Article
La mendicité : un fléau qui gagne du terrain
- Titre
- La mendicité : un fléau qui gagne du terrain
- Type
- Article de presse
- Créateur
- Agbéko
- Editeur
-
L'éveil du Peuple
- Date
- 3 novembre 1995
- pages
- 9
- nombre de pages
- 1
- Sujet
- Mendicité et talibés
- Langue
- Français
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-article-0008767
- contenu
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LA MENDICITÉ : UN FLÉAU QUI GAGNE
La mendicité est un phénomène social qui gagne du terrain. Autrefois, pratique d'une société typique, la mendicité envahit les grandes villes des pays africains et d'ailleurs. De Bombay à Dakar, en passant par Manille, et même certaines capitales occidentales, on trouve sur les places publiques des mendiants, ces êtres qui ont fait de la mendicité une profession. Tout récemment, une information avait défrayé la chronique en France : les autorités françaises avaient décidé de livrer la chasse aux nombreux mendiants qui envahissent le sud de la France. Plus près de nous, le chef de l'État zaïrois aurait, semble-t-il, donné l'ordre il y a quelques années de débarrasser les rues de Kinshasa de ces êtres qui alourdissent le paysage urbain. Dans tous les cas, c'est toujours au nom de la salubrité publique et parfois de la loi qu'on s'en prend aux mendiants. Même dans les pays islamistes où elle a le plus cours, la mendicité n'a jamais été légalement reconnue. Pratique sociale acceptée par la culture, elle n'a pas besoin de dispositions légales pour être exercée. Au Togo, le phénomène prend de l'ampleur, même si la situation est de loin comparable à celle des pays islamistes. À Lomé et à d'autres carrefours de la ville, à la devanture des mosquées et des supermarchés, on trouve ces gens estropiés, invalides, les mains en l'air implorant la pitié des passants et demandant l'aumône.
Le problème social de la mendicité trouve son origine dans des dispositions culturelles et la religion. La preuve en est que tous les pays ont des problèmes économiques, mais c'est dans des aires culturelles bien spécifiques que le phénomène a le plus cours.
LES ORIGINES DE LA MENDICITÉ
La pratique de la mendicité remonte très loin dans le temps. L'histoire nous apprend que déjà au XIIIe siècle, des ordres mendiants tels que les Carmes, les Franciscains, les Dominicains et les Augustins existaient. Mais il faut remonter plus loin, comme tout autre phénomène, la mendicité fait sans nul doute l'objet de recherches. Les "spécialistes" des sciences sociales sont à pied d'œuvre en vue de lui trouver des explications. Ils questionnent à cet effet soit l'histoire, soit la culture. Si le chômage, un autre phénomène social, trouve ses explications dans des déséquilibres économiques, il n'en est pas de même pour la mendicité. Au IIIe siècle, on peut trouver son origine dans les conceptions religieuses telles que le manichéisme, le donatisme, le pélagianisme, auxquelles Augustin, Docteur de la grâce, s'opposa par la suite. Les Franciscains, à l'origine, ne devaient pas posséder de biens ; ils vivaient de leur travail et d'aumônes et prêchaient dans des villes. Quel que soit le cas de figure, il faut relever l'origine religieuse de la mendicité, qui est une pratique liée aux notions de charité, de grâce, de pitié largement véhiculées par les religions. De nos jours, le phénomène reste la propriété exclusive des pays musulmans : Mauritanie, Sénégal et tous les autres pays qui ont l'islam pour caractéristique commune, religion qui intègre la mendicité dans ses échelles de valeur.
À travers son roman "La Grève des mendiants", l'écrivain sénégalais Aminata Sow Fall a stigmatisé toute l'importance des mendiants dans la société sénégalaise en montrant comment leur débrayage est susceptible de paralyser le fonctionnement de toute la communauté. Dans son roman autobiographique "L'Aventure ambiguë", le héros, Cheikh Amidou