Numéro
Plume Libre #02
- Titre
- Plume Libre #02
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Plume Libre
- Date
- novembre 1991
- numéro
- 2
- Résumé
- Mensuel ivoirien d’informations générales
- nombre de pages
- 8
- Sujet
- Intégrisme
- Mosquée Salam du Plateau
- Élection présidentielle ivoirienne de 1990
- Terrorisme
- Laïcité
- Langue
- Français
- A une partie
- Les musulmans au Plateau : la grogne !
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0001324
- contenu
-
PLUME libre
Nov. 1991
Prix : 200F
N° : 002
MENSUEL IVOIRIEN D'INFORMATIONS GÉNÉRALES
LES MUSULMANS AU PLATEAU
LA GROGNE
GUERRE DU GOLFE
Les vraies raisons du MASSACRE
TROUBLES SOCIAUX
Qui a peur du silence des musulmans ?
--- Page 2 ---
EDITO-PLUME
LE SENS D'UN CHOIX
PAR DEMBELE AL SENI
La configuration politique en Côte d'Ivoire n'a pas échappé au traditionnel axe gauche/droite. L'originalité sur la scène politique ivoirienne semble cependant se situer sur un autre plan, celui de la presse écrite et notamment au niveau du choix de la couleur dominante qui caractérise la Une de chaque publication de façon générale.
Ainsi, la droite à dominance PDCI a sa presse caractérisée par le vert et la gauche qui a pour locomotive le FPI s'est quant à elle appropriée le bleu.
C'est donc à juste titre que certains lecteurs se sont interrogés sur l'appartenance idéologique de «PLUME-LIBRE» eu égard au choix opéré pour la couleur verte.
La pertinence de la question nous amène ici à jeter un regard sur le sens d'un choix : celui d'un titre et d'une couleur.
«Plume-libre» c'est d'abord l'éloge de l'expression, de la communication à travers son symbole par excellence qu'est la plume.
«Plume-libre», c'est ensuite une volonté de sortir des carcans (censure et surtout autocensure) qui emprisonnaient l'opinion musulmane et qui la maintenaient dans la situation inconfortable de communauté sans voix, en mettant à sa disposition un support où toutes les opinions peuvent librement s'exprimer.
«Plume-libre» c'est enfin le réel désir d'une jeunesse de jouer un rôle prépondérant dans le changement des mentalités et la libération des énergies en veilleuse pour une participation plus dynamique aux choses de la vie nationale et ceci dans tous les domaines.
Pour la couleur, sans entrer dans les dédales de la mystique, il faut simplement retenir que le vert et le blanc sont les couleurs de l'islam. Le vert, c'est la sainteté, la renaissance, la fécondité.
Pour nous, ce choix du vert traduit un profond désir d'enrichir le paysage de la communication avec un titre qui sortira des sentiers battus et proposera un plus aux lecteurs. Nous avons également la volonté d'être utiles à une communauté, particulièrement à sa jeunesse ballottée, déchirée entre les différents courants idéologiques et politiques et qui manque cruellement de modèles identificatoires.
Etablir un rendez-vous mensuel qui traverse le temps et les écueils de toutes sortes, être au plus près des aspirations et des besoins de la population et les traduire au mieux, améliorer le contenu et la qualité du journal pour être à la hauteur de l'espoir suscité, telles sont les secrètes ambitions de toute l'équipe de «Plume-Libre» pour vous, chers lecteurs.
Nous les réaliserons, Inch-Allah, avec le soutien de tous. Pour l'instant, merci pour l'accueil enthousiaste réservé au premier numéro.
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PLUME LIBRE
ISLAM EN FRANCE :
La communauté musulmane de France scandalisée par les propos du Secrétaire d'Etat Koffi Yamgnagne
Suite aux déclarations du 10 Octobre dernier du Secrétaire d'Etat français aux affaires sociales et à l'intégration Koffi Yamgnagne sur la nécessité pour l'Islam de France d'accepter le pacte républicain, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de renoncer à la polygamie, à la répudiation des femmes ou au port du foulard dans les écoles, il y a eu de vives réactions des organisations islamiques et civiques françaises.
D'abord le mouvement des droits civiques qui s'est déclaré très indigné par les propos de M. Yamgnagne tant sur l'Islam que sur sa conception de l'intégration qui frôle l'assimilation et d'ajouter qu'il n'était pas utile de revenir avec tant de véhémence caricaturale sur des éléments marginaux tels la polygamie qui alimentent selon le .D.C. nombre de débats sur l'Islam.
La seconde organisation à se faire entendre suite à ces propos désobligeants du Secrétaire d'Etat est la Fédération Nationale des Musulmans de France qui s'est dite pour sa part "extrêmement choquée" et rappelle que les musulmans de France respectent déjà dans tous les domaines ce pacte puisqu'il n'y a ni polygamie officialisée en Mairie, ni répudiation, mais divorce dans le cadre des lois en vigueur, ni enfin port du foulard là où les conseils d'établissement ont choisi de l'interdire, et la Fédération de conclure en ces termes : “En voulant interdire purement et simplement tout port du foulard à l'école, M. Yamgnagne va donc bien au delà du cadre légal actuel surtout quand il invite des musulmans de France à rentrer chez eux s'ils ne sont pas d'accord pour le respect de ce pacte”.
Mouhamed Anafof
SOMMAIRE
EDITO-PLUME ..... Page 2
Islam en France ..Page 2
PLUME EN LIBERTÉ
Les musulmans au Plateau : ......................
la grogne ! ....................... 3
PLUME DANS LE QUOTIDIEN
Rentrées à la télé ........4
Ces bars et maquis aux abords des cités et écoles ...................................4
Evènements sociaux : qui craint le silence des musulmans ? ...................... 5
PLUME POLITIQUE
Peut-on faire confiance aux partis politiques ? ...6
La guerre du Golfe : les vraies raisons du massacre ..7
"Le retour à la jungle" (poeme) ........................................ 8
INFOS-PLUME ......Page 8
ADMINISTRATION
Petite Mosquée de la Riviera
08 b.p. 2462 Abidjan 08
Tél. : 43 - 47 - 58
DIRECTEUR DE PUBLICATION
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RÉDACTEUR EN CHEF
Dembelé Fausséni
COMITÉ DE RÉDACTION
Dembelé Fausséni
Bintou Samaké
Gbané Bakary
Touré Aliou
Cissé Kader
Demblé Lassana
Doumbia Ibrahim
Koné Zacharia
Sangaré Moussa
Yacouba Sylla
Koné Issa
SECRÉTARIAT DE RÉDACTION
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DIRECTEUR TECHNIQUE
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PHOTOS
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MAQUETTE COUVERTURE
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Dépôt légal N°2732 du 07 Octobre 1991
DISTRIBUTION
Le Club des Amis de la Plume
08 b.p. 2462 Abidjan 08
CARTES DE SÉJOUR :
CE QUI NE VA PAS !
GROS PLAN sur les raisons inavouées de cette opération
Dans le numéro de Décembre !
PLUME LIBRE / Novembre 1991 / Page 2
--- Page 3 ---
PLUME EN LIBERTE
LES MUSULMANS AU PLATEAU :
La Grogne !
Le lieu de prière des musulmans du Plateau :
Quelle misère !
Nul ne doute de l'importance de la Commune du Plateau dans la ville d'Abidjan, capitale économique de notre pays.
La majeure partie de la population y travaille chaque jour car elle regroupe l'essentiel des administrations publiques nationales ou internationales, les sièges des banques et des grandes entreprises commerciales.
Les musulmans qui y travaillent y passent la majeure partie de leur temps (cinq jours sur sept). Ceux qui transitent uniquement pour des affaires peuvent aussi demeurer dans cette partie de la ville toute la journée, en proie aux tracasseries administratives et aux énormes difficultés de transport liées au problème d'urbanisation des pays sous-développés.
Bref ! on le voit dans un tel contexte, l'obtention d'un lieu de prière s'avère d'une cuisante nécessité pour les musulmans.
Mais voilà, depuis toujours, si vous êtes au Plateau et que vous recherchez une mosquée pour accomplir votre prière, (l'acte fondamental qui vous donne droit à l'appelation de musulmans), vous risquez d'errer tout le temps sans suite.
UNE COMMUNE SANS MOSQUÉE
En effet, contrairement à tous les quartiers de la ville d'Abidjan et même des villes de l'intérieur du pays qui regorgent le plus souvent de plusieurs mosquées et d'une multitude d'autres lieux de prières, dans la commune du Plateau, la situation est lamentable. Pour y faire sa prière, il faut , arriver à se frayer un chemin parmi des antiquaires spécialistes de vente de masques ou d'autres objets symboles de pratiques animistes.
Si vous y réussissez, vous devez encore faire violence sur votre pauvre âme pieuse en acceptant de rencontrer et de demeurer pendant quelques instants sur le même espace que les «représentants de l'escroquerie Abidjanaise» et autres «loubards» qui offrent aux passants et aux éternels oisifs leur art, si ce ne sont ces «philosophes» qui, faute de ne pouvoir faire éditer «leur dialectique» étalent leur savoir oralement.
Quelques buvettes achèvent ce décor en y ajoutant l'assaisonnement composé de bière africaine et de pastis «Made In CEE». Vous atterrissez enfin sur ce terre-plein en devenir de jardin public qui sert de lieu de prière principal aux musulmans au Plateau.
Lorsque vous commencez votre prière, vous êtes pressé d'en finir tant vous êtes envahi par l'odeur d'une latrine publique mal entretenue installée non loin de là.
En somme, il est impossible de faire une prière en commun convenable au Plateau. Ceux qui y travaillent peuvent se réfugier dans leurs bureaux ou magasins s'ils ne font pas l'objet encore d'une intolérance de leurs patrons ou autres collègues «anti intégristes, anti fanatiques, anti terroriste, anti barbus, anti, anti...»
Bref ! quelle est la cause d'une telle situation? Incapacité des musulmans de se construire une mosquée?.
Certes, il est vrai qu'en Côte d'Ivoire l'inorganisation qui caractérise les musulmans est la cause de biens de désagréments pour l'Islam dans ce pays. Mais là n'est pas la véritable raison de l'absence d'un lieu de prière digne pour les musulmans dans cette commune. Aujourd'hui, des Associations de cadres et intellectuels musulmans existent, prêtes à prendre en main la réalisation de tout projet islamique de grande envergure.
Au Plateau même, un groupement a déjà vu le jour qui se bat pour une véritable structuration de l'Islam dans ce quartier. Un imam y a même déjà été nommé (un Imam sans chaire)!
Cette communauté est confrontée aux durs problèmes de terrain pour bâtir une mosquée.
On me rétorquera qu'au Plateau, il n'y a plus de place, tout l'espace étant occupé par les différents services et institutions qui concourent «au développement de la Côte d'Ivoire.»
Réponse trop hâtive et qui dénote de la méconnaissance ou du refus de considérer les faits marquants ayant jalonné la vie religieuse en Côte d'Ivoire.
UN TERRAIN POUR LES MUSULMANS
Lorsque la construction d'un édifice religieux a été reconnue «d'utilité publique» selon les termes du droit Administratif, l'on a toujours pu adopter les mesures «légales» pour sa réalisation.
L'EXEMPLE N'EST PAS SI LOIN.
En effet, il y a quelques années, pour la réalisation d'un grand édifice religieux à la mesure de la foi des hommes, l'on n'a pas hésité à détruire et à faire déplacer et cela à grands frais plusieurs services publics : prison civile, Agence Ivoirienne de Presse, maison de la presse et surtout la préfecture d'Abidjan. Cette haute et majestueuse institution territoriale ne s'est pas encore réveillée de ce transfert de territoire, car confinée depuis dans des locaux dont l'architecture n'est pas très loin des « S I C O B O I S » de Yopougon. Ici, Dieu a tout d'un coup fait prévaloir sa prééminence sur César remettant en cause le fameux reddite.
Nous ne demandons pas nécessairement que des procédures d'expropriation ou de déplacement de services publics soient mises en œuvre pour la construction d'une mosquée au Plateau.
Il y a encore des possibilités à explorer. Des surfaces non occupées appartenant à l'Etat ou à des personnes privées sont légions. L'Etat doit aider la communauté musulmane à en acquérir la propriété.
Par exemple, au lieu de transformer toute la surface contiguë à l'Hôtel de ville en jardin public où viendra s'installer très tôt la racaille d'Abidjan, on pourrait affecter la partie extrême à la construction d'une mosquée dont l'architecture embellira davantage cette cité de la perle des lagunes.
Cette solution est avantageuse car moins coûteuse. Ailleurs, on a investi plus or qui peut le plus peut le moins.
Si cette opportunité ne peut être retenue par les autorités, qu'on trouve une solution dans tous les cas au problème.
Dans cette perspective, qu'on n'aille pas encore reléguer les musulmans dans les bafonds qui ceinturent la commune du Plateau.
L'activité religieuse est comme une activité commerciale. Elle s'exerce au lieu même où elle est censée se développer.
La mosquée est un centre de sensibilisation et de diffusion des valeurs morales et spirituelles.
Elle constitue un moyen de correction des mœurs et de réalisation d'une société plus humaine et plus juste.
Son implantation à proximité du centre des affaires et haut lieu de prise des décision politiques, économiques et sociales du pays ne fera que contribuer efficacement à l'avènement de cet idéal.
Les autorités politiques doivent aider la communauté musulmane d'Abidjan à réaliser ce vœux et ce ne sera que justice.
Si elles ne le font pas, alors elles auront contribué à accentuer la grogne qui commence à gagner de plus en plus les musulmans au Plateau./.
BOUKA Tchienfola
Ci-dessous, la majestueuse cathédrale du Plateau !
PLUME LIBRE / Novembre 1991 / Page 3
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
RENTRÉE À LA TÉLÉ
La maison de la télévision...
...assainir davantage les programmes !!
La période Octobre-Novembre a été choisie par les responsables des deux chaînes de télévision Ivoirienne pour procéder à leur rentrée c'est à dire surtout, le démarrage de nouvelles grilles de programme à l'attention des téléspectateurs. Cette année constitue semble-t-il une année bien particulière au niveau de l'information télévisée eu égard à la bataille médiatique initiée par les responsables des deux chaînes.
Pourquoi tout ce mouvement quant on sait que chaîne I ou chaîne II ne proposent que le même type d'émission? Quel sera le résultat de cette émulation que l'on voudrait voir se créer au sein des deux équipes de télévision?
La réponse n'en est pas bien loin.
Les couleurs ont été déjà annoncées:
Intensification des émissions de nature distractive, réduction ou anéantissement du rôle formateur ou éducatif de la télévision et concurrence malsaine sont les fléaux qui assombrissent aujourd'hui le monde de l'audio-visuel en Côte d'Ivoire.
LA TÉLÉ AUX ANTIPOLES DE L'ECOLE.
La rentrée scolaire coïncide avec la rentrée à la télévision. Si d'un côté l'Etat crée les structures à travers l'école pour assurer l'éducation des enfants de ce pays, ce même Etat anéantit de l'autre côte cet objectif noble en diffusant par l'intermédiaire de ses organes de presse des émissions de portée contraire, symbole de sociétés évoluées matériellement mais dégénées sur les plans moral et humain.
LES PARENTS S'INTERROGENT
Que de parents de Côte d'Ivoire ne se sont-ils pas sentis gênés devant des images d'une obscénité ahurissante en compagnie de leurs enfants?
La Côte d'Ivoire toute entière s'inquiète de la prolifération ces derniers temps de films dont le caractère est en contradiction avec ce qui reste encore l'un des éléments forts des valeurs du patrimoine africain, à savoir la pudeur, le respect du corps humain.
La dernière trouvaille c'est le fameux feuilleton "Santa Barbara" et ses scènes interdites aux moins de dix huit ans annnoncé à coup d'éclat par le responsable de la chaîne I et diffusé à une heure habituellement réservée aux enfants. Le choix du moment se comprend.
«Ciné Nuit» projété à une heure tardive n'était accessible qu'à une élite noctambule. Il fallait toucher la plus grande manne, notamment la plus sensible, celle des jeunes afin de la sensibiliser au mieux sur les dernières parutions de la «high sexual Society».
Quand nos responsables comprendront-ils que la Télé est à la fois un moyen puissant et dangereux dans l'éducation d'un peuple et qu'elle ne peut faire l'objet à un seul instant de la plus petite négligence dans la programmation?
Hamza
LA DÉLINQUENCE S'APPREND ÉGALEMENT A LA TÉLÉ
CES BARS ET MAQUIS AUX ABORDS DES CITÉS ET DES ÉCOLES
Tout le peuple ivoirien était en émoi le Dimanche 13 Octobre en apprenant le drame qui s'est produit à la cité universitaire des 220 logements causant la mort d'un étudiant de l'ENS qui venait de réussir brillament à son CAPES en philosophie. Triste fin pour cet étudiant qui ne méritait pas un tel sort.
Ceci pose du coup le problème des maquis et autres dancings qui jalonnent les cités universtaires. Du campus à Abobo en passant par Yopougon, Vridi Port-Bouet... toutes les cités universitaires ont leurs bars et maquis où les étudiants se retrouvent pour « prendre leur pot », qui peut atteindre par moment des casiers de bières ( nous n'exagerons pas ).La vente de boissons alcoolisées se fait aussi au bord des lycées et collèges ( vous avez bien lu ), où les élèves se donnent rendez-vous entre deux cours pour partager une, voire plusieurs bouteilles.
L'un des nombreux bars et maquis des cités universitaires
Le pire c'est qu'on y vend des boissons telles que le «koutoukou» dont le dosage est mal maîtrisé.
L'on ne s'étonnera pas alors des injures et ménaces que profèrent ces élèves à leurs enseignants pendant les cours.
Personne ne semble s'afliger de cette situation. Tout le monde la trouve normale. Des élèves et des étudiants qui se retrouvent dans les bars et maquis pour se détruire, au moment où ils devaient se retrouver devant leurs cahiers de cours. Et cela s'accompagne de chants et bruits qui gênent tout l'entourage et personne ne peut leur imposer le silence, tellement ils sont dans tous leurs états. Cela peut aller jusqu'à tard dans la nuit. Mais malheureusement des oreilles plus que sélectives n'entendent pas ou font semblant de ne pas entendre ces bruits et pourtant se trouvent « frustrées» de leur sommeil dès les premiers appels du muezzin.
Nous pensons que les autorités compétentes doivent faire quleque chose, à savoir interdire la vente de boissons alcoolisées aux abords des lycées et collèges ainsi qu'au sein des cités universitaires. L'on ne doit pas attendre que le pire se produise pour se lancer dans une vaine chasse aux sorcières doublée d'une xénophobie qui ne dit pas son nom où très souvent ce sont les victimes innocentes qui prennent les pots cassés.
Si nous ne faisons rien pour sauver notre jeunesse qui est appelée à poursuivre l'œuvre de développement déjà entreprise, nous risquons de ne jamais connaître ce developpement. Car que pourra une jeunesse qui « lève aussi facilement le coude» ?
Nabil de Fassibry
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PLUME DANS LE QUOTIDIEN
EVENEMENTS SOCIAUX EN CÔTE D’IVOIRE :
Qui craint le silence des musulmans?
Le souvenir est encore frais dans les esprits que l’avènement du multipartisme s’est opéré à la suite de profonds troubles sociaux. De Mars à Décembre 1990, l’effervescence était à presque tous les paliers de notre société. Les nouveaux partis, les syndicats, l’école, les corps habillés ... sont descendus tour à tour dans les rues pour se manifester bruyamment et revendiquer ça et là des meilleurs traitements, des augmentations de salaires, une plus grande «démocratie»... En un mot des changements constitutionnels et structurels dans notre pays.
Au niveau des religieux, l’église catholique s’est illustrée à travers des «lettres pastorales» et des interventions de certains prêtres dans des journaux de la place, apportant ainsi sa part aux différents débats sur l’avenir du pays. Dans cette mouvance. Les mosquées et les centres islamiques sont parmi les lieux qui ont gardé un calme relatif voire même un silence. L’on a pu voir souvent dans l’attitude de certains un reproche aux musulmans de n'avoir pas, à l’instar des autres, réclamé une ouverture démocratique. Plus encore, le calme relatif des musulmans devenait gênant pour certains.
Pourquoi ce silence? Comment faut-il l’interpréter?
Qui craint ce silence?
Depuis la colonisation, les musulmans ont fait la preuve de leur militantisme politique. Ils ont été la première communauté à s’opposer à la domination du colon blanc.
Les imams Cheick Oumar Tall et Cheick Hamallah ont été des grands résistants à la colonisation. Lors des luttes pour l’acquisition de l’indépendance, on note la participation massive des musulmans. Le RDA et sa branche ivoirienne le PDCI ont connu dans les régions islamiques du nord de grands succès et un soutient sans faille. Les Gon Coulibaly, Lamine Touré ont contribué largement à la lutte contre la colonisation aux côtés du président Houphouet-Boigny. Alors que les dignitaires d’autres religions se complaisaient dans une collaboration coupable avec le pouvoir colonial, le communauté musulmane luttait en faveur de l'indépendance.
Ce militantisme indéniable les a conduits après les indépendances à apporter leurs contributions à la construction de la nation ivoirienne. Ils sont présents dans toutes les régions du pays, apportant sans cesse leur soutien à l’économie, notamment dans les domaines du transport, du commerce et de l’immobilier. Ils sont également majoritaires dans les plantations et dans les usines. Tout cela nous impose de reconnaître que les musulmans sont parmi les principaux bâtisseurs de ce pays.
FORCE POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE
Au plan politique, la communauté musulmane est indispensable dans la réussite de toute action. Elle constitue une frange importante de la population ivoirienne. Dans chacune des grandes villes de ce pays, il y a plus de musulmans que les autres, cela fait une force politique qui crée la différence dans les urnes. Leur adhésion à tout plan politique est le gage de sa réussite. Tout parti politique est tenu de compter avec ce capital indispensable. L’on comprend donc que le silence des musulmans inquiète le pouvoir en place habitué à les voir lui témoigner leur «indéfectible attachement». Car en fait, le PDCI puise la majeure partie de sa force politique dans le grand nord qui lui était auparavant totalement acquis.
Ce silence des musulmans en cette période dite de «démocratisation» dérange également la jeune opposition qui a forcement besoin de cette «force» pour imposer au pouvoir des changements constitutionnels, et le partage de la gestion du pouvoir. Le FPI et son leader pour leur part semblent avoir bien compris l’importance de cette communauté puisqu’ils se sont résolus à faire sa conquête. Un journal intitulé «l’écho du nord» proche de ce parti, vient de paraître. A l’occasion de la fête de l’Aïd el Kébir (fête de la Tabaski), certains Imams d’Abidjan ont reçu des enveloppes d’argent et des félicitations de la part du FPI (pratique toujours utilisée par le PDCI). La mosquée de l’antenne à Yopougon a reçu pendant la dernière fête de Tabaski la visite des représentants du PDCI et du FPI, chacun avec son enveloppe. Récemment encore, une grande tournée a été organisée par le FPI. Monsieur Laurent Gbagbo a annoncé au cours de cette tournée qu’il serait temps que la Côte d’Ivoire ait une ambassade en Arabie Saoudite. Vu l’importance de ce pays qui renferme le lieu saint de l’islam, cette seule phrase suffit pour attirer la sympathie de plus d’un musulman pour son parti.
Avec la jeune opposition la vague des «contestataires», «rénovateurs» et autres opposants aimerait utiliser la pression des musulmans pour «régler les comptes» avec certains responsables du pouvoir.
LES OUBLIÉS
Malgré ce militantisme et cette force politique, les musulmans semblent avoir été oubliés. En effet, depuis 30 ans d’indépendance, la communauté musulmane manque cruellement de moyen d’épanouissement. Jusqu'à ce jour, elle ne dispose d’aucune école moderne confessionnelle. Certes, les musulmans sont les premiers responsables de cette situation. Mais les «Medersas» créées pour combler ce vide ne bénéficient d'aucun soutien du pouvoir et restent confinées encore au ministère de l’intérieur. Cependant au dernier congrès du PDCI, il a été décidé de leur trans fert au ministère de l'Education Nationale; Vivement que cette décision soit appliquée. Dans la conscience populaire de ce pays, les musulmans sont considérés comme des populations de seconde zone. Très souvent ils sont rudoyés, en proie à la visée des autres, accusés de tous les maux : malproprété, délinquance, cupidité etc...
Parmi ces accusations, certaines sont justifiées. Il faut déplorer l'attitude décevante de certains musulmans ou chefs réligieux qui s’adonnent à de basses bésognes pour quelques miettes. L'argent est devenu une sorte d’opium pour certains musulmans qui n’hésitent pas à semer la zizanie dans leur communauté, à escroquer pour si peu. D’autres vendent leur âme à des responsables politiques au point qu’on entend souvent dire : «Il suffit de jeter quelques billets de banque aux musulmans pour qu’ils votent pour nous».
LEÇONS DE L’HISTOIRE
Trente ans d’indépendance, cela doit porter conseil. Il faut éviter d’avoir la mémoire courte. Il faut plutôt s'inspirer du passé pour mieux s’orienter. Lancée trop naïvement dans la lutte, la communauté musulmane s'est vue progressivement écartée dans le partage des bénéfices.
QUE RESERVE L’ÈRE DU MULTIPARTISME?
Les discours actuels prennent-ils en compte les intérêts des musulmans? L’avenir dont les bases sont en train d’être jetées, sera-t-il différent pour eux?.
Le silence des musulmans ressemble donc à l’attitude de celui qui a subi la morsure d’un serpent et qui se méfie du ver de terre. Oui, ils veulent de la démocratie vraie, expression d’une plus grande justice sociale, d'une plus grande liberté, facteurs d’épanouissement individuel et collectif. Ils y contribueront de tout leur poids. Mais ils veulent éviter d’être de simples instruments au service d’intérêts obscurs.
La communauté musulmane doit être séreine et responsable. Elle doit participer au processus de transformation de sa société. Mais les musulmans ont leurs problèmes, c’est ce qui doit être leur préoccupation majeure. Il est de leur dévoir d’assurer la survie de leur communauté et de protéger ses intérêts. Cela nécessite une organisation solide et cohérente, qui soit indépendante et qui favorisera la concertation et la position commune. Cette organisation devra établir la continuité du discours entre parents, jeunes et cadres. Cela afin que les musulmans décident eux-mêmes quand, comment et pourquoi agir. Pour que cesse pour eux, le mimétisme. Ils sont assez majeurs et cela, tous les musulmans doivent y contribuer quelques que soient leur appartenance politique et leur situation sociale.
Par Tal Emile
Les muslmans de Côte d’Ivoire : un silence qui parle !
PLUME LIBRE / Novembre 1991 / Page 5
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PLUME POLITIQUE
PEUT-ON FAIRE CONFIANCE AUX PARTIS POLITIQUES ?
Les Partis politiques et la course au pouvoir :
pour le bien être matériel de leurs dirigeants ?
pour un règlement de comptes longtemps ruminés ?
ou pour réduire un peu, un tout petit peu, la misère du peuple ?
Zadi Zaourou de l'U S D
DE LA NECESSITE DE L'HISTOIRE
S'il est vrai que l'histoire ne se répète pas toujours selon des lois identiques et immuables, il n'en demeure pas moins qu'elle conserve certaines constantes qui nous permettent de comparer et d'expliquer les phénomènes sociaux. Ces constantes historiques - encore appelées par les marxistes loi de la régularité - sont indispensables pour quiconque veut comprendre notre monde qui, depuis l'avènement du mode de production capitaliste évolue sans cesse vers l'uniformisation des habitudes et comportements des peuples et des Nations.
Trois exemples (entre autre) illustrent parfaitement cette tendance à l'échelle planétaire. Ce sont les différentes révolutions bourgeoises d'Europe, la révolution russe de 1917 et les indépendances africaines. Ces différents évènements présentent un certain nombre de similitudes.
1°) Leurs origines : ils sont tous nés en réaction contre un ordre social fondé sur l'oppression et l'exploitation des masses;
2°) Leurs objectifs : tous se proposaient d'instaurer un ordre social égalitaire et juste ;
3°) Leur mode d'accession au pouvoir : tous se sont servis des masses ;
4°) Leur finalité : tous ont fini par nier les masses qui sont devenues le «cul» de la société. Pour reprendre les termes d'un de nos universitaires nous dirons que ces différentes révolutions ont été «...l'emblème de la force évanouie du peuple qui y fait toujours office de terme évanouissant». Ni la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ni l'avènement de la société socialiste et encore moins les déclarations d'indépendances africaines n'ont pu offrir à l'Homme les conditions de son plein épanouissement.
LES LEÇONS DES BOULEVERSEMENTS SOCIAUX
Ce bref rappel n'est pas fortuit. Il interpelle notre conscience et nous amène à nous interroger sur les bouleversements sociaux-politiques qui secouent notre pays depuis un an car ils se situent dans la même logique historique. Au cours de chacun de ces bouleversements sociaux , ce sont des hommes ou des groupes d'hommes avertis qui, se servant des erreurs et des échecs de leurs anciens condisciples ou de leurs adversaires d'antan, acquièrent la sympathie des masses désabusées et projettent de ce fait la construction d'une société idéale.
Les projets de société qu'ils proposent sont présentés comme une panacée, si bien qu'ils ne prévoient aucune difficulté pouvant entraver leur application pratique. Ne sommes nous pas à l'orée d'une nouvelle trahison de l'histoire comme ce fut le cas avec les révolutions précédentes ? C'est ce que semble avoir compris le GERDDES Afrique lorsqu'il se propose de sortir la politique du «Ghetto» des partis et de lutter pour l'avènement d'une démocratie non partisanne. Cette lutte vise à arracher la société civile des griffes de la politique politicienne afin de faire d'elle un véritable «zoon politikon». Ainsi la politique redeviendra comme chez les anciens «une doctrine enseignant la vie selon le Bien et la Justice», accessible à tous au lieu d'être l'apanage des seuls initiés.
Une telle action s'avère encourageante dans la mésure où la panoplie de partis qui sont nés dans les années quarantes ou depuis Mars 1990, sont des copies plus ou moins caricaturées des modèles préexistants en Europe (tous systèmes confondus) : social-démocrate, Socialiste, communiste, démocrate bourgeois etc. Nous nous retrouvons dans le même scénario politico-idéologique de la veille des indépendances où toutes formes de projets sociaux ont été élaborés pour ensuite se muer en une langue de bois. Les idéaux de liberté, de justice, d'égalité que l'on nous vend à tous les carrefours, sur toutes les places publiques ressemblent fort bien aux chimères de la veille des indépendances qui ont rendu ivre plus d'un Africain.
De ce point de vue, deux remarques s'imposent, l'une en rapport avec les révolutions passées, l'autre relative à la situation intérieure actuelle. Pour ce qui est des révolutions passées notamment les systèmes communistes et les indépendances africaines, on peut dire sans ambiguité qu'ils ont déposé leur bilan. Quant au libéralisme capitaliste qui a fait de la laïcité sa règle morale, excluant du coup toute référence sérieuse à la dimension spirituelle de l'homme, il est aux abois : le flétrissement des moeurs, l'écart sans cesse croissant entre riches et pauvres, la déchéance spirituelle sont devenus ses vertus cardinales, ces révolutions peuvent-elles servir de modèles ? La réponse est évidemment non. Alors, si c'est ce type de «société libre» que l'on nous propose, autant agir de sorte que la dimension spirituelle triomphe.
Le GERDES Afrique se propose de sortir la politique du "ghetto" des partis
La seconde remarque est celle là même qui préocupe le GERDDES-Afrique. Les partis sont-ils de véritables instruments de transformation sociale ou de simples tremplins d'affirmation de leurs leaders? on est tenté de répondre par l'affirmative à la seconde interrogation eut égard à certains faits liés pour les uns à l'environnement national et pour les autres aux comportement des partis.
UNE PASSIVITE COUPABLE
De l'environnement national, nous ne retiendrons que la situation dans les zones rurales. Chacun sait que notre économie est essentiellement agricole avec une population paysanne de plus de 80% qui est constamment spoliée. Pour ce qui est de son sort, on n'en fait cas dans les journaux que de façon sporadique à travers des flashs laconiques. Cependant les évènements scolaires et universitaires (faits importants en eux mêmes pour la vie de la nation) sont devenus le champ de bataille priviligié des partis politiques. Ce comportement relève d'une situation de classe égocentrique où les intérêts de la majorité de notre peuple sont sacrifiés sur l'autel d'intérêts et d'objectifs à court terme.
A cet effet, il n'est pas incongru de déplorer le silence des intellectuels et autres salariés face à la réduction drastique du revenu des paysans ( 50 à 80%) alors que le projet de réduction de salaire et autres traitements (10 à 30%) donna lieu en son temps à des explosions qui ont sérieusement ébranlé le régime. Il ya ici une passivité coupable qui a été qualifiée par Cabral de «piraterie organisée, consolidée et adaptée à l'objectif de l'exploitation des ressources matérielles et humaines de nos peuples.»
Francis Wodié du P I T
Le comportement cynique des différentes classes politiques apparaît à travers leur volonté inébranlable de parvenir au pouvoir ou de le conserver. Dans ces circonstances, le peuple est sollicité de toutes parts. A la veille des élections, nos «responsables» deviennent de «paisibles agneaux». Ils descendent dans les coins les plus reculés du pays, acceptent toutes les doléances des populations. Ils vont même plus loin en faisant des propositions falacieuses. Aussitôt élus, ils se transmuent en de véritables fauves dont les tanières deviennent sacrées. Impossible d'y pénétrer sans audience ou sans carte de visite. Les principaux partis de l'opposition n'ont ils pas entouré leur leader d'un protocole infranchissable, eux qui prônent la démocratie tous azimuts ? que dire des partis au pouvoir ? Partout, la volonté d'écarter le peuple de la gestion des affaires de l'Etat reste la même. De là à devenir Louis XIV il n'y a qu'un pas à franchir, lui qui disait : « l'Etat ...c'est moi..» Cette affirmation de Louis XIV qui reflète le machiavélisme à son paroxysme constitue le fondement même de la course au pouvoir et partant, le contrôle de l'appareil d'Etat... .
A suivre.....
DHL
PLUME LIBRE / Novembre 1991 / Page 6
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PLUME POLITIQUE
LA GUERRE DU GOLFE :
les vraies raisons du
massacre
Le 02 Août 1991, le monde se reveillait éberlué par une nouvelle incroyable : l’Irak venait d'envahir militairement le Koweit.
Alors commençait pour sept mois, la plus grosse opération militaro- médiatique de l’après 2è guerre mondiale.
Huit mois après l’arrêt des hostilités, après que les passions des spécialistes en tout genre se soient tues, nous revenons sur «les vraies raisons» de cette tragédie qui n'est pas un simple soubressaut de l'histoire de cette fin du XXème siècle mouvementé.
Un pays : l’Amérique. Un homme : Georges Bush, voilà la paire qui a reconstruit son image tout au long des 30 semaines que dura la crise du golfe. Le reste du monde de quelque bord qu'il soit a assisté indifférent (pour quelques-uns), impuissant (pour la plupart) ou dans certains cas en tant que «sous-intendant» (Grande-Bretagne, France, Egypte, Syrie....), «au vol majestueux» de l’aigle américain sur l'Irak.
30 semaines, c’est en effet le temps que la funeste opération de Saddam Hussein (homme imprévisible, insatiable et impitoyable ; il a vainement tenté de faire croire qu’il menait une guerre sainte, lui qui a persécuté et liquidé la plupart des leaders musulmans de son pays au nom du baathisme) sur le koweit a offert à Bush et à son pays pour se refaire une image, se présenter en vrais «mâle» et réussir la catharsis collective que recherchait l’Amérique après les infortunes qu’elle a subies depuis quatre décennies au moins.
L’AMÉRIQUE À LA RECHERCHE DE SA VIRILITÉ
L'Amérique surpuissante traîne depuis la guerre de Corée 1950-1953 (une demi-victoire) et surtout celle du Vietnam (56-75) un complexe de vaincu. Ajoutés à cela le désastre militaire qu’a été l’opération de libération des otages à Téhéran et le coup de poignard de l'attentat de Beyrouth (plus de 200 marines tués en 1983) qui précipita le retrait du pays du cèdre, l’oncle Sam s’est trouvé dans les tréfonds du doute inhibiteur qui glace toute énergie et enlève tout prestige.
L'Amérique face à elle-même et face au monde se sent humiliée. Prince dépossédé de sa couronne.
Pendant 15 ans (1975-1990 ), seuls les éternels westerns ventant les mérites et l'ingéniosité du Cow-boy conquérant et les méga-productions d'Hollywood (souvenez-vous des différents Rambo, commando, Delta-force etc) ont servi à maintenir une illusoire image de l'Amérique irrésistible et invincible. Malgré ce camouflage, la conscience américaine sentait toujours le poids du complexe.
Alors arriva l’aubaine avec Saddam Hussein. Il ne fallait pas rater cette chance inouïe qu’offrait le destin pour se refaire le moral. L’Amérique ne la ratera pas.
BUSH À LA RECHERCHE D’UN CHARISME
Tout comme l’Amérique, Georges Bush son président avait lui aussi sa révanche à prendre sur ses détracteurs et le sort qui avait choisi pendant 8 ans ( 1980-1988) de faire de lui le supplétif du «pistolerot» californien Ronald Reagan.
Reagan, à la personnalité très forte, avait complètement noyé son vice-président qui en était réduit à de simples rôles protocolaires. Ce rôle de «simple remplaçant», dans un pays qui voue un culte à l’action téméraire et au goût du risque a fortement détérioré l’image de Bush auprès de l’opinion américaine. Pour celle-ci, il était un molasse incapable d'amener le pays à réaliser sa quête (de virilité) ou à tout le moins maintenir l’enthousiasme et le début de confiance créés par Reagan.
Les hésitations dont Bush fit preuve lors de la tentative de push du major Moïses geraldi Vega le 03 Octobre 1989 au Panama contre le général Noriega (qui sera par la suite renversé par l’armée américaine) contribuèrent à enfoncer davantage son image auprès des américains.
Plus que quiconque, Georges Bush avait besoin de frapper un grand coup pour tuer l’image de winp (faible) que ces concitoyens lui collaient.
La guerre du golfe, c’était aussi sa propre guerre, l’occasion rêvée pour être un vrai Yankee aux yeux de ses compatriotes.
APRÈS LE COMMUNISME, ARRÊTER L’ISLAM
La guerre du golfe avait ceci de fantastique pour les occidentaux, à leur tête les Etats-Unis, qu'elle leur permettait par une seule opération d'atteindre plusieurs objectifs.
En effet, l’Irak par l'occupation du Koweit et la menace directe du royaume wahabite mettait sous sa coupe près de 45% des ressources mondiales du pétrole. De quoi avoir une prépondérance sur le marché international et contrôler le prix de l’or noir. Or, les occidentaux depuis le choc pétrolier de 1973 ont pour principal souci la maîtrise du prix du pétrole.
Le maître de Bagdad, par l’aventure Koweïtienne leur a ouvert (au delà des espoirs des occidentaux) pour longtemps la voie du contrôle total sur le marché mondial du pétrole. Jugez-en vous-mêmes : le Koweït est sous administration directe américaine (le Cheick Jaber n’est plus qu’un maître de cérémonie à Koweit city), l'Arabie Saoudite a accepté son statut de protectorat, les autres monarchies du golfe (Abu Dabi, Oman, Dubaï...) grelottent au moindre toussotement américain. Quelle poids peuvent-ils avoir encore sur leur petrole ?
Sur le plan militaire, les occidentaux ont une nouvelle fois montré que seul Israël était autorisé à se «distraire» comme il le veut : expérimenter les nouvelles armes, surtout les bombardiers au Liban, chatouiller de temps à autre la Syrie et mesurer la capacité de vol de Tsahal par des raids en Irak, en Tunisie et sur bien d’autres pays arabes.
Les autres pays de la région ( Egypte compris) doivent respecter la souverainété des voisins et ne doivent posséder que des armées de parade.
Le seul pays arabe qui franchissait surement ces limites, l'Irak, a été ramené à la raison et à l’obéissance. Du coup, Israël se frotte les mains et peut continuer en toute quiétude sa distraction favorite : les raids sur le monde arabe.
Sur un tout autre plan, les occidentaux ont profité de cette guerre pour fondre comme beurre au soleil l’excédent monétaire des pays arabes. En effet, des pays comme le Koweit et l’Arabie Saoudite avaient une telle importance sur les places financières internationales qu’ils ne manquaient pas d’inquiéter les occidentaux, les sionistes en tête. Ces derniers en particulier voyaient une de leurs chasses gardées serieusement menacées.
L’Arabie Saoudite à elle seule avait dans les banques américaines l’équivalent de plus de 100.000 milliards de FCFA; le Koweït parvenait peu à peu à acheter tout ce qui maintenait encore l'Angleterre au rang de puissance mondiale notable : Britih petrolum, Rolce-Royce, les assurances (LLoyds notamment)
Au sortir de la guerre en Fevrier dernier, l'Arabie Saoudite (pour ne citer qu’elle) était débitrice auprès des banques commerciales américaines.
Au delà de ces objectifs économiques et militaires qui ne sont pas négligeables, les occidentaux ont voulu avant tout par cette guerre arrêter ce qu’ils appelent «la vague islamique» dans le monde.
En effet, le sommet Bush-Gorbatchev de la valette (à Malte) a permis aux deux grands (d’alors) de mettre fin à la guerre froide, de signer l'acte de mort du communisme mais et surtout d’identifier la future cible (l’islam) et les moyens pour la combattre.
Le reveil islamique dans le monde constitue un véritable cauchemard pour les occcidentaux (les régimes arabes qui leur sont soumis vascillent sous la poussée des militants islamiques) et pour l'URSS où les républiques musulmanes (surtout l'Azerbaïdjan) bien que muselées se mettent actuellement en marche et se rebellent. Selon les stratèges de ces deux camps (occidentaux et sovietiques) une action decisive doit être menée contre l’islam et la paraliser pour longtemps.
Cette guerre qu’ils ont au fond préparée et contrôlée minute par minute devait permettre selon leur calcul de couper les vivres aux différents mouvements islamiques dans le monde (l'Irak, le Koweït et l’Arabie Saoudite constituant avec l'Iran les principaux pourvoyeurs de fonds du monde islamique), de diviser l’opinion musulmane entre partisans et adversaires de l'Irak et surtout de gangréner l'islam par des actions à l’intérieur même de ses terres sensibles. A cet égard, les immoralités des soldats américains sur le sol Saoudien sont significatives.
«Guerre propre», «victoire du droit international sur la barbarie», «anéantissement de l'outil de mort aux mains d'un dictateur», bref! les qualifiicatifs n’ont pas manqué au soir du 27 février pour présenter «le triomphe» de la coalition americano - anglo-française sur l’Irak.
Mais, au dessus de ce carcan euphorique et des tintamarres des différents clochets, «le massacre du golfe» (plus de 200.000 morts, 500.000 blessés et 15 millions d’affamés) a consacré le droit de la force sur la scène internationale et dévoilé au grand jour les sombres desseins de l’occident contre l'islam.
Par Dembélé Al Seni
PLUME LIBRE / Novembre 1991 / Page 7
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GUERRE DU GOLFE (suite)
**Le retour à la jungle**
L'Irak a envahi le Koweit,
Vite, il faut le libérer
Appelons le boucher.
Bush n'attendait que ça.
«Pour mes services, il faut un parapluie, un grand parapluie».
De Cuellar, appelons de Cuellar.
L'ONU répond toujours quand le Busher appelle.
L'Amérique? Elle applique le droit,
le droit international, rien que ça.
Saddam? c'est un monstre, c'est le diable.
Il conduit toujours son peuple à la boucherie.
Il faut l'adoucir, il faut lui couper la queue.
A Jérusalem, Isaka s'amuse
Six Palestiniens sont morts à Al Aqsa.
Mitterand ronronne : «le droit est pour tous,
Il faut l'appliquer !»
Non! ce n'est rien !
Six palestiniens, ça ne vaut rien!
D'ailleurs, c'est un incident, un simple incident!
La vie continue.
Une mère pleure son enfant de Gaza
Elle doit pleurer, toujours pleurer.
Un homme crie : justice!
Il peut crier, toujours crier.
La vie continue,
rien ne manque au monde.
Un conseil pour sécuriser tout le monde.
Un tam - tam pour que tout le monde danse.
Une assemblée pour que tout le monde parle.
Un président : c'est le Busher
C'est lui qui décide
Le tam-tam sonne.
Il faut danser, il faut chanter
Chanter le droit, le droit de tous.
Chanter le droit, le droit pour tous.
La vie continue.
Rien ne manque au monde.
le Tam-tam sonne.
c'est le retour à la jungle.
**Dembélé Al Séni**
INFO-PLUMES
**GRANDE-BRETAGNE**
«Le parlement musulman avant 1992»
Les préparatifs pour l'établissement d'un parlement musulman en Grande-Bretagne vont bon train. Il est prévu que cette assemblée tienne sa première réunion avant la fin de l'année 1991. Ce parlement qui comportera quelques 200 députés aura pour tâche d'organiser et de mobiliser les musulmans de ce pays, de promouvoir et défendre leurs intérêts.
Déjà des voix se font entendre pour soutenir ce projet. C'est notamment le cas du Pr Dawn Olivier de l'Université de Londres qui a déclaré qu'il n'y a rien d'illégal dans l'emploi du mot «parlement» pour désigner la plate forme que les musulmans entendent établir, étant donné que ce n'est pas un corps législatif.
Pour sa part, le Dr Sidiki de la Fondation Islamique ( l'un des initiateurs du projet) a souligné que les musulmans de Grande-Bretagne n'ont aucunement l'idée de créer un état dans l'état et qu'ils veulent seulement se doter d'un cadre leur permettant de mieux participer à la vie de la société.
**ETATS-UNIS**
BUSH S'ADRESSE AUX MUSULMANS
«C'est un plaisir ^pour moi de m'adresser aux musulmans américains à l'occasion de la fête du sacrifice pour leur souhaiter du fond de mon cœur mes meilleurs vœux». C'est en ces termes que Georges Bush s'est adressé à la communauté musulmane américaine à la télévision le 22 Juin 1991 à l'occasion de la fête de Tabaski.
Ce discours est le premier du genre qu'un président des Etas-Unis adresse aux musulmans de ce pays.
PLAIDOYER POUR LA POLYGAMIE
Dans un article paru dans le très sérieux New-York Times du 24 Mai , la célèbre Avocate Elisabeth Joseph écrivait que la polygamie est la solution idéale pour la femme américaine et que si elle n'existait pas, les femmes l'auraient inventée. Elisabeth Joseph elle-même mariée à un homme qui est l'époux de neuf (9) femmes vient de constituer un groupe avec l'appui de l'american civil liberties Union pour demander la légalisation de la polygamie.
Pour sa part, le maire de Colorado-City en Arizona marié à cinq (5) femmes a déclaré ceci:» dans une époque telle que celle-ci où différents types de styles de vie sont tolérés, ce sera le comble de la folie que de condamner quelqu'un pour avoir plusieurs épouses».
GRANDE PREMIERE
Pour la première fois depuis la création des USA, un Imam sera invité à lire le Coran à l'ouverture de la prochaine session du congrès américain.
En effet, sous l'action des associations et mouvements islamiques américains, notamment AMC (American Muslim Council), les autorités américaines ont finalement accepté que le Coran rejoigne la bible à la tribune du congrès américain.
**COTE D'IVOIRE**
formation des responsables d'associations
Un séminaire international sur la formation des responsables d'associations islamiques s'est tenu du 20 au 25 Août dernier à l'Académie Régionale des Sciences et Techniques de la Mer (A.R.S.T.M) à Yopougon. Initié par l'IIFSO (International Islamic Federation of Students Organization), ce séminaire a regroupé les responsables d'associations islamiques du Sénégal, de la Guinée, du Burkina Faso, du Nigéria et bien sûr de la Côte d'Ivoire. Pendant les six jours de cette rencontre les séminaristes ont eu droit à d'enrichissantes communications dont celle portant sur la planification du travail islamique présentée par le Dr HASAN OMAR KASULE de Washington, principal animateur du séminaire.
Le caractère hautement instructif de la rencontre a été relevé par tous les participants qui ont souhaité la multiplication de telles rencontres.
Les cadres et travailleurs en formation à San-pédro
Le prochain séminaire de l'Amicale des Anciens de l'AEEMCI aura lieu du 27 Décembre 1991 au 1er Janvier 1992 à San-pédro.
Tous les cadres et travailleurs y sont cordialement invités. Pour toute information , écrire à 22 bp 663 Abidjan 22 ou téléphoner au 43-47-58.
**YOUGOSLAVIE**
Ali Izzetbegovic vient de devenir le premier musulman à être élu président d'une des six (6) républiques de Yougoslavie.
La Bosnie-Herzégovine aux destinées de laquelle il préside désormais est une république de 6 millions d'habitants et a pour capitale Sarajevo.
"PLUME EN LIBERTÉ"
c'est votre espace d'expression :
Nous attendons vos articles
pour les prochains numéros
PROPOS DE LECTEURS
Suite au numéro 01 de "PLUME LIBRE", nos lecteurs ont tenu à témoigner leur satisfaction et à faire des suggestions pour l'amélioration du travail. Dans l'impossibilité de publier l'ensemble des lettres reçues, nous vous proposons ici des extraits de deux d'entre elles. Que tous soient remerciés pour leur contribution.
J'ai lu votre journal "PLUME LIBRE" et les mots me manquent pour exprimer ma reconnaissance. Il fallait qu'un jour cette heure arrive (...). Je vous remercie.
**De SAVANÉ Ismaïla, manœuvre b.p. 146 Odienné**
C'est avec joie que j'ai lu le 1er numéro de "PLUME LIBRE". Je m'empresse d'adresser mes sincères et fraternels remerciements à tous les initiateurs (...). Enfin la jeunesse musulmane de Côte d'Ivoire vient d'avoir sa propre tribune d'où elle pourra se faire entendre (...). Je suggère très modestement que "PLUME LIBRE" garde la voie qu'elle s'est tracée, telle que définie dans le 1er éditorial c'est à dire un journal d'information au service de la communauté musulmane et de la conscience nationale entière sur les maux de notre société. Il doit se garder de descendre dans la poubelle politicienne.
**KONÉ Ben Adama à Abidjan Riviera**
Il n'y a de Dieu que Dieu et Mouhammad (Paix sur lui) est son messager et son Prophète
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