Numéro
Plume Libre #27
- Titre
- Plume Libre #27
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Plume Libre
- Date
- mai 1994
- numéro
- 27
- Résumé
- Mensuel islamique ivoirien d’informations générales
- nombre de pages
- 8
- Sujet
- Moustapha Diaby
- Comité National pour l'Organisation du Pèlerinage à la Mecque (CI)
- Hadj
- Ivoirité
- Conseil National Islamique
- Intégrisme
- Fondamentalisme islamique
- Laïcité
- Langue
- Français
- A une partie
-
Les musulmans écartés de l'administration : coïncidences ou épuration ethnique ?
-
Pouvoir et laïcité
-
Poème
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0001348
- contenu
-
Médine : la première Constitution écrite du monde
PLUME Libre
Mai 1994
Du 20 Zoul-Qa'dah au 20 Zoul-Hidja 1414
125 F
N° 027
MENSUEL ISLAMIQUE IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
«Accrochez-vous tous ensemble à la corde de Dieu et ne vous désunissez point! Rappelez-vous les bienfaits de Dieu lorsque, d'ennemis que vous étiez, Il rétablit la bonne entente entre vos cœurs et vous voilà, par Sa grâce, devenus frères. Vous étiez sur les bords d'un gouffre de l'Enfer et Il vous en a sauvés. C'est ainsi que Dieu vous expose clairement ses versets, peut-être prendrez-vous le droit chemin»
(Coran S.3 — V. 103)
Les musulmans écartés de l'Administration
Coïncidences ou épuration ethnique ?
De nombreux cadres supérieurs musulmans ont perdu leur poste depuis le décès d'Houphouët: Aly Coulibaly, Kébé Yacouba, Général Abdoulaye Coulibaly, Fanny Amara, Colonel Issa Diakité, Hadji Touré, Commandant Fako Koné... Et la série noire continue!
Hadj' 94
Espoirs et inquiétudes
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LA TRIBUNE VERTE
Une rubrique de Koné Seydou
Hadith du Mi'râdj (ascension nocturne du Prophète) :
DIEU s'adresse au Prophète par ces mots : "Celui qui désire agir selon Ma satisfaction doit posséder trois qualités : il doit manifester une reconnaissance pure de toute ignorance, un souvenir sur lequel la poussière de l'oubli ne doit pas s'installer et un amour qui ne préfère pas les créatures à Mon amour. S'il M'aime Je l'aime ; J'ouvrirai l'œil de son cœur par la vue de ma Majesté et ne lui cacherai pas l'élite de Mes créatures. Je lui parlerai confidentiellement dans les ténèbres de la nuit et dans la lumière du jour, jusqu'à ce que sa conversation et ses relations avec les créatures cessent. Je lui ferai entendre Ma parole et la parole de Mes anges. Je lui révélerai le secret que J'ai voilé à Mes créatures. Je l'habillerai de la robe de la modestie jusqu'à ce que les créatures aient honte devant lui. Il marchera sur la terre en ayant été pardonné. Je ferai que son cœur possède la conscience et la vision et ne lui cacherai rien du paradis ou de l'enfer. Je lui ferai connaître ce que les gens éprouvent au Jour du Jugement, en fait de terreur et de calamité."
NECROLOGIE
"Assurément nous sommes à Allah et nous retournerons vers Lui".
(S. 2 - V. 156)
A l'heure où nous mettons sous presse, nous apprenons le décès du Professeur agrégé Fadiga Dougoutigui de la Faculté de Médecine de l'Université Nationale. Le Pr. Fadiga était bien connu dans les milieux islamiques pour sa compétence, sa gentillesse et son ardeur militante.
Plume Libre présente ses condoléances les plus sincères à la famille de l'illustre disparu. Qu'Allah (Exalté soit Son nom) soit satisfait de lui. Amine.
K. S
Plume Libre :
La voix des musulmans
EDITO - PLUME
Etre musulman aujourd'hui
Par Dembélé Al Séni
Au delà des cinq piliers de l'Islam, à attester ou à accomplir, être musulman aujourd'hui, c'est être conscient et faire face à une double réalité qui se déploie autant sur le plan national que sur le plan international.
Sur le plan national, être musulman aujourd'hui, c'est savoir qu'on appartient au plus grand regroupement humain de ce pays, et cela quel que soit le critère d'identification. C'est (hélas !) aussi qu'on appartient à cette communauté où presque tout reste à faire : écoles, centres de santé, bibliothèques, centres culturels... Etre musulman en Côte d'Ivoire d'aujourd'hui, c'est savoir qu'on appartient à cette mer que le fanfaron le plus abject se croit le devoir de souiller, y compris dans un pan de son lit aussi pur que le pèlerinage. D'ailleurs, les politiciens de tous bords ne pataugent-ils pas dans ses flots comme des rabatteurs pour mieux drainer les poissons dans leurs nasses ? Ceux de cette religion, chaque semaine que Dieu fait, voient leur fils, leur frère, leur cousin... évincés des postes de responsabilité. De l'administration, les "têtes" tombent comme les fruits d'un manguier secoué par une grande tornade. Il est vrai que les lois républicaines dans leur innocente pudeur ne permettent pas une telle lecture des faits ! Mais les faits sont têtus et se donnent à voir. Quand on sait que ces cadres de "la civilisation de l'oralité accentuée" qui occupent un poste de responsabilité se comptaient déjà sur les doigts des deux mains !
Sur le plan international, être musulman aujourd'hui, c'est être conscient qu'on appartient à ce seul groupe pour qui les institutions internationales sont impuissantes, les droits de l'homme mis en veilleuse et le droit d'ingérence humanitaire inapplicable.
Etre musulman aujourd'hui sur cette "boule tournante", c'est savoir qu'à tout moment son espace de vie peut se transformer en un autre "Goradze". On trouvera des chasseurs bombardiers pour regarder de haut - et au besoin filmer les obus qui viennent purifier ce monde civilisé de ces "gosiers" qui disent Allahou Akbar. On organisera conférence sur conférence pour ramener la paix. Tout en faisant en sorte que l'agresseur - ici le Serbe puisse en jouir rapidement avec l'ennemi commun. Les séances d'exorcisme (les conférences) n'étant pas destinées qu'à se donner bonne conscience et à apaiser la partie de son opinion publique qui pouvait s'émouvoir. Etre musulman finalement, ici ou ailleurs, c'est être conscient que les sentiments, les bonnes intentions, les grandes déclarations sont des virtualités. Elles ne se concrétisent qu'à travers les capacités de chaque groupe à les imposer. Les moyens justifiant la fin. Ici comme ailleurs, être musulman aujourd'hui, c'est en définitive s'engager dans le dur combat pour amener les autres non pas à tolérer l'Islam mais à l'accepter. Cela passe bien entendu par un esprit conquérant dans tous les domaines d'activités où le musulman se trouve, avec en plus une dimension spirituelle à toute épreuve. Simple vue de l'esprit ? Beaucoup peuvent le penser. Mais au regard de l'actualité et du traitement du musulman, ce passage-là est obligé pour espérer améliorer le sort de cette communauté dans un avenir qu'on souhaite le plus proche possible.
D.A.S.
SOMMAIRE
Edito-Plume
Etre musulman aujourd'hui P.2
Plume Religieuse
Médine : la première Constitution écrite du monde P. 3
Hadj'94 : Espoirs et inquiétudes P. 4
Plume politique
Ça n'arrive pas qu'aux autres P. 5
Chapelet P. 5
Coïncidences ou épuration ethnique ? P. 6
La Plume des Lecteurs P. 7
Plume en liberté
Qui s'intéresse à la Bosnie ? P. 8
PLUME LIBRE / Mai 1994 / Du 20 Zoul Qa'dah au 20 Zoul Hidja 1414 / Page 2
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PLUME RELIGIEUSE
Médine :
La première Constitution écrite du monde
Par Koné Seydou
L'an 1 de l'Hégire (623 après J.C.), le Prophète de l'Islam a établi à Médine, où il venait de s'installer après avoir quitté la Mecque, un acte écrit, constitué d'articles, visant à régir la vie des habitants de cette cité. En cette fin de siècle mouvementée, il est important que tous, non-musulmans mais aussi musulmans-nous sachions ce que Mouhammad (PBDL) a laissé à l'humanité, en fait de démocratie, de justice et de tolérance envers les non-musulmans, les minorités et les démunis.
LA constitution de la cité-Etat de Médine est jusqu'à preuve du contraire, la première constitution écrite du monde. A la tête de l'Etat, se trouvait l'Envoyé de Dieu (PBDL); il détenait le pouvoir politico-religieux, central et unique. A ce titre, le Messager de Allah (Exalté soit Son nom) distribuait équitablement le butin récupéré sur l'ennemi; il maintenait la cohésion de la communauté, renforçait les liens de fraternité entre les différents membres, ordonnait le bien et interdisait le mal. Il avait la main haute sur l'administration, nommant son remplaçant au cas où il devait s'absenter de la ville, désignant les collecteurs d'impôt et ceux qui devaient recueillir les récoltes ou maintenir l'ordre, nommant les gouverneurs, les juges, etc. En tant que commandant en chef des forces armées musulmanes unifiées, il déclarait la guerre et signait la paix, partant à la tête des expéditions Mais si le pouvoir était concentré entre ses mains, l'application des décisions était décentralisée.
Décentralisation et protection des minorités
BIEN qu'elles n'aient aucune compétence sur le plan extérieur, les différentes tribus qui composaient Médine étaient autonomes: placées sur le même pied d'égalité, elles étaient libres de se gouverner selon les lois qui leur étaient propres. De même, les administrateurs locaux agissaient selon leur propre initiative quand ils devaient prendre une décision qu'ils ne retrouvaient mentionnée ni dans le Coran ni dans les discours du Prophète. La participation à la guerre, enfin, n'était pas impérative: les gens se portaient volontaires, même si ceux qui fuyaient la lutte sans raison valable étaient l'objet du mépris. L'oppression, la violence, l'injustice et le crime étaient combattus, et c'était un devoir pour tous de s'aider et de s'assister mutuellement. Le budget de l'Etat était constitué par une partie de la Zakât et par les sacrifices consentis par les croyants pour renforcer le potentiel militaire de l'armée (la liste des donateurs existe encore aujourd'hui!) A Médine, la minorité était protégée. C'était le cas des juifs.
Les tribus juives qui avaient acceptées les prérogatives du Prophète et contresignées le traité bénéficiaient des mêmes droits et considérations que les musulmans. Ils étaient libres de pratiquer leur culte, et les différends qui les opposaient étaient tranchés par le Prophète (PBDL) selon les lois mosaïques. Ils ne participaient pas aux expéditions militaires mais payaient en contrepartie une contribution financière et matérielle. Il faut signaler, pour terminer que certaines de ces tribus ont par le suite trahi leur serment en violant notamment l'article 43: elles furent expulsées du territoire de Médine, quand les hommes n'y furent pas exécutés. Ces incidents entraînèrent l'abrogation d'une partie de la constitution, faisant alors de Médine un Etat islamique.
Constitution de Médine
AU nom de Dieu, le Miséricordieux, le Compatissant!
Ceci est un écrit de Mouhammad le Prophète, concernant les croyants, les musulmans koreïchites, ceux de yathrib, ceux qui les suivent, qui leur sont attachés et qui guerroient avec eux (djâhadû).
1- Ils forment une communauté unique (Oummah) distincte des autres peuples.
2- Les Emigrants Koreïchites, proportionnellement à leur condition première doivent payer en commun la compensation pour le sang versé et ils (par groupe) rançonnent leurs prisonniers, (le faisant) avec droiture et justice entre croyants.
3- Banû awf, proportionnellement à leur condition première, paient à frais communs les compensations fixées auparavant pour le sang versé, et chaque sous-clan (tâ' ifah) rançonne ses prisonniers, le faisant avec droiture et justice entre croyants.
4- à 10: (Mêmes dispositions que l'article 3, concernant respectivement les Banû'l-Hârith, Banû Sa'idah, Banû Djushan, Banû'n-Nadjjar, Banû Amr b.'awf, Banû'n-Nabit et Banû'l-Aws.).
Suite P. 8
AEEMCI
SEMINAIRE 1994
Le séminaire de l'AEEMCI aura lieu du 21 au 26 Août 1994 à San-Pédro, inch'Allah !
Thème. L'Islam et la construction de la Nation Ivoirienne.
Participation 7500F (Transport non compris)
Programme
Plusieurs sous thèmes de conférences et de débats:
- L'Islam en Côte d'Ivoire, quel avenir?
- Le rôle de la culture islamique dans le développement de la Côte d'Ivoire
- Islam et Démocratie
Et bien sûr, des cours religieux.
Date limite des inscriptions : fin Juin 1994.
Départ des séminaristes : 20 Août 1994 à 8H.
Retour : 27 Août à 8H.
Le Secrétariat
La première Tabaski de la dévaluation
LA FETE de la Tabaski ou Aïd-el-kébir, sera célébrée le 21 mai prochain par les musulmans du monde entier. Evénement spirituel et de grande réjouissance, elle sera vécue chez nous dans un décor économique inhabituel.
La dévaluation du CFA, et ses conséquences immédiates ont convaincu plus d'un, sur les difficultés que nous connaîtrons les prochains jours pour assurer notre quotidien. On ne le clamera jamais assez, la montée vertigineuse des prix d'une part, la diminution du pouvoir d'achat d'autre part, posent le problème de la réalisation totale, ou tout au moins en partie de nos habitudes religieuses. Le contexte économique nouveau n'étant point fait pour satisfaire toutes ces dépenses, nos coreligionnaires sont évidemment en proie à des inquiétudes certaines. Faut-il rappeler en ces moments de grandes interrogations, que notre Seigneur ne nous charge pas de fardeau que nous ne sommes pas en mesure de supporter?
La fête de la Tabaski, inch'Allah se fera pour l'essentiel, dans les limites des moyens que nous procure notre porte-monnaie. Pour notre part, nous avons depuis belle lurette tiré la sonnette d'alarme sur le prix trop élevé des moutons et l'inorganisation irritante que connait ce secteur. Car il faut le dire, les efforts de l'Etat (s'il y en a), pour atténuer les souffrances des musulmans là aussi, sont invisibles, voire nuls. Livrés depuis toujours à nous-mêmes, nous savons qu'aucune solution ne nous tombera du ciel. Nous avons des hommes pour organiser la vente des bêtes, pourvu que l'Etat le réglemente sincèrement.
Pour l'heure, la célébration de l'Aïd-El-Kabir est d'abord un devoir que nous devons accomplir. Allah Tout-Puissant nous en donnera les moyens, inch-'Allah.
Bonne fête à tous
Khady Ossaman
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PLUME RELIGIEUSE
Hadj' 94
Espoirs et inquiétudes
1992 restera à jamais dans la mémoire des musulmans ivoiriens un douloureux souvenir. Cette année-là, en effet, certains pèlerins ont passé des jours à la belle étoile. D'autres n'ont pas pu atteindre Arafat, ratant de ce fait les bénéfices de leur pèlerinage. En 1993 grâce à une organisation bien huilée c'est un pèlerinage assez satisfaisant qui a été accompli. Cette œuvre appréciée par toute la communauté a cependant heurté les esprits chagrins. C'est la raison pour laquelle cette année on a constaté l'existence de deux organisations sur place. Pour comprendre ce qui arrive il faut remonter le temps.
Au lendemain de sa naissance, en 1993, le Conseil National Islamique avait été reçu par feu le président Houphouët. Suite à cette rencontre le CNI a obtenu l'autorisation d'organiser le pèlerinage. Cependant, pour les modalités pratiques, il devait prendre les attaches du ministre de l'Intérieur. La réunion que celui-ci convoqua alors enregistra la présence de toutes les personnes intéressées par le pèlerinage. Quoi de plus normal, l'objectif étant certainement de ne léser personne. Lesquelles personnes se retrouvèrent plus tard afin d'élaborer une plate-forme de travail : c'est ainsi que naquit le Comité National d'Organisation du Pèlerinage à la Mecque (CNOPM).
Le Conseil des Ministres du jeudi 13 avril 1993 avait décidé le transfert au CNOPM de toutes les compétences jusque là dévolues au comité interministériel chargé de l'organisation du pèlerinage. Décision matérialisée par l'arrêté du ministre de l'Intérieur N°145/ATAP/AGP/ 3 d'avril 1993. Cela se passait à deux semaines du départ pour La Mecque. Il est bon de préciser que le CNOPM est composé outre du CNI, du Conseil supérieur des Imams, du Conseil Supérieur Islamique et de l'Association Musulmane pour l'Encadrement des pèlerins à la Mecque. Pour remplir sa mission il s'est doté d'organes dont le plus important est le Conseil d'Administration. Le choix du président du CA s'est fait par élection. Et c'est El Hadj Koné Idriss qui a été élu par six voix sur huit avec une abstention. La candidature de Koudouss, proposée par ses pairs avait alors été contestée par Diaby Koweit, pour qui CA ne devait pas avoir de président. Personne ne l'ayant suivi, le sieur Diaby opta pour la politique de la chaise vide au sein du CA. Néanmoins avec les bénédictions des fidèles et la grâce de Allah le pèlerinage 1993 fut, pour un coup d'essai un coup de maitre. Il n'en fallait pas plus pour que certains se rebellent et décident de faire bande à part. La nouvelle organisation les privait de leur source essentielle de revenu. Alors depuis le lendemain de l'Aïd el Fitr, ils ne cessent de gesticuler avec de la propagande mensongère. L'acteur principal de ce théâtre est l'AEMIPM, et le metteur en scène est Diaby Koweit. Cependant le CNOPM afin de préserver l'unité de la communauté et d'assurer un bon séjour aux pèlerins en Terre Sainte, saisit le ministère de l'intérieur. La première rencontre entre les parties eut lieu sous la présidence de M. Ipaud Lago Pierre. Au cours de la réunion, ce dernier précisa que le CNOPM est la seule organisation habilitée à organiser le pèlerinage. Il promit ensuite qu'au cours d'une prochaine réunion, il situerait les responsabilités. Furent présents à cette seconde réunion, le bureau du CA, du CNOPM, celui de l'AEMIPM et une vingtaine d'individus conduits par Diaby Koweit. Les membres du CNOPM posèrent comme préalable à la tenue de ladite réunion l'évacuation de ces intrus, mais le Directeur de l'Administration Générale des Affaires Territoriales et Politiques passa outre leurs exigences.
Comme il fallait s'y attendre, la réunion fut fortement perturbée avant de se terminer dans un imbroglio total. Pour l'histoire, il faut savoir monsieur Ipaud Lago a été président du Comité Interministériel chargé de l'organisation du pèlerinage. Au terme du mandat de ce Comité, la Côte d'Ivoire restait devoir aux logeurs saoudiens la somme de vingt millions de francs CFA, créance qu'il refusa de reconnaitre. Dans tous les cas, c'est le regretté chef de l'État qui a honoré cette dette. Aujourd'hui, toutefois, il reste un reliquat de sept millions détenu par l'Ambassadeur de notre pays en Arabie Saoudite. Ceci explique-t- il cela ? Toujours est il que les encadreurs ont déployé une grosse armada médiatique pour attirer la clientèle. Ce, au vu et au su des autorités. Le Président de la République a lui même été saisi du problème, mais hélas le cinéma suit son cours. Au ministère des Affaires Étrangères, on s'était refusé à leur délivrer des passeports de service. Il a suffi qu'une intervention vienne de "là-haut" pour que tout change. Mais qui donc a intérêt à diviser les musulmans ? L'avenir nous le dira certainement.
Pour l'heure Diaby Koweit et son groupe tirent le diable par la queue. Malgré tout le remue-ménage qu'ils font, personne ne veut tenter l'aventure, même si c'est mal connaître le secrétaire général de la section PDCI de Samatiguila (Moustapha Diaby) qui propose de prendre en charge tous les frais de ses pèlerins. C'est là qu'il faut s'interroger sur le "sens de la générosité" de l'homme. Le CNOPM prélève sur chaque pèlerin la somme de soixante quinze mille francs CFA comme frais d'organisation. C'est le lieu de dire que le pèlerinage doit s'effectuer avec de l'argent acquis à la sueur de son front. Or nul ne peut témoigner de l'origine de la "fortune intarissable" de Diaby Koweit. Ce qui est certain, c'est que personne ne peut dire la profession que Diaby exerce. Les 75. 000F prélevés par le CNOPM sur chaque pèlerin doivent servir à couvrir les fais médicaux et le transport des encadreurs entre autres, mais aussi et surtout, à prendre en charge les officiels saoudiens venus délivrer les visas. Ces derniers frais se sont élevés cette année à 1.750. 000F, entièrement payés par le CNOPM. A quoi a donc servi tout le tapage médiatique du sieur Koweit et de ses commanditaires puisqu'ils ont bénéficié des services rendus par les saoudiens, et donc des 75. 000 F que ceux qui ont refusé sa prise en charge ont payé au CNOPM.
Ceux qui ont décidé de se faire prendre en charge par Diaby se sont-ils une seule fois posés la question de savoir d'où provient sa richesse ? Comment peut-on accepter de l'argent douteux pour un acte aussi fondamental que le pèlerinage, que l'on obtient généralement une seule fois dans sa vie ?
Le constat aujourd'hui est que des "musulmans" ont décidé de semer la zizanie dans la communauté, mais Allah se chargera d'eux, car le Coran nous enseigne que lorsque la Vérité viendra, elle triomphera du mensonge inch'Allah.
Mais à quoi donc ressemblera le hadj 94 ?
A suivre dans le prochain numéro, Inch'Allah.
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PLUME POLITIQUE
Ça n'arrive pas qu'aux autres
Par D.H.L.
LA Fontaine disait : «Le fabricateur souverain nous créa besacier (1) tous de même manière (...) il fit pour nos défauts la poche de derrière, et celle de devant pour les défauts d'autrui.» Cette réalité n'est-elle pas la nôtre en Côte d'Ivoire?
L'avènement de la 2e république ou du moins la première république bis a mis en exergue une expression très prisée lors des campagnes de soutien au Président Henri Konan Bédié: la sauvegarde de l'unité nationale. Et comme pour mieux illustrer ce "besoin vital" d'unité nationale, d'ailleurs compromis dangereusement à des fins politiciennes (provocation répétée contre les musulmans et l'Islam, manifeste du C7 pour ne citer que ça), l'on ne cesse d'évoquer l'exemple des pays en difficultés politiques: Congo, Zaire, Togo, Rwanda, Algérie et plus près de nous, le Mali.
Comme pour dire: ça ne peut arriver qu'a ceux-là. Cependant, l'on oublie ou feint d'oublier que scientifiquement parlant, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. N'est-ce pas l'oppression, le bâillonnement et l'exploitation qui sont la cause de ce qui se passe là-bas?
Le désordre est le corollaire de l'injustice
FEU le Président Félix Houphouët-Boigny avait coutume de dire: «Si j'avais à choisir entre le désordre et l'injustice (voire l'oppression. NDLR), je choisirais l'injustice.» Cette leçon politique, ses "dignes successeurs" l'ont fait leur. Mais ce qu'ils oublient et que le "maître" ne leur a certainement pas dit, c'est que l'injustice, surtout prolongée, provoque indiscutablement le désordre! Tous ces pays qu'on cite en exemple pour conjurer le spectre du chaos n'en sont arrivés là que par l'injustice fut-elle politique, économique (exploitation éhontée), ethnique, religieuse ou le tout à la fois. Mali: 22 ans de confiscation des libertés fondamentales et de spoliation économique ont fini par exciter le peuple à éjecter le tyran, causant par la même une occasion plus de 7 milliards de dégâts. Le pays a encore du mal à s'en remettre. Algérie: un coup d'état constitutionnel et anti-islamique a entraîné le pays dans ce que l'on sait: une guerre civile larvée. Le Rwanda, le Zaïre et Congo ne sont que des formes plus ou moins accentuées des mêmes choses. Comparaison n'est pas raison me dira-t-on. Mais rien n'empêche de lire objectivement la réalité et d'affirmer que l'après Houphouët nous réserve d'énormes surprises. Même si nous n'avons pas encore atteint le même degré qu'ailleurs nous y approchons à grand pas si nous ne prenons garde. Des menaces de liquidation pèsent sur la presse indépendante. «Silence, on emprisonne» a titré notre confrère Notre Temps. Des conflits fictifs ont été annoncés ça et là. Injures et intimidations sont proférées à l'encontre des organisations nationales islamiques par de hautes autorités. Des manifestes sont élaborés pour bouter hors d'Eburnie les "ivoiriens qui ont d'autres points de chute", etc... Sur le plan économique les choses ne sont guère meilleures même si on annonce à grands renforts de publicité un second "miracle". L'ivoirien est incontestablement l'Africain qui paie le plus de taxes à un état imbu de parasitisme économique pour une prestation médiocre. Voyez un peu ce qui se passe avec les cartes de mutuelle, la CNPS, l'impôt sur l'habitation privée, la nouvelle carte d'identité, le passeport de 20.000 Frs, etc... Et comme si tout cela ne suffisait pas, c'est une prime bimestrielle de 2.000 Frs que les ivoiriens payeront désormais pour une télévision nationale bancale et hautement extravertie, servant à profusion des meetings et des "potions" de soutien. Si ce ne sont pas des films d'aliénation et de dépersonnalisation. A tout cela, il faudra ajouter les effets pervers de la dévaluation accentués par une hausse du prix des hydrocarbures dont l'état pouvait se passer. Dans le même temps, les salaires sont restés presque inchangés. Aujourd'hui plus que jamais, l'ivoirien-moyen est au bord du gouffre. Incapable de se nourrir, de se loger, ou de se soigner et ne sachant à quel saint se vouer. Trouver un remède à ce marasme en voie de généralisation est plus utile que tous les discours «unificateurs». C'est le plus sûr gage pour la «stabilité dans la continuité» tant évoqué. Il appartient aux décideurs d'y songer sérieusement afin de conjurer à jamais inch'Allah le spectre du désordre craint par tous, nantis et moins nantis.
1-La Besace est le titre d'une fable de La Fontaine. Le mot besacier signifierait sac a deux poches dont l'une cache l'autre...
Chapelet
La logique telle qu'on nous l'enseigne consacre le fait qu'une réalité existe ou n'existe pas - Elle n'admet à la fois l'existence et la non-existence, ni l'absence des deux.
ET pourtant celle-ci est prise à défaut dans bien des cas. C'est ce qui se passe avec les sorciers mangeurs d'âme: ils existent la nuit et se volatilisent le jour. Mais la particularité de ces hommes de nuit réside dans leur ténacité et leur opiniâtreté à toujours prouver que leurs activités nocturnes n'ont jamais existé et n'existeront jamais. Néanmoins, les parents de leurs nombreuses victimes restent "sereins et imperturbables" face à leurs gesticulations effrénées, car dans cette frénésie, ils attrappent souvent comme une sorte de maladie mentale qui les amène à reconnaître et à dévoiler ce dont ils ont jusque-là nié l'existence.
Oubli + Négligence + Coïncidence = Injustice
Une rubrique de Koné Zakaria Abd'Allah
Ainsi le "Réveil Hebdo", en voulant prouver, comme sa mission le lui recommande, que l'injustice est une notion étrangère à la Côte d'Ivoire a récemment affirmé: "l'octroi d'un terrain... en vue de l'édification d'une mosquée au Plateau est un acte de justice qui n'a que trop duré tant les autres confessions monothéistes y étaient déjà installées depuis longtemps. Mais le plumitif risque de perdre ses plumes en disant ce genre de choses, qui s'empresse d'ajouter «ni les oublis, ni les négligences ne peuvent être assimilés à de la haine ou de l'hostilité envers nos frères musulmans». D'un autre côté, ceux qui se proclament dans la même logique que les précédents, laissé tomber cette phrase: «Nous constatons néanmoins que dans le vaste mouvement de redéploiement du personnel dans l'Administration que beaucoup de dioulas en font les frais...». Là encore: conscient de la limite qu'il ne doit pas franchir, le tenant de la plume ajoute: «... Il faut les mettre sur le compte de la coïncidence». Nous disons à tous ces avocats du diable que nous les comprenons (ils ont été embauchés pour ça et mage a ce prix). Mais qu'ils sachent que trop d'oublis, de négligence et de coïncidences dirigées contre la même communauté s'appelle Injustice.
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PLUME POLITIQUE
Les musulmans écartés de l'administration :
Coïncidences ou épuration ethnique ?
Par Bouka
ENCORE eux. Qu'ont-ils à voir des actes "anti-islamiques" partout ? Ah, ces intégristes !" C'est en ces termes que s'écrieront certainement, ces personnes, de mauvaise foi, généralement trahis par une naïveté puérile. Et pourtant les faits parlent d'eux-mêmes. De toutes façons, il existe dans ce monde trois groupes d'individus qui contribuent par leur attitude négative, au recul de l'humanité. Les naïfs, ceux qui pensent que tout ce qui est décidé est bon pour eux et pour tout le monde il est bon et beau. Les neutres : ceux qui croient que le monde s'arrête à eux. Rassasiés, le ventre bedonnant, ils se complaisent de leur situation matérielle enviable et laissent le reste au ministère des Affaires Sociales.
Les malicieux, enfin, sont souvent dans la politique ou dans les affaires. De plus en plus, certains opèrent même dans la religion. Ils profitent de la bêtise des premiers pour s'installer confortablement et durablement à leur tête.
Lorsque les bons, ceux qui sont prêts à se donner pour le bonheur des autres, s'élèvent pour fustiger une maladresse, les naïfs prennent peur, les neutres crient à l'intégrisme et les malicieux prennent les armes. Sang, violence, prisons gardons la Côte d'Ivoire de ces vocables méconnus jusqu'ici. Les conditions de l'établissement d'une paix durable dans une nation nécessitent la prise en compte des aspirations de tous ses fils, or voici bientôt cinq mois que la Côte d'Ivoire semble s'enliser de plus en plus dans un déséquilibre ethnique qui annihile de façon progressive l'unité tant recherchée.
Dé-dramatisation ou plutôt dé-houphouétisation ?
MM. Aly Coulibaly et Kébé Yacouba ont perdu leur fauteuil à l'Information. M. Ousmane Sy Savané a été éjecté du Conseil Supérieur de la Publicité et du Conseil d'Administration d'Ivoire Média. Le général Abdoulaye Coulibaly a été forcé de prendre sa retraite (inspecteur, tu parles !) et de laisser le GATL et Air Ivoire à des gens plus "sûrs". Il est parti en amenant dans ses bagages son second (Dosso) Le Colonel Issa Diakité (que certains donnaient pour le futur ministre de l'Intérieur si ADO devenait Président), de préfet de région a été rétrogradé en simple Préfet. M. Hadji Touré a été déboulonné à la SIPE. Le Commandant Fako Koné a été écarté de la SITRAM et M. Fanny Amara, de l'Education Nationale, etc... Et la liste (déjà) longue, continue de s'allonger au fil des jours. Chaque conseil des ministres provoque des frissons dans les familles dites Dioulas depuis la mort du président Houphouet-Boigny. S'agit-il de coïncidences ou d'une réelle épuration ethnique ?
Pour certains, la tornade qui s'abat sur les cadres "dioulas" est une "dédramatisation" entreprise à la suite de la "querelle" de succession entre l'ex-premier ministre Mr Allassane Dramane Ouattara "dioula" et l'actuel président de la République, Mr Henri Konan Bédié (baoulé). Pour d'autres, c'est une attitude normale en politique que le chef de l'Exécutif s'entoure de ses hommes les plus loyaux. On rappelle à cet effet l'exemple du français Edouard Balladur qui, à son arrivée, a opéré de profonds changements d'hommes à la tête des structures les plus importantes de l'Etat.
Les tentatives de justification montrent une grave confusion et une mauvaise perception des enjeux politiques. D'abord, l'amalgame Dioulas-musulmans du grand Nord-Allassane Ouattara à la recherche du pouvoir, n'est qu'un artifice suscité et entretenu par des Ivoiriens en vue d'assouvir leurs desseins politiques ou leur hégémonie religieuse. "Qui veut noyer son chien, l'accuse de rage".
Cet adage populaire s'applique bien à ce qu'on est tenté d'appeler une campagne d'épuration ethnique à l'encontre de tous ces Ivoiriens qui n'ont commis que la seule faute d'être "Dioula". Dans leur ensemble, ceux qui ont fait l'objet aujourd'hui d'une "sanction" administrative avaient acquis leur place de façon normale. Ils ont pour la plupart été nommés sous Houphouet qui semblait aux considérations subjectives de naissance ou de religion vouloir opposer la compétence et l'intégrité morale. Ces vertus cardinales, tout le monde se plaît à le reconnaître aujourd'hui, avaient été remises encore plus à jour sous ADO. Le général Coulibaly, qui n'était pas baoulé, était le pilote personnel de Président d'Houphouet Boigny.
L'épuration ethnique à laquelle nous assistons, ressemble plus à une "déhouphouetisation" qu'à une "dédramanisation".
Le nationalisme est d'abord tribal
S'IL est vrai qu'en politique, le chef s'entoure de ses hommes de confiance, il est aussi plus réaliste de ne pas perdre la confiance du plus grand nombre. Si pour Bédié, il n'y a qu'une infime partie de "Dioula" en qui il puisse avoir confiance et dont il est sûr du loyalisme, ce n'est pas sûr qu'l connaisse la popularité et la longévité politique de son prédécesseur. Nos populations qu'on le veuille ou non sont encore attachées a leur origine ethnique. Les intellectuels qu'on croyait "évolués" n'échappent pas d'ailleurs à cette vérité. Eux qu'on voit, laissant pour la circonstance les vestes au bureau, arborer leurs tenues traditionnelles pour annoncer d'une voix au président de la République le soutien de leurs peuples. Un ministre du Sud n'ira pas implanter sa villa de campagne à Odienné ce n'est pas le ministre Atsain de la fonction publique qui dirait le contraire, lui qui depuis sa nomination ne fait que se promener à Adzopé soit pour visiter une usine de bois, soit pour parrainer une promotion d'élèves... Pareil pour le président Charles Bauza Donwahi, de l'Assemblée Nationale, qui dès les premières heures de son accession à la tête de l'hémicycle a dit qu'il considère son "élection" comme une victoire pour tout le peuple Bété. Loin de considérer d'ailleurs cette situation comme normale, nous estimons qu'elle résulte de notre niveau de développement qui de façon progressive éliminera les obstacles qui jalonnent encore l'unité nationale. Un ministre ou un directeur-général est considéré avant tout par les populations comme les fils de la région sur qui elles peuvent compter pour assouplir quelque peu les contraintes de la pauvreté. Le nationalisme est donc d'abord tribal. C'est pourquoi, dans le paysage politique africain, le dosage ethnique est un moyen puissant pour harmoniser les conditions de vie des populations et éviter les rancœurs qui plongent nos fragiles Etats dans des guerres fratricides (Rwanda, Burundi...). Ceux qui ont été les éléments de la stabilité hier ne peuvent pas être les ennemis de la paix aujourd'hui. Etre Akan, Krou ou Malinké n'est pas une tare. Les considérations fascisantes qui établissent un lien de supériorité d'une race ou d'une ethnie sur une autre doivent être depassées. Le fait pour la Côte d'Ivoire d'avoir été dirigé deux fois de suite par un Baoulé ne fait pas de cette ethnie un groupe particulièrement aimé ou désigné par le Seigneur de l'Univers pour être le seul et éternel groupe dirigeant de ce pays. Le mérite du chef, le seul qui vaille la peine d'être érigé en valeur universelle est l'intégrité morale et la capacité intellectuelle à conduire d'une façon harmonieuse des hommes aux ambitions (si) diverses.
ADO, démissionné
Abdoulaye Coulibaly, retraité
Aly Coulibaly, écarté
Kébé Yacouba, ostracisé
Issa Diakité, retrogradé
PLUME LIBRE / Mai 1994 / Du 20 Zoul Qa'dah au 20 Zoul Hidja 1414 / Page 6
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PLUME DES LECTEURS
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Salam aleykoum wa rahmatoullahi ta'ala wa barakatouh.
Pouvoir et laïcité
ON nous le disait hier par moment, mais maintenant on nous en martèle sans cesse l'esprit au point qu'on a fini par y croire religieusement. La République est laïque, l'école est laïque, on ne doit y adopter qu'une attitude laïque et Républicaine.
Penser laïc, manger laïc, parler laïc, s'habiller laïc et bientôt prier laïc pourquoi pas ! Dans les bureaux, dans les salles de classe, c'est le même refrain : la Côte d'Ivoire est un pays laïc. Mais qu'est-ce que la laïcité, qu'est ce qu'une loi ou une attitude Républicaine ?
Posez la question aux intégristes et autres fondamentalistes républicains et laïcisants, ils vous gratifieront de leur désert culturel et de leur ignorance ronflante. Que Diable ! Ce n'est pas nous qui avons embastillé la soutane pour accréditer et légitimer la révolution ! Le Moyen-âge de l'Europe ou ses siècles de lumières n'ont rien à voir avec l'Islam et les musulmans ! L'inquisition ne fait pas partie de l'histoire de l'Islam. L'Islam n'a jamais eu de roi soleil de droit divin. La Mecque n'a jamais ordonné d'exécuter Galilée car la science fait partie de l'essence de l'Islam.
Si la soutane en Europe a participé, soutenu, voire même divinisé le despotisme des monarques, contribué à la paupérisation des peuples, il faut savoir que des siècles avant l'Islam libérait les peuples de la tyrannie et de l'ignorance. Pourquoi nous imposer systématiquement le produit social d'une histoire qui n'est pas la nôtre ?
Intégrisme rime avec christianisme et non avec Islam. Ne soyons pas plus intégristes que les intègrites ! A vouloir insister sur certains détails on finira par briser la fragile cohésion sociale et ruiner les efforts de solidarité entretenus depuis longtemps.
Ce qui se passe aujourd'hui à l'école, et le grand malaise que cela suscite mérite d'être analysé avec beaucoup de prudence et d'objectivité.
L'école est la synthèse de la société ivoirienne. C'est un des rares espaces où se rencontrent toutes les composantes culturelles, religieuses et aujourd'hui politiques de notre pays. De ce point de vue, sa question ne doit pas s'opérer à coups de circulaires voire de decret. Mais plutôt par la création de conditions favorables à l'épanouissement de tous et de chacun sans distinction aucune. En somme avec un esprit conforme à la Loi Fondamentale de la République de Côte d'Ivoire. C'est pourquoi sous nos cieux, il faut tropicaliser la laïcité.
Il faut éviter le jusqu'au-boutisme légaliste qui consiste à imposer un ordre sans s'assurer de son acceptation par les administrés. Interdire les activités des organisations religieuses est certes légale de par l'origine de l'ordre, mais pas légitime parce que cela ne peut obtenir l'adhésion des "peuples" de l'école. A vouloir légiférer sans l'adhésion des masses populaires c'est, à coup sûr, créer les conditions d'un désordre certain qu'on voudra après s'ingénier à corriger.
Cette analyse est aussi valable pour les cas de la religion. Si on refuse aux croyants de s'organiser en partis politiques, alors ces derniers refusent qu'on fasse d'eux du bétail électoral pour la conquête du pouvoir. Cela dit, il n'est pas interdit au citoyen musulman de faire de la politique. Ni la constitution, ni le Coran et les Hadiths du Prophète ne l'interdisent. Le musulman doit s'affranchir de cette vision de l'Islam. Les imams, les prédicateurs et les organisations musulmanes doivent libérer l'Islam des entrailles des mosquées afin de permettre au Musulman de participer pleinement à l'animation politique, culturelle et économique de la cité. Si en moins de 30 ans l'Islam a conquis des millions de cœurs, des empires aussi puissants que la Perse, c'est que véritablement l'Islam propose un projet de société idéale et dispose d'une panoplie de référence fort riches, à même de répondre aux demandes des groupes et des peuples les plus divers.
Yacouba de Sylla
Abidjan
Laïcité en péril
LA Côte d'Ivoire on le sait déclare son attachement aux droits de l'homme et à la laïcité dans ses textes fondamentaux. Cela implique un engagement de l'Etat à protéger la liberté de culte : ce concept qui n'est plus à définir.
Pourtant, le Ministère de l'Education Nationale vient de rentrer en grave contradiction avec ces réalités textuelles de Notre patrie.
En effet depuis plusieurs semaines une note de service interdit toute manifestation aussi bien culturelle que cultuelle. Dans les écoles de l'Etat dites laïques. On empêche ainsi le fonctionnement d'association comme l'AEEMCI. Ce qui est étrange c'est que ce n'est pas un Ministre Iranien (puisque une République Laïque ne l'admettrait pas) qui a signé l'autorisation qui a vue la mise sur pied et le fonctionnement de ces associations. En un mot la liberté de culte est confisquée dans le milieu où la frange la plus sensible de la population passe le clair de son temps. Cependant, on autorise des mondanités comme le Club de Rock du lycée scientifique de Yamoussoukro. Ne s'agit-il pas d'une lutte contre une certaines association qui se fait "trop" active dans la voie d'Allah ? N'est-ce pas une revanche contre une association qui a refusé de prier pour un non musulman dans le souci de rester conforme aux textes coraniques ?
Est-ce juste de penser qu'une association qui ne prône que les valeurs spirituelles, morales et humaines pose problème dans un milieu où la dépravation et la corruption sont devenues la règle ? En fait le problème de l'école il est ailleurs ce n'est ni la JEC ni l'AEEMCI. Si le sens de la laïcité est suppression de toute expression religieuse alors on sait que le pays lui-même est laïc avant ses écoles, qui attend-t-on donc pour fermer ces basiliques, cathédrales et Mosquées qui passent partout en Côte d'Ivoire ? Cette campagne de désertification spirituelle ne sied pas à notre pays. Elle nous fait plutôt penser à Staline Si on insiste nous ne pouvons pousser qu'un cri : Laïcité en péril !
Karamko Yahaya
Etudiant à la
Faculté de Pharmacie.
Abidjan
POÈME
Et si...
Je ne comprends plus rien
Et plus rien ne se comprend
Et si je me surpassais pour
aller à la découverte
de la face mate de l'Islam
Et si je dépassais ces
conjectures pour mieux
comprendre l'Islam
Et si je ne supposais plus,
pour confirmer
la véracité des enseignements
de l'Islam
Et si j'approchais le Coran
pour une lecture
Et si la Sunnà du Prophète
Mouhammad m'était
enseignée.
Et si toutes ces campagnes
contre l'Islam
et les fidèles Musulmans
n'étaient que
des histoires cousues de fil
blanc,
Et si j'acceptais de faire de
l'Islam
ma religion, je me rendrais
compte assurément qu'ils ne
sont pas intégristes
mais des sincères fidèles qui
refusent
La corruption de l'Islam.
Alors j'abandonnerais tout
culte pour ne suivre que le
message du
Coran
Alors à nous deux, Islam!
Par l'esclave Yapi Abdul
Koudhouss
Dabou
est édité par le
Groupe Plume Libre
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de la Redaction
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PLUME LIBRE / Mai 1994 / Du 20 Zoul Qa'dah au 20 Zoul Hidja 1414 / Page 7
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PLUME EN LIBERTE
O.N.U., U.S.A., C.E.E...
Qui s'intéresse à la Bosnie ?
La Bosnie n'est pas une priorité
L'EUROPE ne cesse de condamner les "collabo" de la 2e guerre mondiale. Le dernier en date est le français Paul Touvier. L'Amérique veut rééditer l'exploit du Panama: capturer le général Cédras comme le fut le général Noriéga, et instaurer la "liberté et la démocratie" en Haïti avec la bénédiction des Nations Unies. Ce n'est point Saddam Hussein qui va le démentir. Mais qui s'intéresse réellement à la Bosnie? au Rwanda?
C'est une véritable lapalissade que d'affirmer qu'il n'y a que l'intérêt qui fasse courir l'occident. Ajoutez à cela l'appartenance ethnico-religieuse-culturelle (il faut être de la civilisation judéo-chrétienne pour y avoir droit de citer) et vous avez la mentalité occidentale toute faite. Sinon comment expliquer qu'au moment où l'on juge des crimes vieux de 50 ans l'épuration ethnico-religieuse se produit tout juste à côté sans inquiéter outre mesure?
Pourquoi se soucier tant du sort de Haïti (où au moins la vie normale se poursuit) alors qu'au Rwanda et en Bosnie des barbaries "antiques" sont commises?
Au moment où les casques bleus jouent à cache-cache avec les Serbes en Bosnie, une Bosnie que les serbes triturent tout en narguant l'humanité, leurs collègues du Rwanda sont retirés purement et simplement ou réduits à de simples spectateurs d'un crime odieux. Où est passé le droit international? Le droit d'ingérence humanitaire? La défense des libertés et la démocratie tant défendues aussi bien à Panama qu'à Koweït city? ces termes ne sont que de vains mots qui n'ont d'égal que la concupiscence et la volonté de puissance. Ne soyez pas surpris qu'un jour Raoul Cédras soit jugé comme Noriéga alors que le Président Esgobevitch continue de faire tuer impunement en Bosnie?
Le drame est que des opérations punitives, des exactions sont commises au nom des Nations Unies. Hutu, Tutsi et Musulmans Bosniaques ne font pas partie des privilégiés. Ils ne sont pas défendables.
Pauvre ONU, as-tu encore le droit à l'existence? Oh, hypocrisie quand tu nous tiens!
D.H.L.
Communiqué
AEEMCI-Mermoz
En vue de mettre en place une amicale des anciens membres de l'AEEMCI de la section de Mermoz, tous les étudiants qui ont séjourné dans cette cité sont invités à la journée récréative qui y aura lieu le 28 Mai 1994 à 15 heures.
Au programme une rencontre sportive
Le Responsable du comité provisoire
Gbané Azoumana (Tel: 44-28-82)
Suite de la Page 3
11- Les croyants ne doivent pas laisser sans recours celui qui est endetté et qui est parmi eux, mais doivent lui donner (de l'aide) selon ce qui est juste, pour payer une rançon ou une compensation pour le sang versé.
12- Un croyant ne doit pas prendre comme confédéré (hâlif) le client (mawlâ) d'un autre croyant sans que celui-ci soit consentant.
13- Les croyants imbus de la crainte de Dieu s'opposent à quiconque parmi eux agit mal, ou prémédite une action contraire à la justice ou à l'honneur, un acte d'hostilité ou de corruption qui serait dirigé contre les croyants, que les mains des croyants soient unies contre lui, même si le coupable est le fils de l'un d'entre eux.
14- Un croyant ne tue pas un autre croyant à cause d'un incroyant et ne donne pas de l'aide à un incroyant contre un croyant.
A suivre dans le prochain numéro, inch'Allah.
DETENTE
Le Mot Caché N°16
Cette maison fut construite par Adam, détruite par le Déluge et reconstruite par Abraham avec l'aide de son fils Ismaël.
Abraham - Ail - Al Aqsa - Almoravide - Amour - Aura - Clan - Dépôt - Din - Gardes - Hadj - Iman - Ismaël - Mausolée - Mosquée - Nouh - Omar - Omeyyades - Orales - Orge - Sari.
Par Koné Seydou
Mots Croisés N° 18
HORIZONTALEMENT:
I- Portent des bacchantes. II- A Rio — Pas claire. III- Fleur de méditation — Grizzli. IV- Fin de course. V- Bruit dans un sens — Dans le tas. VI- Iran ancien — Apparus. VII- Brille — Bail. VIII- Adverbe — Prénom féminin. IX- Chicaner — Saint raccourci. X- Connu — Hauts - le - Cœur.
VERTICALEMENT:
1- Accrus. 2- Cri, phon - Possédé — Petite rivière. 3- Dans une huître — Réellement gris. 4- Islam. 5- Titre féodal — A toi. 6- Note inversée — Consonnes de Nice — Lettres de bulle. 7- Elément - Clé — Pas blancs. 8- Petit-fils du Prophète (PBDL). 9- Dans l'usure — Glossine. 10- Riches dans un sens - Rongeurs.
SOLUTION DES JEUX PRECEDENTS
Le Mot Caché n°15: Jérusalem
Mots Croisés n°17
Horizontalement:
I - Islam - Porc. II- Sc - Moraler. III- Th. - Muerti (mutiler). IV- Aïcah (Aïcha) - Tais. V- Ns - Nazi. VI- BMW - Mo - Ega (âge). VII- Uef (feu) - Mortel. VIII - La - Oam (Mao). IX- Bouddhisme. X- Case - Ester.
Verticalement
1- Istanbul. 2- Schisme - Ba. 3- WF - Os. 4- Amman - Lue. 5- Mouhammad. 6- Re - Zoo - Hé. 7- Parti - Rois. 8- Olla (Allo) - Etasi (Etats). 9- Reti (tire) - Gemme. 10- Cristal - Er.
PLUME LIBRE / Mai 1994 / Du 20 Zoul Qa'dah au 20 Zoul Hidja 1414 / Page 8
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