Numéro
Alif #20
- Titre
- Alif #20
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Alif
- Date
- juillet 1994
- numéro
- 20
- Résumé
- Mensuel islamique d’informations et de formation de Côte d’Ivoire
- nombre de pages
- 12
- Langue
- Français
- A une partie
- L'injustice est source de désintégration sociale
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0001390
- contenu
-
SAFAR
1415 H
ALIF MENSUEL ISLAMIQUE
d'Informations
20 BP 575 Abidjan 20
Tél. 37-20-90
Directeur de Publication
ALIF
JUILLET 1994
N° 20
3ème Année
200 F
MENSUEL ISLAMIQUE D'INFORMATIONS ET DE FORMATION DE COTE D'IVOIRE
PROFANATION DE
LA MOSQUEE D'ABOBO
— L'EMPREINTE DE
LA MECREANCE
— FORCES DE L'ORDRE :
FORCES DU DESORDRE ?
PP 5 à 9
Mr TRAORE et son bras
LA DEVALUATION
FAIT DES
MIRACLES EN
CÔTE D'IVOIRE
P 11
PANDEMIE DU
SIDA :
POSITION
DE L'ISLAM
P 12
CONFERENCE DU
Pr KOULIBALY :
L'ISLAM EST -ELLE
UNE RELIGION
DEMOCRATIQUE ?
P 10
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CONTRIBUTION
LES COULEURS DE DIEU
"Rien ne pourrait plus profondément et plus fortement nous émouvoir, nous autres Hommes que de voir apparaître dans notre ciel une immense et lumineuse couronne de couleur".
La couleur est donc source de joie et d'émotion, mais elle est aussi douleur et tristesse. A chaque culture, à chaque personne ses couleurs et son habillement préféré. Les goûts ne se discutent pas. Mais le port des couleurs dans un cadre circonscrit et précis, doit obéir à certaines exigences. Le cadre choisi ici pour en parler est la religion. Quelles sont les couleurs préférées par Dieu ? La prière, la croyance on peut le penser n'ont aucun lien avec l'habillement encore moins la couleur mais l'adaptation de celle-ci aux cérémonies de réjouissance ou funèbre (mariage, décès, baptême) pose un problème de choix.
LE POUVOIR DES COULEURS
La couleur donne la vie, délimite les contours, accentue les formes corporelles, exhibe l'extravagance, déprécie, embellie, la présentation vestimentaire, le style, le corps. Pour Johannes "Les couleurs sont les filles de la lumière et la lumière est la mère des couleurs. La lumière ce phénomène fondamental du monde nous révèle par les couleurs l'esprit et l'âme vivante de ce monde". Autre pouvoir des couleurs, leur utilisation en médecine énergétique. Mais la couleur par sa puissance a-t-elle une influence directe sur la religion, par l'entremise de la prière ? Quel habillement et quelle couleur choisir pour les cérémonies religieuse (prière, recueillement, messe).
Pour répondre à cette question, il convient d'abord de donner une définition de la prière. Selon le dictionnaire Larousse, la prière est un acte religieux par lequel on s'adresse à Dieu. Soit, mais l'acte religieux n'est pas que verbe, il est aussi comportement et attention. Une attention dont les troubles peuvent provenir (de la présence) des couleurs chaudes. En effet les panneaux publicitaires captent, attirent, l'attention par l'utilisation des couleurs chaudes, jaune, rouge. Ce même captage de l'attention peut se produire chez le fidèle debout, ou assis face aux vêtements rouge, jaune ou violet.
"L'Attention une fois attirée sur une couleur, les sentiments qui se forment en nous, peuvent, psychologiquement, se traduire en envie, absence d'intérêt ou dégoût". Autre annotation, les couleurs chaudes par leur degré excitatif sont prompt à troubler nos vibrations profondes et notre aura.
LES PREFERENCES DIVINES
Ni l'habillement, ni la couleur ne font le moine, encore moins la prière.
Mais il n'est pas superflu de noter que l'habillement constitue un moyen d'expression et en tant que tel, il permet de reconnaître le moine. La mode unisexe (vêtement porté aussi bien par l'homme que par la femme) est une expression manifeste de l'émancipation des femmes, et la démonstration est ainsi faite, "la mode est un système écrasant qui tue la personnalité, et tend en fondant tous les individus dans un même moule à n'en faire que des robots au service d'une entité abstraite".
La religion contrairement à cet objectif premier de la mode, oeuvre quand à elle à la constitution et l'orientation nouvelle de la personnalité Humaine, faisant d'elle une entité plus expressive, et plus distinctive au plan vestimentaire, comportementale psychologique et religieuse. Cette démarche de la religion nous interpelle, car l'acceptation et le suivisme tout azimut de la mode, ramène l'homme religieux dans son milieu social, et naturel, faisant de lui un être pareil à tous les hommes. Or faut-il encore le rappeler, la religion, et la foi symbolisent la différence entre le croyant et l'incroyant. La prière, c'est la foi. Mais la foi ne rime pas avec la passivité, elle est action. Une action démonstrative, et véritable à travers tous les composants de la religion, (socialisation, discipline, habillement, caractère, couleur, etc...). Ainsi l'habillement et la couleur deviennent par ce fait des éléments participatives et animatrices de la foi. "En prenant conscience de la signification des couleurs que l'on porte, nous acquérons un nouveau moyen d'expression et de communication, à la fois avec l'être aimé et avec les énergies universelles dont nous faisons partie"
Bondi/Al Iman.
Dans les églises, les mosquées, à la cohérence des mouvements ; à la mélodie des choeurs devrait s'ajouter logiquement l'harmonie des couleurs et des vêtements, pour une totale et parfaite symbiose. La blancheur et la clarté des couleurs dans les oeuvres divines (le ciel, la terre, les arbres, l'eau, la mer, les anges, les races) devraient en réalité nous situer sur les couleurs préférées de Dieu. De même la considération du blanc comme symbole de pureté et de spiritualité par excellence, devrait logiquement orienter le choix du fidèle vers les couleurs moins vives, moins agressives. Dieu entend tout, il voit tout, il entend nos prières et voit nos couleurs. Faisons en sorte qu'il voit et apprécie notre amour, notre spiritualité et notre fidélité à travers les couleurs de choix.
A.BI - KAUNEY'S
Compte tenu de l'abondance de l'actualité, la suite de notre article sur : '<< les Ivoiriens sont-Ils des tricheurs ? >> paraîtra dans notre prochaine édition.
CORRECTION
Monsieur,
Je tiens à vous remercier pour la parution de mon article intitulé : les maîtres à penser en Islam du XIX au XXe siècle dans votre numéro du mois d'avril 1994.
Mais je voudrais aussi relever quelques erreurs glissées dans l'impression du texte.
- Touré a écrit sur la réfutation de la divinité de Jésus d'après les évangiles.
- Ghazali a écrit : une excellente réfutation de la divinité de Jésus d'après les évangiles publiées en 1939 à Paris.
- a eu pour conséquence heureuse la conversion de certaines sommités à l'Islam.
- pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le fils mais le père seul
- continuent de prendre l'Islam comme leur cible coupante
- l'auteur en question doué d'un sens profond de l'analyse clinique.
- depuis 2000 ans.
En espérant que vous prendrez bonne note de ces erreurs, je vous prie d'agréer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments dévoués.
BAMBA DAOUDA
Auteur de livre : Eloges et Amours publié à Paris par les Editions la pensée universelle
Tel : 23 23 23
P : 806
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DISTRIBUTION
Edipresse
DEPOT LEGAL
N° 2789 du 20 - 03 - 92
EDITORIAL
PAS DE FIXATION
Les musulmans de Côte d'Ivoire ont beaucoup de problèmes dont les causes sont exogènes et endogènes. Nous pouvons épiloguer sur les causes exogènes pendant des mois et des mois. Mais là n'est pas notre problème puisque nous avons les moyens de les identifier. Cela ne doit pas nous faire perdre de vue les problèmes internes de notre communauté qui ont pour noms : amateurisme, suffisance de certains leaders, inculture associative, mégalomanie de certains dirigeants, inorganisation, hypocrisie dans les rapports entre musulmans, le grand frérisme étouffant, la chefferie exacerbante et surtout le complexe de supériorité ou d'infériorité etc... s'il est vrai que l'attitude de certains hommes politiques et d'état et leurs satellites est nuisible à notre communauté. Il ne faut pas omettre de rappeler la plupart de nos malheurs ont leurs racines en nous. Avons-nous fait et bien fait les tâches pour lesquelles nous avons été commis ? Avons-nous utilisé à bon escient le peu de moyens que avons eu ? Avons-nous fait honnêtement, intellectuellement et surtout islamiquement nos responsabilités ?
Alors qu'on arrête de voir derrière nos échecs les autres. Qu'on arrête de voir derrière les autres les sources de nos malheurs. Quand des musulmans se croient obligés de prier pour Mr X ou Mr Y parce qu'il aura donné des sacs de riz, du lait ou des biens d'aviation et demain ces mêmes personnes se retournent contre eux. Alors qui faut-il accuser ? Quand des frères musulmans acceptent de faire le jeu de politiciens véreux qui doit on immoler ? Quand des imams prennent faits et causes pour un mécréant pour de l'argent et qu'ils érigent leurs mosquées en lieu de culte de soutien qui faut il accuser s'ils n'avaient aucune considération à leur égard ?
Quand une communauté comme la notre est incapable de prendre en charge ces imams, qui faut il accuser s' ils deviennent des proies faciles pour des mercenaires politiques à la recherche des divisions et de leur intérêt propre.
Qui faut-il accuser quand une communauté porte plusieurs millions d'adeptes est incapable d'offrir une école, une ambulance, un centre socio-sanitaire.
Qui faut il accuser quand les musulmans sont incapables d'être solidaires dans le malheur. Qui faut il accuser quand les musulmans passent le plus clair de leur temps à se torpiller. Alors arrêtons de faire la fixation sur les causes extérieures de nos problèmes. Faisons bien le peu que nous avons à faire et tout ira mieux pour notre communauté INCH'ALLAH. Rappelons-nous cette sentence de Dieu et qui nous invite à plus de circonspection : "Passe-toi de qui tu veux et tu seras son égal.
Recours à qui tu veux et tu seras son esclave.
- Fais du bien à qui tu veux et tu seras son prince." Aidons-nous afin que Dieu nous vienne en aide."
OUATTARA Issouf
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BILAN MEDICAL DU PELERINAGE 1994
Parmi l'équipe d'encadrement du comité national pour le pèlerinage se trouve une équipe dynamique de personnel médical composée de professeurs, de Médecins, d'infirmiers. Ces personnes sont membres du S.E.M.I. (Secours Médical, Islamique) ALIF a rencontré le Président du SEMI le Professeur Keita KADER et le Docteur Keita ABBAS secrétaire général de ladite association.
L'entretien a tourné autour de deux principaux axes :
- le bilan médical du pèlerinage 1994 et
- la présentation du SEMI qui abat un travail énorme mais qui n'est pas très connu du grand public.
Les objectifs du S.E.M.I.
Le SEMI a été créé en octobre 1992 à l'école des infirmiers et infirmières au CHU de Treichville. Son objectif principal est de permettre une assistance médicale et sociale des couches sociales défavorisées et déshéritées de toutes confessions. Le deuxième objectif non moins important est celui de susciter et de promouvoir toute action susceptible d'améliorer la qualité des soins de santé dans notre pays.
Dans le cadre du pèlerinage 1994, nous avons rencontré les encadreurs des pèlerins au plan médical afin qu'ils nous livrent.
Comme toute bonne association le SEMI envisage de favoriser la formation morale et islamique de ses membres, de développer et d'entretenir l'esprit d'union et de fraternité entre ses membres.
Le SEMI a des projets qu'il ne peut réaliser sans l'apport de la communauté musulmane "qui en principe à les moyens financiers" disent en choeur le Pr KADER et le Dr ABBAS. Entre autres projets, le SEMI envisage à court terme un meilleur encadrement des malades indigents. Mais pour le faire il leur faut des médicaments. Il lance un appel à tous les frères pharmaciens de leur venir en aide afin de soigner les malades démunis.
A long terme, le SEMI envisage la construction d'un centre de santé toujours avec l'aide des frères musulmans.
Le pèlerinage 1994
Selon les propos du Pr KADER et du Dr ABBAS les choses se sont globalement bien passées. L'on a dénombré un seul cas de décès parmi les pèlerins encadrés. L'effort d'encadrement des pèlerins depuis l'aéroport a été plus ou moins réussi même si l'on a noté quelques ratés au départ d'Abidjan où certains pèlerins n'ont pas pu bénéficier de l'assistance de médecins en dehors de quelques infirmiers qui ont pu les accompagner. L'Equipe médicale a été mise à rude épreuve une fois arrivée à la Mecque. Elle a essayé de donner aux pèlerins tous les moyens physiques nécessaires à l'accomplissement des rites du Hadj. La banque des médicaments a permis de faire face aux urgences.
Il est urgent pour les pèlerinages à venir de songer à équiper le corps médical avec au moins 3 ambulances cela éviterait à l'avenir des désagréments aux malades.
Souhaits du S E M I
Que les musulmans qui ont les moyens aident le CNOPM à réussi sa mission pour les futurs pèlerinages en l'équipant en médicaments en quantité suffisante. Il faut que les pèlerins acceptent tous le port des badges afin de faciliter un meilleur suivi de ceux-ci. Que la communauté aide le SEMI à réaliser un centre médical. Le SEMI a les hommes qu'il faut et les compétences nécessaires, il leur faut un cadre pour cela.
Le professeur KADER a souhaité qu'on arrête de projeter sur les musulmans tous les clichés négatifs de notre société. Il voudrait que l'on sépare les pratiques religieuses des pratiques politiques, car chaque musulman est libre d'adhérer au parti de son choix sans que cela nuise à sa religion. Les autres le font sans que cela n'entraîne des problèmes. Pourquoi quand c'est le tour des musulmans l'on voit autre chose. Que les gens cessent de diaboliser les musulmans.
OUATTARA ISSOUF
RWANDA :
LA MALEDICTION D'UNE THEORIE COLONIALE
................
"... A partir des différences physiques distinguant les "longs" Tutsis des "courts" Hutus, les historiens ont écrit une histoire à leur convenance. Les Tutsis, pasteurs hamites, seraient arrivés d'Ethiopie au XIe siècle, et auraient fait souche, asservissant les Hutus, agriculteurs bantous' qui, eux-mêmes auraient relégué les pygmées twas au fond des forêts.
"Mais, contrairement à la migration des twas vers l'Ouganda ou des Maasais en Tanzanie, explique jean Pierre Chrétien, chercheur, aucune preuve linguistique ou historique n'est venue étayer cette théorie". En effet, Tutsi et Hutus partagent la même langue, ... Plus rien dans leurs traditions culturelles ne laisse deviner un passé différent.
... Quoi qu'il en soit, la théorie coloniale a fini par empreigner les mentalités locales et par convaincre Tutsis et Hutus de l'existence de dominants et de dominés, cristallisant peu à peu des clivages ethniques qui, avant l'irruption, dans la région, des premiers explorateurs (Burton et Speke en 1858) suivis des missionnaires, n'étaient sans doute que sociaux".
Le Monde du 29 avril 1994
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PROFANATION
L'INJUSTICE EST SOURCE DE DESINTEGRATION SOCIALE
Le samedi 11 juin 1994, en compagnie du Maire d'Abobo, le Ministre de la Sécurité Intérieure, Le Général Gaston OUASSENAN a, du nom du Président de la République rendu visite aux fidèles de la mosquée profanée par ses éléments.
Au moment où nous arrivons sur les lieux le Ministre Gaston OUASSENAN Koné avait déjà terminé sa déclaration.
Or donc les musulmans de Côte d'ivoire n'ont jamais été respectés comme les membres des autres religions. Et pourtant nous pensions que nous étions dans un Etat où il n'y a jamais eu de discrimination entre les religions. Nous remercions le Ministre OUASSENAN de nous avoir rafraichis la mémoire : <<Nous voulons que les musulmans soient respectés comme les autres>>. Lorsque nous réclamions une plus grande justice, nous avons été traités d'intégristes. Lorsque nous nous interrogions sur la laïcité de la Côte d'ivoire, des gens malhonnêtes avaient décelé les germes d'une remise en cause de la constitution de notre pays. Ils ont même vu la création d'un Etat Islamique en Côte d'ivoire. Que dire de la promesse faite par le Ministre de ne plus faire contrôler les cartes de séjour les vendredi autour des mosquées. Est-ce pour consoler les musulmans qui ont été blessés dans leur chair, dans leur dignité, leur honneur ? Si c'était cela nous disons que rien ne peut remplacer ce que les musulmans ont subi. Pas même les sanctions qui ont été annoncées sous l'effet d'une certaine culpabilité. Les musulmans peuvent pardonner mais pas oublier comme le disent les anglais : "Forgive not forget".
Il faut rappeler à nos << commandants >> que quand l'injustice règne sans partage, le réseau des liaisons se désintègre, amenant l'effritement de tout l'ordre social. Quand les gouvernements les plus puissants se laissent séduire par les forces maléfiques du despotisme, de la violence, ils finissent rapidement par en devenir les instruments et assistent impuissants à l'évanescence de leur gloire et de leur grandeur.
M.Y.
"Le gouvernement fera tout son possible. Le Président de la République a donné l'assurance.
La parole est terminée. Si nous donnons la parole un à un aux fidèles, nous ne partirons pas d'ici aujourd'hui.
L'IMAM est là, c'est la personne la mieux indiquée". La parole est refusée à un fidèle, la foule manifeste son mécontentement.
Un autre fidèle se saisit du porte-voix (un mégaphone) pour résumer les propos du Ministre :
"Un messager du gouvernement est venu nous dire qu'il n'aura plus de contrôle de carte de séjour autour de nos mosquées les vendredi sur l'ensemble du territoire."
Nous voulons que les musulmans soient respectés comme les autres religions. Nous remercions le messager du Gouvernement et nous attendons l'exécution de la décision par elle annoncée."
Il n'y aura plus de contrôle les vendredis, ni dans, ni autour des mosquées.
Caramoko IBRAHIM.
VIOLATION DE L'IMMUNITE RELIGIEUSE
Décidément Bédié et son gouvernement auront battu les records. (J'espère qu'on se comprend). Mais le record des records ou "Record Guiness" que le régime Bédié vient de battre est celui de la violation de l'immunité religieuse.
De tout temps les religieux et surtout les lieux de culte ont bénéficié d'une sorte d'immunité ou d'inviolabilité. De sorte que, même pendant les guerres mondiales les Nazi n'osaient pas franchir du coup le seuil des églises et temples. Eux-mêmes avaient du respect pour le sacré ! Les églises et autres édifices religieux ont servi de refuge aux opprimés, aux persécutés.
Depuis le retour (? !) au pluralisme politique la Côte d'ivoire avait, à quelques dérapages près, observé le respect de cette vieille tradition juridique. C'est ainsi que la cathédrale Saint Paul d'Abidjan a abrité les manifestations de protestation des étudiants dont la plus célèbre est la grève de la faim des étudiants de la F.E.S.C.I. Mais au cours de cet autre épisode de notre nation, l'Etat n'a pas osé franchir le portail de cet édifice religieux.
Ce qui nous a été donné de voir ce vendredi (premier jour de l'an 1415) est tout simplement odieux irresponsable et révoltant. On ne saurait avoir autre mot que de qualifier cet acte comme étant l'expression la plus exécrable de la mécréance.
Qu'on y prenne garde ! Les musulmans ont jusqu'à présent gardé patience, supporté toutes sortes d'humiliation, d'exclusion sans réagir. Mais cette attitude ne devrait pas être interprétée comme un signe de faiblesse. Notre attitude tient de notre éducation et des préceptes du Coran.
Mais sachez qu'un peuple, qu'une communauté, dont la patience est poussée à l'extrême, sait réagir.
Nous attendons de voir la suite qu'on donnera à cette affaire. La nation Ivoirienne est prise à témoin.
ABDOUL Casim
DES EXCUSES INSUFFISANTES !!!
Pour qui ces gens la nous prennent ! Pensent-ils réussir à nous berner avec de belles phrases creuses ? Non, assurément ils se trompent !
Le problème est-il de savoir quel jour ou quel autre l'on devrait faire le contrôle des cartes de séjour!
Non, tout cela relève de la distraction. Ce que nous demandons, c'est le respect de notre religion comme celle d'autrui. Pourquoi est-ce aux abords des mosquées qu'on effectue le contrôle des cartes de séjour et non pas devant les églises ?
Est-ce seulement dans les rangs des musulmans que l'on trouve les étrangers ?
La communauté musulmane ne saurait simplement se contenter d'excuses. Elle attend qu'on désigne les auteurs des exactions et qu'on les sanctionne ! Car, trop, c'est trop !
ABDOUL Casim
— LA VIEILLE MADJATA Barro blessée au front (photo la voie)
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PROFANATION
Alors que les cathédrales, les églises et les fêtes chrétiennes bénéficient d'une immunité et d'une inviolabilité totale et d'un respect absolu et de la part de nos autorités politiques et administratives. Les mosquées et les fêtes musulmanes au contraire sont l'objet de peu d'attention et surtout de contrôles intensifs de la part des forces de l'ordre. La profanation du jour du vendredi et la violation des locaux de la mosquée d'Abobo près du rond-point est une illustration de cet état de fait.
Ecoutons plutôt les suppliciés :
I) - Témoignage de Mr. Traoré SOUMANA né vers 1929 à OUAHABOU (Burkina Faso).
<< Après ma toilette, je me rendais à la mosquée la plus proche de mon domicile, chapelet à la main droite et je "Zikrais" paisiblement. C'est alors qu'un agent interpelle pour un contrôle de carte de séjour. Sans interrompre ma prière, je mis ma main gauche dans la poche et je sortis ma pièce d'identité et le récépissé de ma carte de séjour que je tends à l'agent.
Carte de séjour à jour et pourtant ...
Il refusa de regarder et aussitôt dégaina son revolver appuya sur la gâchette à trois reprises. Aucune balle ne put sortir.
- Continuez ! lui ai je dit. Outré, il m'assena la crosse du revolver sur mon poignet qui se brisa sous la rudesse du coup. Je lui ai dit qu'il a cassé mon bras. Peu après, le commissaire arriva et il demanda de monter dans sa voiture, ce que je refusai. Le commissaire et son agent sont repartis ensemble.
Mon fils et moi sommes allés voir le représentant de l'Ambassadeur du Burkina, qui, à son tour est allé voir SIAKA Koné (Ex-député) qui nous a remis une somme de 9 000 F pour le transport et les premiers soins.
Nous sommes allés au C H U de Cocody y sommes arrivés à 17 heures.
Nous avons été accueillis aux urgences par le Docteur Sika qui s'est bien occupé de moi grâce au concours du frère Diémori KOUYATE qui était mon compagnon en plus de mon fils Issouf Coulibaly. Une radio a été faite sur place à 2 000 F. Et aux environs de 3 heures du matin, j'ai été admis à la salle d'opération et mon bras a été opéré et plâtré sous anesthésie générale. C'est à 8 h 30 du matin que j'ai été libéré.
Ma main est très douloureuse en ce moment, mais on m'a rassuré de revenir à l'hôpital en cas de nécessité. Les frais d'ordonnances du jour se sont élevés à 5 385 F et mon beau frère les a assurés.
A ce jour les dépenses faites se sont élevées à 15 800 F pour le moment.
Je suis père de 10 enfants. Ni le Ministre OUASSENAN ni le Maire ADAMA Sanogo ne m'ont donné un rond pour les soins.
Je remercie mon médecin traitant, je remercie Mr DIEMORI Kouyaté et mon fils ISSOUF Coulibaly qui m'ont tenu compagnie à l'hôpital et tous les frères musulmans.>>
II) - Témoignage du 1er vice IMAM, EL HADJ SEKOU DIARRA qui a dirigé la prière du vendredi, profanée par les forces de l'ordre.
Il relate les faits tels qu'ils lui ont été rapportés de la mosquée, avant et pendant son sermon.
"Aux environs de 11 h 30, les forces de l'ordre sont venus autour de la mosquée pour un contrôle de carte de séjour. Certains fidèles ont tenté en vain de les convaincre de suspendre leur contrôle jusqu'à la fin de la prière.
Elles leur ont rétorqué que ce n'est pas aux fidèles musulmans de leur enseigner quand, comment et où elles doivent procéder au contrôle.
Le frère Traoré SOUMANA a été interpellé. Il a présenté sa carte de séjour, ce qui ne l'a pas empêché de
UN C
BLASPH
recevoir un coup de crosse qui a brisé son poignet. De même, ma mère, âgée de 90 a été blessée à l'arcade sourcilière.
Au moment où je prononçais le sermon, j'ai entendu des bruits assourdissants et une épaisse fumée noire suffocante et piquante s'est répandue dans la mosquée et a créé la panique au sein des fidèles. Ceux qui ont été faits prisonniers ont été battus et contraints de nager et de boire une eau nauséabonde et insalubre avant d'être incarcéré au commissariat.
La situation était globalement indescriptible et nombreux sont les fidèles qui n'ont pu participer à la prière. Il y a eu de nombreux blessés qui ne se sont pas fait connaitre. Onze blessés ont été admis aux urgences chirurgicales du CHU de Cocody cela fait la 4e fois que notre Mosquée est profanée pour les mêmes raisons. Trop c'est trop.
Le bras cassé de policiers CRS (p
III) - Témoignage de l'IMAM central, EL Hadj Chérif Abdoulaye
"J'étais allé à la Mecque
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PROFANATION
ONTRÔLE
HEMATOIRE
avant le début du mois de Ramadan et j'y suis resté jusqu'au pèlerinage. Depuis mon retour, pour cause de douleurs aux jambes je n'ai pas encore commencé à diriger la prière du vendredi. C'est pourquoi, la prière du vendredi 10 juin a été dirigée par mon premier adjoint.
J'ai vu le cargo s'arrêter. Mais je n'ai plus regardé derrière pour voir ce qui se passait. Néanmoins plusieurs témoignages concordants ont attesté que les agents ont poursuivi les fidèles jusqu'à la mosquée avant de les gazer. Les blessés m'ont pas été présentés. Je me trouvais dans la première rangée et je ne pouvais pas suivre ce qui passait dehors.
Après le Salam je suis rentré chez moi".
IV) - Le Conseil National Islamique à travers ses représentants Ladji Camara et Binaté IBRAHIM s'est rendu sur les lieux pour écouter la base et sa version des faits, ce samedi 11-06-1994 à 16 h 10.
Après la prière introductive Ibrahim Binaté prit la parole en ces termes :
"En ma qualité de vice-président du CNI nous venons vers vous pour vous rappeler que IDRISSA Koné, notre Président est parti à Korhogo. S'il n'est pas là la communauté demeure. Le Prophète Mouhammad (Saw) a dit que les musulmans constituent un seul corps humain. Dès qu'une partie du corps est malade, l'ensemble du corps le ressent. C'est à travers les journaux que nous avons appris ce qui s'est passé. Nous les musulmans ne devons pas apprendre nos problèmes de cette manière. C'est pourquoi nous sommes venus à la source, pour entendre votre version des faits".
Diemory Kouyaté :
"En effet, la police est à sa quatrième visite dans notre mosquée. Nous avons approché un patron de la police en lui rappelant que ce qu'il est en train de faire est mauvais. Permettez-nous de prier, parce que nous venons à la Mosquée sans papier. IBRAHIMA Traoré a été informé, celui-ci a informé le Maire, qui, à son tour a informé le Ministre.
Bazoumana a présenté des excuses aux contrôleurs et il a été battu avant d'être embarqué. Le vieux a engueulé un jeune agent reconnu fils d'un musulman Ladji leur a demandé qui nous a envoyé ici ? Aucune réponse n'a été donnée à cette interrogation.
Et la tension montait. Aussitôt deux cargos de policiers armés jusqu'aux dents sont venus en fonçant sur les fidèles en prière qui ont dû leur frayer un chemin pour éviter d'endeuiller la communauté. Ils ont commencé à gazer les fidèles dans les tous sens. Certains étaient battus à sang et contraints de nager dans la boue avec leurs vêtements de prière. Celui qui a eu le bras cassé a été opéré sous anesthésie générale au CHU de Cocody.
Quand de telles choses se passent, les musulmans doivent se mobiliser spontanément. Malheureusement aucun représentant d'une association islamique n'est venu spontanément. Néanmoins, le Ministre de la Sécurité Intérieure et le Maire de la commune d'Abobo sont arrivés ce samedi 11-06-94. Le Ministre a présenté les excuses du Président de la République et du Gouvernement. Il a rassuré que les cartes de séjour ne seront plus contrôlées les vendredis sur toutes l'étendue du territoire national. Il a aussi précisé que les agents qui ont procédé au contrôle n'ont pas été mandaté par lui. Nous situerons les responsabilités et vous en aurez des nouvelles a-t-il conclu".
- Binaté : "Nous remercions les vieux. Il est normal que ceux-ci s'emportent. Ce n'est pas de gaieté de coeur que nous ne sommes pas venus spontanément. Chacun s'est préoccupé de sa mosquée dès notre retour de la Mecque.
Ce que nous pouvons dire c'est que c'est dans cette mosquée que le CNI a été consolidé. Dès qu'il y a un problème, il faut téléphoner au siège du CNI ou à la LIPCI. Le monde lutte contre l'Islam. Nous n'avons pas de force mais nous pouvons nous unir en Dieu. Nous transmettrons à qui de droit ce qui nous a été dit car nous ne sommes que des messagers.
SOUMANA : l'oeuvre des
hoto la vole)
SOUMANA après les soins
Propos recueillis par
Caramoko IBRAHIM
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PROFANATION
QUAND LA MECREANCE SE MET AU SERVICE D'UNE POLICE, C'EST LE DESORDRE ...
"Quand la MECREANCE se met au service d'une police c'est la déchéance..."
Dans notre édition du mois de mai 1994 nous disions notre inquiétude sur la façon dont notre pays est géré. Nous dénoncions la fascisation du pouvoir et surtout l'exclusion dont les musulmans sont l'objet. Nous pensons que nous avons vu juste. La preuve vient de nous être donnée avec l'intervention musclée de la police à Abobo le vendredi 10 juin 1994. Que n'a-t-on pas dit et fait pour prendre le pouvoir : la Côte d'Ivoire est un pays de droit. Le droit sera appliqué. Il faut appliquer la constitution rien que la constitution. Notre boussole est la constitution... En tout cas tous les moyens étaient bons pour justifier la prise du pouvoir. A peine s'installe-t-on que l'on foule aux pieds les règles élémentaires de la constitution. Le respect des droits de l'homme. Alors que faut il faire face à un pays qui semble faire fi des lois républicaines alors que ceux qui sont au trône se sont servi de "ça" pour y avoir accès ? Il faut avoir peur pour notre pays, pour les ivoiriens, pour tous ceux qui vivent en Côte d'Ivoire. Faut il s'étonner de ce qui arrive aujourd'hui chez nous ? Les observateurs avisés que nous sommes ne sommes pas surpris.
Depuis l'instauration de cette fameuse carte de séjour les lieux de prédilection des policiers ont toujours été les mosquées. Les contrôles se font les jours des fêtes musulmanes (Ramadan, Tabaski, Nuits du Destin) aux alentours des mosquées. En 1993 la catastrophe a été évitée à la grande mosquée de l'Avenue 8 à Treichville pour ces mêmes problèmes de cartes de séjour. Toujours en 1993 à la grande mosquée d'Adjamé pendant la nuit du Destin (1993) les policiers étaient encore là prêts à "croquer" du musulman.
Ils poussent le ridicule en allant jusqu'à entrer dans les cours pour contrôler les cartes de séjour (ADJAME, ATTECOUBE...). Mais Diantre pourquoi s'acharnent ils sur les musulmans ? Les musulmans sont ils des sous hommes ? Ou est ce que les musulmans de Côte d'Ivoire sont ils tous des étrangers au point d'exercer les contrôles uniquement sûr eux ? Ou bien est-ce des ivoiriens de circonstance comme l'a si bien dit Maître Faustin KOUAME Ministre de la Justice ? Des contrôles intempestifs qui se font devant nos mosquées ne le sont jamais devant les temples, les églises. Ceux qui prient dans ces églises et temples sont ils plus ivoiriens que les musulmans dans les mosquées ?
L'Islam en Côte d'Ivoire est l'une des rares religions à vivre avec les moyens ivoiriens. Les autres peuvent ils en dire autant ? Arrêtons la politique de l'exclusion. Nous avons tous bâti ce pays sans distinction de race, de religion et d'ethnie. L'injustice dans un pays est source de violence, alors faisons attention et gardons nous de détruire le peu d'unité qui nous reste.
Savez-vous ce qui arrive à ceux qui refusent d'appliquer la loi ? Eh bien c'est la révolte. Et André MALRAUX le dit si bien qu'il faut que nos autorités s'y inspirent : "La loi, faute de pouvoir être appliquée engendre la révolte et cette révolte est légitime". Le Prophète de l'Islam, Mohamed (P.S..L) avait averti les empereurs en des termes clairs : "Un empire peut prospérer avec l'infidélité mais jamais avec l'injustice".
La police un danger réel ?
Dieu seul sait les exactions que commettent certains de nos policiers dans nos commissariats pendant les gardes à vue et sur nos routes pendant les contrôles. L'on serait tenté de les traiter de hors-la-loi, car le plus souvent ils abusent de leur pouvoir. Ils ne se font pas prier pour vous jeter à la figure qu'ils sont des autorités assermentées comme si cela est une fin en soi. Seul Dieu est infaillible. Et dire que le droit s'apprend à l'école de police. Et voilà le résultat. Et si ce n'était pas le cas que deviendrons-nous ? Voici quelques exemples pour étayer nos propos : Janvier 1994 des partisans de l'ancien premier étaient gazés. Des policiers armés jusqu'aux dents face à des partisans aux mains nues qui ont eu l'outre cuidance d'aller accueillir quelqu'un qu'ils aiment. Tous ceux qui étaient habillés en boubous ce jour-là étaient traqués et taxés d'Alhassanistes.
11 mai 1994. Marche des étudiants inhumainement réprimée. Cocody ressemblait à une ville assiégée. Les maisons, les appartements étaient fouillés afin de dénicher les étudiants réfugiés. Gare à ceux qui donnaient refuge aux étudiants.
vendredi 3 juin 1994 les locaux de la VOIE étaient visités sans mandat de perquisition.
vendredi 10 juin 1994 c'était la mosquée d'Abobo Banco II qui recevait les policiers C.R.S armés aux poings prêts à tirer sur tout ce qui bouge.
Heureusement Dieu a protégé les fidèles sinon l'on aurait dénombré des morts.
Que Dire de cette profanation de nos mosquées ? Nous avons pitié de la Côte d'Ivoire, car on a l'impression que ce qui marche chez nous c'est le pouvoir pour le pouvoir. Or, le pouvoir pour le pouvoir est un danger pour le peuple.
Et lorsque la mécréance se met au service d'une police, d'une nation ou de n'importe quelle organisation c'est la déchéance pour les citoyens.
Aujourd'hui nul n'est à l'abri des dérapages des policiers. Des domiciles peuvent être violés et l'on trouvera toujours des excuses pour se faire pardonner. Le hic dans ces différentes affaires, c'est que les autorités se désolidarisent de leurs agents. Elles n'ont jamais donné d'ordre elles ne sont jamais au courant de ce qui se passe. C'est vraiment dramatique.
De qui faut il le plus avoir peur ? Les bandits ou les policiers ? Puisque l'on ne sait plus qui fait quoi dans notre pays.
OUATTARA ISSOUF
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PROFANATION
LES FORCES DE L'ORDRE, FORCES DU DESORDRE ?
REFLEXIONS
Les forces de l'ordre peuvent-elles devenir des forces du "désordre"?
I - GENERALITES :
Conformément à la Constitution du 3 novembre 1960, au code pénal de 1981, à la jurisprudence constante de la Cour Suprême, et aux principes généraux de droit, les forces de l'ordre doivent prévenir et maintenir l'ordre public lorsque celui-ci est ou peut être menacé.
A ce titre les forces de l'ordre doivent obéir à "l'ordre et à l'autorisation de la loi" (article 102 du code pénal) et "au commandement de l'autorité légitime" (article 103 du code pénal). Ainsi, l'accomplissement d'un devoir (ordre ou autorisation de la loi), ou d'un ordre de l'autorité légitime, constitue des faits justificatifs qui paralysent la répression pénale. L'agent ayant commis l'infraction sera assuré de l'impunité ; on ne retiendra pas l'infraction car l'un de ses éléments constitutifs est absent, en l'espèce, l'élément légal.
A - L'ordre de la loi.
Qu'est-ce que l'ordre de la loi ?
L'article 102 du code pénal précise "qu'il n'y a pas d'infraction lorsque les faits sont ordonnés ou autorisés par la loi. Ce fait justificatif de l'ordre de la loi, est fondé, car l'infraction résultant d'un tel ordre entraîne l'existence d'un conflit de lois. Pour obéir à une loi, l'agent viole une autre loi.
Ainsi, il y a ordre de la loi lorsque la loi fait obligation d'accomplir un acte, dont la méconnaissance est légalement sanctionnée et dont l'exécution justifie une infraction. Mais il doit s'agir d'une loi au sens formel du terme (votée par l'Assemblée Nationale) et d'une loi pénale. Ce qui exclut les lois étrangères et les règlements.
B - L'autorisation de la loi
Qu'est-ce que l'autorisation de la loi ?
L'autorisation de la loi est la permission légale d'accomplir un acte dont on décide de l'opportunité. Ainsi la mise en détention provisoire est une atteinte à la liberté individuelle d'une personne dont la culpabilité n'est pas établie encore.
La permission ou l'autorisation de la loi a valeur justificative. Elle est parfois implicite (le chirurgien qui opère porte atteinte à l'intégrité physique du malade) mais il ne peut être poursuivi pour coups et blessures volontaires. Ici sont inopérantes, l'autorisation administrative et celle de la coutume.
C - Le commandement de l'autorité légitime.
Qu'est-ce que le commandement de l'autorité légitime ?
L'article 103 du code pénal énonce qu' "Il n'y a pas d'infraction lorsque l'auteur agit sur ordre de l'autorité légitime". De quelle autorité s'agit-il ? L'autorité à laquelle fait référence l'article 103 est une autorité publique. Peu importe que cette autorité soit civile ou militaire. Ce qui exclut par conséquent, le commandement donné par une autorité privée.
En outre, l'autorité dont il s'agit doit être une autorité légitime. La légitimité de l'autorité valide les ordres donnés. Ces ordres peuvent être légaux ou illégaux :
1°) l'ordre ou le commandement de l'autorité légitime est légal, c'est-à-dire conforme à la loi :
Celui qui l'exécute ne saurait commettre d'infraction, car au-delà du commandement c'est à l'ordre de la loi qu'il obéit et sa justification ne saurait faire de doute.
2°) l'ordre ou le commandement de l'autorité légitime est illégal.
A ce niveau, une difficulté surgit :
- Le subordonné ou l'agent est-il tenu d'exécuter les ordres illégaux de son supérieur hiérarchique ?
- Et s'il obéit peut-il justifier les infractions réalisées en invoquant son devoir d'obéissance ?
A l'interrogation, la doctrine propose trois réponses qui correspondent à trois analyses distinctes :
a) l'obéissance passive.
Le subordonné ou l'agent peut-il invoquer l'exécution passive de l'ordre reçu pour bénéficier de l'impunité ? Dans l'affirmation cela serait un danger pour les libertés individuelles et publiques, car on assistera à la multiplication des exactions des irrégularités et des voies de fait qui resteront impunies. Ainsi, la profanation des lieux saints se multipliera et les mécontentements sociaux s'agrandiront.
b) Les bâillonnette intelligentes.
Ici, le subordonné ou l'agent a le droit de critiquer les ordres reçus et de refuser d'exécuter systématiquement les ordres du ou des supérieurs. Ce droit de critique a été jugé contraire à la discipline militaire.
c) L'illégalité manifeste des ordres ou du commandement.
Le code pénal de 1981 épouse cette conception. Lorsque l'ordre ou le commandement est manifestement illégal ou illicite, le subordonné ou l'agent a, non seulement le droit, mais il a, le devoir de refuser d'exécuter l'ordre reçu. Au cas contraire, il encourt des sanctions pénales, tout comme son supérieur hiérarchique, auteur de l'ordre manifestement illégal.
A la lumière des développements juridiques qui précèdent, les forces de l'ordre avait elle le droit, de procéder au contrôle, le vendredi 10 juin, à l'heure de la prière, devant la Mosquée d'Abobo, sous le couvert de l'ordre de la loi et ou du commandement de l'autorité légitime ?
A priori, procéder à un contrôle à l'heure du culte et devant une mosquée ou une église est contraire aux dispositions du préambule de notre Constitution (loi fondamentale) qui renvoie à la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et 1948 qui affirment la liberté de croyance et de culte.
La constitution étant la norme fondamentale et supérieure aucune autre loi ne pourrait y déroger. A elle, toutes les lois et règlements doivent se conformer sous peine d'inconstitutionnalité.
L'analyse pourrait être close ici, car tout autre argument serait inutile. Néanmoins pour suivre la logique des développements qui précèdent les forces de l'ordre ont elles obéit à un commandement de l'autorité légitime ?
Si l'on s'en tient à la visite du Ministre de la Sécurité Intérieure, le Général Gaston OUASSENAN, le samedi 11 juin 1994 à la mosquée profanée par ses agents, il en résulte que ni le Ministre, ni les commissaires Vè DOUA du 14ème et BAKARY Sanogo du 15è n'ont ordonné aux agents de procéder à un contrôle le vendredi 10 juin à l'heure de la prière, à la mosquée d'Abobo "derrière rails". Les forces de l'ordre ont elles obéit aux ordres d'une autorité privée ? Si oui, elles deviennent manifestement des forces du "désordre".
Si non, les responsabilités doivent être situées conformément à l'exécution d'un ordre manifestement illégal que les lois, jurisprudence et doctrine unanimes, sanctionnent./. C. I.
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ISLAM ET DEMOCRATIE
Tel est le thème d'une conférence prononcée par le Professeur KOULIBALY Mamadou, maître de conférences et agrégé des sciences économiques.
Lorsqu'il m'a été demandé de prononcer cette conférence j'ai ressenti une certaine fierté puisque j'allais avoir l'occasion exceptionnelle de m'exprimer, devant les musulmans de Côte d'Ivoire dans un séminaire de l'Association des Etudiants et Elèves Musulmans de Côte d'Ivoire, sur un thème qui me semble complexe à plusieurs titres ; dont je souligne quelques uns ici.
1 - Aujourd'hui dans notre pays, et d'ailleurs partout en Afrique, les systèmes politiques en crise mettent en crise les libertés parmi lesquelles la liberté de conscience et la liberté religieuse. L'islam en Afrique fait l'objet de manipulations diverses qui s'inscrivent dans le contexte du multipartisme. Son analyse mérite donc davantage d'expertise que l'économiste, que je suis, n'a pas. Mon propos doit être perçu comme une thèse que je vais défendre sur l'islam et la démocratie. Il s'agit donc d'une position intellectuelle.
2 - L'islam dans le monde est déchiré entre les familles héritières du Prophète MOHAMED (S.A.W.). Les Chiites et les Sunnites trouveront en Afrique des partisans et des adversaires. Les conflits dans le monde arabe deviennent peu à peu des conflits de religions. L'islam se présente ainsi comme un mouvement politique de changement social dans le monde musulman du golfe persique. Se poser alors la question des liens entre Islam et Démocratie reviendrait à prendre position dans les conflits du monde arabe.
Mon propos ici aura une portée plus modeste. Il considère l'islam comme un mouvement social mis en place par un Prophète Envoyé de Dieu avec son Saint Coran pour changer l'ordre ancien d'un peuple pauvre et déchiré en tribus (en guerre), closes et archaïques. MOHAMED est le messager (S.A.W.) je considère que les leçons du Prophète sont universelles et ne sont propriétés d'aucun peuple car MOHAMED (S.A.W.) est l'Envoyé de Dieu et que pour le musulman LAHILA ILALAH MOHAMED RASSOULOULAH. Ceci doit être accepté dans tout le "DJAHILIYA" des temps de l'ignorance. Telle était sa mission et tel est le sens du Saint Coran. C'est donc ainsi qu'il conviendrait de le voir. Il s'agit du fondement rationnel de l'aspect temporel du Prophète.
3 - Cependant le Prophète a aussi une dimension spirituelle puisqu'il est l'élu de Dieu. Dans sa tribu, parmi les siens, il a été choisi par Dieu pour apporter le message. La dimension spirituelle du Prophète est, elle aussi, universelle. Le Prophète n'appartient à aucun peuple vu sous cet angle de la spiritualité. Tous les musulmans, respectent, ou qu'ils soient les cinq piliers de l'islam :
- croire que Dieu est unique et que MOHAMED est son Prophète,
- pratiquer les prières dans les règles strictes signées par le Coran,
- faire l'aumône, LA ZAKAT
- faire le jeûne du Ramadan,
- accomplir le pèlerinage à la Mecque si l'on a les moyens.
Cette spiritualité nous met les propos qui vont suivre en situation. Il s'agira donc d'une conférence politique sur le plan de la méthode d'approche du thème. Lorsque la spiritualité est appelée au secours de la démonstration ce sera pour donner des illustrations à partir de citations du Coran et des propos du Prophète. Le conférencier n'est donc pas un Imam qui vient présenter son sermon. Il s'agit d'un chercheur qui va faire des conjectures, sur l'Islam et la Démocratie. Il ne s'agit ni d'un homme politique, ni d'un religieux. Il s'agit d'un intellectuel et pas plus. Des grilles de lecture de l'actualité politique en Afrique vous seront donc proposées. Mes propos seront donc discutables. Mais je vais les fonder solidement sur le Coran et les Hadiths du Prophète Mohamed (S.A.W.).
Après les remarques qui sont en réalité des mises en garde, je vais vous dire comment je vais procéder dans mon raisonnement.
A - DEFINITION DE L'ISLAM
Je serai très clair ici. Je ne vous encombrerai pas. Je suppose que, tous ici, vous avez ce que l'islam est, puisqu'il s'agit de votre religion librement choisie.
• Pour ceux qui ne sont pas musulmans, l'islam est une religion monothéiste révélée aux hommes par Dieu par le biais de son Envoyé : MOHAMED (S.A.W.).
L'islam existe depuis plus de 14 siècles et sa pérennité est liée d'abord à la croyance au message.
B - DEFINITION DE LA DEMOCRATIE
Les penseurs du monde entier, quand ils s'adressent à l'Afrique oublient souvent que les africains sont des hommes, or les règles naturelles du droit et de la liberté semblent être bafouées sans que ces intellectuels ne réagissent de façon claire sur les principes des normes de la loi et du droit naturel qui puissent servir de référence au sage, à l'honnête homme et aux hommes africains tout court. La démocratie chez les africains prend n'importe quel sens dans notre esprit. Pour beaucoup d'entre nous, quand nous parlons de démocratie nous n'avons à l'esprit que l'organisation politique qui utilise le suffrage universel pour désigner dans un univers de multipartisme les hommes qui seront chargés de gérer l'Etat. La démocratie serait donc un système politique et c'est tout. La démocratie n'a qu'une dimension pensent de nombreux africains : elle est un processus ou un Etat politique. Cette conception de la démocratie s'arrête au multipartisme ; c'est-à-dire à la concurrence entre partis politiques. Le multipartisme est nécessaire mais ne saurait tout seul conduire à la démocratie. Il faut retrouver les différentes dimensions de cette notion et les présenter pour que l'on sache qu'en réalité, la démocratie est plus subtile et complexe. C'est alors que cette subtilité et cette complexité sont utilisées pour répondre à une question que nous allons nous soulever.
Vous voyez donc qu'il y a ici un enjeu méthodologique extrêmement important. Pour nous éloigner de cette conception unidimensionnelle, il faut savoir que la politique est une activité spécifique qui cherche à maîtriser les efforts attendus ou pervers de la sauvagerie des passions humaines. Il s'agit aussi bien d'un art du conflit que d'un art pour trouver une issue interne et pacifique aux conflits. La politique aura donc pour fin, la concorde entre les sociétaires, la population et la sûreté envers l'étranger.
La politique a, dans une communauté, la plus grande faculté parmi les ordres, de réagir à des choses qui arrivent d'autres ordres (économique, religieux, moral, social, culturel...). Par ailleurs, la politique a la plus grande faculté de déterminer les choix dans les autres ordres. La politique n'existe que dans les groupements d'hommes en interrelation sociale. La politique n'a un sens que dans la perspective où l'on considère les individus qui suspendent leur indépendance naturelle et leur égoïsme pour entrer en relation avec les co-sociétaires pour produire du bonheur c'est-à-dire un complexe de sûreté, de prospérité et de liberté. Dès lors que les hommes sont d'accord pour produire en commun la liberté, la prospérité et la sûreté, ils considèrent ces trois outputs comme des idéaux. Leurs intérêts communs se trouvent tans ces idéaux qui sont eux-mêmes partagés par chaque sociétaire. Ils doivent tous être à la recherche du bonheur même s'ils ne savent quel contenu donner à ces intérêts idéaux, ni d'ailleurs quels moyens utiliser pour les atteindre.
(Suite dans nos prochaines éditions)
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HOMMAGE
DEVALUATION-MIRACLE
HOMMAGE AU PROFESSEUR FADIGA DOUGOUTIKI
L'HOMME ET SES OEUVRES
Il a plu a Allah le Tout-Puissant de rappeler à lui le frère Fadiga Dougoutigui. Musulman convaincu et pratiquant, animé d'une foi inébranlable, l'homme a poussé le dernier soupir le 9 mai 1994. Laissant dans la plus grande tristesse et dans la plus profonde consternation, parents amis et connaissances.
Ce ne sont pas les circonstances de la mort de cet éminent professeur agrégé de médecine qui nous intéressent ici. Encore moins la nature du mal qui l'a emporté dans l'au-delà. Ce qui importe maintenant, ce sont les oeuvres de piété qu'il n'a cessé de poser tout le long de sa vie sur terre.
Toute la vie de DOUGOUTIGUI pourrait se résumer ainsi : modestie et humilité dans la grandeur.
L'homme n'a jamais hésité un seul instant à voler au secours de ses patients financièrement démunis. Prenant très souvent (personnellement) en charge, frais de consultation, d'hospitalisation et de traitement. On ne les compte plus, toutes ces personnes (désespérées à un moment donné) qui, par la grâce d'Allah, doivent la vie pour avoir bénéficié des largesses de DOUGOUTIGUI. Depuis sa disparition du monde des vivants, les témoignages de ses frères en Islam, ainsi que ceux de ses amis (toutes confessions confondues) rivalisent de sincérité et de profondeur. Fadiga s'en est allé quelques heures seulement avant la célébration du 10e anniversaire de la mort de son "frère" Bakayoko, cruellement arraché à l'affection des siens en 1984. Il s'était personnellement impliqué dans la phase préparatoire de cette cérémonie. Aux côtés de son ami Dramane Diarrassouba et des Cheik Tidiane Bah et Sonta Moustapha qui étaient appelés à officier ladite cérémonie.
Nous ne saurions passer sous silence, le vif intérêt qu'il a toujours manifesté à l'endroit de notre publication dont il attendait certainement beaucoup. Son abonnement de soutient et ses conseils d'aîné ne nous ont jamais fait défaut. Et nous en étions très fiers.
Comment peut-on se taire sur les largesses d'un homme dont une bonne partie du salaire servait à nourrir des pauvres et des économiquement faibles. L'attitude de DOUGOUTIGUI nous renvoie à ces versets du Saint Coran : "(...) Il te sera fait, certes, en l'au-delà, un meilleur sort qu'en ce monde. Et tu recevras bientôt les dons de ton Seigneur, dont tu seras satisfait. Du temps que tu étais orphelin, ne t'a-t-il point recueilli ? Du temps que tu étais errant, n'a-t-il point su te guider ? Te trouvant enfin pauvre ne t'a-t-il pas enrichi ?" Ainsi, ne brime pas l'orphelin. Ne rudoie pas le mendiant !
Proclame hautement les bienfaits de ton maître."
Fadiga Dougoutigui s'en est donc allé, après avoir accompli ici bas, tout ce qu'il lui était humainement possible de faire. Paix à son âme.
TOURE MORY FREY
Pr DOUGOUTIGUI Fadiga
LA DEVALUATION EN COTE D'IVOIRE FAIT DES MIRACLES
Depuis que la dévaluation s'est installée dans notre pays, les ivoiriens et tous qui vivent en dans notre pays n'ont plus de problèmes. Le miracle de la dévaluation fait son petit bonhomme de chemin. Il paraît que la croissance sera de plus de 6 % d'ici à 1995.
Il paraît que depuis le prix du carburant a connu une hausse inexplicable tcut va bien chez les usagers que nous sommes. Il paraît que l'augmentation des prix des produits de première nécessité ont rendu les ivoiriens subitement riches. Ils n'ont pas à se plaindre.
Il paraît que depuis que les prix des médicaments ont subi une augmentation les ivoiriens se soignent mieux. Les ivoiriens voyagent beaucoup depuis la hausse des titres de transports.
Il paraît que la redevance que les téléspectateurs vont payer va révolutionner la R.T.I.
Il paraît qu'il pleut des milliards dans notre pays et que tout ira désormais comme sur des roulettes.
Il paraît que tous les problèmes des enseignants raccrochés ont été résolus grâce aux mesures de.diminution de leurs salaires.
Il paraît que la suppression des bus "étudiants" a renforcé le parc auto de la Sotra et que désormais tout baigne dans l'huile.
Il paraît que depuis l'augmentation des prix de l'eau et de l'électricité les consommateurs sont devenus heureux, parce qu'ils payeront maintenant plus facilement leurs factures.
Il paraît que les ivoiriens sont devenus extraordinaires depuis la dévaluation. Ils vivent mieux. Ils ont subi une majoration de leurs salaires 5 à 24 % et que leurs dépenses ont augmenté en même temps de plus de 100 %. Ailleurs les salaires ont diminué avant de subir une hausse. Veinard ivoiriens ! Remercions Dieu pour tout ce qu'il fait pour nous et de nous avoir fait ivoiriens.
Il paraît que la Côte d'Ivoire est une providence de Dieu, c'est la Raison pour laquelle il n'y a aucun problème. Dieu est Amour, Paix, Justice...
Il paraît, il paraît que... Merci Dévaluation de nous avoir sorti du Trou.
OUATTARA ISSOUF
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(Suite et fin de l'article)
# POSITION DE L'ISLAM
Adil Boubeker : RECTEUR de la mosquée de PARIS.
"La religion doit apporter un réconfort et non des interdits ou des permissions."
**Q : Comment l'éthique musulmane peut-elle s'appliquer à l'égard du Sida ?**
Je répondrai sur un plan très général, étant donné qu'aucune structure hiérarchique dans l'Islam n'a désigné de commission particulière pour en parler et adopter une position officielle. Je pense qu'il faut laisser à la conscience des femmes ou des hommes musulmans le soin de traiter le problème, et en particulier au médecin musulman : celui-ci ne se réfère pas à tel ou tel à priori traditionnel pour soigner et aider son patient, quelle que soit sa maladie. De ce point de vue, je pense que la médecine musulmane, c'est-à-dire telle qu'on l'exerce dans les pays musulmans, procède des mêmes principes déontologiques qu'ailleurs ; ce qui prime c'est l'intérêt du malade, le dévouement du médecin, sans qu'il y ait de problème qui vienne perturber la relation entre le malade et le médecin.
En ce qui concerne le problème moral, philosophique ou religieux que poserait le Sida, je dirai que cette maladie a commencé un petit peu comme les grandes épidémies mondiales, comme la peste : je citerai la Fontaine : "Mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la Terre". Elle a été vécue, non seulement dans l'Islam mais dans toutes les communautés mondiales, sous un aspect un peu fantasmagorique, comme relevant de quelque chose d'immanent, d'inexplicable, qui était venu pour une fonction précise. Je crois que cela a été le cas dans toutes les religions. Dans le christianisme, on a vu des prêtres maudire et s'emporter en décrivant la maladie comme relevant d'un châtiment divin. Dans l'Islam, la connotation sexuelle de la maladie a certainement provoqué, comme ailleurs, des réactions de rejet. Il ne faut pas nier l'existence de certaines approches primaires, mais le temps a passé, on a appris relativement vite à connaître la maladie, à en isoler le virus, on a découvert les modes de transmission, en premier lieu l'échange de seringues. Il est certain que dans l'Islam on réprouve la toxicomanie. A ce sujet, je crois qu'il faut préciser que l'usage de drogue est en effet considéré comme déviant, au même titre que l'alcool ou, dans une moindre mesure, le tabac, dans le sens où tout ce qui perturbe la conscience de l'homme par rapport à Dieu est de nature à l'éloigner des prescriptions divines. Tout cela est considéré comme un éloignement.
Le péché dans l'Islam n'est pas connoté par une notion de mal, il se réfère à l'éloignement qu'on a de Dieu. Voilà une notion essentielle et capitale de l'Islam : la notion de péché originel n'existe pas, nous ne sommes pas exclus du paradis pour avoir péché, nous n'avons donc pas à nous racheter comme dans le christianisme du péché originel, la vie du musulman n'est pas le rachat d'un péché qui ne lui est pas imputé. En revanche, la vie du musulman est un cheminement, un perfectionnement perpétuel dans la voie que lui indique Dieu, dans le Coran et la tradition qui est notre loi : dans ce domaine, c'est toute la vie du musulman qui est orientée vers Dieu, tout l'avenir de l'homme est tourné vers son rapprochement de Dieu, c'est-à-dire dans la voie du bien.
Un bon musulman est celui qui pratique le bien, s'informe sur le bien et le répand autour de lui, d'où l'importance de l'éducation. Un père de famille ne s'est pas acquitté de sa tâche uniquement en nourrissant ses enfants, encore doit-il leur apporter la nourriture spirituelle, et c'est la cellule familiale qui est la première base de la communauté musulmane ; on peut dire que la cellule d'origine est cette microsociété à partir de laquelle toute l'Oumma, toute la communauté va se développer. Tout cela pour dire que si le Sida reste connoté par une approche morale, l'origine de cette maladie ne touche pas à ce qui serait considéré comme un péché capital, c'est-à-dire, pour les chrétiens, le péché originel. Dans l'Islam, le péché capital, c'est l'associationnisme, c'est-à-dire associer à Dieu une autre divinité ou une idôle quelconque. L'homme étant faible, le Coran est un rappel constant à la lutte contre cette faiblesse. La guerre sainte n'est rien comparée à la lutte que l'homme doit livrer contre ses propres instincts. L'homme étant faible de par sa nature, Dieu seul accorde son pardon, mais nous ne savons pas à l'avance s'il va nous accorder ou non sa miséricorde.
Les déviances comme la toxicomanie ou l'homosexualité sont relativisées par rapport à la faiblesse de la nature humaine.
**Q : Si, dans l'Islam, la notion de péché originel lié à la sexualité n'existe pas, il n'en demeure pas moins que celle-ci est soumise à de nombreux interdits qui sont plus forts dans les sociétés musulmanes qu'en Occident. La permissivité sexuelle n'est-elle pas associée à l'Occident, et donc le Sida à une maladie de la modernité ?**
Vous savez, l'idée du bouc émissaire n'est pas spécifique aux musulmans ; la France a commencé par accuser l'Amérique, les Américains ont accusé les Haïtiens, les Haïtiens ont accusé le Zaïre, le Zaïre a accusé les singes. Ceux-ci ont accusé les singes verts, etc. Le problème est toujours formulé de la même façon : ce n'est pas moi, c'est l'autre. Et ça fonctionne assez bien, ce rejet de la culpabilité ; personne ne veut être responsable d'un mal aussi épouvantable. Alors l'Occident porteur des grands remèdes mais aussi des grands maux, c'est possible que cette idée existe.
Il est vrai qu'au départ le monde musulman se croyait épargné ; on croyait que la maladie touchait surtout les grandes métropoles industrialisées où le problème de la drogue, de l'homosexualité et des échanges sexuels sont plus importants que dans le tiers-monde, mais après on s'est aperçu qu'en Afrique l'épidémie était bien plus importante, et l'idée aujourd'hui s'impose que nous sommes tous concernés. Je pense que le christianisme regarde avec beaucoup de réserves, voire d'hostilité, les questions telles que l'avortement ou la contraception. Je vous dirai que chez nous la contraception est permise dans certaines limites que supposent la santé de la femme ainsi que le niveau économique. Maintenant, en ce qui concerne l'adultère, je crois qu'il est regardé de la même façon dans toutes les religions.
**Q : Que dit l'Islam de l'homosexualité ?**
L'homosexualité ne répondant pas, du point de vue religieux, à la finalité proposée à l'homme, elle est considérée comme une déviance, comme ailleurs je crois. Mais je répète, tout cela est relativisé par rapport à la faiblesse de la nature humaine, le véritable péché demeurant en Islam l'associationnisme.
Pour résumer, je dirai que le Sida culpabilise infiniment plus le malade lui-même ; il ressent une détresse doublée d'une culpabilité morale, et pas seulement religieuse. Notre rôle à nous religieux est précisément d'aider ces malades à surmonter et à vivre cette épreuve. Nous devons être sensibles à cette souffrance morale et physique, la religion doit apporter un réconfort et non des interdits ou des permissions. Mais cette maladie interroge sur le sens de cette destinée humaine toujours freinée dans sa liberté par la maladie et la mort, aujourd'hui le Sida, hier la peste ou la tuberculose. Cela pose la question de l'homme et de sa vie sur terre, de sa souffrance aussi qui est liée à cette existence. Garder sa conscience et le sens d'une fraternité humaine au-delà et par cette souffrance, c'est peut-être le principal message de la religion.
Recteur de la mosquée de Paris
**ALIF**
**C'est mon journal préféré**
JUILLET 1994
ALIF Page 12