Numéro
Plume Libre #60
- Titre
- Plume Libre #60
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Plume Libre
- Date
- 20 avril 2001
- numéro
- 60
- Résumé
- Hebdomadaire ivoirien d’informations générales
- nombre de pages
- 8
- Sujet
- Idriss Koudouss Koné
- Amicale des Anciens de l'AEEMCI
- Journée de l'Enfant Musulman
- Communauté des Musulmans de Cocody à Angré
- Secte
- Laïcité
- Langue
- Français
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0001367
- contenu
-
Plume Libre
N° 60
Hebdomadaire Ivoirien d'Informations générales
du 20 au 26 Avril 2001 - Prix = 300 F.CFA
Rappel
Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il laisse s'égarer qui IL veut et guide qui IL veut. Et vous serez certes, interrogé sur ce que vous faisiez
Sourate 16 verset 93
EVENEMENT
RECONCILIATION NATIONALE
IMAM KONE IDRISS KOUDOUSS (Président du CNI) :
“LA JUSTICE EST LE PREALABLE A TOUTE RECONCILIATION”
Professeur Cissé Abdul Karim (Sociologue)
“Il ne peut avoir de réconciliation dans la rancœur”
Religion
TOUT SAVOIR SUR LA VIE APRES LA MORT
JEM 2001
LA FÊTE FUT BELLE
GROS PLAN SUR ANGRÉ
Traoré Mamadou (Président de la COMUCAN)
“BATIR UNE COMMUNAUTE FORTE AUTOUR D'UN COMPLEXE ISLAMIQUE”
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La Vie de la Communauté
JOURNEE DE L'ENFANT MUSULMAN
La fête fut belle
Le Samedi 31 mars 2001, de 8 heures à 12 heures à la patinoire de l'hôtel Ivoire, a eu lieu à l'occasion de la nouvelle année de l'hégire, la célébration de la 4ème édition de la journée de l'enfant musulman par les 3A (Amicale des Anciens de l'AEEMCI). La manifestation était placée sous le patronage de El hadj Idriss Koudouss Président du C.N.I ( Conseil National Islamique) et le parrainage de Monsieur KEITA Ibrahim.
YAHAYA DOSSO IBN HOUSSEINE
En plus du parrain Mr KEITA Ibrahim, le Président du C.N.I, le porte parole du COSIM ( Conseil Supérieur des Imams) El hadj FOFANA Aboubacar, la représentante de l'AFMCI Mme DAGO et une forte délégation de femmes, un parterre d'Imams dont le guide spirituel des 3A El hadj Sekou Sylla ont honoré de leur présence cette journée.
Mme Diaby née Touré, responsable du département de la promotion de la femme aux 3A, a dans son allocution de bienvenue, remercié les parents qui ont compris le bien fondé de la journée des enfants musulmans. Elle a exhorté les uns et les autres à retenir désormais cette journée marquant l'avènement de la nouvelle année de l'hégire.
Le parrain Mr KEITA a lui salué le comité d'organisation pour l'avoir choisi comme parrain pour une telle journée. Il a prodigué de sages conseils aux organisateurs et souhaité bonne journée récréative aux enfants. Quand Tonton Bouba, le maître de cérémonie fait son entrée, il est 9h45mn. Avec toute la dextérité qu'on lui connaît dans l'animation, il a chauffé la salle à blanc avec des enfants très contents d'être là. Il a soumis les enfants à une révision de leurs connaissances de l'histoire islamique, mesuré leur force de rétention de sourates apprises. Le jeune CISSÉ arrivant de par sa récitation au CM2 a charmé la salle de la patinoire par l'appel à la prière exécuté avec maestria. Au menu de la journée, il y a eu un défilé des plus belles Hadjas, qui du reste a étalé la richesse vestimentaire de la gente féminine musulmane, la jeune chorale venue d'Adjamé a fait montre d'une belle maîtrise de leur riche répertoire, il y a eu beaucoup de jeux parmi lesquels le jeux de la chaise. Les enfants ont fait montre de leur parfaite connaissance des structures islamiques et des personnes qui les animent. Nous avons dénombré plus de 2000 enfants. Parmi eux, il y avait des scouts féminins venues d'Abidjan(Koumassi) et de Bassam. Tous les participants ont reçu chacun des cadeaux ; les meilleurs se sont taillés la part du lion en emportant avec eux un élément de tous les cadeaux.
LE POINT DE VUE DE QUELQUES ORGANISATEURS ET PARTICIPANTS
• Mme Diaby née Touré :
La journée est d'une importance capitale pour nous en ce sens que nos enfants apprennent publiquement ce que c'est que l'Islam, leur religion, sans complexe et se recréent en s'éduquant. L'Hégire marque la date d'immigration de notre prophète( s.a.w) de la Mecque vers Médine. Cette immigration, pour tous les musulmans est une phase historique et culturelle de grande portée.
Que les 3A, Mme Dago (AFMCI) depuis 4 ans, organisent cette manifestation n'a rien de surprenant. Nos enfants qui disent ces structures de jeunes sont en avance sur nous. Force est de reconnaître que ce sont l'AEEMCI et l'AJMCI qui sont à la base de la création des structures d'adultes que nous sommes fières de diriger. Notre participation prochaine in ch Allah sera de permettre aux 3A de faire une organisation simultanée à Abidjan et à l'intérieur du pays. Ce qui du reste va lui conférer une portée nationale.
• Mme Ninnin BAH
(une sénégalaise venue rejoindre son mari en fonction à Abidjan)
"je suis sénégalaise et musulmane. Cette journée est une belle découverte pour moi et mes enfants. J'ai eu l'information le vendredi à la mosquée et je n'ai pas hésité à inscrire mes enfants. Je trouve l'initiative très bonne et à encourager car, il est bon de faire connaître l'islam à nos enfants par le biais de cérémonies comme celle là.
• L'Imam Oumar MAGASSOUBA :
" Il faut avant toute chose louer le Dieu tout puissant pour avoir positivement inspiré les membres des 3A. En outre, nous avons conscience que nos enfants sont tous braqués malheureusement sur la Noël et la saint sylvestre. Ce que les 3A en collaboration avec le frère El hadj Touré dit Tonton Bouba ont pu réaliser en cette période d'adversité culturelle, relève d'une volonté salutaire. Faire des cadeaux en ce jour c'est véhiculer de l'amour, car le Prophète (s.a.w) a dit : « faites vous des cadeaux car, le cadeau est un véhicule d'amour".
• Mlle Coulibaly Mahiley :
"Cette journée est encourageante dans la pratique musulmane et de ce fait pourrait amener certains de nos amis et frères à reconsidérer la religion".
• Ouattara Kader :
"Cette fête annuelle peut nous amener à nous dépasser dans l'apprentissage de la religion."
• Mlle Soumahoro Amy :
Je trouve que la fête musulmane est la meilleure de toutes les fêtes. J'ai fait des vœux pour que Allah dans sa Miséricorde perpétue cette journée de retrouvailles des enfants musulmans pour permettre aux autres générations de La connaître et de L'adorer.
SITUATION DES MALADES DANS LES HOPITAUX
De la responsabilité de la communauté
AW ABDOUL LATIF
S'il y a un verset qui est très souvent rappelé avec fierté par les musulmans de Côte d'Ivoire, c'est bien celui de la sourate 3 verset 110 où Allah dit : « Vous êtes la meilleure communauté surgit pour les hommes... », alors que ne serait ce qu'en regardant sur le champ social, notre communauté est totalement absente. Loin de nous l'idée vouloir nous comparer aux autres avec qui nous ne sommes pas logés à la même enseigne, mais nous pensons qu'avec une meilleure qualité d'organisation nous pourrions faire face à cette tare. L'organisation doit précéder les moyens ; et elle permet une utilisation plus rationnelle des maigres moyens dont nous disposons.
Aujourd'hui, les autres religions ont investi sur le champ social. Il ne se passe de jour ou une congrégation ne fasse une visite dans les hôpitaux ou dans l'univers carcéral. Les hommes et les femmes qui peuplent ces endroits ont besoin du soutien des autres. Ceux qui sont les plus réguliers dans leur visite, leur assistance deviennent de fait leur « frère ». A ceux-là, ils sont moralement redevables et ne soyons pas surpris si les taux de conversion de l'Islam à une autre religion sont les plus élevés dans les prisons ou les hôpitaux.
Au fils des Téra rapporta qu'il a entendu le Messager d'Allah dire : « Quand l'homme rend visite à son frère malade, il marche dans la moisson du Paradis jusqu'à ce qu'il s'asseye. Quand il s'assoit, il est couvert par la miséricorde. Si cette visite est effectuée dans la matinée, soixante dix mille anges prient sur lui jusqu'au soir et si c'est dans la soirée, soixante dix mille anges prient sur lui jusqu'à l'aube ». Il est donc fortement recommandé par l'Islam de rendre visite aux malades ; cela permet au bien portant qu'il doit être reconnaissant à Allah pour lui avoir permis cette grâce ?
En fréquentant les hôpitaux, on se rend compte des difficultés que vivent le personnel médical et les malades. On peut ainsi leur apporter notre contribution.
Le prophète ne dit-il pas que celui qui soulage son frère ici bas, Allah le soulagera dans l'au-delà ?
Les gens à l'hôpital ont besoin de beaucoup de choses, même parfois de choses insignifiantes. Ainsi un repas offert permet aux parents des malades démunis de soulager leur faim. Et parfois des malades sont hospitalisés pendant plusieurs mois. Nous sommes collectivement responsables devant Allah de tous ces frères et toutes ces sœurs qui changent de religion à cause de notre non assistance.
La piété ne s'acquiert pas dans la prière mais dans notre capacité d'assister tous ceux qui sont dans le besoin. Le Coran nous interpelle... « La pitié ne consiste pas à tourner vos visages vers le levant ou le couchant. Mais elle consiste à croire en Allah, au jour dernier, aux Anges, aux Livres et aux Prophètes, de donner de son bien quelqu'amour qu'on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux aux voyageurs indigent et à ceux qui demandent l'aide. S 2 V 177.
Sur le plan social, Allah est catégorique. Tant qu'on ne souciera pas de ce qui arrive aux malades, aux nécessiteux, nous sommes à des années lumières de la piété.
Cette absence de la communauté du domaine social doit interpeller tout le monde, les imams, les cadres, les étudiants, les ouvriers etc... Chacun peut et doit faire quelque chose. Si vous vous rendez un week-end au CHU, vous verrez des gens venir rendre visite aux malades avec ou pas de petits cadeaux (savons, yaourts, vêtements...) et très peu sont musulmans. Des parents venus de l'intérieur ou des pays limitrophes avec leur malades n'ont rien, absolument rien à se mettre sous la dent. Il faut donc se réveiller car notre force ne doit pas résider dans notre nombre mais dans notre volonté, notre pouvoir d'assister notre prochain.
LA CONGREGATION SAN'EJIDIO RENCONTRE LE CNI
Que les enfants d'Abraham se donnent la main pour bâtir la Paix
KELÉTIGUI SYLLA
Le Mardi 10 Avril de 17 H à 18 H, le Conseil National Islamique a reçu l'organisation chrétienne San'Ejidio. La rencontre a eu lieu à la mezzanine de la mosquée d'Aghien où est situé le siège du CNI.
La délégation de San'Ejidio, organisation chrétienne, était conduite par son président, international monsieur André Riccardi qui était accompagné à l'occasion par ses responsables de l'Afrique de l'ouest, de l'Afrique de l'Est et ses secrétaires particuliers, messieurs roberto Zucconi, Alessandro Fernadu et Cesare Zuconi. Le Conseil National islamique était représenté par le président Koné Idriss Koudouss, accompagné de ses plus proches collaborateurs de même que le président de la communauté musulmane d'Aghien, le frère Koné Mamadou. Lors de cet entretien franc et cordial, il a été question de la réconciliation nationale en Côte d'Ivoire. Les deux délégations se sont entretenues longuement sur les conditions de cette réconciliation et sur le rôle que les religieux pouvaient jouer dans son processus. Lors des discussions, l'accent a été mis sur le fait que les enfants d'Abraham, père des religions monothéistes devaient se donner la main pour faire triompher la paix. Et pour cela il fallait recourir à l'aide de Dieu qui est synonyme de paix et de justice. Dans cette optique M. André Riccardi a mis l'accent sur les vertus de tolérance et de pardon islamique qui excluent la haine et prônent l'amour de l'autre.
Il faut signaler que la congrégation San'Ejidio est une organisation chrétienne née en 1968 à Rome qui est composée d'Évêques, de prêtres et de laïcs de la société civile. Cette association lutte pour la paix dans le monde à travers la prière et la solidarité. Elle lutte également contre la famine, le SIDA, et se battra pour l'insertion des enfants de la rue. Aujourd'hui, elle est présente dans 63 pays au monde ; elle a reçu en l'an 2000, le prix Félix Houphouët Boigny de la paix.
CÉRÉMONIE DE BAPTÊME
La communauté s'agrandit
YAHYA IBN HOUSSEINE
Le Mercredi 04/04/2001 à 1h 58 mn 30s, Mme Koné Korotoum, l'épouse du responsable du Secrétariat et comptable du CNI, Koné Kounadi a donné naissance à un garçonnet.
Le 10/04/2001 à 09h précises a eu lieu la cérémonie de baptême en présence du Président du CNI, oncle paternel de l'heureux père, du porte parole du COSIM avec les responsables de coordinations COSIM d'Abidjan.
Le nouveau né répondra désormais au nom de Tidiane Koné. Il porte donc le nom du doyen de la grande famille Koné.
La cérémonie a pris fin à 10h 30mn avec de longues bénédictions faites par les Imam.
Que Dieu bénisse le nouveau né et permette aux parents de pouvoir, après Dieu, subvenir aux besoins du petit.
ERRATUM
Dans notre parution n°55, une erreur nous a fait écrire que la mosquée de Bingerville a été repeinte grâce à une sœur de la communauté de la dite ville. Il fallait plutôt lire que cet acte a été le fait d'un frère. Toutes nos excuses à la communauté musulmane de Bingerville.
LA RÉDACTION
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Plume Libre
Plume Libre n° 60 du 20 au 26 Avril 2001 2
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Plume Religieuse
La sourate de la semaine
LA SOURATE 96 : AL-ALAQ (LE CAILLOT DE SANG)
TRANSCRIPTION :
1- Iqra bismi rabbika-l ladhi khalaq
2- Khalaqa-l- insâna mine alaq
3- Iqra wa rabbuka-l- ad ram
4- Al-ladhi allama bi-qalam
5- Allama-l-insâna mâ lam ya'lam
6- Kallâ inna-l-insâna layat gâ
7- A-rra âhu-s-tagnâ
8- Inna ilâ rabbuka-r-rudjâ
9- Ara ayta-l-ladhi yanhâ
10- Abdan idha çallâ
11- Ar'ayta in kâna ala-l-hudâ
12- Aw'amara bi-t-taqwa
13- Ara'ayta in kadhdhaba watawallâ
14- Alam y'lam bi'anna-l-lâha yarâ
15- Kallâ la-i-l-lam yantahi lanasfa'am-bi-n-nâssyah
16- Nâssyatin kâdhibatin khâti'ah
17- Fal-yad'u nâdiyah
18- Sanad'u-z zabâniyah
19- Kallâ lâ tuti'hu wa-s-jud wa-q-tarib.
TRADUCTION
Au Nom de Dieu le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux.
1- Lis, par le nom de ton Seigneur qui a créé.
2- Qui a créé l'homme d'un caillot de sang.
3- Lis ! car ton Seigneur, le très Noble,
4- C'est lui qui a enseigné par la plume.
5- Il a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas.
6- Non, non ! vraiment, l'homme se rebelle.
7- Dès qu'il se voit à l'abri.
8- Oui, vers ton Seigneur est le retour.
9- As-tu vu celui qui interdit.
10- A l'esclave quand il célèbre l'office ?
11- Vois-tu qu'il soit sur la guidée.
12- Ou qu'il commande la piété ?
13- Vois-tu ?... Même s'il crie au mensonge et tourne le dos ?
14- Ne sait-il pas que vraiment Dieu voit ?
15- Non, non ! s'il ne cesse pas, certes, Nous saisirons au front.
16- Front menteur, fautif.
17- Qu'il appelle donc son assemblée !
18- Nous allons appeler la garde.
19- Non, non ! Ne lui obéis pas, mais prosterne toi et rapproche toi.
CIRCONSTANCE DE LA RÉVÉLATION
Cette sourate est la 96è dans le Coran, mais elle renferme les premiers versets révélés au Prophète Mouhammed. Elle comprend 19 versets et a été révélé à la Mecque, c'est à dire avant l'Hégire.
Les cinq premiers versets donc avec leur éloge de la plume comme instrument de la science humaine, voire de la civilisation et de la culture de l'homme constituent la toute première révélation à Muhammad. Selon la tradition Gabriel lui enseigna les ablutions et la façon de célébrer l'office en même temps qu'il lui communiqua ce message divin et tout lui en annonçant qu'il avait été choisi comme Prophète, messager de Dieu. Pour lorsque Gabriel lui montra un écrit céleste et demanda : «Lis !», Muhammad répondit : «Je ne sais pas lire !». Gabriel le serra fort dans ses bras et lui fit la même demande. Ceci, par trois fois. Ensuite, Gabriel récita le message qui resta gravé dans la mémoire de Muhammad. Muhammad faisait alors retraite pieuse. Au mois de ramadan dans la caverne de Hirâ, au Mont Nur («Lumière ») dans la banlieue de la Mecque. La caverne longue et étroite, était par nature orientée vers la Ka'ba ; et existe encore. (Hirâ signifie : recherche).
CONCERNANT LES VERSETS SUIVANTS :
Qu'il fasse appel donc à son assemblée ; nous ferons appel aux anges de l'enfer (verset 17 et 18).
Ces versets furent révélés au sujet d'Abu Jahl.
En effet, Abu Mansur al-Baghdâdi mra rapporte (...) qu'Ibn Abbâs avait dit : "Le Prophète (S.B) qui l'on vit s'adresser à lui avec dureté ; ce qui poussa Abu Jahl à dire : "par Dieu tu sais bien que personne (dans la Mecque) n'a de cercle aussi nombreux que le mien !" Sur ce, Dieu le Très haut révéla qu'il fasse appel à son cercle (qu'il appelle donc son assemblée).
Nous ferons appel aux anges (de l'enfer) ! Et Ibn Abbâs de continuer : «Par Dieu, s'il avait appelé son cercle, les archanges de Dieu, bien et exalté soit-Il, l'auraient saisi".
Le Hadith de la semaine
LE RESPECT DES DROITS SACRÉS DU MUSULMAN
Ibn Umar rapporte ces paroles de l'Envoyé de Dieu. Sur lui la grâce et la Paix : «Le musulman est le frère du musulman, il ne se montre pas injuste à son égard et il ne le livre pas (à ses ennemis).
Dieu aidera celui qui vient en aide à ses frères et il soulagera d'un des tourments du jugement dernier celui qui soulage un musulman dans l'affection.
Quiconque cache les défauts d'un musulman, Dieu cachera les siens le jour de la Résurrection. »
(Boukhari et Muslim)
QUESTIONS-REPONSES
QUESTION 1
Y a t-il une vie dans la tombe ?
REPONSE 1
Oui, l'âme vit déjà dès la tombe.
QUESTION 2
Comment est la vie dans cette tombe, avant le jour du jugement dernier ?
REPONSE 2
C'est une vie faite soit de délice si l'individu faisait de bonnes actions, soit de supplices si l'individu commettait de mauvaises actions. Cela dure jusqu'à la résurrection et la sortie des tombes pour le Jugement dernier.
QUESTION 3
Quels sont les questions posées par munkir et Nakir dans la tombe ? Comment y répondre ?
REPONSE 3
La première question est : qui est ton Créateur ? Tu y réponds : "Allah". La deuxième : qui est ton Prophète. La réponse est Seydina Mohammad. Et la troisième question est : quel ton est livre ? Tu répondras : Le Coran.
De toutes les façons les réponses que tu donneras bonnes ou mauvaises dépendront du poids des bonnes œuvres ou des mauvaises œuvres que tu auras faites.
La vie après la mort
La question de savoir s'il existe une vie après la mort n'est pas du ressort de la science dans la mesure où la science se préoccupe uniquement de classifier et d'analyser les données sensorielles.
En outre, l'homme ne s'occupe de recherche scientifique, au sens moderne que depuis quelques siècles alors qu'il connaît le concept de "vie après la mort" depuis les temps immémoriaux.
La vie après la mort : un leitmotiv dans les discours des prophètes (ainsi tous les prophètes envoyés par Dieu ont appelé leur peuple à adorer Dieu et à croire en la vie après la mort. Ils insistèrent sur cette croyance que le moindre doute à ce sujet signifiait nier l'existence de Dieu et rendait toutes les autres croyances sans objet. Le fait même que tous les prophètes envoyés par Dieu aient traité cette question métaphysique avec autant de confiance et d'unanimité, à des milliers d'années de distance les uns des autres, tend à prouver que la source de leur connaissance de la vie après la mort, telle qu'ils la proclamèrent tous, à la même, c'est à dire la Révélation divine.
Si au cours de l'histoire, certains peuples ont nié l'existence de la vie après la mort, il n'en demeure pas pour autant que les prophètes ont eu des adeptes qui y ont cru. Ceux-ci ont-ils perçu la vérité par leur conscience perceptive ? Certainement pas, puisqu'il est impossible d'expérimenter la vie après la mort. En réalité Dieu a pourvu l'homme d'une conscience rationnelle, esthétique et morale en plus de sa conscience perceptive. Cette conscience guide l'homme au milieu de réalités qui ne peuvent être vérifiées par les sens. Lorsque les idolâtres de la Mecque niaient jusqu'à la possibilité d'une vie après la mort, le Coran démontra la faiblesse de leur proposition par des arguments logiques et rationnels : «Oublieux de sa propre création, il nous lance ce proverbe : "Qui donc fera revivre les ossements alors qu'ils sont poussière ?" Dis "Celui qui les a créés une première fois les fera revivre. Il connaît parfaitement toute création. » (S. 36 / V 78-80) (...)
En réalité si la vie après la mort n'existe pas, la croyance en Dieu, elle-même, devient hors de propos ou bien, si l'on croit en Dieu, il s'agirait d'un Dieu indifférent, après avoir créé l'homme, il se désintéresserait du destin de celui-ci. Or Dieu est juste. Il punit les tyrans dont les crimes sont innombrables.
Le Coran insiste beaucoup sur le fait que le Jour du Jugement doit venir et que Dieu décidera du destin de chaque âme en fonction de ses actions : «Les incrédules disent : "L'heure ne nous surprendra pas". Dis : "Bien au contraire, par mon Seigneur, elle viendra sûrement à vous ! Mon Seigneur connaît le mystère inconnaissable... Le poids d'un atome ne lui échappe ni dans le cieux, ni sur la terre, il n'y a rien de plus petit ou de plus grand que cela qui ne soit inscrit dans un livre explicite afin de récompenser ceux qui avaient cru et qui auront accompli de bonnes œuvres. Voilà ceux qui s'évertuent à rendre nos signes impuissants. Voilà ceux qui subiront le châtiment d'un supplice douloureux (S.34 V 3-5).
(Le jour du Jugement dernier) c'est le jour où les attributs de Justice et de Miséricorde de Dieu se manifesteront pleinement (...) (S. 28 V61).
Le Coran dit également que la vie terrestre est une préparation à la vie éternelle. "Ceux qui la nient sont esclaves de leurs passions et de leurs désirs et se moquent des personnes vertueuses et croyantes. Ces personnes ne réalisent leur sottise qu'à l'heure de leur mort et désirent alors que à leur sort laissé une chance sur terre, mais en vain". (S 23 V 93-104)
DE L'IMPORTANCE D'UNE VIE APRES LA MORT :
La foi en la vie éternelle ne garantit pas seulement la réussite dans l'Au-delà, elle donne la paix et le bonheur à ce monde en rendant les individus plus responsables et consciencieux dans leurs actions.
De même, la négation de la vie éternelle a des conséquences sur l'Au-delà tout comme sur ce monde. Lorsqu'une nation enterre la rive, toutes sortes de maux et de dépravations apparaissent dans la société et finissent par la détruire.
En témoigne le sort terrible des Aad, des Thamoud et du Pharaon dans le Coran.
Source : Sène Wamy sur l'Iskal N°6
NB : L'inter-titre est de la rédaction.
La dou'a de la semaine
DOUA À RÉCITER AU MOMENT DE SORTIR DE CHEZ SOI
TRANSCRIPTION :
«Bismilahi tawakaltou (ala)-lâhi wa lâ hawla walâ qouwwata illa billahi »
TRADUCTION
«Au nom d'Allah, je place toute ma confiance en Allah, et il n'y a de force ni de puissance qu'en Allah».
Ces paroles ainsi suffiront pour la guidance, la protection et Satan s'éloigne alors du fidèle.
Plume Libre
B.P. 174 CIDEX 03 ABIDJAN 08
TEL : 22-42-67-79
Site Internet : http://www.cni.ci
DÉPÔT LÉGAL
N° 2732 du 07/09/1991
EDITEUR : CEID
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION
Koné Issa
REDACTEUR EN CHEF
Doumbia Ibrahim
DIRECTEUR COMMERCIAL
Aw Abdulatif
Impression
NEW PRINT
Distribution
CEID - Communication
Tél : 05-69-00-49
ERRATUM
Dans Plume Libre N°59, une erreur nous a fait écrire que nous avions rencontré le Pr Lanciné Sylla.
Nous avons plutôt tiré le document relatif à sa conférence de l'un des numéros des cahiers du CEID.
TOUTES NOS EXCUSES AU PROFESSEUR ET AUX CAHIERS DU CEID
Plume Libre n° 60 du 20 au 26 Avril 2001
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Plume Evénement
GROS PLAN SUR LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE D'ANGRÉ
LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE D'ANGRÉ COCODY (COMUCAN)
Bâtir une communauté forte autour d'un complexe islamique digne de ce nom
Angré est un quartier de la commune de Cocody. Il compte en son sein une communauté musulmane qui ne cesse de s'agrandir, épousant ainsi les contours du quartier qui s'étend de plus en plus.
Cette communauté a vu le jour au cours du Ramadan 1982 et se limitait à la SICOGI, Première Opération immobilière des lieux. Aujourd'hui, elle s'étend aux caféiers (1à7), à la Djibi, la Star 4 et à la Cité BCEAO.
Selon le président Traoré Mamadou, financier de son état, la création de cette communauté répondait à un but bien précis. La promotion de l'Islam et elle voulait en cela imiter les communautés sœurs de la Riviera et d'Aghien.
Depuis 1988, la COMUCAN a vu le passage de trois présidents à savoir :
• Palenfo Issa premier président de 1988 à 1991
• Bakayoko Mamadou deuxième président de 1991 à 1993
Et enfin le frère Traoré Mamadou l'actuel président qui est en fin de mandat. Ce dernier a été élu en 1994 et réélu en 1997. Interrogé sur les axes majeurs qui ont déterminé ses deux mandats le frère Traoré Mamadou a affirmé : « à partir du moment où il fallait faire la promotion de l'Islam il fallait se dire que nous devions être amenés à islamiser l'espace vital, ce qui suppose des hommes de foi et des infrastructures ».
En partant de ce principe, trois axes ont été définis par les membres de cette communauté à savoir :
• le développement des infrastructures nécessaires à la célébration des différents offices culturels.
• La sécurité administrative et institutionnelle.
Aujourd'hui, au niveau de l'acquisition des infrastructures, la communauté a acquis un espace de culte ce qui n'était pas le cas jusqu'en 1994 où les prières se faisaient à l'EPP SICOGI Angré I. L'espace en question comporte trois îlots de 700m2 sur un plateau de cinq îlots. Aujourd'hui, la COMUCAN bien que n'ayant pas achevé de régler les problèmes administratifs liés à cet espace, a en sa possession 2100m2. Elle a entrepris d'acquérir les deux autres îlots de 1200m2. A ce niveau, il y a problème. C'est que les propriétaires de ces terrains que la communauté veut acquérir ont mis la barre haute on parle de vingt millions à débourser. Ce qui n'est pas chose facile. A cet effet, le président Traoré Mamadou déclare : « ce n'est pas facile mais nous avons nous entendre ; sachez cependant que nous avons entrepris d'acheter les autres terrains qui nous ont coûté chers alors que nous n'avions que cent mille francs en caisse ».
Ce qui est intéressant dans ce cas d'espèce, c'est le montage édifiant fait par le BEN de la COMUCAN pour l'acquisition de la parcelle au préalable augmentée des frais administratifs. Le terrain est réparti en un certain nombre de mètres carrés. Par la suite, des cartes de participation sont lancées à l'endroit de la communauté et selon le président Traoré Mamadou : « Ces cartes sont considérées comme des actions qui doivent produire des dividendes. Mais, celles-ci seront payées par Allah. Nous avons donc une entreprise de type particulier, c'est à dire une entreprise religieuse ». A partir de cette vision des choses est né le slogan : « A chacun son mètre carré pour préparer le paradis ». Toute chose qui amène les « fidèles-actionnaires » à payer des actions en fonction de leurs moyens. En plus de cela, la communauté fait souvent appel à des mécènes qui apportent leur contribution à la cause islamique.
Aujourd'hui, l'espace est occupé par une mosquée en construction et des toilettes. Cette mosquée, un préau en fait, est provisoire. La construction d'un complexe comprenant une mosquée type, les logements des imams et si possible une école est envisagée dans un proche avenir en fonction du règlement des dossiers administratifs et en fonction des avoirs. Le président Traoré Mamadou dit à cet effet : « Nous projetons lors du prochain Mahoulid faire la pose de la première pierre de la mosquée au Ramadan prochain. Bien avant cela, nous prendrons l'attache d'un architecte de la communauté pour nous faire le plan du complexe ».
On se rend compte qu'Angré bouge dans le bon sens. L'avenir est prometteur dans la mesure où les musulmans du quartier se plient en quatre pour leur objectif final : une communauté forte autour d'un complexe islamique digne de nom.
Une vue des élèves au cours d'instructions religieuses.
LA FORMATION DES ENFANTS
Bâtir une école confessionnelle
La communauté musulmane d'Angré a entrepris une expérience qui fait actuellement tâche d'huile à Abidjan. Il s'agit de la formation des enfants à la vie islamique.
La particularité de cette formation c'est qu'elle se déroule en même temps l'année scolaire et prend fin avec elle, contrairement aux autres communes, où elle n'a lieu que pendant les grandes vacances scolaires. Ces cours ont débuté en Octobre 1996 ; ces cours ont lieu les samedi après midi et suivent un programme élaboré par des spécialistes de l'enseignement qui s'inspirent de l'école occidentale. Ils prennent en compte l'écriture, l'apprentissage et la mémorisation des sourates et tout cela en fonction des objectifs fixés à court, moyen et long terme. Tout cela est confiné dans un emploi du temps qui est amélioré chaque année en tenant compte des avantages et des inconvénients rencontrés en cours de route.
Au sujet des résultats obtenus depuis l'instauration de ces cours de formation islamique, le responsable de cette structure le frère Ouattara Ali, enseignement de son état affirme : «Nous avons eu à former plusieurs promotions du CP au CM. Aujourd'hui, nous avons beaucoup d'enfants qui savent lire le Coran, garçons et filles confondus, à telle enseigne que ce sont ces enfants qui nous aident à organiser les lectures de Coran de la communauté. Par ailleurs ces enfants pour la plupart, enseignent souvent des pratiques islamiques à leurs parents qui les ignorent parfois. Le plus important, c'est que ces enfants vivent leur foi sans complexe aussi bien dans leurs tenues vestimentaires que dans leur comportement. Il n'est pas rare de voir nos jeunes filles porter le voile aussi bien au quartier qu'en allant à école.
Ces cours sont organisés avec la collaboration de cinq enseignants coraniques parmi lesquels le vice Imam Ganama Haroun. Ces derniers se donnent corps et âme à la formation des enfants au nombre de cent cinquante. Cette année, une innovation a été apportée aux cours. Il s'agit de l'instauration de cours de Karaté, toute chose qui contribuera à faire des enfants de la COMUCAN des musulmans complets avec des âmes saines dans des corps sains.
Malgré tout, ces cours rencontrent quelques obstacles notamment le manque d'infrastructure. A ce sujet M. Ouattara Ali affirme : « Tous les cours sont dispensés dans le même espace c'est à dire à l'intérieur de la mosquée provisoire ; ce qui crée parfois des désagréments. A ce sujet il est prévu à long terme la construction d'une école confessionnelle à la faveur de la mosquée. Cet objectif est réalisable selon le responsable des cours, M. Ouattara Ali, puisque la communauté se bat pour acquérir l'ensemble des terrains sur lequel se situe la mosquée. Pour le moment les responsables des cours envisagent de monter des murs sur les toilettes qui sont surplombée d'une dalle. Cela pourra servir de salle de classe. Comme on le voit, à Angré l'éducation de nos enfants est prise avec beaucoup de sérieux de telle sorte qu'elle a créé des émules. En effet la communauté musulmane de la Riviera en collaboration avec la COMUCAN a entrepris une opération analogue.
Les adultes également ne se sont pas oubliés. Des cours à leur niveau sont également organisés. Ils prennent en compte deux niveaux, ces cours sont dispensés par l'Imam du quartier, Hustaz Diakité Muhammad Abou à l'école primaire des caféiers tous les dimanche après midi. Le Directeur de la formation des adultes est le frère Traoré Bakary, cadre à la CNPS.
Ouattara Aly, responsable du cours :
"Nous voulons aboutir à une école confessionnelle".
Des femmes dynamiques et dévouées
Les femmes musulmanes d'Angré : un soutien efficace pour la communauté.
A Angré la communauté musulmane se porte bien. Cela est une réalité. Cela l'est encore plus avec les sœurs de cette communauté. En effet, à Angré, les femmes se démènent beaucoup pour l'avancée de l'Islam. Avec à leur tête la sœur D. elles s'investissent aussi bien aux plans spirituel que social.
Au plan spirituel, les rangs de femmes dans les jours normaux concurrencent fortement celles des hommes. Les vendredis, elles ne sont pas en reste également ; la partie qui leur est réservée, déborde. On trouve des femmes qui prient dehors. Au plan spirituel, ces braves femmes se retrouvent plus nombreuses que les hommes lors des séances de zikr tournant. Cela est si vrai que lorsqu'on annonce la tenue de cet acte de spiritualité, le responsable de la communication dit généralement : « ce soir la séance de zikr, aura lieu chez Monsieur un tel ou chez la sœur une telle ». Au plan social : les sœurs d'Angré sont exemplaires. Elles sont les initiatrices de la rupture collective de jeûnes. On le sait tous, Angré est un chantier. De ce fait les nombreux ouvriers qui viennent d'Abobo et environs sont obligés de rompre le jeûne du mois de Ramadan sur les chantiers. Conscientes de cela, les femmes ont décidé de leur offrir de quoi rompre le jeûne à la mosquée. Aujourd'hui, cela est un acquis. Tous les ouvriers, les nécessiteux et même certains membres de la communauté rompent le jeûne dans la cour de la mosquée. Ce projet aujourd'hui a certes l'adhésion de tous, cependant au commencement étaient les sœurs. Au plan social, les sœurs d'Angré participent également à l'organisation des baptêmes, des mariages, des décès. Elles organisent parfois des dons à l'extérieur du quartier. A cet effet, l'orphelinat de Bassam a déjà reçu leur visite il y a de cela quelques temps. Dans la communauté, une sœur se distingue. Elle se nomme Zeinab Traoré. Il ne faut pas surtout être en retard dans la cotisation dans son secteur. Elle vous talonnera jusqu'à ce que vous vous acquittiez de votre devoir. En terme d'organisation, les sœurs de la communauté sont réparties en îlots, selon qu'elles habitent Angré SICOGI, ou selon qu'elles habitent les caféiers, les stars, la Djibi, la Cité BCEAO ect. Le bureau de la cellule féminine, se réunit une fois par mois. Cependant, des visites régulières sont organisées dans les différents domiciles selon un programme bien défini. En définitive, à Angré, la Communauté Musulmane se porte bien parce qu'elle est épaulée par des femmes dynamiques et dévouées.
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Plume Evénement
LA RELIGION ET LE POUVOIR POLITIQUE (Suite & Fin)
Une nouvelle vision de la laïcité
Par Lanciné SYLLA, Professeur de sociologie politique, ancien doyen de la Faculté des Sciences Humaines de l'Université Nationale d'Abidjan
Le couple politique religion suscite de nombreux débats aussi bien à travers le monde qu'en Côte d'Ivoire, où après les douloureux événements, beaucoup d'amalgames se font. Nous vous livrons la suite de l'intervention du Professeur Sylla sur ce sujet.
Quels peuvent donc être les fondements d'une nouvelle laïcité pour le troisième millénaire ?
Nous aurions pu partir de la théorie démocratique et républicaine classique, et de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et du citoyen, de la liberté de conscience et de religion qui y sont mentionnées par exemple, afin d'imaginer les fondements possibles d'une nouvelle laïcité. Mais nous nous proposons d'écarter cette voie républicaine classique, pour nous appuyer dans les nouvelles lumières des théologies consacrées depuis des siècles, pour ne pas dire depuis les débuts de l'humanité, afin d'y puiser certains principes fondamentaux sur lesquels pourrait être bâtie une nouvelle forme de laïcité.
Une laïcité biunivoque et non une laïcité unilatérale et univoque comme celle que nous connaissons aujourd'hui. En un mot, une laïcité qui serait à la fois laïcité de l'Etat et laïcité de la religion.
Quels pourraient être les fondements théologiques d'une telle laïcité ? Il s'agit d'interroger les textes sacrés de toutes les formes de religion, pour y déceler les points de convergence sur lesquels pourrait être bâtie une nouvelle forme de laïcité concernant les rapports entre religion et politique pour les temps à venir.
C'est une voie de recherche possible que nous voulons tracer ici, beaucoup plus qu'une étude exhaustive et définitive (ce qui serait d'ailleurs contraire à tout esprit scientifique). C'est pourquoi les propositions qui vont suivre seront interrogatives plutôt qu'affirmatives. Qu'est ce que la lecture des masques et des totems peuvent-ils révéler comme principes fondateurs d'une nouvelle laïcité dans les rapports entre les hommes ?
Quels sont les principes de nouvelle laïcisation possible dans les rapports humains que pourraient nous proposer les textes sacrés des religions panthéistes ? Et les religions monothéistes ? Que nous livrent-elles ? Quels principes de la refondation de la laïcité peut-on trouver dans la Thora, dans la sainte Bible et dans le saint Coran ? Voilà les pistes de recherche. Nous nous limiterons à des propositions générales, toujours sous la forme interrogative plutôt qu'affirmative. La tolérance n'est-elle pas la caractéristique essentielle des religions polythéistes ? Elles ne connaissent pas de guerre de religions. Elles ne sont exclusives ni l'une de l'autre, ni des autres formes de religion. Ne se laissent-elles pas absorber par les autres types de religion que sont le panthéisme et le monothéisme ? Il n'y a pas de religion à l'état pur. Le monde des masques, le bruissement des bois sacrés, et la parole initiatique du culte des ancêtres, ne recèlent-ils pas le secret de cette tolérance religieuse, de cette vertu intégrative de tout homme dans la société ? Les sociétés initiatiques, les sociétés secrètes en particulier, n'ont-elles pas contribué à sauver la paix par la médiation entre groupes en cas de conflits ? Une médiation sacrée qui ne souffrirait pas le refus d'accepter le compromis, le consensus, la paix, principes fondamentaux de la démocratie de l'arbre à palabre.
L'ASIE, LE CONTINENT DU SYNCRETISME RELIGIEUX
Quant aux religions panthéistes, n'avons nous pas vu que le principe même de l'harmonie cosmique, harmonie entre le spirituel et le temporel, est générateur d'harmonie socio-politique ? Ne peut-on élever ce principe de l'harmonie cosmique au rang de principe de tolérance, de liberté et de laïcisation des rapports humains au niveau global, mondial et universel ? Il n'y a pas de religion plus tolérante que les religions panthéistes. Elles assimilent toutes les religions préexistantes, tout en composant parfaitement avec les religions étrangères. L'Extrême-Orient, pays de prédilection du panthéisme est un monde de religions superposées. En Inde par exemple, les religions sont nombreuses, les pratiques s'additionnent, les visions du monde se composent sans s'exclure. L'hindouisme accepte et fond toutes les religions et tous les cultes. Le vieux culte du védisme sera absorbé par le brahmanisme qui lui-même donnera naissance à l'hindouisme. Tout participe à la divinité. Chaque homme peut même choisir sa divinité. Et toutes les divinités sont considérées comme des modalités ou des expressions particulières du « souffle du cosmos », une sorte de dieu impersonnel immanent et transcendant à la fois. Le respect de la vie qui se trouve en toute chose et la non-violence trouvent ici leur fondement. Le bouddhisme qui dérive de l'hindouisme est également une religion envahie de divinités multiples. C'est la religion la plus syncrétique de toutes les religions panthéistes. A tel point qu'il comporte des expressions variantes d'un peuple à l'autre. Le bouddhisme chinois est un syncrétisme dans lequel culte des ancêtres, confucianisme et taoïsme cohabitent parfois avec des pratiques de religiosité venues d'Occident. Tandis qu'il s'est associé au shintoïsme et au nationalisme au Japon, il a prouvé qu'il est capable de s'adapter aux techniques et aux politiques les plus variées et contradictoires (capitalisme, libéralisme aussi bien que marxisme) en Birmanie, en Thaïlande et au Sri-Lanka. Enfin, la secte vietnamienne, le cao-daïsme, incorporera à son culte Mahomet prophète de l'Islam, Jeanne d'Arc et Victor Hugo. L'éthique du bouddhisme est fondée sur la bonté et la bienveillance envers tous les êtres. Elle vise à la perfection morale, intellectuelle et spirituelle de l'individu et de la société. Humaniste et égalitariste, le bouddhisme ne paraît-il pas tout aussi apte à contribuer à l'émergence d'une nouvelle laïcité dans les rapports entres les êtres humains ?
Quant au confucianisme, nous savons que son orientation éthique est plus alternative aux solidarités sociales. Dans la vie de l'homme, la société, le cosmos, le maintien de l'ordre socio-politique étant le pôle principal de l'harmonie comique. Les nouveaux problèmes socio-politiques qui se posent en ce moment à l'échelle mondiale, concernant la multiconfessionnalité de tous les Etats de ce monde, les problèmes de la « guerres des civilisations » ou des religions dont parle le Pr Huntington, ne pourraient-ils pas trouver de solution dans un principe harmonique de type confucéen réincarné dans un nouvel humanisme laïc ?
LES RELIGIONS REVELEES : L'UNICITE DE DIEU
Enfin les religions monothéistes! Judaïsme, christianisme, Islam ! En fait, la source abrahamique de ces trois religions est unique : l'unicité de dieu. Dieu, le Dieu unique, n'est-il pas l'unique créateur du cosmos et le grand organisateur de l'harmonie cosmique ? Dieu n'est-il pas le créateur de toutes les choses, de tous les êtres qui peuplent ce monde ? En un mot, Dieu n'est-il pas le créateur suprême de l'unité de l'univers et de la pluralité des mondes ?
LA TORAH : DES PRECEPTES POUR ICI-BAS ET L'AU-DELA
En ce qui concerne le judaïsme, nous commencerons à mettre l'accent sur le fait que la Torah, les dix commandements que Dieu donnés sous forme de tables à Moïse sur le Sinaï, sont moins des préceptes pour la vie éternelle que des garanties de bonne vie en société. La Torah, le décalogue, est un code de bonne conduite, un code du permis et du non permis dans les relations entre les hommes, beaucoup plus que dans les relations de l'homme à Dieu.
Il n'y a que les trois premiers commandements qui traitent de la relation de l'homme à Dieu. Tous les sept autres commandements sont des préceptes moraux de vie sur terre, vie familiale, vie sociale, vie nationale. On y trouve les bases d'une instruction civique et morale fondée sur des préceptes universels, valables dans toutes les sociétés humaines, et qui pourraient bien être l'un des piliers d'un nouvel humanisme laïc. « Tu respecteras ton père et ta mère » le (4e commandement), et « tu ne commettras pas l'adultère » fondent la famille, le mariage, comme première institution sociale et politique. « Tu ne voleras point » : cette prescription ne pourrait-elle pas être interprétée de nos jours comme le respect, non seulement de la chose privée, mais aussi de la chose publique ? Le vol de la chose privée conduit au chaos ; le vol de la chose publique à l'anarchie. « Tu ne mentiras point » : le mensonge conduit à l'insécurité en détruisant la confiance réciproque entre les hommes et les peuples, seule la vérité peut instaurer la confiance, la coopération et la paix entre les peuples et la stabilité des sociétés.
Enfin « Tu ne tueras point »: le respect de toute vie humaine, n'est-il pas le fondement du pacifisme et de l'interdiction de la guerre entre les hommes et les nations ? Nous retrouvons ici avec le respect de toute vie et la non violence de certaines religions panthéistes, fondement possible d'un nouvel humanisme laïc.
LE CHRISTIANISME : RESPECT DES MEMES VALEURS QUE LE JUDAISME
Des valeurs universalisables analogues ne se retrouvent-elles pas dans le christianisme ? « Laissez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » n'était-il pas une façon de proclamer à la fois la laïcité de l'Etat et la laïcité de la religion par Jésus Christ lui-même ? La sainte Bible, la théologie chrétienne, Saint Thomas, Saint Augustin, Bossuet, les Encycliques pontificaux, constituent autant de textes dans lesquels pourraient être décelées certaines des valeurs de laïcité de l'Etat et de la religion, valeurs susceptibles de tracer des voies possibles vers une nouvelle laïcisation des rapports humains pour les temps à venir.
L'ISLAM : PAS DE GUERRE RELIGIEUSE
Le mot « Islam » ne veut-il pas dire « paix », paix intérieure d'abord, mais aussi paix entre les hommes, entre les peuples, entre les nations ?
La jihâd islamique, tant redoutée, et que l'on traduit communément par « guerre sainte », n'est-elle pas étymologiquement synonyme « d'ascèse », « d'effort sur soi » c'est-à-dire une guerre intérieure sur soi même, une guerre contre les passions humaines ? A la limite, la paix, la vrai paix, n'est-elle pas un humanisme vertueux (insâniyya fâdila) dans toutes les institutions ? A la limite aussi, la jihâd devient jihâd al nafs, c'est-à-dire la jihâd de l'âme, de la vie, une guerre contre la fitna, guerre contre l'anarchie, le chaos et le désordre, guerre contre les tendances schismatiques et séditieuses au sein de la Oumma, la communauté islamique dont l'unité doit être préservée. La guerre est donc avant tout une guerre intérieure d'épuration de l'âme et de la société, donc une expérience mystique et politique qui ne peut devenir militaire que pour défendre la foi, la liberté religieuse. La jihâd ne saurait donc être une guerre offensive. Elle ne peut être, exceptionnellement, qu'une guerre défensive.
LA JIHAD : UNE GUERRE CONTRE L'AME
Le verset de la tolérance et de la liberté religieuse « la ikrah fi din » - pas de contrainte en religion - n'exclut-il pas le principe de la Jihâd de l'âme, en zilâl ou en dhilâl, mots qui désignent les conflits armés, la guerre proprement dite, telle que l'aurait définie un Clausewitz. C'est pourquoi il existe d'autres mots différents de « Jihâd » pour désigner la guerre proprement dite, les conflits armés, tels que les mots « qitâl » et « zilâl ». La guerre défensive devient une obligation religieuse, lorsque la liberté religieuse est menacée.
La ikrah fi din (pas de contrainte), religion de paix, de liberté et de tolérance, il n'y a donc pas de guerre religieuse en Islam. Seule la guerre défensive est permise pour assurer la liberté de conscience et la liberté de conversion ; mais aussi pour lutter contre toute espèce d'idolâtrie, idolâtrie des croyances, des lois et des coutumes ; guerre contre toute usurpation de pouvoir, contre toutes formes de colonisation et d'impérialisme.
LA SOCIETE : UNE SOCIETE DEMOCRATIQUE ET EGALITAIRE
C'est pourquoi la Oumma islamique peut-être considérée comme une société égalitaire et démocratique orientée vers la réalisation de la fraternité universelle. Tout croyant qui accède à la connaissance de la sharia ; tout individu qui détient une certaine compétence peut détenir de ce fait une parcelle de pouvoir, par exemple le pouvoir judiciaire fiqh. La séparation des pouvoirs connue en Occident depuis Montesquieu, n'est pas étrangère à l'Islam. Si tout le pouvoir appartient à Dieu, seul celui-ci en délègue des parcelles. Le pouvoir législatif appartient au Coran seul, le pouvoir judiciaire fiqh, à ceux qui sont les plus compétents pour appliquer la sharia et le pouvoir exécutif, hukm est délégué à celui qui s'engage à défendre la foi et la communauté islamique. Le contrôle et la contestation du pouvoir de celui-ci sont possibles et même obligatoires au cas où il déviait de sa mission. La désignation de ce chef par le peuple est tout aussi possible et obligatoire, par la bayâ, une sorte de vote par acclamation, de référendum, de plébiscite ou d'approbation. La pratique de la shura, pratique de consultation préalable à toute prise de décision engageant la communauté, par la négociation et la recherche du compromis et du consensus, n'est-elle une pratique démocratique ? La shura associée au zilâl conduit à la décentralisation du pouvoir, permettant à la shura de fonctionner à l'échelle humaine, donc à une sorte de démocratie directe telle que définie pour Rousseau.
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Plume Économie
Payer la Zakat est une obligation en Islam
OUATTARA YAYA
La zakat, 3e pilier de l'Islam est aussi son pilier financier. Elle doit être considérée au même titre que les quatre autres piliers. Loin d'être une aumône (volontaire) la zakat constitue un impôt divin, une taxe obligatoire assortie de sanctions pour les récalcitrants. Elle est une prescription divine au même titre que la croyance en un Dieu unique, la prière, le jeûne ou le pèlerinage à la Mecque. "Prélève de leurs biens un impôt par lequel tu les purifies et les bénis, et prie pour eux (...)" S 9 V 103. La zakat est recevable tous les ans dans le mois de Mouharam. La zakat est par définition la part que tout musulman doit dépenser de sa fortune pour le compte d'un certain nombre de bénéficiaires explicitement cités dans le Coran. Si la croyance est un devoir spirituel, si la prière, le jeûne et le hadj sont des devoirs corporels, le paiement de la zakat est un devoir monétaire qui incombe à tous les fidèles musulmans.
Le refus de payer la zakat est sévèrement sanctionné non seulement dans cette vie, mais aussi et surtout au jour du jugement dernier. Le Prophète (SAW) a averti les musulmans dans plusieurs de ses enseignements authentiques. Ainsi, dit-il, au jour dernier, il sera brûlé par son propre argent ou étranglé par sa propre fortune qui se transforme en une des plus venimeuses vipères ou encore, "chaque fois que les hommes refusent de payer la zakat, Dieu retient la pluie et si ce n'est les animaux, il n'y aurait plus de pluie". Il dit encore "Celui qui paye la zakat par générosité sera récompensé, celui qui refuse de la payer, nous la lui prendrons ainsi que la moitié de sa fortune, telle est la volonté de Dieu".
Il découle de ce dernier hadith que celui qui paye la zakat de façon volontaire et avec bonne foi a droit au secours de la miséricorde de Dieu ici-bas comme dans l'au-delà. Celui qui refuse de la payer par avarice doit être contraint de le faire. Comme sanction de son refus il doit ensuite verser la moitié de sa fortune. Ceci n'est possible que dans les États où la collecte de la zakat est institutionnalisée et organisée.
Mais, dans nos États où prédominent les législations non islamiques, le paiement de la zakat est laissé à l'appréciation de chacun. Personne en effet (pas même les Imams) ne peut recourir à la force, pour faire respecter cette prescription divine.
Cependant, Dieu étant témoin de toute chose, les Anges gardiens veillant constamment sur les actes des humains, il sera demandé compte à tous et à chacun le jour dernier. La sanction réservée aux fautifs et aux fraudeurs dans l'au-delà est des plus atroces. Cette idée devrait amener chaque musulman à s'auto-contrôler et à s'auto-juger comme le recommande à juste titre le Calife Oumar (RA) : "Jugez-vous vous-même avant d'être jugés par Dieu". Ce qui compte pour Dieu, c'est l'effort que fait son serviteur pour se rapprocher de lui. Poser un acte volontaire avec une bonne intention est plus bénéfique auprès du Seigneur que tout autre acte posé par contrainte sans conviction. Et ce que l'homme donne à son prochain pour la recherche de l'agrément divin est mieux rétribué que les autres actes posés par ostentation.
La zakat est l'un des actes cultuels. Les versets entiers du Coran, remarqueront sans doute que la méthodologie coranique, elle est presque toujours liée à la prière. "Il ne leur a été recommandé cependant que de n'adorer que Allah, lui vouant un culte exclusif, sincère, d'accomplir la prière et d'acquitter la zakat. Voilà la religion de la droiture". S. 98 V 5. Certains juristes ont même expliqué que la zakat a la même importance et le même rang que la prière. Le Calife Abou Bakr (RA) intervenant sur le sujet a dit : "Je ne peux séparer deux choses que Dieu a rassemblées". Quant à Abdallah Ibn Massoud (RA), il affirme que la prière et la zakat sont obligatoires.
Mais au-delà même de toutes les dispositions pénales, le réalités sociales devraient inciter les musulmans à venir en aide à leurs semblables dans le dénuement.
En effet, suite aux événements particulièrement douloureux pour la communauté depuis le 24 décembre 1999, nous avons le devoir de secourir les familles déshéritées, les orphelins, les veuves et les familles endeuillées. Les musulmans peuvent-ils rester insensibles aux pleurs de ces orphelins ? Pouvons-nous garder jalousement fermés nos coffres-forts quand les demeures de nos compatriotes sont saccagées et ses occupants contraints à la mendicité, et à passer les nuits à la belle étoile ? Même si le monde s'est déshumanisé, le cœur du musulman ne peut s'éteindre au point d'oublier ses semblables.
La richesse est une épreuve. Elle fait partie de celles dites douces. Et au sujet de chaque centime dépensé, Dieu demandera des comptes le jour de la résurrection. De même que le pauvre est éprouvé le riche, l'est aussi. Mais à bien des égards, l'épreuve du pauvre quoique difficile le dégage de toute responsabilité vis-à-vis de Dieu. Au lieu du devoir de donner il a plutôt le droit de recevoir et ne prend que ce qu'il a reçu. Si les donateurs désignés par avarice refusent de s'acquitter de leur devoir, ils endossent la responsabilité de ce qui arriverait aux nécessiteux. C'est alors que Dieu prendra la place de ses derniers le jour du jugement dernier et dira aux riches : "J'ai eu faim et tu ne m'as pas nourri alors que tu en avais les moyens" et aux riches de répondre : "Comment toi le Seigneur et Détenteur de toute chose pouvais-tu avoir faim ?" Dieu rétorquera : "Un tel a eu faim et tu ne l'as pas nourri. Ne sais-tu pas que si tu l'avais fait, tu m'aurais trouvé à côté de lui" ?
Pour être rentable socialement, la collecte de la zakat doit être organisée et gérée par une entité distincte des associations et organisations islamiques. En effet, la multiplicité de ces structures contribuera à un émiettement des fonds de sorte qu'aucune œuvre sociale digne de ce nom ne pourra être réalisée.
Les œuvres sociales dont la communauté a besoin sont nombreuses, car aucune infrastructure digne de ce nom n'existe pour le moment. C'est pourquoi les domaines de la santé, de l'éducation, de la culture, doivent être investis maintenant pour assurer la santé morale de la communauté. Vouloir tendre toujours la main ne résoudra jamais nos problèmes car, le donateur voudra dans tous les cas se protéger et maintenir le demandeur dans une dépendance totale. La prise en charge de la communauté passe d'abord par l'acquittement de ses obligations divines et sociales. Son avenir dépendra de la capacité de ses membres à s'unir et à exécuter des projets dont chacun ne devrait pas forcément attendre les fruits.
Une autre utilisation de la zakat serait d'aider à l'insertion socio-professionnelle des jeunes. Le taux de chômage dans nos pays est l'un des plus élevés au monde et les conditions de vie se dégradent de jour en jour. Les nouveaux pauvres grossissent le rang des miséreux ; or toute analyse faite les membres de la communauté sont les plus nombreux. Face à cette situation, il ne serait pas superflu d'utiliser la zakat pour aider soit les élèves et étudiants sortis des grandes écoles et universités en quête d'un premier emploi, soit les chômeurs à créer des emplois dans des secteurs porteurs.
Mais, d'un point de vue stratégique, les fonds de la zakat pourraient servir à une formation d'élite. Les conditions sociales ont contraint presque tous les étudiants à arrêter leurs études après la licence ou la maîtrise. Une communauté qui se veut forte a besoin d'intellectuels capables de défendre ses intérêts dans les hautes sphères de prises de décision.
La zakat est obligatoire pour le musulman majeur, raisonnable, libre et possédant le minimum nécessaire pour ses besoins essentiels. En plus de ces conditions, les biens soumis à la zakat doivent avoir certaines caractéristiques. Les biens gagnés par les moyens illicites ne sont pas soumis à la zakat car Dieu étant Pur, il n'accepte que ce qui est pur. De plus, pour être soumis à la zakat, le bien concerné doit rester en possession de son propriétaire durant une année. C'est le principe de l'annuité du bien qui est appliqué au bétail, à l'argent et aux marchandises. Mais si la personne est endettée le paiement de la dette est prioritaire sur la zakat.
Les biens soumis à la zakat, faut-il le rappeler sont multiples.
CE SONT :
• la monnaie ; son taux unanimement reconnu est de 2,5 % ;
• les produits agricoles, les animaux (bétail), les pierres précieuses ;
• les produits commerciaux. Tout bien vendu ou acheté dans le but de tirer des bénéfices est soumis à la zakat ;
• l'immobilier et autres locations.
A chaque type de bien correspond une manière particulière de calcul pour déterminer la part allouée à la zakat.
Chaque musulman devrait se rapprocher des Imams et autres hommes de science pour avoir plus de détails.
LES CYBERS EN CÔTE D'IVOIRE :
Beaucoup de problèmes !
La vulgarisation de l'Internet dans le monde et singulièrement en Côte d'Ivoire, a entraîné des grincements de dents, dans le milieu de la téléphonie à certains niveaux. En effet, Côte d'Ivoire télécom et son partenaire France Télécom, qui détient le monopole pour la distribution exclusive du téléphone, avec l'ATCI (Agence de Télécommunication en Côte d'Ivoire) mènent un combat contre les cybers, les empêchant d'user du téléphone par le canal de l'Intens nous pensons qu'avec une meilleure qualité d'organisation nous pourrions faire face à cette tare. L'organisation doit précéder les moyens ; et elle permet une utilisation plus rationnelle des maigres moyens dont nous disposons.
Aujourd'hui, les autres religions ont investi sur le champ social. Il ne se passe de jour où une congrégation ne fasse une visite dans les hôpitaux ou dans l'univers carcéral. Les hommes et les femmes qui peuplent ces endroits ont besoin du soutien des autres. Ceux qui sont les moindres des nôtres en l'occurrence. Il y a eu un écho favorable auprès de la population. L'adhésion massive de la population à la découverte de nouveaux horizon a eu pour conséquence la prolifération des cybers à Abidjan, à Bouaké et San pedro. Les gérants des cybers, comme partout ailleurs dans le monde exploitent la téléphonie sur l'internet qui revient moyen cher aux usagers. Devant le coût onéreux des appels extérieurs chez C.I télécom, les cybers connaissent une fréquentation constante. Pendant notre tournée de recherche d'information, nous avons rencontré un Français du nom de Dominique A. la question de savoir quel est l'impact de l'exploitation du téléphone par les cybers de l'Internet sur le coup d'exploitation de France télécom en C.I, il a répondu que France Télécom ne saurait s'opposer à une quelconque exploitation de ce genre sous quelque prétexte que ce soit. L'exploitation en France des cybers étant 100 voir 1000 fois plus importante qu'en Côte d'Ivoire. Et ce qui est du monopole de la téléphonie ? Il a dit que France télécom par le biais de C.I télécom distribue exclusivement (ce qui est indiscutable) et les cybers sont des consommateurs à grande échelle. De l'avis de M. Dominique, les cybers assurèrent à leur pourvoyeurs en télécommunication une dividende respectable et régulière.
La restriction remonte à fin janvier mi-février. Des agents de ATCI, accompagnés d'éléments de la police économique, ont rendu visite à certains cybers. Ces visites ont été jugées inopportunes par leurs gérants. Ils ont alors décidé de se réunir en syndicat pour défendre leur droit et leur devoir.
Ayant foi de ce que l'outil informatique est un élément incontournable et pratiquement indispensable pour le bien-être social et la professionnalisation de la société, et les nombreuses possibilités de diversifier les occupations qu'offre l'Internet à cette heure de mondialisation, les propriétaires et gérants des cybers ont en assemblée générale constitutive à Abidjan le dimanche 04/03/2001 donné corps et vie à leur syndicat.
LES DOUZE PROPOSITIONS POUR SAUVER LA RECONCILLIATION ET LA COTE D'IVOIRE
1. La condamnation officielle de l'idéologie de l'ivoirité ;
2. la mise en place de dispositifs légaux pour lutter efficacement contre la xénophobie et le tribalisme sous toutes ses formes ainsi que tous ceux et toutes les institutions qui en font l'apologie et la mise en place d'un observatoire du tribalisme et de la xénophobie.
3. la cessation des tracasseries administratives contre une partie des ivoiriens et des étrangers et la fixation d'une limite maximum de 30 jours francs pour l'obtention ou le rejet motivé de toute pièce administrative.
4. la mise en place d'une commission d'enquête indépendante sur les attaques contres les édifices religieux saccagés au cours des événements d'octobre et décembre 2000 ;
5. la mise en place d'une commission d'enquête sur le rôle des religieux et des confessions religieuses ainsi que les ONG dans la crise actuelle ;
6. la mise en place d'une commission internationale indépendante sur le génocide de Yopougon et les exactions commises les 24, 25, 26 octobre et 04, 05 et 6 décembre ;
7. la mise en place d'une commission indépendante sur les différents complots et des violations des droits de l'homme au sein des forces armées ;
8. le retour et la réintégration de tous les éléments des forces armées ayant quitté le pays sous la transition et sous la deuxième république ;
9. le respect absolu de la laïcité et l'égalité de traitement par les officiels et les médias d'état entre toutes les confessions religieuses ;
10. la cessation immédiate de l'ingérence des officiels entre les différentes composantes des confessions religieuses,
11. la réhabilitation du DR ALLASSANE DRAMANE OUATTARA et Feu DJENY KOBENAN dans leur droit de citoyenneté ivoirienne,
12. la convocation d'un forum national de la réconciliation après les enquêtes et les poursuites judiciaires.
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Plume Communiqué
AVIS & COMMUNIQUES
LA DIRECTION COMMERCIALE DE PLUME LIBRE RECRUTE DES DISTRIBUTEURS À ABIDJAN ET À L'INTÉRIEUR DU PAYS
CONTACT :
22426779 - 03092617 - 05690049
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DATES A RETENIR
LES PRINCIPALES FETES MUSULMANES
1/ Nuit du Mawloud : 03 juin 2001
2/ Voyage nocturne : 12 Octobre 2001
N.B : Ces dates seront confirmées par le COSIM.
ANNONCE
Pour préparer le pèlerinage de vos parents à votre rythme, la foi d'une organisation (le CNOPM) et le professionnalisme d'une banque (la SIB) sont à votre disposition. CNOPM situé à l'immeuble DELAFOSSE 2ème étage porte 26 au Plateau
REMERCIEMENTS DU CNOPM
Le CNOPM, remercie tous ses partenaires de l'organisation du pèlerinage 2001. A savoir, la CITIBANK, ECOBANK, SUISSE AIR, ETHIOPIAN, EGYPT AIR, MEA, le Secours Médical Islamique, l'INSP, la Police et la Gendarmerie des aéroports d'Abidjan et de Bouaké, les services Passeports du Ministère de la sécurité intérieur, de la décentralisation, du Ministère des Affaires Etrangères et le Ministère de la Santé.
La CITIBANK et ECOBANK sont des partenaires priviligiés du CNOPM et des pèlerins elles contribuent a faciliter les transactions financieres vers l'arabie saoudite. le CNOPM leur presente ses felicitations pour l'organisation du PELERINAGE 2001
LE PLAN EPARGNE PELERINAGE DU CNOPM
EN PARTENARIAT AVEC LA SOCIETE IVOIRIENNE DE BANQUE
Comment préparer le pèlerinage à la MECQUE de l'année prochaine (2002) selon votre propre rythme, selon vos moyens financiers des aujourd'hui même ?
• Contacter le CNOPM pour obtenir un dossier d'inscription au PLAN EPARGNE PELERINAGE
• Commencer immédiatement à épargner à la SIB sur le compte numéro 32 302 725 R
• le minimum à verser est de 25 000 FCFA
Dès que votre épargne est suffisante, le CNOPM engage après votre avis, immédiatement toutes les formalités. A savoir :
• l'établissement de votre passeport
• l'obtention de votre visa pèlerinage
• l'acquisition des billets et les réservations sur les compagnies aériennes et
• les réservations pour les logements à Médine, la Mecque, Mouzdalifa, et Arafat
CNOPM SITUÉ À L'IMMEUBLE DELAFOSSE 2ÈME ÉTAGE, PORTE 26 ESCALIER AU PLATEAU
Plume Libre
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Des équipes sont à pied d'œuvre à travers les dix communes d'Abidjan.
TRÈS BIENTÔT NOUS PUBLIERONS LA LISTE DES TOILETTES LES PLUS PROPRES ET DES TOILETTES LES PLUS MAL ENTRETENUES PAR ORDRE DE MÉRITE
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Pour la converture des cérémonies d'accueil des pèlerins, PLUME LIBRE ouvre un espace.
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• Guide du soutien à l'Islam de Traoré Aboubacar
• Les épreuves de la vie de El Hadj Guissé
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ou au 03-09-26-17
+Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par Essence et par Excellence
CNI
CONSEIL NATIONAL ISLAMIQUE
Centre d'Etudes d'Information et de Documentation (CEID)
«Dis : O Seigneur ! accrois mon savoir » « Dieu atteste qu'il n'y a de Dieu que Lui, ainsi que les anges et ceux qui possèdent la science et qui se dressent pour la justice » S20V114 / S3 V18
LE CENTRE D'ETUDE, D'INFORMATION ET DE DOCUMENTATION (CEID) ORGANISE UN
SEMINAIRE DE REFLEXION
les 05 et 06 Mai 2001 au Centre Islamique Polyvalent de Bonoumin
THEME : LA PROBLEMATIQUE DE L'ECOLE MUSULMANE
Conférences Magistrales :
• 1. L'Ecole Musulmane en Côte d'Ivoire à l'épreuve des normes universelles de l'éducation formelle
• 2. Les Medersah en Côte d'Ivoire : Bilan et Perspectives
• 3. Enseignement technique professionnel : Quelles perspectives pour les structures de formation Islamique ?
• 4. Enseignement coranique : hier, aujourd'hui et demain
TABLE RONDE : CONVENTION ETAT DE CÔTE D'IVOIRE ET L'ENSEIGNEMENT PRIVÉ CONFESSIONNEL ISLAMIQUE
QUELS INVESTISSEMENTS POUR L'ECOLE EN CÔTE D'IVOIRE ?
TROIS ATELIERS PERMETTRONT D'APPROFONDIR LES DÉBATS
PARTICIPATION : 5 000 FRS / PERSONNE
RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTIONS :
Siège du Conseil National Islamique à la Mosquée d'Aghien les deux Plateaux -
Tel. : 22 42 67 79 Cell. : 03 05 37 79
BP 174 Cidex 03 Abidjan-Riviéra
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Plume Libre n° 60 du 20 au 26 Avril 2001
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Plume Document
RÉCONCILIATION NATIONALE
Imam Koné Idriss Koudouss (Président du CNI) :
La justice est le préalable à toute réconciliation
A l'occasion de l'intronisation de l'Imam Koné Mamadou (Imam de la plus vielle mosquée de Korhogo, construite en 1905) le Président Koudouss s'est prononcé sur les conditions de la réconciliation nationale, en réponse au représentant du préfet qui l'a interpellé à ce sujet. C'était le vendredi 13 avril 2001.
KONÉ SOUNKALO (ENVOYÉ SPÉCIAL À KORHOGO)
Monsieur le représentant du préfet,
Assalam aleikoum
En principe nous ne devrions pas prononcer de discours, encore moins un discours en français ce Vendredi. Etant donné que nous sommes devant nos pères et mères analphabètes, pour la plupart. Cependant, comme vous représentez l'administration et que celle-ci nous a interpellés sur le processus de réconciliation nationale qui est d'actualité, nous ne saurions nous dérober à cette obligation.
En tant que porte parole de la communauté musulmane, je voudrais vous prier en cette occasion d'être notre interprète auprès du préfet et au delà, auprès du gouvernement afin que notre message soit bien entendu.
Monsieur le représentant du préfet, comme vous le savez, la communauté musulmane est une communauté tolérante, une communauté patiente.
Je voudrais vous rappeler pour l'histoire que la première religion révélée, je dis bien, la première religion révélée en Côte d'Ivoire par ce qu'il y a d'autres religions, à pénétrer dans ce pays, est l'Islam. C'est pour cela, vous trouverez à Gbanwa une Mosquée de 700 ans. Vous trouverez à côté de nous également à Kawara, une Mosquée de plus de 300 ans. Tout cela confirme le fait que l'Islam est la première religion révélée à s'installer en Côte d'Ivoire.
De même, la communauté musulmane a toujours été une communauté rassurante, une communauté qui réconcilie. Et qui dit tolérance et pardon dit obligatoirement réconciliation.
Notre communauté a subi beaucoup d'exactions. Les événements qui nous conduisent à parler de cette réconciliation aujourd'hui, sont les récents événements tristes et douloureux qui ont frappé toute la Côte d'Ivoire en général et la communauté musulmane en particulier. J'en veux pour preuve, la date du 26 Octobre 2000 qui est gravée peut être éternellement dans la mémoire de tous les musulmans.
Car les actes posés ce jour contre nos frères, n'avaient pour motif que la religion. En effet, je ne comprends pas que l'on laisse une frange de la population marcher librement pendant qu'au même moment, l'on casse la porte sur des innocents paisiblement assis dans leurs cours, pour les tuer froidement.
Je crois que je l'ai plusieurs fois dit, même devant le autorités, et je ne cesserai de le dire que, pour toute réconciliation, il faut absolument la JUSTICE. C'est le préalable à toute réconciliation. Si le Gouvernement avait demandé notre point de vue, nous lui aurions répété cela fermement.
Ceux qui ont tué sont connus, ceux qui ont été tués sont des musulmans pour la plupart. Cependant, aucun responsable de ce pays n'a jusqu'aujourd'hui, envoyé un petit message de compassion à notre communauté. Aucun responsable n'a jamais voulu reconnaître à travers les mass-médias que des mosquées ont été détruites, des mosquées ont été brûlées, des musulmans ont été tués. Tous les responsables politiques qui sont intervenus sur les événements douloureux n'ont parlé que des Eglises détruites.
En partant sur cette base, vous vous rendrez compte qu'il sera difficile de parler de réconciliation, dans la mesure où je pense que ce sera une réconciliation de façade, une réconciliation non sens. C'est très important.
Que le pouvoir reconnaisse que des musulmans ont été tués, que leurs mosquées ont été détruites, leurs domiciles ont été brûlés injustement et leurs biens détruits. Il faut qu'absolument ce message vienne du pouvoir afin que nous nous asseyions pour discuter des modalités de la réconciliation. C'est le message que je voulais vous transmettre pour le gouvernement. Si jamais, j'ai l'occasion de rencontrer le premier ministre Affi N'Guessan avant son arrivée ici, je le lui dirai.
Sachez également que, de nos jours, la communauté musulmane n'est associée à rien parce qu'on estime qu'elle est insignifiante dans ce pays. Nous attendons et regardons et nous adoptons l'attitude des Anglais qui disent : wait and see ! Nous attendons donc de voir ce qui va se passer !
Voilà le message que je voudrais que vous transmettrez à Mr le préfet avant l'arrivée du premier ministre ici à Korhogo. Je crois que cela sera une bonne chose pour la réconciliation.
Dans tous les cas, je vous remercie pour votre présence permis nous. Cela est le signe des bonnes relations qui existent entre vous et vos administrés, ce qui est important et est un début de réconciliation.
Soyez en remercié.
Chers frères et sœurs musulmans, nous sommes ici aujourd'hui pour la cérémonie d'ouverture de notre mosquée dont on vient de vous faire l'historique. Elle est la toute première de Korhogo. Vous devez remercier Allah. Ceux qui ont construit cet édifice ne vivent par aujourd'hui mais sont encore là parmi nous. Ils ont leurs fils et leurs petits fils qui les représentent. Ils ont accompli leur tâche et ils seront récompensés en conséquence.
A cet effet le prophète (SAW) nous a dit que quand un homme meurt tous ces actes s'arrêtent sauf trois. A savoir :
- les bonnes œuvres qu'il a accomplies,
- les connaissances qu'il a acquises et transmises aux autres
- un bon enfant qui fait des bénédictions pour lui.
Pour ces actes l'on bénéficie de sa grâce jusqu'au jugement dernier.
Nos grands parents ont bénéficié de deux de ces trois actes. Ils ont construit la mosquée et ils nous ont bien éduqués. C'est cette bonne éducation qui a transformé cette mosquée en lieu de prière de vendredi. Qu'Allah leur accorde ses bénédictions et sa grâce.
Nous devons rendre grâce à Dieu, partout où une mosquée est construite, cela représente un bonheur pour les musulmans dans la mesure où la mosquée n'est pas un simple lieu de prière mais également un lieu d'enseignement et de formation, un lieu où nous célébrons nos mariages, où nous apprenons à nous aimer, où nous célébrons nos baptêmes.
Lorsqu'on nous demande de nous redresser dans la mosquée, c'est pour nous permettre d'harmoniser nos cœurs. Nous devons nous remarquer, la fréquentation de la mosquée doit nous permettre de nous connaître, de nous entraider, de nous rendre mutuellement visite.
Que Dieu nous aide. Qu'il nous accorde la grâce qu'il a accordée à d'autres à nos ancêtres. Que Dieu accepte nos prières.
RÉCONCILIATION NATIONALE Professeur Cissé Abdul Karim ( sociologue )
Il ne peut y avoir de réconciliation dans la rancœur !
Dans le cadre du processus de réconciliation nationale qui fait la une de l'actualité aujourd'hui, Plume Libre vous publie dans le document qui suit, le point de vue de Mr Cissé Abdul Karim, professeur de sociologie, enseignant à l'Institut Polytechnique Houphouët Boigny de Yamoussokro.
IL FAUT VOIR LE PROCESSUS DE LA RÉCONCILIATION NATIONALE SOUS DEUX ANGLES
Premièrement, il faut voir la réconciliation par rapport à ce qu'elle ne doit pas être : un acte de coercition, c'est à dire, une décision imposée. Elle ne doit pas être un décret.
LA SOCIÉTÉ CIVILE DOIT PILOTER LE PROJET
La réconciliation nationale doit pouvoir se fonder sur d'autres valeurs que sur une décision imposée. Même si le processus émane du gouvernement, il faudrait que l'animation soit faite par la société civile dans toutes ses composantes, dans la mesure où tout ce que les acteurs de la vie politique font, ils le font pour avoir une certaine légitimité. Mais qui leur accorde la légitimité si ce n'est la société civile ?
Par rapport à cela, c'est la société civile qui devrait pouvoir prendre les commandes de ce processus. Il faut donc faire en sorte que cela soit clair. Il ne faut pas qu'on pense qu'il suffirait de mettre tel ou tel endroit un membre du gouvernement qui parle de réconciliation pour que les gens acceptent de se réconcilier.
EVITER LA PRECIPITATION
Deuxième préalable, la réconciliation nationale ne doit pas être un acte précipité. Il ne faudrait pas qu'on ait un échéancier qu'on ne doit pas dépasser. Par exemple, que dans trois ou quatre mois, les Ivoiriens soient réconciliés. A la limite, si on veut prendre le temps de pouvoir régler ce problème, il eût fallu décréter l'an 2002, ANNÉE DE LA RÉCONCILIATION en Côte d'Ivoire... de manière à donner le temps à tous les acteurs de prendre part à ce processus.
LA RÉCONCILIATION N'EST PAS UN OBSTACLE AU DEVELOPPEMENT
Dans tous les cas la réconciliation n'est pas un obstacle au développement. Autrement dit, pendant que le processus de réconciliation a lieu, on mène les activités normales du développement du pays, sans que cela ne soit un obstacle particulier au développement.
PAS DE RÉCONCILIATION DANS LA RANCŒUR
Le troisième préalable que la réconciliation n'est pas, c'est qu'il ne peut pas avoir de réconciliation sans un substrat qui soit nettoyé, qu'il ne peut pas avoir de réconciliation dans la rancœur, dans les ressentiments.
Aujourd'hui, on veut faire la réconciliation, mais, elle ne peut se faire sans que ceux qui se sentent les plus brimés aient encore des proches, des amis derrière les barreaux des prisons. Il ne peut avoir de réconciliation tant que les prisons sont encore remplies de membres de certaines communautés ou de certaines formations politiques qui se sont sentis les plus brimés.
INSTAURER LA COMMUNICATION ENTRE IVOIRIENS
Voici donc, un certain nombre de préalables qu'il faut lever. Il ne peut avoir non plus de réconciliation tant que la rupture de communication qui a suivi tous ces événements n'est pas brisée. Il faudrait que les Ivoiriens apprennent à se parler à nouveau, à se donner la main. C'est très important, parce que ce que nous faisons, c'est à la limite quelque chose qui ressemble à un travail d'équipe. Donc chacun en fonction de ses capacités contribue au développement de son pays. Or le travail d'équipe repose sur au moins deux choses. Le respect et la considération.
VERBALISER LE CONFLIT
La considération repose elle aussi sur deux facteurs essentiels. Tout être humain a besoin d'être considéré pour ce qu'il est et pour ce qu'il fait. C'est au nom de tout cela qu'on peut respecter quelqu'un, qu'on peut lui accorder du crédit ; donc, il est bon qu'on revienne à des valeurs essentielles pour faire un travail conséquent.
Il y a un certain nombre de principes à respecter pour pouvoir réconcilier les Ivoiriens. Pour cela il faut d'abord que le conflit soit verbalisé. Il faut qu'on dise ce qui a opposé les ivoiriens, ce qui s'est passé, comment cela s'est passé. Qui en sont les auteurs ; cela signifie que les résultats des enquêtes en cours soient sorties des tiroirs, afin qu'on puisse les connaître pour pouvoir identifier les coupables.
Si par la suite, la société dit qu'elle pardonne à ces responsables, cela est une autre paire de manches ; mais on ne peut dire à des gens "réconciliez-vous" sans que ce substrat ne soit nettoyé véritablement et qu'on situe les responsabilités.
VIDER LE CONFLIT DE SA CHARGE EMOTIONNELLE
Il faut que les motivations apparentes ou les motivations souterraines soient exposées par les différents protagonistes. Si le conflit est verbalisé, il faut le vider de sa charge émotionnelle et affective, parce que vous savez qu'à l'occasion de ces conflits, les rancœurs qu'on a constatées et qui sont à l'origine de tous les conflits, se fondent sur un certain nombre de préjugés qui ont été développés au sein de la société ivoirienne et qui ont fait qu'à un moment ou à un autre, chacun s'est senti soit investi d'une mission pour détruire l'autre, ou que l'autre a subi les coups de boutoir d'un adversaire.
Par conséquent, il faut vider les différends de leurs charges émotionnelles et affectives. Après, il faut objectiver les positions qui sont affichées. Il faut les ramener à des préoccupations qui sont les préoccupations dont les principes de résolution sont prévus par les lois fondamentales du pays.
PRÉVENIR LES CONFLITS
Maintenant, par rapport à ces conflits, il faut être proactif et non être réactif. C'est à dire que, quand on dirige une institution, il faut prendre la peine de prévenir les conflits avant qu'ils n'éclatent et chercher à les résoudre, parce que souvent, les conflits laissent des meurtrissures difficiles à soigner et à guérir.
Plume l'Titre n° 60 du 20 au 26 Avril 2001