Numéro
Plume Libre #22
- Titre
- Plume Libre #22
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Plume Libre
- Date
- décembre 1993
- numéro
- 22
- Résumé
- Mensuel islamique ivoirien d’informations générales
- nombre de pages
- 8
- Langue
- Français
- A une partie
- Algérie : terrorisme ou croisade contre l'injustice?
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0001344
- contenu
-
PLUME libre
Déc. 1993
Du 16
Jumadal Akhir
au 17 Rajab
1414
125 F
N° 022
MENSUEL ISLAMIQUE IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
"Je suis la cité du Savoir, et Ali en est la Porte"
Parole du Prophète Mouhammad (Paix et Bénédictions de Dieu sur lui)
Succession d'Houphouët
Complot
contre les
musulmans
* Un musulman peut-il être président de
la Côte d'Ivoire ?
* ADO : et pourtant, il a pu faire éviter
le pire au pays.
* Tribalisme : quand les intellectuels
s'en mêlent.
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LA TRIBUNE VERTE
Une rubrique de Koné Seydou
La Loi (charia) est toute dans la Réalité (Tasawwuf), et la Réalité toute dans la Loi. C'est sur la Loi que la Réalité est bâtie. La Loi sans la Réalité est inféconde, la Réalité sans la Loi est incommode, et l'action de ceux qui agissent sans l'une et l'autre est inféconde.
L'anéantissement (fana), c'est n'être plus rien. Trois choses s'anéantissent ainsi en trois autres choses : La recherche s'anéantit dans la découverte, la connaissance s'anéantit dans l'objet connu, et la vision s'anéantit dans l'objet vu *
Abou Ismaïl Abd Allah ibn Mouhammad al-Ansârî
Hommage à Houphouët
"Assurément nous sommes à Allah et nous retournerons vers Lui".
AINSI donc, celui qui a été considéré comme immortel par la conscience populaire s'est éteint, la volonté du Tout-Puissant s'étant accomplie.
Le bélier de Yamoussoukro est mort, laissant derrière lui la Côte d'Ivoire, le pays qu'il a bâti. Ce triste événement nous invite à réfléchir sur l'avenir de notre pays qui ne doit sombrer ni dans le désordre, ni dans l'anarchie.
Pour les uns, Houphouët était un bâtisseur de mosquée, pour les autres il n'était qu'un dictateur. Mais pour nous, musulmans, il s'agit avant tout du décès d'un homme, d'un homme d'Etat, d'un grand homme. Nous partageons la douleur qui frappe sa famille et partant, tout le peuple ivoirien, car il était son chef, notre chef. Rendons donc hommage à Houphouët, et que la Côte d'Ivoire connaisse la paix à laquelle elle aspire. Au plan politique, l'homme d'Etat a vécu, son action a apporté au pays, une stabilité et une prospérité relative, que ni les sympathies, ni les antipathies politiques ne sauraient ignorer. Son nom est désormais gravé dans l'histoire de ce pays. Que son action fasse tâche d'huile en inspirant ses héritiers chargés désormais de gérer cette Côte d'Ivoire multi-ethnique et multi-confessionnelle, où la tentation est grande de favoriser son clan. Une page de l'histoire s'est refermée à l'aube le 7 Décembre 1993.
Il était une fois Félix-Houphouët Boigny... Que l'héritage d'Houphouët soit consolidé et que la Côte d'Ivoire poursuive sa marche vers le progrès *
Khady Ossaman Sylvie
Communiqué
En raison du deuil national décrété suite au décès du Président Houphouët, le CNI et le Conseil Supérieur des Imams informent toutes leurs coordinations que leurs activités sont suspendues jusqu'à nouvel ordre et les invitent à attendre les consignes *
Salam aleykoum warahmatoulah ta'ala wa barakatouhou
EDITO - PLUME
La chasse gardée de personne!
Par Dembélé Al Séni
La Côte d'Ivoire est une république laïque. Tout le monde, à longueur de journée, se plait à rappeler cette vérité républicaine. L'une des premières conséquences qui en découlent cependant c'est que dans ce pays il n'y a que des citoyens. Rien que des citoyens égaux en droits et en devoirs. De ce fait, potentiellement, tout ivoirien est un président de la république en puissance. Il suffit pour passer du rêve à la réalité de jouir de la confiance du peuple et d'être élu. Bien que juridiquement les choses en soient ainsi, il semble que dans l'esprit de nombreux ivoiriens, le poste de président de la république de Côte d'Ivoire soit la chasse-gardée d'un groupe ethnico-religieux bien précis. Passe encore, si cette manière de voir n'était que le fait des populations des banlieues et des désœuvrés qui font ainsi leur cure psychique. Mais le drame est que cette idée est beaucoup entretenue dans les cercles les plus huppés de la "haute société". Ce ne sont pas les confrères de Bonsoir, du Bélier ou de l'Oeil du peuple ou encore que les sept députés conduits par maître Kouamé Faustin qui diront le contraire. Ainsi donc, le président de la république de Côte d'Ivoire ne peut être qu'"Akan et chrétien". Les choses sont ainsi et doivent le demeurer le plus naturellement du monde. Dans cette Côte d'Ivoire, pardon cet "Akanland", la logique le veut ainsi. Surtout que le pays de tonton (la France) y trouve son compte. Jamais donc équation politique ivoirienne au sommet n'admettra de musulmans comme solutions! C'est impossible! D'ailleurs, la nomination d'un disciple du Prophète (PBDL) au poste "sensible" de ministre des Affaires Etrangères avait suscité un tolé général dans le clergé...
Loin d'être une simple vue de l'esprit, ce sentiment des plus haineux est fortement encré dans la population. Or, qui sait la force et la ténacité de tels sentiments, devine, ce à quoi leurs partisans sont prêts pour les défendre. Des regroupements sur la base ethnico-religieuse sont même signalés dans des corps socio-professionnels, à l'Assemblée Nationale et... dans l'armée.
Après plus de 30 ans d'indépendance, la conscience collective ivoirienne devrait s'affranchir du cercle mortel des divisions à base ethnique ou religieuse. D'ailleurs, les défenseurs de cette conception des choses doivent le savoir: personne, même pas les instigateurs, n'échappe aux explosions sociales. Que ceux qui allument ce feu se ressaisissent. Il n'est pas encore trop tard. Malgré l'importance de l'enjeu (si enjeu il y a), il faut œuvrer ensemble à la préservation de la paix, de la tolérance et de la compréhension entre ethnies et entre religions de ce pays. Cela, il convient de le rappeler, ne peut se faire si par des attitudes subtiles, des alliances contre-natures ou des oppositions ouvertes, on veut faire comprendre qu'un groupe ethnique ou religieux n'a pas droit à un chapitre donné de la vie politique nationale. Même pas. La présidence de la république n'est la chasse-gardée de personne !. *
D.A.S.
SOMMAIRE
Edito-Plume
La chasse gardée de personne ! P.2
Plume dans le quotidien
AGIR : pour le renouveau islamique P. 3
Humeur : Ah, Adiaffi ! P. 3
Plume politique
Complot contre les "Dioulas" P.4
ADO. Et pourtant, il a pu faire éviter le pire au pays P. 4
Tribalisme : Quand les intellectuels s'en mêlent P. 5
A vous, hommes de foi ! P. 5
Bossonisme ou cochonisme ? P. 6
Algérie : Terrorisme ou croisade contre l'injustice ? P.7
Plume en liberté
Violence : Attention, danger ! P.8
PLUME LIBRE / Décembre 1993 / Du 16 Joumadal Akhir au 17 Rajab 1414 / Page 2
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
Les musulmans et les fêtes de fin d'année
Lundi 22 Novembre 1993. Librairie du Nord. Environ 10h30. Une sœure musulmane Mlle A. est là en train de concocter un programme pour la vente du 31 Décembre 93 au 1er Janvier 94 prochain : invitation au maquis opéra, ballade nocturne.
YOPOUGON côté cité SIFCA. En entrant au salon de M. H. K. cadre musulman de son état, on est frappé par la présence au Living-room d'un sapin synthétique rescapé de dernier Noël.
Ils sont légions, à l'image de Mlle A. et de M. H.K. les musulmans, à prendre une part active aux fêtes de fin d'année.
L'on pourrait penser que cela est le fait d'une catégorie (intellectuels) de musulmans. Vrai pour la fêtes de Noël ou fête des cadeaux aux enfants. Mais le nouvel an est célébré de diverses façon par beaucoup de Musulmans.
Mais sait on tout au moins que ces fêtes ne sont pas Musulmanes? Le musulman doit les célébrer du fait selon certains frères qu'elles prennent allure de fêtes nationales. Que peut et que doit faire le musulman face à ces fêtes?
Il convient de signaler que ces fêtes aujourd'hui Chrétiennes trouvent leur fondement dans la civilisation gréco-latine et la religion juive. La Noël était célébrée loin avant le christianisme Aujourd'hui est célébrée par les chrétien pour marqués la naissance de Christ(P.S.L) c'est donc une fête d'une communauté religieuse donnée.
Et l'assertion selon laquelle elles deviennent fêtes nationales ne saurait être prise pour vraie même Si dans sa forme, ses manifestions elles s'y apparentent (Guirlandes) et sapin et jeux de lumières sur les places publiques et bâtiments administratifs.(Hôtel de ville par exemple). Elle ne peut être vraie du point même des fondements judéo-chrétiens de la Noël d'une part, mais d'autre part le caractère laïque de l'Etat ne peut et ne doit s'accommoder à tel état de fait. Ce serait alors faire entorse à l'esprit de la constitution.
Que doivent faire alors les musulmans?
Ils doivent adopter un comportement de musulmans jusqu'au bout. L'on constate que beaucoup de musulmans sont complexés et donc adoptent une attitude de conformisme vis à vis de ces fêtes, chose qu'il faut éviter à tout prix.
Il faut que nous essayons de valoriser nos fêtes. ( Aïd el fitr ou Ramadan, Aïd El kébir ou Tabaski, Nouvel An musulman) maouloud. Nous avons une identité culturelle islamique à détendre, à préserver. Et il faut travailler dans ce sens. En célébrant Noël et le Nouvel An dans nos familles les musulmanes, il y a de fortes chances que nous n'ayons pas le modèle d'enfants musulmans souhaités. Parce que tout simplement en l'habituant à ces fêtes, on forge en lui un esprit prêt à recevoir le christianisme. La religion de ses parents (Islam) lui devient à la longue étrangère.
Il importe de ce fait que chaque musulman prépare ses enfants dès leur bas âge, à recevoir l'Islam en valorisant à ses yeux cette religion. Il y va de notre prospérité en tant que communauté religieuse.
*
K. B
Koné Bafo Abdel Ahim
Humeur
Ah, Adiaffi !
RÉPONDRE à Jean Marie Adiaffi est une corvée. On ne sait par quel bout commencer. Alors, certains préfèrent passer leur chemin, chaque fois que celui qui se définit lui même comme «insulteur public» a des poussées de fièvre.
Cette fois, ce sont les musulmans ivoiriens qui ont fait les frais de sa verve «insulte». Les musulmans seraient selon lui, «des fanatiques, qui risquent d'imposer la charia au Nord de la Côte d'Ivoire» (voir Frat-Mat du mardi 30 Novembre, page 17). Pourquoi au Nord seulement M. Adiaffi ?
Il y aurait tellement de choses à répondre au professeur Adiaffi, qui croit qu'il suffit de se promener avec un masque et des grelots pour se dire «initié». A-t-on jamais vu un vrai initié clamer partout: «Je suis initié, je suis initié»? Le brave homme ne sait même pas que, quelle que soit la religion, l'initiation, c'est avant tout l'apprentissage du silence.
Certains musulmans ont été choqués par les propos de M. Adiaffi. Mais pourquoi les musulmans seraient-ils les seuls dans ce pays à ne pas être insultés par M. Adiaffi? Ses attaques contre eux devraient plutôt les rassurer! On pourrait parler de l'Islam à M. Adiaffi; mais comme il a l'air de tout savoir sur cette religion, alors, à quoi bon ? D'ailleurs ne dit-on pas «qu'on ne propose l'or qu'aux orfèvres et non aux forgerons»?
Pour le reste, mieux vaut laisser M. Adiaffi régler ses comptes avec lui-même. Voici un homme qui court après le martyr, allant jusqu'à envier ceux qui, (comme Zadi Zaourou) ont eu "la chance de faire de la prison". Lors des manifestations de ces dernières années, M. Adiaffi a tout fait pour se faire arrêter par la police. Allant jusqu'à faire de la provocation un peu partout. Bien sûr, personne n'a voulu l'inquiéter !
Peut être M. Adiaffi rêve-t-il secrètement de jouer les Salman Rushdie ivoirien...
Dans ce cas, il sera déçu: Les musulmans Ivoiriens n'ont pas vocation à distribuer des sentences. En réalité, M. Adiaffi n'est pas un problème. Il croit déranger, mais il ne provoque que quelques sourires. Sacré Adiaffi! Quelle est la prochaine provocation? Nous sommes impatients. Les distractions sont devenues si rares ***
Centre d'Information sur l'Islam. CMR. Petite mosquée de la Riviera 08 B.P. 2328 Abidjan 08
Notre amuseur, pardon, insulteur public parmi ses conseillers. "Mystifico" ergo sum.
PLUME LIBRE / Décembre 1993 / Du 16 Joumadal Akhir au 17 Rajab 1414 / Page 3
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PLUME POLITIQUE
Succession d'Houphouët
"Dioula", Burkinabé, Malien, Guinéen... Les qualificatifs utilisés pour humilier certains ivoiriens n'ont d'équivalent que la bassesse d'une prétendue conscience populaire. Au point que l'on soit amené à se demander si un "Dioula", pardon, un musulman du Nord a des chances de devenir un jour président de ce pays.
Complot contre les musulmans
Par Koné Seydou
"DIOULA", Burkinabé, Malien, Guinéen... Les qualificatifs utilisés pour humilier certains ivoiriens n'ont d'équivalent que la bassesse d'une prétendue conscience populaire. La levée de boucliers qui a suivie la conférence de presse de l'ancien premier ministre (Octobre 1992), confirmant la campagne tribaliste longtemps animée par des journaux proches de l'opposition. Avant Allassane Ouattara, d'autres "Dioulas" avaient fait les frais de cette phobie : Sékou Sanogo, Lamine Fadika, Balla Keïta, Sangaré Abou Drahamane, etc. Au point que l'on soit amené à se demander si un "Dioula", pardon, un musulman du Nord a des chances de devenir un jour président de ce pays.
S'exprimant sur les ondes de Radio France Internationale, M. Jacques Raphaël-Leygues ambassadeur de France a dit que le président Houphouët avait joué intelligemment en nommant un premier ministre "demi-Burkinabé" (Sic !). Entendait-il par là que M. Ouattara ne bénéficiait pas de "l'autre moitié" nécessaire pour pouvoir prétendre un jour à la magistrature suprême? Ce qui est grave ici, c'est qu'il ne s'agit pas d'un incident isolé. En effet, à travers la presse, la population a été habituée aux agressions gratuites dirigées contre la personne de l'ex-premier ministre, quand elles n'avaient pas pour cible les "dioulas" en général (Cf. la Voie, Liberté et le Nouvel Horizon en 1990, le Bélier, l'œil du peuple, Bonsoir etc... plus récemment).
Qui veut noyer son chien, l'accuse d'être "Dioula".
DEPUIS les indépendances, l'histoire de notre pays a été émaillée d'incidents dont les principales victimes appartiennent au groupe dit des "Dioulas", nom donné indifféremment à tous les ressortissants du Nord. Citons pour l'exemple Sékou Sanogo de Séguéla, leader du Parti Progressiste. Plus près de nous, Lamine Fadiga qu'on soupçonnait de vouloir se servir de l'Islam pour prendre le pouvoir. En 1990, on a reproché la même chose à Balla Keïta, ancien ministre de l'Education Nationale. A l'image de toutes ces personnalités (car la liste n'est pas exhaustive) que reprochait-on à Allassane Ouattara ? Son parcours scolaire, ses diplômes, son intégrité, son honnêteté, sa probité son passé...? Que non! On ne lui reprochait qu'une seule chose : son origine et sa religion.
Qui veut noyer son chien, l'accuse d'être "Dioula". L'éditorialiste du Bélier écrivait récemment (le Bélier N°002): "Les dignes fils de ce pays, Bédié et Gbagbo devront s'entendre (...) pour chasser l'ennemi public n°1, Allassane Ouédraogo Ouattara doit partir maintenant". Dans le même journal, on lira à la page 7 : "ADO se révèle sécessionniste en cautionnant la charte du Nord. De fait, il gagnait à sa cause une population des plus mobilisées car tenant pratiquement meeting tous les vendredis dans les mosquées". Quelques jours avant, sept parlementaires PDCI s'étaient illustrés en foulant aux pieds la loi Fondamentale de la République, en signant un papier où l'on pouvait reconnaître le Nord et les nordistes sous les mots "un système culturel de l'oralité très accentué (...) au-delà de nos frontières (...)". Et Faustin Kouamé et consorts, de donner dans un thème cher à un célèbre "ivoirien de souches multiséculaires" en parlant d'"ivoiriens, notamment ceux qui n'ont aucun autre point de chute". Pourtant l'article 6 de la Constitution est clair : "La République assure à tous, l'égalité devant la loi sans distinction d'origine, de race, de sexe ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Toute propagande particulariste de caractère racial ou ethnique, toute manifestation de discrimination raciale sont punis par la loi".
Il ne s'agit pas d'un adversaire politique à combattre, mais d'un "Dioula" à abattre.
AINSI donc, les "ivoiriens de souches multiséculaires" voyaient déjà ADO président, lui, un "Dioula", un musulman, ce qui est pire qu'un crime de lèse-majesté. Mais personne n'est dupe : il ne s'agissait pas d'un adversaire politique à combattre, mais d'un "Dioula", un musulman à abattre, à humilier, à chasser comme l'ont été ses illustres devanciers. Quand la Voie cite dans sa livraison N°667, comme charge retenue pour obliger M. Ouattara à démissionner, une "atteinte à la sûreté de l'Etat par la distribution des cassettes de versets coraniques pour dénigrer Bédié", on tombe des nues. Qu'est donc l'Islam pour les non-musulmans? Que représente ADO dans le monde musulman ivoirien? Quel rapport entre Henri Konan Bédié et le Coran ???.
En fait le complot est toujours présent dans les esprits. Quoi que fasse un musulman on est prêt à crier au scandale dès lors qu'on sent qu'il peut légitimement prétendre au "trône".
Que les fauteurs en eau trouble prennent garde et que Kouamé Faustin et les autres soient sanctionnés pour l'exemple, car c'est avec ce genre de frustrations qu'on provoque la sécession. Houphouet n'est plus. Enterrons-le dans l'honneur et dans la dignité. Que tout le monde se mette une fois pour toutes dans la tête qu'on peut aussi bien être "Dioula", Baoulé ou Bété et devenir de plein droit président de la République de Côte d'Ivoire. *
K.S
ADO
Et pourtant, il a pu faire éviter le pire à la Côte d'Ivoire
Par Hamza
Malgré tout, il faut reconnaître à ADO le mérite d'avoir permis d'éviter la catastrophe en 1990.
9 NOVEMBRE 1993, les antennes des radio télévision annoncent l'arrivée de M. Félix Houphouët Boigny à Yamoussoukro. Le vieux serait revenu sur un lit de mort. Depuis, de supputation en supputation on annonce la mort du vieux. Pour certains la mort serait intervenue depuis la Suisse où il était en convalescence, pour d'autres, le caïman de Yamoussoukro est en repli stratégique. Le 7 Décembre Allassane Dramane Ouattara est chargé d'annoncer cette terrible nouvelle. En dirigeant responsable il prend immédiatement les mesures qui s'imposent pour éviter qu'à cette heure grave la Côte d'Ivoire ne sombre dans le chaos: la nature ayant horreur du vide. Il rencontre les officiers supérieurs de l'armée pour leur prodiguer les consignes nécessaires à la sauvegarde de l'ordre public et demande aux ministres d'expédier les affaires courantes afin d'assurer la continuité du service public. Et comme la constitution le lui recommandait en tant que chef du gouvernement, il annonce sa décision de saisir la cour suprême pour constater la vacance du pouvoir. La suite on la connaît. Annonce brutale par le Président de l'assemblée nationale de sa prise du pouvoir. Comme s'il craignait de perdre le rôle qu'il attendait depuis le présentateur de l'émission télévisée à cette occasion, comme tous les ivoiriens du reste avait l'air visiblement surpris.
Depuis des rumeurs, aux attaques directes lancés par certains presses certainement à la solde de ceux qui pour l'ex-premier ministre constituait un empêcheur de tourner en rond, on en est arrivé à une fausse disqualification de ce dernier. On annonce son refus de démissionner, son mijotement d'un coup d'Etat avec les militaires. Certain poussent l'audace jusqu'à émettre des doutes sur sa gestion. Si le ridicule pouvait tuer. L'ingratitude est vraiment le credo des incapables et des parvenus. Si certains se plaisent à jeter l'opprobre aujourd'hui sur l'ex-premier ministre, qu'ils sachent que c'est cet homme qui a ramené la crédibilité à ce pouvoir dont personne n'aurait voulu à un moment où tout semblait s'écrouler pour la Côte d'Ivoire. Aux heures chaudes des grèves, des soulèvements politiques en 1990, la venue d'Allassane Ouattara homme neuf qu'on savait propre et dont la renommée sur le plan de la compétence avait dépassé les frontières de l'Afrique, allait ramener la paix. Où étaient-ils ceux qui bénéficient aujourd'hui de cette situation, veulent se porter en donneurs de leçon ?
Suite P.6
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PLUME POLITIQUE
Succession d'Houphouët
Tribalisme
Quand les intellectuels s'en mêlent...
Par Koné Zakaria abd'Allah
M. Kouamé Faustin, chef de file de la bande tribaliste du PDCI : à part la Côte d'Ivoire, il n'a pas d'autre "point de chute".
La Côte d'Ivoire indépendante a été longtemps dirigée comme un Etat chrétien. C'est l'effet conjugué de l'émergence d'un leader charismatique chrétien et de la bénédiction du maître colon. Et comme christianisme "rime" avec les peuples du sud ivoirien alors l'évidence est vite établie.
La Côte d'Ivoire n'est gouvernable que par un homme de la forêt. Toute velléité tendant à prouver la possibilité du contraire est combattue avec la dernière énergie. Cette disposition d'esprit qui se nourrit de préjugés et de conceptions péjoratives de toutes natures tend à se généraliser à ces moments caractéristiques de notre histoire.
On comprendrait plus aisément cet état d'esprit s'il n'était l'apanage que du citoyen simple plus enclin aux analyses hâtives et qui se moque de la rigueur de l'argumentation et de l'objectivité. On comprendrait davantage si certains propos étaient tenus seulement dans les Townships, les bidonvilles et autres asiles de laisser-pour-compte. Mais quand cette conception d'exclusion d'une communauté sur la simple base de l'appartenance religieuse et ethnique est alimentée dans les hautes sphères de la raison, cela est inquiétant.
Quand cela ressort de la plume de quelques journalistes qui campent au bord de la sphère sacrée de l'intellectualisme et de la rigueur scientifique faute d'éléments nécessaires pour y entrer nous estimons qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer.
Mais lorsqu'une pléiade de députés, représentants "légitimes" du peuple végète dans un marécage si boueux et, comble de paradoxe, recherchent une caution intellectuelle auprès du peuple, alors nous nous en offusquons et clamons "halte à l'amalgame avant qu'il soit tard!"
A vous, hommes de foi
BIEN que les ivoiriens aient bénéficié d'une littérature abondante depuis des mois sur la santé du "vieux", l'annonce de son décès n'a pas manqué de choquer. Fracas psychologique bien légitime allant de la douleur viscérale suscitée par l'affection pratiquement filiale que les uns et les autres entretenaient avec l'homme, jusqu'aux inquiétudes les plus fondées sur le devenir immédiat du pays. Une crise politique venait donc s'ajouter à notre marasme économique traditionnel, nous installant au bord d'un gouffre certain qui ne semble totalement évacué malgré la démission du Gouvernement ADO et l'installation du nouveau Président et de son premier ministre. Devant cette articulation extrêmement grave et délicate de notre histoire nationale, qu'attendre des hommes de foi ?
Tout simplement qu'ils jouent le rôle qui leur revient de devoir. Un rôle d'élévation au-dessus du bourbier où s'entrechoquent d'égoïstes atomes à travers une danse dithyrambique dont la finalité est la simple réalisation d'ambitions sectaires.
Toute foi vraie est transcendance des intérêts restreints et bassement matériels !
Toute foi véritable vise à préserver l'homme du péril et à le conduire vers Dieu, référence absolue et immuable, l'amenant ainsi vers son plein épanouissement.
Vous, hommes de foi, leaders religieux de Côte d'Ivoire, jusque là Dieu a su faire éviter à notre peuple les casses majeures, mais cela n'invalide en rien la délicatesse de la situation.
Car la forme est fortement controversée voire contestée. C'est dire que les orages et les convulsions sociales ne sont pas de simples vues de l'esprit mais des possibilités réelles.
Alors le pays attend beaucoup de vous, lui pour qui vous affirmez œuvrer. La Côte d'Ivoire ne demande que la stabilité dans l'ordre, mais aussi et surtout dans la justice entre les individus, justice entre les différentes composantes du corps social.
Hommes de foi de tout le pays, unissez-vous pour préserver et consolider l'unité nationale et le droit de tout citoyen vivant sur le sol ivoirien.
Si vous faites faillite dans cette entreprise d'objectivité et d'élévation et qu'il y a une calamité, n'oubliez pas qu'elle n'épargnera personne
*
Koné Zakaria abd'Allah
Ivoiriens, ivoiriennes, sachons que la Côte d'Ivoire est une et indivisible, alors, de quelque bord que nous soyons, faisons preuve de grandeur d'âme, élevons-nous au-dessus de qui n'est en réalité qu'une passion subie, simplement réactive, instinctive et tribaliste. Or le tribalisme n'est aucunement une vertu. Il n'honore personne. *
K. Z. A
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PLUME POLITIQUE
Succession d'Houphouët
Bossonisme ou cochonisme ?
A la stupéfaction de bien des croyants de ce pays, le quotidien Fraternité Matin dans sa livraison du Mardi 30 novembre 1993 consacrait deux pages à un récipiendaire du Grand Prix Littéraire d'Afrique Noire M. Jean Marie Adiaffi.
RIEN de particulier vous me diriez. L'illustre professeur étant depuis toujours l'objet d'une attention particulière dans ce pays. Ce jour là cependant, M. Adiaffi avait décidé de descendre de sa chaire académique pour retrouver le chemin des bois sacrés d'où il a tiré depuis peu une nouvelle théorie mystico-initiatique: le "Bossonisme". Rien d'étonnant encore, me rétorquerez vous, l'homme ayant toujours montré sa sympathie sinon son appartenance au clan des ténèbres.
La particularité cette fois-ci, c'est que notre cher professeur a décidé d'aller en guerre contre les croyants de ce pays, en traitant l'Islam de religion "étrangère" (sic) et en mettant en "garde" le peuple ivoirien contre l'organisation des musulmans en vue de prendre le pouvoir. Elucubrations intellectuelles, dirait le philosophe., mais où le sieur Adiaffi tire-t-il ses informations? Qui est-il pour s'ériger en donneur de leçons ? Cherche-t-il à se repositionner par rapport à la IIe République, ou est-ce simplement la résurgence de sentiments tribalistes à l'égard des populations "Dioula" à majorité musulmanes?
Curieuse dichotomie que montre la duplicité de l'individu. En effet, après avoir défendu, corps et âme l'inexistence de la sorcellerie lors d'une émission télévisée, il en fait aujourd'hui la base de sa théorie. D'autre part, le professeur qui fut visiblement satisfait du discours de son "maître" Roger Garaudy sur l'Islam, lors de la venue de cette éminente personnalité du monde musulman à Abidjan en 1985 se perd aujourd'hui dans l'obscurantisme le plus noir.
L'objectif des musulmans ivoiriens: le retour à leur religion
L'objectif des musulmans ivoiriens le retour à leur religion
ON ne cessera de le dire, le combat mené depuis une vingtaine d'années maintenant par les associations religieuses islamiques de ce pays est avant tout le retour des musulmans à leur religion. La ferveur remarquée chez la moyenne des couches musulmanes et qui flanque la trouille aux sorciers de ce pays n'est que le résultat de cette lutte effrénée. Des cadres musulmans désormais "décomplexés", une pratique plus saine du dogme islamique dans les familles, les débarrassant ainsi de fléaux telles la superstition, la malhonnêteté, la prostitution, et cultivant les valeurs de respect de la vie, du bien d'autrui et d'humanisme. Aucune autre organisation privée ou étatique ne peut se targuer d'avoir atteint un tel résultat, tant complexe est le combat contre la déchéance morale dans un monde en proie au paganisme et au matérialisme. S'attaquer aux associations islamiques qui n'ont pour seul objectif que d'éduquer afin de donner à la Côte d'Ivoire des citoyens sains, meilleurs gardiens du patrimoine national, c'est se tromper soi-même, ennemi de la nation.
Que tous ceux qui seraient tentés de suivre la voie tracée par le père du "bossonisme" sachent que la Côte d'Ivoire n'a que faire, aujourd'hui plus que jamais, des querelles partisanes. Les nouvelles autorités politiques savent qu'elles doivent jouer la carte du rassemblement. La crise économique qui secoue durement notre pays exige compétence et honnêteté de nos dirigeants. Les sacs de fétiches n'y peuvent rien, les "petits blancs" du FMI ont la peau dure, blindée contre les missiles ténébreux des cochonistes, pardon, bossonistes.
B. T
ADO a sauvé la Côte d'Ivoire en arrivant à un moment crucial
Suite de la P. 4
Si un audit de la gestion des affaires publiques doit se faire on sait dans quelle direction il révélera les crimes contre la nation. L'histoire retiendra qu'à un moment le peuple ivoirien au paroxysme d'une crise aiguë avait dit non à toutes mesures de redressement pourtant guidées par la raison : plan Comoué Koffi, réflexion d'une commission guidée par Assouan Usher etc... Pour le peuple ivoirien, c'était une question de confiance. Le régime en place qui avait fait preuve d'une incapacité dans la gestion des affaires publiques n'était plus crédibles aux yeux des citoyens.
La Venue d'ADO a donc renouvelé la confiance et les ivoiriens se sont engagés résolument avec lui à fournir les sacrifices nécessaires au redressement de la situation économique. Des mesures pourtant douloureuses (réduction du personnel journalier de l'Etat, départs à la retraite, réduction pratique des crédits budgétaires...) qui auraient entraîné sous d'autres cieux des révoltes, ont été patiemment acceptées par l'immense majorité des ivoiriens. Les résultats, on les connaît : maintien du niveau des salaires, crédibilité rehaussée de l'Etat, remise en ordre des finances publiques regains de confiance des bailleurs de fonds internationaux.
Le fait significatif qui a retenu le plus notre attention dans l'œuvre de celui qu'on appelait affectueusement ADO est sans nul doute l'avènement de notions de compétence d'efficience et de probité morale dans la marche des affaires de l'Etat.
A son image l'action de son gouvernement pourtant si brève a été la plus salutaire et la mieux appréciée tant il a brillé par son ardeur au travail et son désir d'atteindre des résultats meilleurs. On retiendra la fougue de l'infatigable soutien Adama Coulibaly qui malgré la récession qui caractérise les finances de l'Etat a continué à doter la Côte d'Ivoire d'infrastructures.
La Justice qui commençait à être souillée par l'emoustillement des vieux magistrats a été révolutionnée par la Dame de fer Jacqueline Oble.
Même la culture, déboutée depuis toujours par le défunt président de la place qui lui échoit dans une nation a reçu un coup de balai grâce au travail de Madame Henriette Diabaté (Grand-Bassam, MASA, projet de construction de la maison de la culture tant espérée par les artistes de ce pays).
L'image à retenir aussi de ce gouvernement est celle de Daniel Kablan Duncan ministre délégué de l'économie et des finances sorti par ADO des méandres du passé. On le sait cet homme dont l'intégrité lui avait valu le départ de la CNPS et même de la BCEAO avait été récupéré par l'ex premier ministre qui avait reconnu en lui un homme compétent et surtout honnête, denrée qui se faisait de plus en plus rare au niveau des cadres de ce pays.
Les nouvelles autorités politiques le savent, qu'en dehors de toute considération politique ou plutôt... de personne, l'action d'Alassane Ouattara et de son gouvernement a été positive et a permis de redonner l'espoir aux ivoiriens. Elles le savent si bien qu'elles ont tenu à lui donner quitus en reconduisant l'un de ses hommes au poste de premier ministre afin de perpétuer l'œuvre entreprise. Si l'on est aujourd'hui fier du fruit de cette action qu'est le nouveau premier ministre, on feins d'oublier l'action de celui qui l'a inondé de sa sève nourricière Vas Allassane Ouattara, le peuple ivoirien n'oubliera pas de sitôt ton désir d'apporter ton secours à ce peuple. Aux heures chaudes encore et quand les consciences s'éveilleront on ira certainement te chercher à la rescousse comme un sapeur pompier à l'assaut du feu. On te savait compétent et honnête, tu ne dois ton départ qu'à ton origine "Dioula". Il paraît qu'un traité secret inter-clan a tranché. Pas de pouvoir Dioula en Côte d'Ivoire.
Par Hamza
PLUME LIBRE / Décembre 1993 / Du 16 Joumadal Akhir au 17 Rajab 1414 / Page 6
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PLUME POLITIQUE
Algérie
Terrorisme ou croisade contre l'injustice ?
L'ALGÉRIE est depuis quelque temps traversée par une vague d'agitation qui n'a de pareille que la guerre d'indépendance de 1962. La seule différence est qu'en 1962, il s'agissait de nationalistes unis pour lutter contre l'impérialiste (l'ennemi commun) alors qu'aujourd'hui, la guerre est fratricide autrement dit civile, les occidentaux tirant les ficelles dans les coulisses. Au sujet de ce conflit et à l'égard des informations déversées par les médias occidentaux, nous nous sommes imposés le devoir de réfléchir, d'analyser le conflit algérien en espérant que Dieu (Exalté soit-Il) Nous guidera grâce à sa lumière dans notre recherche de la vérité.
Les prémices du chaos en Algérie sont nombreuses et remontent à plus loin dans le temps, mais qu'il nous soit permis de nous en tenir à quelques unes qui se situent non loin de nous. Nous supposons le point de départ de ce conflit à l'époque du refus de la légalisation du FIS par le régime de Chadli. On sait qu'en politique les faits sont têtus et c'est ainsi que le FIS sera légalisé au cours de l'année 1990 ; légalisation perçue comme un pis-aller par le régime en place que semble avoir légalisé la corruption, le favoritisme, les détournements de fonds publics bref ce régime a fait de l'Algérie un désert économique, social, culturel, moral et spirituel. Il convient de préciser que le FIS, déjà présent à la tête de la quasi totalité des mairies a fait de ces maux, son cheval de bataille en plus d'un programme des plus cohérents pendant la campagne des législatives 1992. Le résultat est le raz de marée du FIS: 120 sièges contre 29 au parti au pouvoir. Lorsque les autorités algériennes, appuyées par quelques mère patrie décidèrent unilatéralement et complaisamment d'annuler ces élections, elles n'avaient nullement prévu qu'il s'agissait de la goutte d'eau qui allait faire déborder le vase. Devant la flambée de violence qui n'en finit plus, l'honnêteté intellectuelle doit obliger chacun à prendre du recul pour déterminer qui est responsable de l'imbroglio: entre ceux à qui l'on refuse injustement le triomphe au parlement et ceux qui refusèrent le verdict des urnes, bafouant par là les règles les plus élémentaires des leçons de l'Occident exportateur agréé de démocratie ? (Etant donné que à AN-NOUR notre souci est de présenter la vérité sans (autre forme de) maquillage ni partialité, notre souhait est qu'en parlant de la question algérienne chacun soit suffisamment éclairé. Ainsi l'opinion public sera-t-elle à l'abri d'articles prêtant à équivoque comme celui d'Hubert Jean Valcke dans les colonnes de Jeune Afrique N° 1711 du 21 au 27 Octobre 1993 qui dit: «les journaux d'ici, et surtout d'ailleurs, font état de la situation de guerre civile qui en Algérie se transforme en massacre des intellectuels par des groupes religieux intégristes armés: les islamistes». Plus loin il dit, pour conclure son article que: «les «barbus tuent les non-barbus. Pourquoi?» Nous remarquons que ce monsieur connaît très superficiellement le problème algérien. Toutefois, il est l'échos des médias occidentaux et de l'opinion qui a cours dans tous les pays où l'on prétend déployer tous les moyens pour barrer la voie aux intégristes musulmans. Nous attirons l'attention de nos lecteurs sur cette tendance erronée d'appréhender le problème algérien et la question des supposés «intégristes-islamistes-fondamentaliste-terroristes» en général.
Nous ne saurons réclamer de brevet d'invention en affirmant que la lutte contre le communisme qui faisait l'unanimité des pays de l'Ouest avant vécu, le bloc occidental est menacé de désintégration comme son corollaire de l'Est. Nous en voulons pour preuve les divergences sur la question du marché commun européen et plus récemment encore le bras de fer entre la France et les U.S.A. au sujet du G.A.T.T. Dès lors l'occident est-il obligé de rechercher un thème mobilisateur. Le bouc émissaire est vite trouvé: l'intégrisme musulman. L'islamisme synonyme de l'intolérance; d'où l'instrumentalisation (pour parler comme le professeur Emmanuel PON-DI), le tapage médiatique autour de cette question. Nul n'est sensé ignorer que la paix n'a pas de prix. Aussi nul ne saurait encourager le terrorisme. Mais ce que nous préconisons c'est qu'en plus du simple fait de dénoncer la violence, il vaut mieux examiner sans complaisance les raisons de cette violence d'autant plus qu'elle est généralement l'expression du ras-le-bol. Nous disons, en d'autres termes que la croisade organisée contre l'Islam par les occidentaux et leurs complices de par le monde, sous la dénomination habile de lutte contre l'intégrisme est une entreprise vaine. Et à y voir de près, on ne sait plus qui est plus intégriste que l'autre: d'entre les islamistes qui entendent s'inspirer des valeurs islamiques (distinctes parfois de celle occidentales) dans l'organisation sociale, économique, culturelle et spirituelle et des occidentaux qui veulent régenter le monde à travers ce, que certains n'hésitent pas à nommer l'occidentalo-centrisme.
Pour le cas spécifique de l'Algérie, nous appelons de tous nos vœux que la raison l'emporte sur la passion au cours du dialogue de réconciliation qu'Ali Kafi (Président du Haut Conseil d'Etat) a élargi aux membres du FIS dissout, contenues par le Premier Ministre Reda Malek «qui excluait toute discussion avec ceux qui ne condamnent pas la violence et le terrorisme» (cf Jeunes Afrique N° 1711 du 21 au 27 Octobre 1993). De toute façon, il y a lieu de savoir qu'aucun gouvernement au monde n'a le droit de s'opposer à la volonté du peuple. *
Oumar Ngouh
(An-Nour, Yaoundé-Cameroun)
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Mention Bien
Dérapages !
PASQUA, c'est certain, a volé la vedette à Jean-Marie Lepen qui cherche ses marques. Applaudi par ceux qui se sont toujours plaint «des odeurs» et «des invasions»; aloué par ceux qui croient que la solution à la crise française se résume à la chasse aux immigrés... clandestins, le ministre de l'Intérieur continue son irrésistible envol vers l'immigration zéro.
Tout se passe bien dans le meilleur des mondes français. Grâce à Pasqua, la police a pu tranquillement renvoyer vers le pays de leurs ancêtres, qu'ils n'ont peut-être jamais vu, des Noirs ou des Algériens. Grâce à Pasqua, des couples mixtes ont été séparés en toute quiétude, l'amour étant devenu subitement un argument trop suspect pour être pris au sérieux.
Tant que l'opération se limitait aux immigrés «en situation irrégulière», le ministre de l'Intérieur pouvait être fier de son opération. Mais en s'attaquant aux responsables français du FIS, Pasqua commet une double erreur.
La première, c'est qu'il fait sienne une lutte qui ne regarde pas directement la France. On avancera l'argument de l'enlèvement des Français en Algérie. Jusqu'à ce jour, il n'a pas totalement été prouvé que ce soit l'œuvre des islamistes. Des points d'ombres existent. Et cela, toute la presse française est unanime à le reconnaître. Le communiqué tardif situe à peine ses responsabilités. Et même si c'était le cas, l'arrestation de certains chefs du FIS en France n'est-elle pas disproportionnelle à l'acte posé? De plus, Pasqua a agi comme s'il n'attendait que cette occasion pour casser du FIS.
La deuxième erreur consiste à assimiler tout musulman à un membre du FIS. L'amalgame est si facile qu'à force de dérapage, le pauvre religieux devient un suspect, la religion devient suspecte. Et c'est cela le véritable danger. Demain, on n'aura plus seulement à reconduire à la frontière des islamistes mais des musulmans. L'affaire du foulard qui est en train de rebondir de nouveau permet de prévoir ce dérapage dangereux. La France a le droit de se protéger contre tous les dangers d'où qu'ils viennent. Elle a aussi le devoir d'aider ses amis dans leur lutte quelles que soient la coloration, l'idéologie de celle-ci. Mais honnêtement cette opération contre le FIS était-elle opportune maintenant? En tant que diversion, pour faire oublier aux Français les véritables problèmes que sont le chômage, le licenciement, le GATT... Mais en tant que base d'une lutte conséquente, elle semble plutôt verser dans la provocation et peut entraîner la France vers une crise sanglante comme celle qu'elle a connue en 1986 sous un certain gouvernement de la droite. Alors attention aux dérapages ! *
Michel Man
in Ivoir'Soir du Mercredi 17
Nov.93-P.2
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PLUME EN LIBERTE
VIOLENCE
Attention, danger!
Koné Zakaria abd'Allah
DANS la littérature politique ivoirienne, l'un des mots les plus usités est le mot "paix". Le défunt, premier responsable avait même poussé sa définition au-delà du concept de mot pour en faire un comportement.
Des journées sont organisées pour la magnifier et bien d'autres choses encore...
Pour dire que la paix est véritablement le cheval de bataille du peuple ivoirien, du moins en théorie. En pratique, qu'en est-il ?
En prenant un recul par rapport aux événements récents survenus en Côte d'Ivoire, on est édifié : une rupture de plus en plus manifeste se perçoit entre ce discours officiel et théorique et la réalité psychique de l'ivoirien.
Ce dernier épisode en date qui met en relief cette triste scission est la réaction des ivoiriens face à l'agression en vérité injustifiée, et injuste à eux administrée par les Ghanéens. Les "patriotes" nous répondront: "c'est normal, le mal trouve sa réponse dans le mal. Soit.
Nous convenons avec eux que les ivoiriens ne sont pas aussi confirmés au point de tendre la joue gauche lorsqu'ils ont reçu une bonne gifle sur la droite. Mais au delà de cette légitimité simpliste, quelle révélation nous est faite?
Tout simplement que les ivoiriens peuvent aujourd'hui enclencher une guerre pas forcement militaire. Car le principe moteur de leur réaction face aux Ghanéens procède tout simplement de la logique de la guerre.
Sur cette trajectoire, toutes les considérations de mesure s'estompent et tout est permis.
Du pillage systématique des biens au traitement les plus scandaleux de la personne humaine. Ainsi a-t-on soumis certaines femmes aux pires des humiliations avant de les livrer à l'épreuve du feu quand elles n'ont pas été tout simplement égorgées. Toutes ces prouesses malheureuses ont été réalisées par de jeunes gens avec la bénédiction tacite de leurs parents, qui n'ont pas quelquefois hésité à mettre la main au crime ou simplement à esquisser un sourire qui n'était en réalité qu'une grimace tragique. Certains auraient poussé l'audace d'aller demander à un citoyen ivoirien de livrer son épouse pour qu'ils l'abattent. Tout simplement parce qu'elle est ghanéenne. Tout porte à croire qu'un nouvel esprit ivoirien est né. La caractéristique essentielle de celle-ci étant le jusqu'auboutisme tous azimuts.
Motif de grand rassemblement, voilà ce que le sport devrait demeurer
La prise de conscience par la communauté nationale et plus singulièrement par les autorités de cette mutation de mauvais aloi est d'autant plus importante qu'elle constitue l'une des menaces les plus graves qui pèsent sur l'avenir immédiat de notre pays. Car hier c'était les Ghanéens et demain ? S'il suffit de se sentir victime d'une injustice pour qu'on ait le droit de tout faire, qui peut alors prédire notre avenir ?
K.Z.A.
DETENTE
Le Mot Caché N°11
Tradition Sacrée
Aléas - Ça - Chiite - Coran - Fils - Imam - Issa - Loin - Mollah - Mouhamad - Moustapha - Nabi - Nouh - Oulémas - Oumar - Pas - Puma - Sot - Sosie - Soufi - Sunnite.
H A H P A T S U O M
S A S A M E L U O I
U D I M A M M U I B
N I I U P A H H S A
N F T P R A A O S N
I U S H M L S O A Q
T O L A L I I O U A
E S D O E T I I H C
D O M F I L S U S S
N O U H I N A R O C
Par Koné Seydou
Mots Croisés N° 13
Verticalement
1- Empereur éthiopien - Prophète. 2- Couleurs - Oublié. 3- Lettres de farouche-Réflexe défensif. 4- Virus - Le premier. 5- Fauve - Joli phon. 6- Souverain - Partie d'une villa. 7- Aéroport français - En inféodation. 8- Voyelles de créole - Anglais - Pronom. 9- Foyer - Insigne à l'envers. 10- Par ordre.
Horizontalement
I- Prophète à l'arche - Parente. II- Convention. III- Petits cailloux. IV- Brûle à l'envers - Lettres de yatagan - Entre 4 et 3. V - Nazi - Dieu égyptien - Poème. VI- Ville gauloise. VII - On y trouve Ferké - Eau. VIII- Arrangement - Moitié de gîte - IX- Tête bizarre - Cocktail explosif. X- Il a apporté l'Evangile - Vénéré.
SOLUTION DES JEUX PRECEDENTS
Le Mot Caché N° 10: Abdoullah
Mots Croisés N° 12
Horizontalement: I- Abidjan - Sa. II- Rabia - Afin. III- Attendre. IV- Bienvenus. V- Is - Gicleur. VI- Est - Eue - Bu. VII- Enar - Pis. VIII- Futé - Sujet. IX- Er - Thon. X- Esthétique.
VERTICALEMENT: 1- Arabie - Fée. 2- Bâtisseurs. 3- Ibis - TNT. 4- Dieng - Aeth. 5- Janvier - Hé. 6- Déçu - Sot. 7- Amie - Uni. 8- Feue - PI. 9- Si - Subie. 10- Ans - Rustre.
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