrée au thème « Le monde musulman et la politique : le cas de la Côte d'Ivoire » : histoire de la pénétration de l'islam, organisation du CNI/CSI, attitude politique des musulmans et stratégies de mobilisation électorale du FPI dans cette communauté.
Subjectivité
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Plutôt objectif
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Plutôt subjectif
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Le texte rapporte les analyses des conférenciers, mais adopte aussi un cadrage évaluatif, notamment en présentant la communauté comme une « richesse » et en généralisant certains comportements musulmans.
L'article présente les faits du séminaire et les propos des conférenciers sans prendre de position tranchée, bien qu'il aborde un sujet sensible avec un angle politique.
Le texte mêle des données factuelles (dates, 37 % de la population) à des jugements explicites : le titre qualifie la spécificité musulmane de « richesse pour tous » et la seconde partie affirme que Houphouët a pris des dispositions pour « brimer les musulmans ».
L'auteur rapporte principalement les conclusions et les enseignements d'un séminaire, utilisant un style descriptif pour restituer les thèses présentées.
Le titre éditorial « La spécificité de la communauté musulmane est une richesse pour tous » et le ton validateur du texte — « grande solidarité », « caractère pieux et pudique », présentation des griefs contre Houphouët-Boigny comme des faits établis sans contrepoint — font adopter par l'article le cadrage sympathique du séminaire plutôt qu'un simple compte rendu.

