Numéro
Plume Libre #29
- Titre
- Plume Libre #29
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Plume Libre
- Date
- juillet 1994
- numéro
- 29
- Résumé
- Mensuel islamique ivoirien d’informations générales
- nombre de pages
- 8
- Sujet
- Moustapha Diaby
- Conseil Supérieur Islamique
- Intervention policière mosquée d'Abobo Banco II
- Ivoirité
- Intégrisme
- Secte
- Laïcité
- Langue
- Français
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0001350
- contenu
-
Nos lecteurs se prononcent: Dioulaphobie ou Islamophobie !
PLUME Libre
Juillet 1994
Du 22 Mouharam au 23 Safar 1415
125 F
N° 029
MENSUEL ISLAMIQUE IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
«Or jamais tu ne trouveras de changement dans la conduite de Dieu, et jamais tu ne trouveras de déviation dans la conduite de Dieu.»
(Coran S.35 — V. 43)
Après les événements d'Abobo
Les Musulmans et le P.D.C.I.
La grande fracture
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PLUME DES LECTEURS
EDITO - PLUME
Dioulaphobie ou Islamophobie !
A la lecture de "Plume Libre" n° 027 de mai 94, nous nous sommes souvenus de l'ère du régime d'Ahmed Sékou Touré de Guinée-Conakry.
Aujourd'hui la politique de l'héritier constitutionnel de feu Félix Houphouët Boigny s'apparente à celle de ce dernier qui avait exclu les peuhl. En effet, il se développe une certaine dioulaphobie doublée d'une certaine islamophobie. La parole ne pourrit jamais dans la société de l'oralité. Pierre Kipré avait dit qu'il est ivoirien de fibres multiséculaires. Ce qui revient à dire qu'il y a des Ivoiriens dont les fibres sont récentes. Et depuis qu'il est à la tête du ministère de l'Education Nationale, il est de plus en plus question de "dédioulatiser" ce ministère comme si tout le personnel était dioula.
L'actuel ministre de la justice Faustin Kouamé n'a-t-il pas dit , en parlant d'ADO et des Dioulas en particulier qu'il y a des ivoiriens de circonstance ayant d'autres points de chute ? Et l'une des conséquences de cette thèse est l'épuration ethnique sans nom du régime actuel. Doit-on lui enseigner comment la Côte d'Ivoire a été peuplée?
Sans épouser l'idée d'Alpha Blondy, nous pouvons dire qu'elle exprime son ras-le-bol, tire sur la sonnette d'alarme et dit ce qu'il pense. Le sommet de l'état ivoirien pense et dit à qui veut l'entendre qu'il faut dédioulatiser la Côte d'Ivoire.
C'est le nouveau virus que les nouveaux responsables politiques actuels ont découvert. Ainsi de la dioulaphobie à l'islamophobie, il n'y a qu'un pas que Laurent Dona Fologo a fait l'effort de franchir en parlant d'Islam intégriste. A-t-il un niveau de culture générale suffisant pour parler ainsi ? Nous ne le pensons pas ! Déjà en son temps, Emile Constant Bombet avait déclaré la guerre à la communauté musulmane quand celle-ci a voulu mettre sur pied le CNI.
Aujourd'hui le pouvoir divise toute la communauté musulmane. Du véritable fascisme ! C'est à une véritable épuration ethnique et non a des coïncidences que nous assistons.
Mais tous les "Dioulas" sont calmes malgré toutes ces attaques dont ils sont victimes . Ils se savent Ivoiriens comme tous ceux qui se disent Ivoiriens de fibres multiséculaires. Ils ne font pas de distinction entre les différents peuples de la Côte d'Ivoire, car c'est dangereux d'agir ainsi.
Ils prient Allah le Miséricordieux et le Patient pour éviter tout dérapage à notre pays. Qu'Allah nous permette de tourner notre langue sept fois avant de parler. Amine
Ibn Kassamba
23 B.P. 2325 Abidjan 23
Quel statut pour l'Islam en Côte d'Ivoire ?
S'Il y a un domaine où les grandes déclarations et les grands principes proclamés ne suffisent pas, c'est bien en politique. Domaine de gestion de la cité, donc des hommes par excellence. Ici, seuls les faits, les actes posés quotidiennement constituent le baromètre de la prétention théorique exprimée dans les projets de société, les manifestes et les lois. La Constitution ivoirienne proclame la laïcité de l'Etat et par voie de conséquence, assure l'égalité, la justice et un respect identique à toutes les religions reconnues et pratiquées dans le carré éburnéen.
Nous l'avons dit et redit, toutes ces dispositions ne constituent en fait qu'un masque républicain pour camoufler la coloration monoréligieuse de Etat ivoirien et mieux asservir les religions autres que celle officieuse d'Etat, en particulier l'Islam. L'islam? Nous y sommes! Cette religion en réalité représente pour le pouvoir ivoirien un os en travers de la gorge. Sa volonté de toujours a été de la marginaliser tout en s'appuyant sur ses fidèles pour se maintenir en place. Mais voilà, depuis un certains temps, ceux qui ne devaient être que de dociles électeurs commencent à s'éveiller et veulent assumer sur tous les plans leur destin. Comment briser ces velléités dans "ces soleils du multipartisme"? Violente question, dirait l'artiste!
On se rend donc aujourd'hui compte, de près ou de loin, que la question qui n'a jamais trouvé de réponse auprès des autorités ivoiriennes (et qui n'a jamais été peut-être posée bien que centrale) est la suivante: quel est le statut de l'Islam dans ce pays? Est-ce une religion à part entière comme toutes les autres? Les mosquées sont-elles des lieux sacrés? Les Imams sont-ils des chefs religieux? Point besoin d'être devin pour répondre à ces questions. Le simple constat est suffisant. En effet, si la mosquée était aux yeux du pouvoir un lieu sacré, son inviolabilité serait respectée. Souvenons-nous. Lors des grèves de la faim des étudiants à la cathédrale, malgré l'envie qui les tenaillait, les policiers n'ont pu franchir l'enceinte de ce lieu sacré. Pour des cartes de séjour des fidèles ont été gazés, battus, humiliés, jusqu'au minbar (siège de l'imam dans la mosquée). Si les imams étaient des chefs religieux, rien n'auraient expliqué la désinvolture avec laquelle ils sont traités par de simples policiers; rien n'aurait expliqué également le peu d'égards que le pouvoir leur témoigne. En somme, tout fonctionne pour l'Islam dans ce pays comme s'il s'agissait d'une religion tolérée et non acceptée. Elle peut bénéficier de quelques faveurs mais n'a pas de droits. D'où la grande médiatisation du moindre strapontin qui lui est accordé. Après plus de trente ans d'indépendance, ce que le pouvoir ivoirien a réussi le mieux, c'est développer un sentiment de haine ambiant et de rejet à peine voilé du musulman qui demeure un frustré permanent. La provocation de la mosquée de Banco II apparait à cet égard comme un test. Un test pour le pouvoir qui doit pouvoir prendre la mesure de sa politique d'exclusion, un test pour les musulmans qui doivent pouvoir mesurer l'ampleur de la lutte qui est la leur, et enfin, un test pour la nation entière qui doit pouvoir mesurer le fossé qui existe entre la démagogie de l'intégration nationale et la réalité sur le terrain. L'avenir de ce beau pays dépendra pour beaucoup des leçons que chaque partie tirera de ces tristes événements d'Abobo. *
Dembelé Al Séni.
Portez plus haut
l'Islam
en soutenant
Plume Libre
SOMMAIRE
Edito-Plume
Quel statut pour l'Islam en Côte d'Ivoire ? P.2
Plume des lecteurs
Dioulaphobie ou Islamophobie ! P. 2
Plume dans le quotidien
Dieu est Grand ! P. 3
Pleurs et rires P. 3
La barbarie d'Abobo n'est pas un acte isolé P. 4
Le plan diabolique du Pouvoir P. 4
Plume politique
La grande fracture P. 5
Moustapha Diaby échappe au lynchage P. 5
Les excuses du gouvernement P. 6
Est-on dans un Etat de Droit ? P. 6
Plume religieuse
Achoura: une larme pour Housseyn ! P. 7
Plume en liberté
Et si c'était un test ? P. 8
Détente P. 8
PLUME LIBRE / Juillet 1994 / Du 22 Mouharam - Safar 1415/ Page 2
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
Evénements d'Abobo
Dieu est grand!
Par Issah Cauney
Vendredi 10 Juin, 1er jour de l'année 1415 musulmane. Au moment où nos frères et sœurs musulmans du Banco II célébraient l'office pour d'une part louer Allah pour leur avoir permis d'atteindre ce grand jour et d'autre part sacrifier au devoir hebdomadaire, ils recevaient une visite peu ordinaire et des plus musclées: celle d'éléments de la Police nationale procédant à un prétendu contrôle de cartes de séjour. Sacrilège ! Et le mot n'est pas assez fort!
QUE des flics se mettent à vérifier des cartes de séjour, cela fait partie de leur travail de tous les jours, puisque soumis à cela. Mais quand ce contrôle se fait dans les mosquées cela relève de l'inimaginable et ne peut être que de la provocation.
Qu'ont fait les Musulmans du BANCO II pour mériter un tel sort? Ont-ils refusé en bloc de prendre leur carte de séjour? Ou font-ils partie de ceux qui ont refusé de sacrifier à la tradition: Dire des prières à l'intention de qui on sait?
Toutes questions qui donnent à réfléchir. Sinon comment comprendre que les CRS aillent acculer des fidèles musulmans jusque dans l'enceinte des mosquées.
Ce qui vient de se passer à ABOBO BANCO II doit interpeller tous les Musulmans. Ceci peut être le début d'une série de contrôles inopinés dans toutes les mosquées de Côte d'Ivoire. Car il faut s'attendre à tout.
Que les journalistes alimentaires cessent de jouer avec notre intelligence, et de nous distraire. Eux qui veulent nous faire croire de façon insidieuse qu'il y a des gens qui sont en train de saboter le travail du gouvernement. Nous refusons qu'on nous jette la poudre aux yeux. D'ailleurs le rôle des policiers ne consiste-t-il pas à démasquer ces gens-là?! Surtout avec leur redoutables renseignements généraux.
Ces journalistes veulent-ils nous faire croire qu'au sein de la police il n'y a pas d'ordre? Ce qui serait une honte pour cette institution, où chacun (même le petit flic) peut décider et faire ce qu'il veut. Ce qui ne serait pas étonnant. Car il n'y a qu'à les voir joncher les rues pour raquetter les chauffeurs de gbakas, taxis... sans que l'ordre ne leur soit donné, pour leur propre ventre. Si l'ordre ne leur est pas venu d'en haut (pilule difficile à avaler) pourquoi ne pas saisir le commissaire sous l'ordre de qui ces policiers sont. Ainsi ils seront très vite démasqués et sanctionnés, si l'on veut vraiment prendre des sanctions à leur encontre, au lieu de s'enliser dans des enquêtes à mener, ce dont nous doutons d'ailleurs.
Veut-on nous faire peur à travers ses actes de vandalisme? Que non! Les musulmans restent sereins et imperturbables. Car le musulman digne de ce nom ne trouve secours qu'auprès de son Créateur Allah (le Très Haut). Et Dieu est Grand et reste le meilleur Juge. le gouvernement, à travers son ministre de la sécurité, a présenté ses excuses. Et le ministre Ouassénan Koné en a profité pour faire la promesse aux musulmans qu'il n'y aurait plus de contrôle de carte de séjour les vendredis, mais le non-dit de ce discours, c'est qu'il peut avoir contrôle les autres jours de la semaine. Les musulmans à travers leurs instances (CNI et le Conseil des Imams) doivent se mobiliser pour dire non à ce genre de pratiques humiliantes et déshonorantes. Nous refusons de nous comporter comme pendant 33 ans. Que ceux qui commandent ce genre d'actes sachent que toute chose sur cette terre a une fin. Et la flamme de l'Islam continuera de briller. Car jamais nous ne renoncerons à cette religion. Jamais nous ne fuirons nos mosquées pour nous réfugier dans les églises, temples et autres, où la flicaille n'osera jamais aller contrôler. Dieu veille sur les musulmans. La politique d exclusion ne passera pas!. Car Dieu se chargera de tous ceux qui voudront l'appliquer. Incha-Allah.
I. C.
Pleurs et rires
Par Bouka Tchienfôla
LORSQU'un événement se produit, si petit soit-il, trois attitudes caractéristiques se dégagent des réactions des hommes: satisfaction, la colère ou l'indifférence.
Les grenades lacrymogènes, les coups de crosses et de feu qui ont retenti le vendredi 10 juin dernier à la mosquée du Banco II à Abobo ont suscité dans l'opinion publique ivoirienne et même internationale de vives réaction d'indignation.
Ici comme là, des voix se sont élevées pour fustiger cet acte de barbarie commis à l'encontre d'une communauté religieuse dont les prières ont pourtant été l'objet d'une constante sollicitation de la part des hommes politiques ivoiriens.
Aux communautés musulmanes (organisations, mosquées, familles) se sont jointes des organisations telles que la Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme, le Front Populaire Ivoirien, le quotidien "La Voie", l'hebdomadaire "Notre Temps", etc pour montrer aux yeux de l'opinion leur mécontentement face à l'agression policière perpétrée contre des honnêtes citoyens sans défense. Ces organisations ont ainsi démontré par leur attitude sincère qu'au delà des choix partisans de religion ou de secte, ce qui compte avant tout c'est l'homme. Si celui-ci est blessé, meurtri, spolié de ses droits par une quelconque force ou puissance, les autres ont le devoir d'exprimer ou d'agir sans équivoque dans le sens de faire cesser l'injustice et la barbarie. C'est là le sens de la société humaine. A l'intérieur de ces organisations, il y a des catholiques, des protestants, des animistes qui n'ont pas encore épousé le dogme islamique, parce qu'ils n'ont pas compris sa haute portée spirituelle et humaine. Pour l'heure, ce qui a compté, c'est la fraternité humaine, la justice devant lesquelles toute valeur subjective tombe.
Crosses, bombes lacrymogènes, blessures, sang. Qu'y a-t-il? On frappe des gens à Abobo. Qui? Des musulmans en prière dans leur mosquée. Bof!
Rires ou indifférence, peut-être que l'on devrait ainsi caractériser l'attitude de ceux qu'on attendait mais qui se sont tus, à la stupéfaction de tous.
Qui s'est tu? Bédié. Non, pas lui. C'est le président de la République, il est au-dessus des religions, des lois, des policiers. Et puis touche pas à mon pote! Je l'aime. Qui alors? Fologo. Oui mais lequel? Il a plusieurs vestes celui-là. Le Pdcéiste, l'intégrateur ou le désintégrateur?
Je coupe la poire en deux. Je prends le milieu. Le ministre chargé de l'intégration.
Ah oui, il a tout à coup perdu la parole celui-là. Peut-être la descente des policiers à la mosquée d'Abobo était-elle dans la logique de son discours au Palais des Sports en janvier dernier? Car j'ai appris dans les coulisses que n'eût été la protestation de l'opposition, les musulmans d'Abobo qui n'avaient pas la preuve de leur séjour en Côte d'Ivoire feraient partie du premier contingent transféré derrière Ouangofitini aux frontières du Sahel.
Mais bien entendu, le départ était prêt pour fin 95 juste après avoir voté. Et comme généralement, ils ont deux ou quatre femmes d'origine différente, ils n'auraient aucune peine à se loger chez les beaux parents maliens ou burkinabés. Le choix du pays d'accueil se ferait simplement sur la base du penchant qu'on aurait pour telle ou telle épouse.
Bref! Les autres aussi n'ont pas parlé. Qui? Nos frères. Quels frères? Ceux qui ont l'habitude d'éditer les lettres pastorales. Qand ça chauffe. Ah bon! Mais tu veux qu'ils disent quoi, ce sont des religieux. Il sont en prière. Et puis mosquée d'Abobo. Ce sont vos oignons. Mais non! Nous sommes de frères en Dieu avant tout. Il faut qu'ils s'élèvent contre la profanation des lieux de culte, contre la violence ...
Ne t'en fais pas, ils attendent la prochaine confession à Daoukro... Je t'ai dit, touche pas à mon pote! Bon, bon! Transportons nous à Katiola. Le prêtre de service ne manquera pas de cracher la vérité à Ouassenan au nom de l'Eglise. Un bon chrétien n'insulte pas un musulman à fortiori le frapper.
Hommes de loi, religieux, journalistes, tous ceux qui ont pour devoir d'instruire, d'éveiller les consciences ont le droit, le devoir de ne pas se taire quand la dignité humaine est bafouée, même lorsqu'ils ont une arme pointée à la tempe.
B.T.
PLUME LIBRE /Juillet 1994 / Du 22 Mouharam au 23 Safar 1415 / Page 3
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
Evénements d'Abobo
La barbarie d'Abobo n'est pas un acte isolé
Par Dembélé Al Séni
"CONTROLE de routine des cartes de séjour", c'est ainsi que les autorités ont présenté les causes des violences inouïes exercées par une horde de policiers armés jusqu'aux dents sur les fidèles musulmans à la mosquée d'Abobo Banco II, le vendredi 10 juin dernier. En dehors de la volonté de banaliser une grave atteinte aux droits élémentaires de l'homme, apparaît le souci du pouvoir de présenter la descente musclée de la police nationale dans une mosquée comme un acte isolé. Il n'en est rien. En fait, le vendredi 10 juin n'a été que "le couronnement" d'une opération de harcèlement menée par "nos braves policiers". En moins d'un mois, "ces forces du désordre" ont procédé plus de 4 fois au contrôle des fidèles les Vendredis en cette mosquée. Dans la logique qui veut que le dioula soit le musulman et que le musulman n'est pas de chez nous, les policiers se positionnaient aux alentours de la mosquée pour "cueillir" tous les fidèles à leur sortie. Ils sont sommés immédiatement de présenter la carte de séjour. Comme s'il est impossible qu'il y ait des Ivoiriens parmi. Ceux qui présentent "la carte de séjour", les non-ivoiriens, des fidèles sont systématiquement racquettés. 500 francs par ci, 1000 francs par là! Peu importe la possession de la carte. Excédés par l'arrogance et le mépris des policiers, après leur passage le Vendredi 03 Juin, les fidèles malgré la colère, saisissent le maire d'Abobo M. Adama Sanogo, A charge pour ce dernier d'intervenir près des autorités. Rien n'y fit et le 10 Juin arriva... Déjà dans cette même commune, le 21 mai passé, jour de la Tabaski, les fidèles rassemblés à la grande mosquée ont attendu de 8 heures à 11 heures l'arrivée du grand imam Falikou Diaby en vain. L'honorable imam en compagnie de son cortège a été embarqué par les policiers d'Abobo pour... un contrôle de carte de séjour. Malgré ses protestations, celles de ses compagnons, malgré sa tenue de circonstance, malgré la fête de Tabaski célébrée ce jour!... Le plus grand Imam, de la commune la plus peuplée de Côte d'Ivoire traité ainsi!
Il y a quelques mois déjà, la mosquée de l'Avenue 08 à Treicheville a été le théâtre d'affrontements violents entre fidèles et forces de police. Là encore, il s'agissait d'un contrôle de carte de séjour. Il a fallu toute l'autorité de l'imam Konaté pour que "l'Intifada" de ce jour n'embrase toute la commune. Les incidents de ce genre sont nombreux et on en dénombre sur toute l'étendue du territoire national. Les autorités les ignorent-elles? Non! Car tout le monde ici sait que même les réunions qui ont lieu dans les lieux les plus secrets, les nuits sont connues d'elles. Les incidents dans les mosquées, elles se passent le jour. Il y a lieu à raison de penser que ce qui s'est passé à Abobo n'est pas du tout une bavure policière isolée. C'est l'une des multiples manifestations d'un système diabolique mis en place par le pouvoir pour déstabiliser la communauté musulmane. Le sabotage programmé du pèlerinage 94 entre dans cette même logique. On en veut aux musulmans, on en veut à l'Islam et tout sera fait pour décapiter cette communauté.
A défaut d'une déstabilisation de l'intérieur par des hypocrites infiltrés, il s'agit aujourd'hui d'une provocation directe en vue d'une répression violente. Les musulmans doivent s'attendre à des actes plus cruels que ceux d'Abobo dans un proche avenir.
D. A. S.
L'analyse de l'histoire des rapports entre le pouvoir et les musulmans en Côte d'Ivoire révèle l'existence d'une stratégie bien élaborée pour nuire à l'Islam. Il n'est nullement question ici de faire des musulmans des persécutés, des martyrs, mais de dire la vérité, celle dont la lumière éclaire la Voie Droite.
Le plan diabolique du Pouvoir
Par Faber
L'ETAT ivoirien a hérité d'une certaine antipathie du colonisateur vis-à-vis des musulmans. Mais une fois indépendante au lieu de s'en défaire, elle l'a au contraire perpétuée. La colonisation a consisté a l'imposition de la civilisation occidentale au pays colonisé. Il en a résulté que toute velléité de résistance était étouffée de façon barbare et meurtrière. Nombre de personnalités formées à l'école Islamique en ont fait les frais. Parmi eux les pères de l'indépendance algérienne, et plus près de nous Samory Touré et Chérif Hamallah. Mais, le "blanc" n'a jamais pu venir à bout de la foi inébranlable du musulman. Il a alors compris que tant que ce dernier sera attaché au livre saint: (le Coran), toute entreprise de déstabilisation sera vaine.
Miner l'éducation
LE colon s'est attaqué à la racine de son "mal": les écoles medersah. Le sanctuaire de formation des intellectuels musulmans a été relégué au même rang que les cours de catéchisme (chrétien). Ainsi l'avenir de tous ceux qui devaient y séjourner était-il scellé.
Puis, la colonisation passa le témoin au gouvernement ivoirien. Au contraire du Sénégal et du Mali qui ont apporté des changements notables à cette situation, la Côte d'Ivoire a voulu faire croire qu'elle était chrétienne. Ainsi, seules les écoles laïques et confessionnelles avaient droit de cité. Et le choix du musulman se trouvait de ce fait limité.
Suite P. 7 - 8
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PLUME POLITIQUE
Musulmans - PDCI
La grande fracture
Un vendredi inoubliable qui vit la grande prière se transformer en petit jihad.
Les journalistes en prison et le peuple à l'hôpital : "Le pays sera gouverné", et comment !
Par Koné Zakaria abd'Allah
La mort du 1er président de Côte d'Ivoire aura servi de catalyseur à un ballet politique sans précédent. La particularité de cette danse est qu'au delà des danseurs traditionnels constitués de politiciens professionnels toujours entourés de leur foule d'opportunistes, d'arrivistes... de chercheurs de postes, on a bien voulu associer les communautés. Et cela de fort curieuse manière, on s'acharne à en exclure en tant que citoyens tout en les intégrants comme simples électeurs. En clair il s'agit du rapport de la communauté Musulmane et le PDCI aujourd'hui.
A porter un regard rétrospectif sur ce rapport ou s'aperçoit qu'il s'est toujours deployé sur la base d'un quiproquo : d'une part une foi qui a été interprétée comme naïveté et d'autre part la ruse et l'hypocrisie de ceux qui se pensent propriétaires. En effet les musulmans étaient au début et à la fin des tempêtes et des orages qui avaient pour mission de féconder l'indépendance et faire germer par la même occasion, l'espoir d'une ethique qui serait une manière de faire fonctionner l'entreprise sociale : La CI avec ses composantes aussi diverses que variées.
Fonctionnement qui consisterait à pourvoir avec les moyens disponibles, du moment, à la prospérité de l'ensemble qu'on s'évertuait à rendre homogène au jour le jour jusqu'à aboutir à la nation.
Voilà l'espérance d'un peuple formulée à travers cette prière du poète Bolchevique Alexander Blok : «que notre vie de mensonge, d'ennui, de laideur devienne juste, pure joyeuse et belle».
Dans les brasiers de la colonisation cette aspiration légitime du peuple l'on conduit à la recherche d'un support qui puisse transformer ce rêve en une merveilleuse réalité. Après toute, les intrigues, les concours de circonstance ont présenté une association politique appelée PDCI RDA qui a par la suite phagocyté toutes ses rivales et scellé une vision monolithique absolue. Et l'histoire a continué son chemin avançant cahin caha et ses leçons, à force, ne sont pas forcement tombé dans des oreilles de sourds, car ce PDCI RDA qui dans ses gesticulations effrénées est passé maître de l'art d'élaborer des théories qui vacillent entre une certaine mythologie démocratique et une idéologie obscure d'intégration -exclusion a fini par se dépouiller petit à petit de ses habits sacerdotaux pour laisser voir sa changeante nudité.
Pour ne s'en tenir qu'à l'histoire récente, on peut rappeler le coup fomenté par le Ministre Constant Bombet pour faire avorter la naissance d'une organisation fédérative musulmane capable de coordonner les activités des diverses associations sectorielles en dehors des plates-formes d'asservissement érigées par le pouvoir PDCI.
Entre cet acte de profanation de Bombet avec les forces de l'ordre à la grande mosquée d'Adjamé et cette autre intrusion inimaginable de ses mêmes forces à la mosquée d'Abobo, il y a les nombreux propos de Faustin Kouamé et Dona Fologo qui frisent à la limite la désaffection voire la haine.
Tout ceci a fini par convaincre la grande majorité des musulmans qui constituent la crème électorale la plus impressionnante du pays, que les nouveaux gérants du vieux parti les détestent tout en ayant besoin d'eux.
Et ce message semble bien compris des musulmans aujourd'hui. Car malgré les pompeuses déclarations au sein de ce parti de certains entrepreneurs d'avenir, l'exigence d'un meilleur contrat social s'accélère au sein de cette communauté.
Ainsi conseille Matchè Coulibaly : «En tout cas après ces actes de barbarie et les propos viles et haineux des dignitaires du PDCI, chaque musulman connait le rôle qu'on veut lui faire jouer dans ce pays. L'heure est venue d'en prendre conscience et agir de façon conséquente en temps opportun.»
C'est le lieu de comprendre que les misères et les souffrances causées aux musulmans ne vont plus de soi. La Ummah (communauté) qui tend à remplacer les foules résignées d'hier a soif de justice sociale moins pour la communauté musulmane de façon spécifique que pour la société des hommes dont nous sommes tous parties prenantes.
«Moi je ne connais pas papier, mais je peux au moins choisir de façon raisonnable entre quelqu'un qui m'a plusieurs fois agressé et un nouvel homme», clame Yacouba Koné, commerçant au marché d'Adjamé.
Quant à Berté Zoumana, professeur de son état, il nous révèle que la position des politiciens ivoiriens à l'égard des musulmans n'a pas changé dans ses principes mais dans les méthodes : «Nous savions le président Houphouët très méfiant à l'égard des musulmans mais nous n'ignorions pas qu'il était très fin et subtile dans ces actes. Cela voilait le traitement dont nous seuls étions objets. Mais ses héritiers ayant décidé d'opérer au grand jour en foulant au pieds les règles élémentaires de bienséance et de respect d'autrui, nous prendront la distance qu'il faut pour nous protéger de leur forfait».
La rupture est d'autant plus consommée que les musulmans lisent aujourd'hui, plus les actes que les paroles mielleuses des politiciens. Et la méthode traditionnelle et galvaudée qui consiste à diviser pour regner bien prisée au PDCI est découvert dans toutes ses articulations.
Ce qu'exprime ici Diaby Fausseny, Educateur : «Ce qui est certain c'est que compte tenu de ses agissements le PDCI n'a plus d'image positive au sein de la communauté musulmane. Les agitations d'une poignée d'hypocrites aveuglés par l'argent ne peuvent rien changé à cela...»
Cette réaction générale nous suggère tout simplement que dans les affaires publiques ou privées, les pouvoirs comme les individus doivent cesser de prétendre à la perfection dans le discours en s'adonnant aux actes les plus abjects... mais plutôt s'efforcer de faire moins de gaffes possibles. Parce que à force de marcher sur la figure des autres, on s'expose à se la faire écrabouiller en retour. Le PDCI en est là aujourd'hui. Comme Zarathoustra, le vieux parti de Côte d'Ivoire ne vient-il pas de jeter l'enfant politique avec l'eau du bain et des bévues ?
K. Z. A.
Moustapha Diaby échappe au lynchage
VENDREDI 17 Juin, une semaine après la tornade des CRS sur la mosquée du Banco II, ce fut le tour des vautours attirés par l'odeur des poudres lacrymogènes et du sang des valeureux musulmans. Mais cette fois-ci la danse macabre des sorciers a été interrompue par la colère de ceux que toute la Côte d'Ivoire appelle aujourd'hui les martyrs d'Abobo.
La grande prière de ce vendredi à la mosquée du Banco II a failli encore être troublée à l'instar de celle du vendredi 10 juin. En effet, ce jour-là, aux sourates du Coran savamment psalmodiées par l'Imam adjoint se sont ajoutés les vrombissements des gros cylindres. Il fallait s'y attendre, c'était encore "lui".
Tel un pistolero, Moustapha Diaby alias Koweit avec sa troupe descend de sa voiture et s'installe dans la mosquée à la grande surprise de ses occupants. La prière achevée, l'homme se mêle à la foule et annonce qu'il a un message. Interpellé par l'Imam adjoint, il ne put repondre à la question de savoir s'il avait prévenu les responsables auparavant.
Il eut juste le temps de balbutier, lorsque les jeunes de la mosquée décidés plus que jamais à ne plus permettre qu'on vienne souiller leur lieu de culte le jetèrent dehors comme un malpropre. Sous les huées, notre "marabout" ne dut la vie sauve qu'à la sagesse et à la tolérance des vieilles personnes présentes ce jour-là.
Sacré Diaby, que nous réserves-tu au prochain épisode ?
Bouka
PLUME LIBRE / Juillet 1994 / Du 22 Mouharam au 23 Safar 1415 / Page 5
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PLUME POLITIQUE
Les excuses du gouvernement
Par Kèmè Brahma
Le Gl Ouassena Koné est-il victime d'une conspiration ? Les policiers semblent en faire à leur tête.
Le vendredi 10 Juin 1994 restera une date inoubliable pour la communauté Musulmane de Côte d'Ivoire.
En effet, ce jour là les "forces du désordre" pour emprunter l'expression d'un confrère ont fait intrusion dans la Mosquée du Banco II à Abobo, profanant ainsi ce lieu saint, alors même que les fidèles Musulmans étaient en pleine communication avec Allah. Du jamais vu! comme il fallait s'y attendre cette "Bavure" Policière (le mot est actuellement en vogue) a provoqué un véritable émoi au niveau de la population Ivoirienne en générale et au niveau de la population Musulmane en particulier. La presse de l'opposition en a fait aussitôt son affaire à preuve les titres à la une les jours qui ont suivi. Le gouvernement du PDCI a aussitôt senti venir le danger et pour jouer au médecin après la mort, sentant que cette campagne d'information peut porter préjudice à son pouvoir décide de jouer une comédie burlesque consistant à présenter les excuses du gouvernement à toute la population musulmane. Le Ministre Ouassenan Koné, accompagné de ses collaborateurs est alors chargé de "verser des larmes de crocodiles" devant les musulmans d'Abobo et à travers ceux-ci à toute la population Musulmane de notre pays, tout cela relayé par les médias d'Etat qui étaient restés muets jusque là comme des carpes. Des déclarations du Ministre de l'Intérieur, il ressort que les cartes de séjour ne seront plus contrôlées les vendredis, ce qui en somme relève d'une décision prise à la hâte et qui par la même occasion confirme l'exclution de la population Musulmane de Côte d'Ivoire considérée comme étrangère. Dans la mesure où c'est à leur niveau seulement qu'on peut retrouver des étrangers. Ne pas contrôler les cartes de séjour les vendredis devant les Mosquées suppose qu'on peut le faire les autres jours, enlevant de facto l'immunité dont doit bénéficier ce lieu de culte à l'instar des églises.
Cette présentation d'excuses, dans la réalité n'est en fait qu'un "tape à l'œil" ayant pour objectif de distraire le peuple. Personne n'est dupe! Des sanctions comme il en a été question il n'y en aura point! Depuis quand a t-on sanctionné les forces de l'ordre qui n'en sont pas à leur première expérience?. Qui ne se souvient des événements de la cité Universitaire de Yopougon?
Quelles sont les sanctions qui ont été prises? De source Officieuse on se réjouirait même d'avoir "Porté la cognée dans cette mêlée de gros boubous" qui depuis un certain temps commence à sortir du nez.
En fait cette intervention du chargé de la sécurité dans notre pays n'avait pour objectif que d'amadouer la population Musulmane. Mais, que personne ne se trompe. Cette démarche du Ministre Ouassenan ne s'insère que dans le cadre d'une action purement électoraliste. Le PDCI ne cherche qu'à sauver les meubles avant 1995. Il faut donc avoir l'esprit lucide et attendre les sanctions dont on a tant parlé. Si le gouvernement pense tromper le peuple. Il se fourre le doigt dans l'œil. Les données ont changé. Le pouvoir n'a plus affaire seulement à nos parents analphabètes qui sont nombreux. Mais cette fois-ci, à toute la communauté musulmane composée des cadres, des intellectuels, des ouvriers, des élèves, des étudiants en un mot à un bloc soudé qui a pris conscience de son importance dans ce pays sur tout les plans aussi bien numérique, économique, financiér et politique. Le PDCI a donc affaire à des éléments qui savent analyser les discours et discerner par la même occasion le vrai du faux. Ceux-là, ils sont sereins et imperturbables et attendent que les sanctions soient prises. Toute hésitattion ou toute faiblesse de la part de notre gouvernement laisserait croire qu'il se comporte comme un pyromane qui crie au feu.
K. B.
Est-on dans un Etat de droit ?
EST-on dans un Etat de Droit ? Telle est la question que de nombreux Ivoiriens dont les musulmans se posent aujourd'hui, tant se multiplie la violation des Droits de l'Homme. Cette situation est d'autant plus paradoxale que les tenants du pouvoir actuel ont toujours proclamé leur légalisme. Pouvait-il en être autrement, eux qui ont bénéficié des avantages du droit. En réalité, l'on se rend compte que ce légalisme affiché avec zèle il y a quelques mois, était trop dirigé, trop sélectif pour ne pas être suspect. En réalité nos légalistes d'un moment n'étaient intéressés que par l'application d'un seul article de la constitution, le "11" comme dirait l'autre, apportant ainsi à posteriori de l'eau au moulin de ceux qui s'y apposaient. Sinon comment comprendre tous ces actes auxquels nous assistons à présent? Procès expéditifs des journalistes, violation des libertés individuelles par les forces de l'ordre et pour couronner le tout, violation d'une mosquée et bastonnade de fidèles en prière. Cette dernière suscite une autre inquiétude, car l'on a du mal à comprendre pourquoi c'est dans et devant les mosquées que les forces de police viennent faire leurs contrôles? Pourquoi les églises et autres lieux de cultes échappent à de tels traitements? Les musulmans ne peuvent être que des étrangers? Voici de nombreuses interrogations que l'on est en droit de se poser après l'action des forces de l'ordre dans une mosquée à Abobo. Indubitablement cette action de la police montre qu'elle applique le principe du deux poids, deux mesures. Elle remet au goût du jour des propos que l'on entendait naguère à savoir l'existence de deux catégories de citoyens! Ceux qui seraient des Ivoiriens de circonstances, à qui on pourrait infliger des traitements humiliants tout en les courtisant au besoin, et ceux qui seraient des Ivoiriens de souche, au besoin multiséculaires marqués du tampon de l'authenticité. Tant que ces opinions n'étaient soutenues que par des personnalités isolées, elles ne pouvaient susciter que peu d'inquiétude, mais lorsque les forces de police payées par les impôts du contribuable Ivoirien mettent en application "grandeur nature" de telles opinions, l'on est en droit d'être inquiet. Le pouvoir doit tenir compte de cette inquiétude afin de ne pas amener certains Ivoiriens à désespérer de la République.
Le ministre Faustin Kouamé : que restera-t-il de la justice après son passage?
Dogoba Bakayoko
PLUME LIBRE / Juillet 1994 / Du 22 Mouharam au [...] Safar 1415 / Page 6
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PLUME RELIGIEUSE
Achoura:
Une larme pour Housseyn!
L'imam Jaafar Sayegh, père spirituel des musulmans chiites d'Afrique de l'Ouest.
Par Koné Seydou
A l'instar des chiites du monde entier, ceux de notre pays ont organisé pendant les dix premiers jours de Mouharam la commémoration du martyr de l'Imam Housseyn, leur troisième calife.
Le cérémonial habituel consistait chaque soir à organiser des veillées de prière aux cours desquelles un narrateur rappelait l'événement correspondant à ce jour dans l'histoire de la tragédie de Kerbala. Le dernier jour, dimanche 19 juin, c'est à la tête de près de deux cents de ses disciples que l'imam des chiites de notre pays, Jaafar Sayegh a entrepris une marche pour relier son domicile à la mosquée du Centre Islamique Arabo-Africain d'Adjamé. La longue procession vêtue de noir en signe de deuil a ainsi chanté en se frappant la poitrine jusqu'au lieu des manifestations déjà bondé de monde. Là, l'imam s'est adressé à ses fidèles, suivi du narrateur de la dernière bataille, venu spécialement du Koweït pour la circonstance. Rappelons que le mot chiite vient de shi'as d'Ali c'est-à-dire "partisans d'Ali (Paix sur lui)" pour la succession du saint Prophète (PBDL). Les chiites considèrent Ali (P.L) comme leur premier Imam (calife), son premier fils Hassan comme le deuxième Imam, son second fils Housseyn comme le troisième et ainsi de suite avec leurs enfants et petits-enfants, jusqu'au onzième descendant en ligne directe du Messager de Allah (Exalté soit Son Nom), appelé l'Imam du Temps, Al-Mahdi et considéré comme entré en occultation en l'an 872.
Pour en revenir à la manifestation proprement dite, elle a été conclue par un banquet et des cadeaux offerts à tous les participants dans une ambiance de fête. Une larme pour Housseyn, il en va ainsi, chaque année, depuis l'an 61 H, où un douloureux événement se produisit quelque part dans le désert irakien, à un endroit appelé Kerbala...
K. S.
Suite de la P. 4
L'intention au bout du compte était de faire des enfants non pas forcément des chrétiens mais des mauvais musulmans ou des athées. Quand aux écoles medersah elles pouvaient se contenter de former des enfants sans certain. Rattachés aux valeurs islamiques les fidèles dont les enfants fréquentaient l'écoles françaises étaient fort peu nombreuses. Le résultats est l'absence de ceux-ci de la vie politique et administrative du pays: Ils se contentent plutôt dans le secteur tertiaire transport, commerce...) Ainsi les autres pouvaient allègrement décider en leur nom et les commander. Tout se décidait sans eux et souvent même contre eux.
Comment maitriser les associations ?
Ce que les non musulmans et les mécréants qui combattent l'islam, ne comprendront jamais c'est ce verset du saint Coran: "Ils veulent éteindre la lumière de Allah avec leur souffle, mais Allah ne fera qu'accroître sa lumière n'en déplaise..."
Or malgré tout, grâce à leur courage et à leurs moyens, les jeunes musulmans sont allés chercher le savoir ailleurs. Cela par la volonté de Allah leur permet aujourd'hui de travailler au même titre que les autres tant dans le secteur privé que dans le secteur public de façon compétente et honnête.
Faut-il leur en vouloir? leur cœur est insensible au message. C'est pour cette raison que Allah a suscité des association islamiques. Le rôle de celle-ci est de raviver la foi. Les premières organisations islamiques datent de la fin des années 50. Mais la plupart d'entre elles avaient une connotation régionale ou ethnique. C'est sans doute pour cela qu'elles n'ont pas fait long feu.
La première organisation dynamique née en Côte d'Ivoire est l'Association des Elèves et Etudiant Musulmans de Côte d'Ivoire (AEEMCI). Créer de façon timide et diffuse dans les années 60 elle ne sera portée sur les fonds baptismaux qu'en 1975. Sa reconnaissance juridique n'interviendra que quatre ans plus tard. Une association chrétienne a t-elle mis autant de temps avant d'être reconnue?
En 1979 a été créé le Conseil Supérieur Islamique (CSI). Son premier president fut El Hadj Moussa Comara sous préfet à l'époque. Au lieu de créer un cadre d'épanouissement favorable à l'activité islamique; cette fédération a au contraire constitué un frein au mouvement islamique. Pire elle s'est comportée en bras séculier du pouvoir. Son rôle a consisté à organiser des prières pour les dirigeants du parti-Etat et à interdire les manifestations des autres. Un de ses présidents a même été imposé par les autorités politiques: c'est le fameux Diaby Moustapha. En effet la Côte d'Ivoire avait été invitée par le Sénégal pour assister à la conférence de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) à Dakar. C'est monsieur Lanzéni Coulibaly qui avait été designé pour représenter la Côte d'Ivoire il se fait accompagner par son chargé de mission Diaby Kowéit. Au cours de leur séjour la Banque Islamique de Développement (BID) renouvelle son intention d'attribuer à la Côte d'Ivoire un financement pour la réalisation de projets islamique . Le sieur Diaby saute sur l'affaire. Dès le retour au pays il organise son intronisation.
Suite P. 8
COMMUNIQUE
Le Conseil National Islamique convie les associations islamiques nationales, les communautés de quartier, les coordinations régionales et communales du CNI et toute la population musulmane à une importante rencontre le
Dimanche 03 Juillet à 9h 00 à la Grande Mosquée de la Riviéra (Abidjan).
Ordre du jour: Examen de la situation actuelle de la communauté musulmane.
Salam Aleykoum !
PLUME LIBRE
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PLUME LIBRE / Juillet 1994 / Du 22 Mouharam au 23 Safar 1415 / Page 7
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PLUME EN LIBERTE
Evénements d'Abobo
Et si c'était un test ?
APRES l'intervention musclée des forces de l'ordre à la mosquée d'Abobo Banco II, l'on est en droit de se poser la question suivante : et si c'était un test ?
Cette question apparemment innocente tire son fondement dans le fait que les hommes politiques ne reculent devant aucun moyen pour assouvir leur dessein de domination et de contrôle du peuple. Ainsi cette incursion des flics à la mosquée pouvait être un test du célébricisme général Gaston en vue de détecter la capacité de réaction de la communauté musulmane de Côte d'Ivoire, cette communauté dont on dit bien de choses. Si tel était le cas, alors mon général vous avez été bien servi et vous le serez chaque fois que vous le solliciterez inch'Allah. Vous avez appris à vos dépens, que lorsqu'il s'agit de la défense de sa foi, le musulman est partout le même qu'il soit de la C.I., du Yémen, du Cashemire ou de l'Afrique du Sud. Le petit intifada qu'a essuyée vos hommes n'est qu'un aspect, un petit aspect de la réacti[on?] des musulmans. Alors, s'il y a d'autres "plans" il vaut mieux les laisser dormir dans les tiroirs. Il y va de la paix sociale.
Suite de la P. 7
C'est alors qu'une rencontre est organisée entre lui et El Hadj Gaoussou Diabaté président en exercice du CSI et frère aîné du ministre Lamine Diabaté au domicile de ce dernier. Il lui est fait injonction de rendre sa démission. Ce à quoi il s'opposa non sans avoir l'avis des associations de base qui lui ont confié la présidence.
Malgré sa bonne volonté, il était trahit par son âge et tenu par ses liens de parenté. Cela l'empêcha d'engager un bras de fer, et il céda. Ainsi donc Diaby est devenu président du CSI par autoproclamation.
C'est un acte illégal : une usurpation de pouvoir. Le ministère de l'intérieur s'est malheureusement fait complice d'une telle illégalité.
Malgré toutes les démarches entreprises pour restituer la légalité la situation est demeurée inchangée. C'est indigné par cela, qu'un groupe d'associations se retrouvent à San Pédro. Il y établit les jalons de ce qui constitue aujourd'hui le CNI. CNI dont l'enfantement a été douloureux.
C'est le lieu de rappeler que la première assemblée constitutive de cette association avait avorté par la puissante volonté des autorités. En effet elles avaient dépêché des forces de l'ordre pour profaner la sainte Mosquée d'Adjamé. C'était la première fois. Cela ne s'est jamais vu à l'Eglise.
Il faut d'ailleurs signaler que lorsque des étudiants s'étaient réfugiés à la Cathédrale d'Abidjan les policiers s'étaient refuser à les y arrêter.
La création du CNI, loin de plaire, a rencontré au contraire envie et mépris. Aussi les lauriers sous lesquelles il croulait ne pouvaient laisser personne indifférent.
Cependant les bouffons suscités ne pouvaient pas faire le poids ; la dragée étant très haute. Ils trouvent néanmoins leur salut dans la fuite.
Diabolisation des Musulmans
PUIS enfin vint la question de la succession du président Houphouet. C'est une levée de boucliers contre les musulmans. Le problème prend une coloration religieuse : Bédié baoulé chrétien, Ouattara musulman du nord (dixit RFI). Toutes les inepties se font entendre, souvent même émanant des personnes les plus inattendues.
Mais ce qui est le plus frappant, c'est que le pouvoir tente de diaboliser les musulmans. Le mot savant est vite trouvé : les intégristes. Cela ne donne pas l'effet escompté. Il est vite abandonné. Non seulement parce qu'en Côte d'Ivoire il n'y a pas d'intégristes musulmans, mais aussi parce qu'il est difficile de traiter son chien de rage et ne pas le noyer. A ce jour les seuls intégristes qui soient connus, et qui devraient être combattus par tous, sont une-secte chrétienne. C'est le lieu de se demander pourquoi alors cet acharnement sur les musulmans qui passent pour être une population paisible tolérante et patiente. Le Président Bédié même ne saurait soutenir le contraire puisqu'il a eu pour tuteur des Diaby.
Est-il besoin de dire que l'Islam ne se limite pas qu'au nord, mieux que des villages Bété (korékipra), de Baoulé (Prikro), d'Adioukrou (Cosrou) d'Agni (Kouassi-datékro), de Yacouba, de Gouro, pour ne citer que ceux-là, dans leur majorité sont musulmans.
A suivre dans notre prochaine édition, inch'Allah.
DETENTE
Le Mot Caché N°18
Porte par laquelle il faut obligatoirement passer pour accéder à la Cité de la connaissance que constitue Mouhammad (PBDL)
Allah - Bilal - Chapelet - Charia - Dhikr - Gao - Gel - Ibrahim - Islam - Lama - Mage - Mouhammad - Mujahid - Omar - Prophète - Salam - Salat - Sept-Tapis.
S A L A T A I T M R
A L A L I B E O A G
L L M R R L U M B E
A A A A E H O E T D
M H H P A N L E I T
C I A M B A H H A M
M H M I T P A P A A
C A I I O J I G E L
D L B R U S E P T S
A A P M D H I K R I
Par Koné Seydou
Mots Croisés N° 20
HORIZONTALEMENT :
I- Les Occidentaux l'ont appelé soufisme. II- Rappelle aux chiites le massacre des descendants du Prophète (PBDL)- Entre 3 et 4. III- Petits moutons. IV- Le Vivant- Va partir. V-Dans un sens, c'est un cri phon.-Meubles. VI- Célèbre bataille à l'envers - Pronom. VII- Maison de Dieu. VIII- Pratique soufie devenue maraboutique - Lettres de serre. IX- Liquide gras - Dans un sens, ce n'est pas avec. X- Pour Abraham - Adjectif.
VERTICALEMENT :
1- Unicité de Dieu - Consonne de Ketchup. 2- Pronom dans un sens - Lettres d'aujourd'hui. 3- Maître mystique - Coule dans un sens en Côte d'Ivoire. 4- Ordonné, c'est du Yoga - Lettres de Mollah. 5- Dans un wagon-foudre - A l'ouest. 6- Lettres de water - Jésus (P.L.). 7- Lettres de taulard - Bois - Affirmatif. 8- Affirmatif dans un sens - Nue mais masquée. 9- Lotie dans un sens. 10- Guerre - Herse étêtée.
SOLUTION DES JEUX PRECEDENTS
Le Mot Caché N°17 : Paradis
Mots Croisés N°19 :
Horizontalement :
I- Ijtihad - Ip (Pi = 3,14). II- Salam - Rami. III- Miel - Qutba. IV- Armée - Ur (Ru). V- Chapelet. VI- Lie - Ruse. VII- Ibn - Raceb (crabe). VIII- El - Prêcher. IX- Niche - Cela. X- Saenhed (Lochness).
Verticalement :
1- Ismaéliens. 2- Jair - Iblis. 3- Tlemcen - Ce. 4- Ialeh (Helal) - Pin. 5- Hm - Ear - Reh (Her). 6- Pure. 7- Dru - Esacco (Occase). 8- Ut - Lechel. 9- Imboc - Eel (Lee). 10- Piart (Parti) - Bras.
PLUME LIBRE / Juillet 1994 / Du 22 Mouharram au 21 Safar 1415 / Page 8
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