Numéro · Al Maoulid Info · novembre 2008
Al Maoulid Info #9
- Type
- Périodique islamique
- Editeur
-
Al Maoulid Info
- Date
- novembre 2008
- numéro
- 9
- nombre de pages
- 8
- Sujet
- Djihadisme
- Fondamentalisme islamique
- Islamisme
- Obscurantisme
- Terrorisme
- Salafisme
- Secte
- Intégrisme
- Langue
- Français
- Source
-
Abdoulaye Sounaye
- Contributeur
-
Frédérick Madore
- Identifiant
- iwac-issue-0000202
- Table des matières
-
p. 1-2 : Niger/Hadj 2008: le Hadj le plus redoutable (Elh Barham Cheikh)
Cet article dresse un bilan critique de l'organisation du Hadj au Niger en 2008, dénonçant la mauvaise gouvernance et l'incompétence des autorités. L'auteur pointe du doigt l'affairisme des politiciens, l'opacité des contrats de transport aérien et le coût exorbitant du billet pour les pèlerins. Il souligne également le manque criant d'infrastructures d'accueil adéquates pour les fidèles nigériens à la Mecque. Ce récit met en lumière les défaillances systémiques qui ont transformé ce pèlerinage en une épreuve redoutable.
p. 1 : [Editorial] Sauvegarder le patrimoine premier du peuple (Elh. Ibrahim G. Diaby)
L'auteur plaide pour la préservation de l'identité religieuse du Niger, profondément ancrée dans un islam sunnite, soufi et de rite malikite. Il met en garde contre les menaces extérieures et les dérives rigoristes qui pourraient fragiliser la cohésion sociale du pays. Ce texte souligne l'importance de protéger les traditions spirituelles locales face aux influences étrangères. Il appelle à une vigilance collective pour maintenir l'équilibre religieux historique de la nation.
p. 1, 3 : Des fidèles à bord de 3032 véhicules chez le Khalife! (Barham Cheikh)
L'article relate l'ampleur impressionnante de la Ziyara annuelle à Kiota, qui a mobilisé des dizaines de milliers de fidèles. Un convoi sans précédent de 3032 véhicules, transportant notamment des pèlerins venus du Nigeria, a convergé vers le Khalife. Cet événement religieux et culturel majeur renforce les liens fraternels et la coopération entre les populations du Niger et du Nigeria. La ferveur populaire témoigne de l'importance de ce rassemblement dans le paysage spirituel régional.
p. 1, 4-5 : Le phénomène des enfants prédicateurs: Attention danger! (Barham Cheikh, Dr. Abdul lawi Cheikh)
Cet article analyse le phénomène préoccupant des enfants prédicateurs, souvent instrumentalisés par des courants intégristes à des fins de propagande religieuse. En s'appuyant sur des exemples comme les émissions de télé-réalité islamiques ou le cas passé de Sharifu, les auteurs dénoncent une théâtralisation dangereuse de la foi. Ils s'inquiètent de l'embrigadement de mineurs dont l'enfance est sacrifiée au profit de discours rigoristes. L'article appelle à protéger les enfants contre ces dérives pour préserver les valeurs de tolérance de l'islam.
p. 2 : [C'est quoi] La Salaatoul Faatih?
Cet article présente la Salaatoul Faatih, une formule de prière sur le prophète Mohamed (psl) spécifique à la confrérie soufie Tidjaniya. L'auteur en propose une traduction en français pour faciliter la compréhension des fidèles. Il défend fermement la légitimité spirituelle de cette pratique face aux critiques virulentes des fondamentalistes nigériens. Le texte replace cette invocation dans son contexte mystique et doctrinal au sein de la tradition soufie.
p. 3 : La Ka’aba comme vous ne l’avez jamais vue
Ce reportage offre une immersion rare à l'intérieur de la Ka'aba, un lieu sacré habituellement fermé au public et réservé à des personnalités de haut rang. L'article décrit le rôle symbolique du roi d'Arabie Saoudite lors du nettoyage annuel de l'édifice. Il souligne également l'apport du wahhabisme dans la modernisation des infrastructures des saintes Mosquées. C'est une exploration visuelle et spirituelle d'un espace au cœur de la foi musulmane.
p. 3 : Le ministère saoudien du Hajj multiplie les initiatives
L'article détaille les grands chantiers entrepris à La Mecque pour fluidifier et sécuriser le déroulement du pèlerinage annuel. Il met en avant les efforts du ministère saoudien pour améliorer l'expérience des pèlerins, notamment par l'usage de nouvelles technologies. Une enquête de satisfaction en ligne a été lancée pour recueillir les avis des anciens pèlerins. Ces mesures visent à optimiser la gestion logistique de cet événement mondial majeur.
p. 3 : Le roi de la pop, Michael Jackson, s'est-il converti à l'islam ?
Ce texte examine les rumeurs persistantes sur la conversion de Michael Jackson à l'islam, nourries par ses séjours au Bahreïn et ses liens avec Nation of Islam. L'article analyse ce parcours à travers le prisme de l'histoire des Afro-Américains cherchant un ancrage spirituel dans l'islam face aux difficultés sociales. Sans confirmer les faits, l'auteur explore la dimension symbolique de cette quête identitaire. Il replace cette interrogation dans le contexte plus large de l'attrait de l'islam pour certaines figures de la culture populaire.
p. 3 : La paix du monde aux mains des musulmans et chrétiens
Cet article aborde les enjeux du dialogue islamo-chrétien à travers des initiatives comme le Groupe d'amitié islamo-chrétien et le Forum islamo-catholique à Rome. Il insiste sur le fait que la stabilité mondiale repose sur la justice et la coexistence pacifique entre ces deux grandes communautés religieuses. Les auteurs prônent un renforcement des échanges pour dissiper les malentendus. La paix est présentée comme une responsabilité partagée nécessitant une volonté de dialogue sincère.
p. 3 : Obama, un autre accident de l'histoire?
L'article analyse l'élection historique de Barack Obama à la présidence des États-Unis, malgré les vives oppositions rencontrées durant sa campagne. Il compare son ascension politique à d'autres figures américaines dont l'élection a été perçue comme un tournant imprévu ou un accident de l'histoire. Le texte interroge la portée de ce changement pour le monde musulman et les relations internationales. Il offre une perspective critique sur la dynamique politique américaine contemporaine.
p. 3 : L’islam, parent pauvre du programme spécial du Président de la République
L'auteur dénonce le manque de soutien financier et institutionnel de l'État nigérien envers les structures islamiques. Il compare cette situation à d'autres secteurs bénéficiant de programmes spéciaux plus généreux. Le texte préconise un investissement massif dans la réhabilitation des écoles coraniques et des mosquées pour lutter contre la pauvreté et l'influence du fondamentalisme. Il appelle à une meilleure reconnaissance du rôle social des institutions religieuses au Niger.
p. 5 : Sharifu, fin de la nuit (La Rédaction)
Cet article retrace l'histoire de Cheikhou Sharifu, un jeune Tanzanien présenté en 1999 comme un enfant prodige capable de réciter le Coran. Le texte revient sur la ferveur médiatique et populaire extraordinaire qui a entouré sa visite au Sénégal. Il souligne également les prémices d'une polémique et l'approche critique adoptée par certains observateurs face à ce phénomène. C'est un retour sur un événement qui a marqué les esprits par son caractère mystérieux et controversé.
p. 6 : [Livre] Hamadi Redissi et "le pacte de Nadjd"
Cet article propose une interview de l'universitaire Hamadi Redissi à l'occasion de la sortie de son ouvrage "Le pacte de Nadjd". L'auteur y décrypte les origines historiques et doctrinales du wahhabisme. Il qualifie ce courant de "secte orthodoxe" et de "néo-kharijisme" tout en analysant ses implications géopolitiques. L'entretien offre une grille de lecture académique sur les fondements du wahhabisme et son influence actuelle.
p. 7 : [Culture] Entretien sur le réformisme et le wahhabisme (Zyed Krichen)
Cet entretien explore l'évolution historique du wahhabisme et ses liens complexes avec le mouvement de la Nahda et les Frères Musulmans. L'intervenant souligne l'influence mondiale acquise par ce courant grâce aux ressources pétrolières. Il analyse également les critiques formulées par les intellectuels saoudiens contre l'exclusivisme des écoles de jurisprudence traditionnelles. Le texte offre une réflexion profonde sur les tensions entre réformisme et conservatisme dans le monde musulman.
p. 7 : Le secret Mouhammadien à travers les voies soufies
Cet article met en lumière l'attachement profond des soufis au Prophète, illustré par la célébration du maoulid à Kiota au Niger sous l'égide de la Tariqa Tidjaniya. Il explique la notion mystique de « secret muhammadien », considéré comme un dépôt spirituel transmis par le Prophète à ses héritiers. Ce concept est présenté comme essentiel pour l'éveil spirituel des fidèles. Le texte souligne la richesse de la tradition soufie dans la transmission de la spiritualité islamique.Value Annotations
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Livre : Interview de l'écrivain Hamadi Redissi sur son livre " Le pacte de Nadjd "
Al maoulid
Prix Niger : 300 fcfa - Zone CEDEAO : 500 fcfa
Niger/Hadj 2008 :
le Hadj le plus redoutable
Au Niger, la gestion des questions religieuses en général et celle du hadj en particulier, résume à elle seule, toute la problématique de la mal gouvernance dont souffre le pays : Corruption, favoritisme, incopetence, irresponsabilité...et la liste est longue.
Ainsi, il ne serait pas exégéré de dire que dans les dix dernieres années, notre pays a pratiquement raté tous les grands rendez-vous religieuex : Hadj, maoulids, mais aussi les débuts et les fins de ramadans etc. Ces échéances pourtant bien connues sur le calendrier sont, elles aussi, à chaque fois "entachés d'irrégularité" un peu à l'image de nos élections.
Dans le cadre du hadj, c'est connu, le Niger est l'un des rares à toujours donner du fil à retordre aux autorités saoudiennes du fait de l'accumulation des retards et autres lacunes incorrigibles. Chez nous, il est vrai, la rigueur et l'esprit d'anticipation ne sont pas forcement de nos qualités prémieres. A quoi s'ajoute l'affairisme endémique de nos politiciens-busenessemen, lesquels se comportent en veritables sangsues au detriment du peuple. On en arrive à une situation où, ni les pelerins ni le Niger n'en sortent grandi.
Lire en page 2
Ziyara 2008 à Kiota :
Des fidèles à bord de 3032 vehicules chez le Khalife !
La Ziyara annuelle faite au Khalife par ses talibés au Nigeria, prend parfois l'allure d'un déménagement gigantesque. Pour cette année, ils étaient plusieurs dizaines de milliers de personnes de tous âges, à prendre d'assaut la ville sainte de Kiota à bord d'un convoi sans precedent. Du jamais vu...
Lire en P 3
La Ka'aba comme vous ne l'avez jamais vue
P 3
Michael Jackson est-il devenu musulman ?
P 3
Sharifu, fin de la nuit
P 4
Obama, un autre accident de l'histoire ?
P 3
Le phénomène des enfants prédicateurs :
Attention danger !
P 4
Editorial
Elh Ibrahim Gado
Sauvegarder le patrimoine prémier du peuple
Il n'est pas rare de voire des experts en tous genres, tirer et à juste titre, sur la sonnette d'alarme par rapport au danger qui menace la flore ou la faune, quand ce n'est pas pour la sauvegarde de tel ou tel patrimoine archéologique, culturel et que sais-je encore...
Mais ce sur quoi personne n'attire l'attention est bien la menace qui pèse sur le plus grand patrimoine national dont nous disposons, notre patrimoine prémier, à savoir notre identité islamique propre qui ne cesse de prendre des coups de tous les côtés depuis un certain temps parce que des individus téléguidés le veulent autrement !
L'islam dans sa définition est le même mais il était, dès au départ, né dans la pluralité des interprétations. Ainsi au Niger où il est majoritaire à plus de 99%, l'islam s'identifie comme un islam sunnite, soufi et de rite Mallikite. C'est un islam authentique parce que apparu sous nos cieux, à en croire les historiens, à l'aube de la révélation en l'an 666 après Jésus Christ, soit 34 ans seulement après l'Hégire.
Cette authenticité et cette appartenance sans faille à la mouvance sunnite et à l'école soufie Malikite sont les fondements identitaires de notre islam. Une identité limpide et respectueuse de l'unicité de la foi et de l'unité des croyants. C'est un patrimoine irremplaçable qui a été acquis à travers les âges grâce au dévouement et à la sagesse des Cheikhs soufis, qui avaient porté le message de l'islam et la langue arabe partout sur le continent sans épées ni armes à feu mais seulement avec l'amour et la détermination.
Aujourd'hui on nous fait savoir, au nom de je ne sais quel rigorisme religieux, que ces pères sont des apostats et leur legs facteur d'imitié et de cohésion sociale, un mal absolu. C'est cela la menace grave qui pèse aujourd'hui sur notre identité religieuse, sur notre société et sur l'islam tout simplement.
Si l'Arabie Saoudite tient malgré tout à son wahhabisme, l'Iran à son Chiisme, la Libye à son soufisme et le Maroc à son sunnisme Malikite, le Niger est en droit de préserver son patrimoine identitaire religieux qu'est l'islam sunnite basé sur le soufisme de rite Malikite. Mieux, notre pays a tous les droits de mettre l'islam en chantier à travers ses programmes politiques comme le fait d'ailleur actuellement l'Arabie saoudite, le Maroc, l'Algérie etc. C'est le seul moyen de créer de l'harmonie et de prévenir les dangers de l'extrémisme religieux à venir.
Quand la Maison de notre voisin brûle, on sait en principe ce qu'il nous attend à faire.
--- Page 2 ---
**Niger/ Hadj 2008:**
**Le hadj le plus redoutable**
**Regard**
**C'EST QUOI**
**LA SALATUL FAATIH?**
La Tidjaniya est une voie soufie qui se résume en la répétition de trois zikrs très célèbres qui sont tous conseillés dans le saint Coran, à savoir :
- La profession de foi, ou Laa ilaaha illa Allah.
- La demande de pardon auprès d'Allah ou Istighfaar.
- La prière sur le prophète Mohamed(psl) ou Salaat ala naby.
Pour ce qui est de la prière sur le prophète, la tidjaniya utilise une formule issue du fondateur de la Tariqa, Cheikh Ahmed Tidjani. On sait que pour prier sur le messager, n'importe qui peut en faire sa propre formulation. Seule condition exigée, rendre la formulation plus belle. D'où la formule Salaatul Faatih chez les tidjanes, qui veut dire "la prière d'ouverture".
Sachant qu'Allah et ses Anges prient sur le prophète, la particularité de la Salaatul faatih, est de souhaiter simplement que ces prières d'Allah soient à la mesure du haut rang de notre prophète bien aimé.
Et pourtant, les fondamentalistes nigériens, exploitant leur propre ignorance et celle de certains croyants, ont fait un bruit inutile autour de la question allant jusqu'à traiter d'apostates toute personne récitant cette prière!...
Savent-ils seulement déchiffrer un texte en arabe ? C'est la question que les Tidjanes se sont toujours posés avec stupeur. Car la salaatul faatih est un texte écrit dans un arabe limpide, sans équivoque dont voici une traduction :
"Ô SEIGNEUR, PRIE SUR NOTRE MAÎTRE, LE PROPHÈTE MOUHAMED, QUI A OUVERT CE QUI ÉTAIT FERMÉ (L'ISLAM), ET QUI A CLOS CE QUI A PRÉCÉDÉ (LA CHAINE DES RÉVÉLATIONS), TRIOMPHATEUR DE LA VÉRITÉ PAR LA VÉRITÉ ET QUI GUIDE SUR TON DROIT CHEMIN. (ET PRIE SUR LUI) ET SA FAMILLE, UNE PRIÈRE À LA MESURE DE SON RANG ÉLEVÉ"
Telle est donc la Salaatul faatih. Qu'y a-t-il d'inacceptable dans cette prière ?
Ô ignorance, quand tu nous tiens!
Au Niger, la gestion des questions religieuses en général et celle du hadj en particulier, résume à elle seule, toute la problématique de la mal gouvernance dont souffre le pays. : Corruption, favoritisme, incompétence, irresponsabilité...et la liste est longue.
Ainsi, il ne serait pas exagéré de dire que dans les dix dernières années, notre pays a pratiquement raté tous les grands rendez-vous religieux : Hadj, maoulids, mais aussi les débuts et les fins de ramadans etc. Ces échéances pourtant bien connues sur le calendrier sont, elles aussi, à chaque fois "entachés d'irrégularité" un peu à l'image de nos élections.
Dans le cadre du hadj, le Niger est l'un des rares à toujours donner du fil à retordre aux autorités saoudiennes du fait de l'accumulation des retards et autres lacunes incorrigibles. Chez nous, il est vrai, la rigueur et l'esprit d'anticipation ne sont pas forcement de nos qualités premières. A quoi s'ajoute l'affairisme endémique de nos politiciens-businessmen, lesquels se comportent en véritables sangsues au détriment du peuple. On en arrive à une situation où, ni les pèlerins ni le Niger n'en sortent grandi. Pour preuve le nom du Niger figurait à un moment sur la liste des disqualifiés du hadj 2008. N'eut été des interventions de dernières minute...
C'est dire que, pour la nème année consécutive, le convoyage de nos pèlerins aux lieux saints de l'islam, est en train d'offrir au monde son spectacle affligent. Ce qui a fini par convaincre les plus optimistes que le hadj 2008 est aussi mal parti que les précédents.
Autrefois accusé d'indifférence notoire, le très laïc Etat du Niger, répugnait à se mêler du hadj, même lorsque nos compatriotes enduraient des souffrances inouïes sur les tarmacs des aéroports. Et seul feu Président Baré, eut l'idée d'aller en personne "aux chevets" de nos pèlerins à l'Aéroport Diori hamani comme il le fit aussi à Mina...par comment en est-on arriver à trouver aujourd'hui les politiciens au coeur du dispositif ?
Profitant du "je-m'en-foutisme" de l'Etat et des querelles intestines entre les agences, une certaine administration s'est emparé des principaux leviers du hadj, notamment celui du transport et surtout de l'argent du transport pour lequel un compte-hadj est même ouvert à la banque islamique depuis 2007.
L'opération hadj mobilise quand même, bon an mal an, un pactole de plus de 10 milliards de cfa, au bas mot. Et pour une année comme celle-ci, ce montant peut être allègrement doublé. Vraiment de quoi aiguiser les appétits les plus gargantuesques dans ce pays. Le Hadj, n'est-ce-pas une affaire trop sérieuse...pour être confiée à des agences de voyage?!.
Alors on comprend pourquoi chaque édition du hadj constitue un exemple unique de cafouillage dans son genre. Ainsi pour négocier, cette année, le contrat de transport aérien avec Ethiopian airlines, il a fallu attendre comme toujours la dernière minute pour dépêcher en Ethiopie...la ministre des affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou, qui était également porteuse d'une seconde lettre du Chef de l'Etat au roi Abdallah d'Arabie. Simple question, assure-t-on, de précaution au cas ou!
En essayant ainsi de sauver le hadj par tous les moyens, l'Etat était bien dans son rôle. N'empêche, à force de négligence, on en est arrivé à tuer un moustique avec un très gros marteau, à savoir l'utilisation de toute l'artillerie diplomatique pour l'affrètement d'un simple avion de ligne!
mais comme nous sommes au Niger, c'était une prouesse! On semblait même grisé par ce "succès" au point d'écarter de la gestion du dossier aussi bien les agences que le ministère des transports et même la commission Hadj...
Partant du fait que le Hadj est un luxe qui ne s'impose qu'aux nantis, serait-il responsable de la part de l'Etat nigérien, de laisser partir des gens sans la moindre provision ?
Or en signant ce contrat de transport dans le noir, et npon sans amateurisme, on a privé les agences d'un avantage colossal auxquels elles ont droit : Notamment les billets d'encadrement offerts gratuitement par toute compagnie ayant signé un contrat du genre. Pour neuf mille pèlerins, cela représente environ 180 billets gratuits perdus. Et, le comble, on a promis dans le contrat à Ethiopians neuf mille pèlerins...sans les avoir en main, mais on signa quand même! Réalisant trops tard l'immensité de cette duperie, on tente alors de boucher le trou, en surévaluant le billet unitaire. Voilé comment il a frôlé les 1.030 000 fcfa. Et avec les autres charges comme le logement, les transports internes en Arabie, les cotisations etc, cela représente une facture insupportable pour le nigérien, et pour ajouter au cafouillage, on fit faire un tirage au sort à la grande satisfaction des agences. Et dés le lendemain, on jeta le résultat dans la poubelle! C'est parce que l'ordre des départs sorti démocratiquement de l'urne, n'arrangeait pas finalement certains individus bien en vue...
sachant les difficultés auxquelles de tels mic mac nous ont exposé l'année dernière, on se demande finalement si dans ce pays les anciennes leçons sont vraiment retenues.
C'est pourquoi les professionnels craignent, et en connaissance de cause, que cette année ne soit particulièrement difficile pour nos pèlerins. Et cela pour plusieurs raisons :
- D'abord l'opacité du contrat de transport aérien qui ne cachait pas seulement des intérêts inavouables, mais cache aussi de graves lacunes. Elle constitue une menace pour la sécurité des pèlerins. On sait que jusque là, ce sont des véritables épaves volantes, au demeurant interdites de survole sur plusieurs continents, qui transportaient nos pèlerins sans que cela n'émeuve les responsables.
- Ensuite le montant exorbitant du billet d'avion, que rien ne justifie, et qui intervient dans un contexte de crise ambiante où le sac de riz frôle les trente mille fcfa. De quoi saigner à blanc les pauvres ménages nigériens. Et d'ores et déjà, les plus fortunés de nos pèlerins ont cassé leur tirelire. D'autres sont partis à crédit. L'un dans l'autre le maigre argent de poche, a été investi pour compléter le billet. Ce qui, de facto, place ces pèlerins-là en position de mendicité.
D'autres, portés par leur dignité, se laisseront certainement mourir de faim que de mendier. A ce titre, le hadj de cette année laisse présager déjà de l'imminence d'un véritable désastre humanitaire pour les nigériens. D'où l'urgence de prendre en charge les éventuels naufragés du hadj 2008.
Là dessus, il y'a lieu de s'interroger : Faut-il, à l'avenir, laisser accomplir le hadj par des gens n'ayant pas réuni toutes les conditions ? En temps normal déjà, les "déshérités du hadj" se comptaient par dizaines. Et qu'en sera-t-il de cette année où la montée en flèche du prix du hadj a pris pratiquement tout le monde de court ? Avant le départ déjà, beaucoup de pèlerins ne cachaient plus leur forte appréhension sur ce point.
Le Hadj est un luxe qui s'impose aux seuls nantis, serait-il responsable de la part de l'Etat nigérien de laisser partir des gens sans la moindre provision ? Ne serait-il pas mieux d'imposer un montant minimal à exhiber à l'aéroport avant d'embarquer, un peu à l'image de la fameuse pécule que le général Kountché imposait en son temps aux pèlerins nigériens ?
Si l'éventualité d'un désastre humanitaire est redouté, cette année, à nos pèlerins, c'est la faute aux autorités qui ont fait monter le prix du billet à leur profit et au détriment du peuple. En plus du mépris que cela dénote envers l'islam et son cinquième pilier, c'est aussi et surtout la bonne réputation de notre pays qui en prendrai un coup sérieux, car si jamais les craintes que nous exprimons ici arrivaient à se produire, et touchons du bois, le Niger aura ainsi fait le hadj le plus misérable et le plus désastreux de son histoire, d'autant plus qu'on aurait pu l'éviter.
On nous dira qu'une solution demande des moyens énormes. Or ces moyens existent, puisque le compte officiel hadj ouvert à la Banque renfermerait à ce jour un reliquat de l'an passé estimé à quelques huit cent millions de cfa! A quoi devrait servir cet argent si ce n'est à secourir nos pèlerins en détresse, et même pourquoi pas, à exonérer une partie des charges du transport ? Cet argent ne représente-t-il pas, avec les cotisations de cette année, un pactole suffisant pour mettre les nigériens dans les meilleurs conditions d'hébergement en Arabie Saoudite ?
Pour votre information, sachez par exemple que le campement des nigériens à Mina, est le plus plus insalubres! N'est-ce pas déshonorant que le Niger, avec ses 99% de musulmans, fasse figure d'un naine, devant des "pays néophytes" comme le Togo, le Burkina ou la Côte d'Ivoire, au plan organisationnel ? Dans tous ces pays, au demeurant dirigés par des non musulmans, des soins particuliers sont pris à l'endroit des pèlerins. Et ces pays vont jusqu'à exonérer leurs pèlerins de toutes les taxes douanières à leur retour au pays.
Pendant ce temps, que constatons-nous chez nous à l'Aéroport ?
Un désordre indescriptible, lié à l'absence de toute infrastructure voire de tout comité d'accueil, comme si la mission du comité-hadj ne commence et ne finit qu'en Arabie. D'où le règne de la confusion, de la corruption et autres raquettes dont souffrent nos pèlerins des mains parfois de certains porteurs de tenu...
Pas étonnant si, du fait certainement de tant de mépris, les nigériens finissent par se convaincre qu'ils sont traités en étrangers dans leur propre pays. Un sentiment que résume un El hadj expatrié en ces termes : "Les pays côtiers, sans islam, savent réserver aux pèlerins un accueil des plus islamiques. Au Niger, pays islamique, l'accueil reste des plus mécréants!".
Elh Barham Cheikh
**Al Maoulid**
Mensuel islamique satirique d'information et de réflexion
N°009 de Nov 2008
Bp: 12065 Niamey Niger
Tel: (00227)96 59 00 62
E-mail: almaoulidinfo@yahoo.fr
Directeur de publication
Elh Barham Cheikh
Comité de rédaction:
Dr. Zakarya Med Rabany
Mamadoul Taybou Issa
Dr. Abdoul Lawi Cheikh
Mohamed Mamoudou
Elh Barham Cheikh
Directeur commercial:
Boubé Kountchétarey
Impression
INN
2000 exemplaires
--- Page 3 ---
Al Maoulid ACTUALITE 3
La ka'aba comme vous ne l'avez jamais vu
Vue interieur de la Ka'aba
Details extérieur de la Ka'aba
Coupe interieur de la Ka'aba
Le grand public ne connaît de la Ka'aba que son manteau sombre. Mais son intérieur n'est visité que par quelques rares privilégiés. Notamment de personnalités du monde islamique composé généralement de chefs d'Etat et des princes. Normal, puisque celui chargé de nettoyer l'intérieur de la Ka'aba, n'est autre que le roi en personne. Ainsi chaque année, le premier des saoudiens s'y présente balai en main. D'où son surnom de serviteur des deux saintes Mosquées. La première image ci-contre en montre d'ailleurs une séquence. (Notons que le visage du roi a été caché avec un petit carré blanc). Un note également que la ka'aba est soutenu à l'intérieur par trois piliers imposants et décorés. Le Wahhabisme, il faut le dire n'est pas mauvais sur toute la ligne. Car on lui doit une grande modernisation des saintes Mosquées.
Le ministère saoudien du Hajj multiplie les initiatives
Comme toujours, les autorités saoudiennes font des merveilles pour améliorer le déroulement du pèlerinage. Des gigantesques chantiers sont actuellement en cours et qui vont changer totalement le visage de La Mecque. Rasage des collines environnantes et des immeubles, créations des tunnels etc. Et pour la première fois, on découvre une enquête de satisfaction sur le site officiel consacré au hajj : Hajinformation.com. Accueil, transports, etc., les musulmans ayant déjà effectué leur hadj sont invités à répondre à ce questionnaire. Le ministère du Hajj a bien compris que pour offrir un meilleur service et de meilleures conditions de pèlerinage, ce sont les premiers concernés qu'il faut interroger. L'initiative est à saluer et l'information à transmettre. Parlons-en à nos amis
La paix du monde aux mains des musulmans et chrétiens
Pendant tout le mois de novembre, le Groupe d'amitié islamo-chrétien réuni, pour la huitième année consécutive à Rome, propose une série d'évènements pour faire "l'expérience de la rencontre de l'autre" Les discussions ont commencé par une rencontre historique au sommet. 24 dignitaires musulmans -dont 12 religieux et 12 intellectuels - vont dialoguer avec leurs homologues chrétiens gue pour la paix : " Musulmans et chrétiens constituent bien ensemble plus de la moitié de la population mondiale. Sans la paix et la justice entre ces communautés religieuses, il ne peut y avoir de paix significative dans le monde. L'avenir du monde dépend donc de la paix entre musulmans et chrétiens ".
Le roi de la pop, Michael Jackson, s'est-il converti à l'islam ?
Michael Jackson, le roi de la pop, est "sur le point" de se convertir à l'Islam. C'est une annonce de CBS News faite la semaine passée. Les rumeurs sur la conversion de Michael Jackson à l'islam date de 2003. Saeed Shabazz, un journaliste de The Final Call, la publication de Nation of Islam, indiqua que Jackson avait rejoint l'organisation. Il ajouta que le dirigeant de NOI, Louis Farrakhan, "[discernait] une grande spiritualité en Michael".
Il ne refit surface qu'en juin 2005, après l'acquittement de Jackson des accusations de pédophilie portées contre lui. En octobre, il s'installa au Bahreïn, dans un palais du prince héritier Salman ibn Hamed Khalifa. L'avocat de Jackson fit savoir qu'il "vivait de manière permanente" dans le petit État insulaire du Golfe persique comptant juste 363 000 Bahreïnis et la moitié autant de résidents étrangers.
En novembre, on apprit que Jackson allait faire don "d'une énorme somme d'argent" pour faire bâtir une mosquée à proximité de sa nouvelle résidence. Le journal Khaleej Times expliqua que la mosquée "serait destinée à l'étude des principes et des enseignements de l'Islam de même qu'à l'étude de la langue anglaise, ce pourquoi des enseignants de haut-vol se rendraient sur place depuis les États-Unis sous sa supervision personnelle".
En janvier, une société commerciale du Bahreïn, AAJ Holdings, annonça qu'elle avait loué les services de Jackson au titre de consultant en divertissements. En outre, Jackson fut photographié alors qu'il quittait un centre d'achats bahreïni portant un voile noir, des gants noirs et une robe noire (une abbaya). En d'autres termes, il s'habilla comme une femme islamiste pour éviter la publicité.
Compte tenu des excentricités notoires de Michael Jackson, il est malaisé de comprendre à quoi rime son aventure au Bahreïn, mais s'il se convertit réellement à l'Islam, il suivra ainsi une voie bien tracée, depuis la fin des années 1940, par des Afro-Américains se tournant vers une forme ou une autre d'Islam, surtout quand ils sont en difficulté...
dans le cadre du premier Forum islamo-catholique qui se tiendra à Rome. Les débats d'ouverture seront consacrés aux fondements spirituels et théologiques des deux religions. Une audience avec le Pape Benoît XVI est prévue à la fin de ces trois journées. Cette rencontre qualifiée d'" historique " par l'Eglise catholique inaugure la première instance permanente de dialogue entre le Vatican et les hauts représentants de l'islam. Elle devrait avoir lieu tous les deux ans. Annoncée en mars dernier, ce forum fait suite à la lettre initiée par le prince jordanien Ghazi bin Muhammad bin Talal en réaction au discours controversé de Benoît XVI à Ratisbonne (Allemagne) en septembre 2006. Les propos du souverain pontife avaient déclenché la colère des musulmans qui lui reprochaient d'associer l'islam à la violence.
Onze mois plus tard, cette missive signée par 138 dignitaires musulmans, soutenue aujourd'hui par plus de 250 signataires, invitait les responsables de toutes les Eglises chrétiennes au dialogue...
Obama, un autre accident de l'histoire ?
Même si la campagne de McCain a essayé de faire passer Barack Obama pour un féru des impôts et de la dépense, un ami des terroristes et un radical fumeur de joints des années 1960, le sénateur de l'Illinois, "accusé" d'être "un musulman caché", a tout de même remporté haut la main les élections présidentielles.
L'histoire a montré que la plupart des meilleurs présidents des Etats-Unis ont été, dit-on, des accidents de l'histoire, la leur ou celle de leur pays. Abraham Lincoln n'a été élu que parce que le candidat d'un troisième parti, John C. Breckinridge, avait éparpillé les voix de l'opposition. Le vice-président Teddy Roosevelt est arrivé au pouvoir quand McKinley a été assassiné. Thomas Jefferson ne fut élu qu'après un vote départagé par la Chambre des représentants. Pendant la campagne, on avait entendu dire que tout était en faveur d'Obama saufe une chose : le fait qu'il soit noir face à des adevrsaires blancs coriaces, Hilary et McCain. L'heureux accident, pour lui, c'était peut-être cela.
L'islam, parent pauvre du programme spécial du Président de la République
La plupart des secteurs vitaux de notre pays ont bénéficié à un titre ou à un autre, d'un appui de la part du Président de la République dans le cadre de son programme spécial. Exception faite de l'islam, la religion qui préoccupe quotidiennement plus de 99% de ses sujets. A l'heure où Sa Majesté le roi du maroc fait les statistiques de ses Mosquées et établit des salaires aux imams, le Niger ne semble même pas capable de comprendre l'importance politique et stratégique d'une telle démarche.
Et pourtant, s'il est un secteur où le besoin d'investissement est le plus pressent, c'est bien l'islam dont les promoteurs sont, dans bien de cas, des acteurs incontournables de développement. Sachant que la pauvreté est le meilleurs allé des fondamentalistes musulmans, investir en islam, par la réhabilitation des écoles coraniques, des Mosquées et par le renforcement des capacités des imams, c'est, comme disent les politiciens, faire d'une pierre deux coups.
Des fidèles, à bord de 3032 véhicules, chez le Khalife !
Lorsque les fidèles musulmans du grand Nord nigérian décident d'investir une petite localité de notre pays en une seul nuit, cela ressemblerait forcement à un déménagement monstre. Et pourtant, c'est ce qui se passe chaque année au mois d'Octobre à Kiota.
Une semaine après la grande lecture du Coran qui s'est soldé par la lecture de plus de quinze mille Khathmas, intervint la Grande Ziyara annuelle des fidèles tidjanes du Nigeria. Il s'agit d'une visite annuelle groupée dans laquelle prenait part tous les Etats du Nord du Nigeria : Du modeste talibé au dignitaire religieux, en passant par le petit commerçant, s'embarquent dans des véhicules de tous calibres. Destination : Kiota. Le but est de faire la "Ziyara" au Khalife. Une sorte d'allégeance recommandée en islam entre les croyants et leur hiérarchie.
A cette occasion, des séances de zikr sont tenues toute la nuit. Et, au petit matin, un peu à l'image du maoulid, le Cheikh libère tout le monde après des prises de parole du khalife et des dignitaires hôtes. Le tout terminé d'une grande Fatiha de clôture.
La nuit de la Ziyara fait partie des grands rendez-vous annuels le plus attendus de la région même si les médias, généralement pris de court, n'en rendent compte que rarement. Cette Ziyara date pourtant de plusieurs décennies. Sauf qu'elle a pris, après le décès du Cheikh Aboubacar Hachem, une ampleur sans précédant liée à la personnalité charismatique du khalife, mais aussi au désirs chez le fidèles de visiter le somptueux Mausolée du défunt Cheikh en vue de prier pour le repos de son âme.
La nuit de la Ziyara offre à la population l'opportunité de démontrer son sens de l'hospitalité et d'accueil dans la pure tradition légendaire de Zarmatarey.
La Ziyara, un acte religieux certes, mais c'est aussi un acte original de consolidation des liens fraternels entre le Niger et le Nigeria. Même si elle se déroulait hors des canaux officiels, la Ziyara, en plus d'être un exemple parfait de fraternité religieuse, est aussi un exemple de coopération entre les peuples. Pour cela, elle mériterait les encouragments des autorités des deux pays. Car après la CEDEAO politique, nous avons aussi besoin d'une CEDEAO religieuse, une CEDEAO des peuples. La concrétisation du grand projet communautaire régional devrait commencer peut-être par là.
BARHAM CHEIKH
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Enfants prédicateurs:
Attention danger!
A l'heure où le monde entier mène une campagne sans précédant contre la pédophilie, le trafique d'enfant, ou encore le phénomène des enfants soldats, certains intégristes musulmans n'hésitent pas, eux aussi, à utiliser les enfants à des fins djihadiques. Cela commence, on le sait, par leur enrôlement dans le prêche à spectacle. Un phénomène qui gagne du terrain jusque chez nous. Où doit être donc la place des petits enfants, à l'école ou sur les tribune de prêche de vendredi? Quel sens les manipulateurs professionnels des mineurs donnent-ils au mot "éducation" en islam?.
Pendant le mois béni de ramadan, sur une chaîne de télévision à Niamey, les téléspectateurs ont suivi un phénomène nouveau : Il s'agit du spectacle d'un enfant prêcheur : Il s'agit du numéro d'un de ces enfants " prodiges " à peine capable de marcher, mais qui connaissent déjà tout au point de faire vibrer les foules des croyants. L'élément diffusée et rediffusée à satiété, et qui continue de nos jours, montrait un bébé, haut comme deux pommes, qui était très bien encadré par des barbus, et qui haranguait en arabe un parterre d'auditeurs de tous âges. Le style agressif du discours écrit dans la pure tradition des intégristes islamistes, ainsi que l'incohérence des gestes du bambin, rappelle quelque chose de bûché, d'irréel. Ce n'est pas la première fois que des prosélytes malhonnêtes utilisent les services des mineurs pour arriver à leur fin.
On se rappelle du fameux petit tanzanien du nom de Sahrifu qui, en 1999, avait défrayé la chronique en Afrique et même au-delà. Parce qu'on lui attribuait des pouvoirs surnaturels et autres " dons " extraordinaires en vertu desquels le bambin d'à peine six ans, était sensé être un polyglotte maîtrisant aussi bien le Coran...que la Bible ! sans compter le sawahili, sa langue maternelle, il parlerait couramment le français, l'anglais, l'arabe etc. Voici un enfant mystérieux qui avait à l'époque mobilisé des foules hystériques incroyables à Abidjan, à Cotonou, à Dakar et dans d'autres capitales. Accueilli en véritable " messie ", par la presse africaine, ivoirienne et sénégalaise notamment, l'enfant était reçu partout en grande pompe et pendant des journées entières, par des foules des croyants, mais aussi de grands dignitaires religieux, et parfois, des chefs d'Etat. Le jeune Sharifu, qui avait le même âge que notre jeune prédicateur montré à la télé aujourd'hui, était étroitement encadré, comme lui, et surveillé par un staff d'adultes bien organisé.
Tout cela pour disparaître en suite à jamais dans la nature aussi mystérieusement qu'il était apparu. Une situation pourtant prévisible parce qu'à l'époque, seul le journal de Sidi lamine Niasse, Wal fadjri, taxée pourtant à l'époque de tous les noms, avait pris ses distances face aux prouesses supposés du jeune tanzanien. La rédaction du journal alla jusqu'à envoyer une équipe d'enquête sur place, en Tanzani. Une enquête minutieuse qui permit en fin de découvrir une énorme escroquerie ainsi que le vrai Sharifu en chere et en os, et ses parents. Un Sharifu nettement plus modeste qui se contentait juste de réciter quelques versets coraniques. Et rien de plus!
L'Afrique est certes un continent qui a une " forte soif de la foi ", une soif que des esprits illuminés, " millénaristes ", disait Sidi lamine Niasse, n'hésitent pas à exploiter. Mais la question que l'on se pose est : peut-on, islamiquement parlant, utiliser les tout petits à des fins djihadiques ? Quelles sont les motivations réelles des promoteurs de telles idées au Niger, quand on est dans une logique rigoriste sensée combattre comme ils disent, " toute forme d'obscurantisme" dans la religion ? Quand on sait que notre film du petit prédicateur est diffusé dans une langue des plus minoritaire au Niger, l'arabe, il y'a lieu de se poser mille et une questions sur la diffusion et rediffusion de l'élément. Pour faire passer le message d'Allah, faut-il vraiment faire feu de tous bois? Veut-on nous préparer à la venu d'un nouveau Sharifu au niger?
Au Sénégal, on a vu le très pro-wahhabite, le journal Djamra, jouer un rôle plus que actif dans la promotion du jeune prodige. Chose étonnante quand on sait que ce journal apprenait à une mouvance islamiste des plus rigoristes. Dans l'oeuvre de prédication, la fin justife-t-elle le moyen?. Non! l'islam est une religion de bon sens et Allah est Pureté, Il n'accepte que du pure.
Que les tout petits soient formés pour s'adresser, à l'occasion, à leurs petits copains de même âge, cela pouvait peut être se concevoir, mais qu'ils soient formés pour former des adultes, cela manque de logique. N'est-ce pas un monde à l'envers quand un bébé qui a encore besoin de ses biberons ou de ses jouets, ou un gamin de 7 ans, se met à " former " des vieillards de 77 ans ? En agissant ainsi, on ne fait pas que leur voler leur enfance, à ces jeunes, mais on les détruit purement et simplement. C'est comme cela qu'on crée des bombes humaines précoces.
Déjà, à écouter ces bambins du haut du perchoir, on découvre en eux de véritables petits...explosifs verbaux qui, d'anathèmes en injures et d'autres propos haineux, empestent l'atmosphère et ne laisse aucune chance à l'amour et la tolérance islamiques que tout prédicateur est sensé véhiculer au nom de la sounnah du prophète.
A nos prosélytes et autres médias islamques de faire attention, car à trop vouloir fabriquer des messies, on court le risque de fabriquer des monstruosités.
A bon entendeur...
BARHAM CHEIKH
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jeunes prédicateurs sous les feux de la rampe
Le phénomène des enfants prédicateurs a commencé véritablement dans certains pays musulmans asiatiques comme l'Indonésie, la Malaisie avant de commencer à envahir d'autres pays musulmans du moyen orient via les chaînes satélitaires arabes avides de nouveautés surtout lorsqu'elle associent télé-réalité et religion.
En Indonésie, une chaîne de télévision privée est la première à programmer une émission du genre intitulée PILDACIL (qu'on pourrait traduire par " Concours des petits prédicateurs ") qui vise, comme son nom l'indique, à designer le meilleur petit prédicateur du pays.
Il ne s'agit pas ici des habituelles récitations du Coran (faites par les magnifiques voies de très jeunes musulmans) auxquelles nous sommes habitués et pour lesquelles il existe même des concours annuels appelés Moussabakates. Il s'agit plutôt d'un nouveau phénomène de prédication qui, contrairement à la psalmodie du Coran, peut poser problème.
En effet, premièrement, le problème c'est qu'aujourd'hui, on ne se contente pas de former les enfants aux techniques de la psalmodie du Coran. On en fait aussi des... prédicateurs. Voire des téléprédicateurs capables de faire vibrer les foules de croyants non pas avec leur propres idées mais avec les idées d'adultes tapis dans l'ombre. Et si même ces bébés arrivent à émettre leurs propres idées, le problème reste le même. Que peut bien conseiller un morne morveux à son père ou son grand père ?
Sur la chaîne indonésienne, on s'embarasse pas de questios. Ainsi au cours de l'émission, les enfants prêcheurs âgés de 6 à 9 ans, s'affrontent dans une joute verbale, le gagnant remportant deux billets d'avion, pour un pèlerinage à la Mecque. Le Conseil des oulémas indonésiens, organisation influente et conservatrice, avait même jugé en 2005 que "Pildacil" était le meilleur programme télévisé pour la jeunesse. Soit.
Que ces bébés-lauréats partent à la Mecque pour le pèlerinage nous parait un peu exagéré. Là où, au regard de leur âge, un simple tourisme aux lieux saints de l'islam, en temps ordinaires, aurait pu suffir. Ceci pour simplement rappeler que le prophète, en son temps, n'a pas privé ses petits fils, Hassan et Hussein, de jouir pleinement de leur enfance et de s'égayer à satiété.
Enfin que dire, aux yeux de la Charia, de la récitation de versets coraniques appris par cœur, dans un show télévisé à l'américaine, dans une immitation flagrante des Star Academy et autres émissions de généralité ou de jeux que l'on trouve sur les chaînes occidentales ?
La prédication enfantine peut, à la rigueur, être acceptable, tant qu'il ne prend pas cette forme de (re)islamisation rampante (dans le sens de " salafisation ") et tant qu'il ne serve pas de vivier aux mouvements fondamentalistes, dont on connaît la capacité d'embrigadement, surtout parmi les plus jeunes population d'autant plus vulnérables qu'elle est très influençable. "
De toute façon, le prophète Mouhamed n'a jamais fait pareille chose. A Al maoulid info, nous sommes résolument pour un islam moderne et ouvert, un islam qui donne à sa jeunesse les pleins moyens de formation et d'épanouissement. Mais pas un islam qui se limite à créer seulement une société très pénétrée par les idées intégristes au détriment d'une enfance saine, innocente et tolérante.
dans l'Allemagne d'Hitler, on sait ce qu'étaient devenus les jeunes enfants embrigadés de la sorte par les Nazis : des monstres aux visages juvéniles. Et, même en islam, un enfant qui commence sa vie à l'envers, par l'autre bout, ne finit que par devenir un monstre-kamikaze. En somme un danger pour l'islam et la société.
Dr. Abdul lawi Cheikh
Sharifu, fin de la nuit
En 1999, un jeune tanzanien d'à peine six ans du nom de Cheikhou Sharifu, défraya la chronique en Afrique de l'Ouest et plus particulièrement au Sénégal. Présenté comme étant un miracle né, pénétré de révélations divines dont le moindre n'était pas d'avoir récité le Coran à quatre mois. Dans un pays à plus de 95% musulmans comme le Sénégal, où les populations vivent leur religion avec passion, la venue de ce jeune tanzanien allait donner lieu à une ferveur extraordinaire. Orchestré par un comité de pilotage, cette visite se révélera un gigantesque spectacle médiatico-religieux. Mais elle générera aussi une intense polémique. Car tout le monde n'est pas tombé dans la béate fascination pour s'interdire toute approche critique d'un phénomène qui semblait sortir du néant. A commencer par Sidy Lamine Niasse, le directeur du journal Wal fadjri qui dépêcha non seulement une équipe d'enquête en Tanzani pour élucider l'affaire, mais aussi finit par accoucher d'un livre intitulé : Sharifu, fin de la nuit. Extrait.
Le jeune Sharifu haranguant la foule au stade Iba Mar Diop de Dakar, sous l'oeil vigilant du comité de pilotage et en presence d'un parterre de dignitaires religieux.
Les phénomènes du type Cheikhou Sharifu ne sont pas nouveaux sous nos cieux. Nous avons comme des résidus archaïques enfouis dans notre conscience collective, des faiseurs de miracles, sous la forme de ce que Carle Jung appelle des archétypes. Ce ne sont pas de histoires définies et figées, mais des exemples transmis à travers les âges, et qui ont fini par structurer l'imaginaire collectif autour de personnages exceptionnels, des faiseurs de fortune, des sauveurs que l'on souhaiterait rencontrer un jour, au détour d'un chemin. Les cas sont nombreux, dont l'un des derniers et sans doute des plus complexes est l'histoire des " rétrécisseurs de sexe ".
Mais l'histoire de Cheikhou est originale et différente sous bien des aspects. Trois raisons à cela :
- En premier lieu, toutes les histoires similaires, en dehors des travaux d'historiens qui essaient d'en saisir la portée, ou des sociologues qui essaient d'en donner le sens, ont rarement dépassé le cadre de la rumeur et du m'a-t-on dit. Elles ne restent à l'état conscient que chez quelques personnes éprises de récits fantastiques. Que ce soit l'affaire Abdou Xaalis à kaolack ou encore de Diambarou Diane.
- En second lieu, rarement, en dehors du cas des " rétrécisseurs de sexe " que l'on disait venir du Nigérian, un phénomène n'avait eu une dimension internationale au point de se transformer en une affaire d'Etat. Puisque c'est de cela qu'il s'agit. A travers son symbole le plus représentatif, le président de la République, c'est le Sénégal officiel qui a accueilli Sharifu. Pour des raisons difficiles à cerner.
Avant de venir au Sénégal, Cheikhou Sharifu a visité treize pays au total, sous la direction de l'incontournable Wazir Fumbo, son " oncle ". Le Sénégal en était le quatorzième. Partout où il passait, le jeune " prodige " était reçu par des chefs d'Etat. Parfois de grande envergure. C'est le cas du président libyen Mouammar Kadhafi, à qui il avait rendu visite avant de séjourner au Bénin, selon la presse locale.
- La troisième raison est liée au support médiatisé qui accompagne les visites du jeune Tanzanien, en particulier l'audiovisuel qui a participé à donner un effet de véracité et d'ampleur à tous les développements ultérieurs sur la vie et les dons vrais ou supposés su jeune Sharifu.
C'est par la télévision ivoirienne, à travers des images transmises dans le cadre des échanges d'images d'Aitv, la branche internationale de Rfo, que les sénégalais ont pris connaissance de l'existence du " miracle tanzanien ". Auparavant, des dépêches d'agences avaient été reprises pour donner les premiers échos du phénomène dans les journaux, mais elles furent d'un impact nul. Mais l'image de l'enfant, diffusée à une heure de grande écoute par la télévision sénégalaise, au point, lors du journal télévisé de 20 h du 12 Avril 1999, a captivé l'intérêt des téléspectateurs, au point d'être proposée en rediffusion le lendemain.
Les journalistes de la Radiotélévisée ivoirienne, de laquelle viennent ces images diffusées au Sénégal, présentent le jeune prédicateur comme ayant prononcé les premiers versets du Coran à l'âge de quatre mois. De même qu'il s'est sevré lui-même à deux mois. Et qu'à quatre ans, il parlait quatre langues dont l'arabe et le français. Ces différentes qualités énumérées sont entrecoupées de " on dit ". Les membres du comité de pilotage de la visite de Cheikhou Sharifu au Sénégal ne s'en sont pas privés par la suite.
Le gros plan fait sur des centaines de personnes pleurant devant les images d'un petit enfant ont donné une poussée d'adrénaline supplémentaire chez des sénégalais, si attentifs au miracle. Il faut convenir qu'à ce niveau, il n'y a pas une " exception sénégalaise ". Comme il n'y a pas une exception dans la capacité de se tromper. Devant la pertinence des images et du commentaire qui font l'élément, le doute n'était plus permis. Comme dirait l'adage wolof, Weddi gis bokku ci. (Chose vue ne se nie pas).
L'image est diffusée par la télévision sénégalaise. Le spécialiste maison des questions religieuses, Ahmed Bachir Kounta, en profite pour annoncer que le Directeur de la télévision sénégalaise, Babacar Diagne, se propose " d'amener aux sénégalais l'enfant prodige tanzanien "
Au cours de cette semaine, la presse répercute, dans une proportion démesurée, le voyage annoncé du jeune tanzanien. Sans la moindre précaution quant à la réalité des prouesse qui lui sont attribuées.
Remarquée pour sa discrétion sur cette affaire, le quotidien, Wal Fadjri en premier, annonce dans sa livraison du vendredi 16 Avril, que le Messie tanzanien est attendu à Dakar "à la fin du mois ". C'est à travers une brève qu'il révèle : " Cheikhou Sharifu a, dit-on, une maitrise parfaite du Coran et de la Bible ". Avant de poursuivre : " Déjà, quatre mois avant sa naissance, ce jeune prodige a commencé par étonner ses parents et son entourage, non seulement en prononçant ses premières paroles, mais aussi et surtout en récitant des versets du Coran. "
Le lendemain samedi, l'Info 7 en fait sa une photo à l'appui. Le journal dans sa première manchette, rappelle à nouveau que " le garçon tanzanien de quatre ans connaît tous les arcanes des textes saints, le Coran et la Bible ; il est polyglotte et parle quatre langues : le swahili, l'anglais, le français et l'arabe. Il est présenté comme un messie. " Un peu plus que ce qu'en dit Wal fadjri. L'article, en plus des informations déjà fournies, révèle par le journal de Sacré-Coeur relate que " les millénaristes qui scrutent la venue du messie à la fin de chaque millénaire feraient aisément de lui l'annonciateur de la fin des temps ". L'article révèle même, plus loin, que Sharifu a été annoncé par Nostradamus...
Mieux que ce que les ivoiriens ont dit. Il ne restait qu'à faire comme eux : l'inviter à Dakar comme il a été à Abidjan.
L'idée a germé dans la tête du directeur de la télévision sénégalaise. Celui qui fait toutes les quinzaines un Très gros plan sur les phénomènes sociaux et religieux. Babacar Diagne de trouver là un très gros morceau. Qui se révélera trop gros.
Al Maoulid Info N° 009 de Nov 2008
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Livre:
Hamadi Redissi et " le pacte de Nadjd "
Suite à notre dossier sur l'Histoire du Wahhabisme, nos lecteurs ont montré de l'engouement et beaucoup d'intérêt et veulent en savoir davantage sur cette doctrine qui a aujourd'hui pignon sur rue grâce aux pétrodollars et qui malheureusement continue de semer le désordre un peu partout dans le monde islamique. Votre journal Al Maoulid info vous amener à la rencontre d'un grand auteur analyste des sociétés islamiques, M. Hamadi Redissi, auteur d'un livre intitulé:"le pacte de Nadjd.
En moins de dix ans, Hamadi Redissi publie un troisième grand livre. Après "Les Politiques en Islam. Le Prophète, le roi et le savant" (L'Harmattan 1998), "L'exception islamique" (Seuil, 2004) ; voilà "Le pacte de Nadjd". Ou comment l'islam sectaire est devenu l'islam" (Seuil 2007). L'œuvre prend de l'ampleur et l'auteur devient, incontestablement, l'un des plus brillants analystes de l'histoire des idées dans l'Islam moderne et contemporain.
"Le pacte de Nadjd" est d'abord le premier récit historique d'une doctrine très médiatique, mais très mal connue : le wahhabisme. Né dans le désert de Nadjd (dans l'actuelle Arabie Saoudite) dans la première moitié du XVIIème siècle, le wahhabisme devient plus de deux siècles et demi plus tard un enjeu idéologique et politique mondial après les attaques du 11 septembre 2001. A-t-il contribué à l'émergence du salafisme jihadiste ? Voilà l'une des questions majeures au début de ce XXIème siècle.
Hamadi Redissi ne se contente pas de cela. Il entreprend un gigantesque travail documentaire sur les différentes étapes du wahhabisme, des origines jusqu'à aujourd'hui. Il va même sur les lieux qui ont vu un prédicateur s'allier à un prince en 1744 (ou 1745) dans ce fameux pacte de Nadjd. Redissi hume l'atmosphère, ausculte la géographie pour comprendre l'extraordinaire expansion d'une secte hérétique devenue aujourd'hui l'orthodoxie. C'est cela la principale intuition de Redissi. Il va l'argumenter sur trois cents trente pages. Interview.
Maoulid info N° 009 de Nov 2008
- Pourquoi un livre sur le wahhabisme ?
- D'abord par rapport à mon propre itinéraire de chercheur. Mon livre "L'exception islamique" a été plutôt théorique et j'avais besoin de faire une enquête empirique afin d'examiner de près les enjeux théoriques que pose un cas concret. Cela pour la raison générale : maintenant pourquoi le wahhabisme ? Parce que j'ai eu l'intuition que nombre des souffrances de l'Islam d'aujourd'hui remontent au wahhabisme, secte que beaucoup de gens ne connaissent que vaguement.
- Vous développez dans votre livre, à propos du wahhabisme, un concept qui peut paraître paradoxal : la secte orthodoxe. C'est quoi exactement ?
- En examinant le wahhabisme in-concreto, je me suis rendu compte qu'il y avait un aspect tout à fait sectaire : anticommunautaire, fanatique, misogyne, misanthrope et antisémite. D'un autre côté le wahhabisme participe à l'orthodoxie générale de ce qu'on appelle "les gens de la Sunna (tradition prophétique) et de la communauté". Ce statut ambigu a permis au wahhabisme d'avoir une telle longévité (plus de deux siècles et demi). Je tiens à préciser que la notion de secte n'est pas du tout péjorative, mais qu'elle décrit un phénomène particulier.
- Comment avez-vous procédé pour votre enquête empirique sur le wahhabisme ?
- J'ai constitué mon enquête empirique à travers deux grands corpus. Le premier est documentaire. Il est fait de manuscrits que j'ai eu beaucoup de peine à trouver. J'ai constitué un corpus documentaire fait de textes rares et épars dans différentes bibliothèques aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en France... J'ai mis beaucoup de temps et d'énergie à collecter ces textes.
Le deuxième corpus est une enquête sur le terrain que j'ai effectuée en Arabie Saoudite. Je suis allé sur les lieux et les traces du wahhabisme des origines : Al Dirya et le Najd central. Région où Mohammed Ibn Abd al-Wahhab a vécu. Tous les auteurs du XIXème siècle décrivent Al Dirya comme un amas de ruines. J'ai tellement lu sur cette ville que quand j'y suis parti je la connaissais maison par maison.
- Votre enquête de terrain vous a-t-elle permis de sentir le souffle wahhabite ?
- Absolument. Al Dirya est un lieu inaccessible. Cela permet de comprendre la géopolitique d'une secte. Prendre un lieu inaccessible et faire des raids hors territoire en étant soi-même protégé par des montagnes, que ce soit à Alamut (pour les Hachachines / Assassins, une secte
Le wahhabisme participe à l'orthodoxie générale de ce qu'on appelle "les gens de la Sunna (tradition prophétique) et de la communauté". Ce statut ambigu a permis au wahhabisme d'avoir une telle longévité (plus de deux siècles et demi).
du chiisme ismaélien), à Tora Bora (pour Al Qaïda de Ben Laden) ou Al Dirya, cela vous donne une supériorité guerrière extraordinaire. Si le wahhabisme a pu se développer et résister, c'est à cause de cela essentiellement. Le wahhabisme s'est appuyé aussi sur les Anazas, la plus grande confédération tribale de l'Arabie Saoudite au XVII ème siècle.
- Si vous aviez à définir le wahhabisme d'une manière succincte, que diriez-vous ?
- On peut dire que le wahhabisme des origines est un néo-kharijisme (les kharijistes sont une secte qui a vu le jour au premier siècle de l'Hégire, connue par son fanatisme et
Le wahhabisme des origines est une révolte à la Saheb el Himar (chef kharijite qui s'est rebellé contre le pouvoir fatimide en Tunisie) au nom du dogme de l'unicité.
rigorisme extrême). Cela est clair d'après la trame tribale et aussi par la doctrine : un puritanisme foncier égalitariste et le refus de toutes formes d'intercession. Ils estimaient que les Musulmans vivaient dans une néo-jahylia (la jahylia désigne la période anté-islamique des Arabes) et qu'il fallait les réislamiser par le jihad. Le wahhabisme des origines est une révolte à la Saheb el Himar (chef kharijite qui s'est rebellé contre le pouvoir fatimide en Tunisie) au nom du dogme de l'unicité.
- Entre le pacte de Najd, qui a scellé le début effectif du wahhabisme en 1744 (ou 1745) et sa victoire définitive en 1932 (la réunification de l'Arabie centrale par les Al Saoud) il y a près de deux siècles. Comment expliquez-vous que cette secte ait pu résister pendant deux siècles ?
- Les bastions wahhabites étaient éloignés des lieux du culte, la Mecque et Médine, de plus de huit cents kilomètres. Ils n'intéressaient pas les grands empires environnants, que ce soit l'ottoman ou le britannique. Les wahhabites étaient quasiment en dehors de l'histoire et de la géographie, ce qui leur permit, même suite à des défaites militaires, de pouvoir se reconstituer loin des regards ennemis. Quand Mohamed Ali d'Egypte les défit au début du XIXème siècle, il était obligé de retourner chez lui. Une fois les armées parties, les bédouins wahhabites "reprirent" du poil de la bête. Il faut ajouter que les descendants d'Ibn Abd al-Wahhab, c'est-à-dire les garants de la pureté doctrinale, avaient eu l'intelligence de ne jamais interférer dans les luttes intestines des Saoud. Ils ont toujours ratifié l'imamat des vainqueurs. Nous sommes obéissants à l'intérieur, mais belliqueux à l'extérieur. Cela scellait durablement le pacte de Najd, conclu entre Muhammad Ibn Saoud et Muhammad Ibn Abd al-Wahhab.
- Qu'est-ce qui a fait que les wahhabites triomphent en 1932 ?
- Cela revient en grande partie à la constitution des "Frères". C'est un genre de communisme de guerre. Voilà des nomades, même pas des bédouins, que les wahhabites sédentarisent et endoctrinent. On leur dit que tout le monde extérieur est impie. Ces campements militaires, constitués en 1912, ont été de l'avis de tous les chercheurs le bras armé qui a rendu la victoire d'Abdelaziz Ibn Saoud possible en 1932. Les expériences précédentes ont montré que les bédouins étaient inconstants et les citadins ne pouvaient pas guerroyer plus de quatre mois par an. Les "Frères" constituaient des camps militaires qui vivaient uniquement pour la guerre.
- A l'image de ce que fut la Koufa du temps du second Calife, Omar Ibn al-Khatttab...
- Absolument, et les "Frères" sont les Qurra (Récitants du Coran) dont la vie était partagée entre la prière et la guerre. Je dirais aussi que le wahhabisme est pour les chercheurs une chance extraordinaire. Il nous permet de voir une secte médiévale in-vivo. Si vous voyez un cheikh wahhabite ajourd'hui, vous pouvez imaginer ce qu'était des sectes comme les kharijites ou les Ismaéliens au Moyen-âge.
- Si les wahhabites sont des néo-kharijites, pourquoi vouent-ils une grande haine aux "sectes hérétiques" comme les kharijites et les chiites ?
- Je pense que cela est dû à la culture dogmatique. On peut être contre le fanatisme et être, cependant totalement fanatique. Mon livre est, en quelque sorte, un rapport de police philosophique sur le fanatisme.
- Le débat qui a opposé les wahhabites à l'Islam institutionnel durant un siècle et demi montre à quel point l'Islam institutionnel s'est opposé au wahhabisme. Qu'est-ce qui fait que cette opposition ait quasiment disparu aujourd'hui ?
- A part le récit historique sur le wahhabisme dans mon livre, le cœur de mon questionnement était celui-là : J'ai fait état de plus de cinquante réfutations du wahhabisme sur une base théologique sérieuse écrite par des ulémas. Je me suis posé la question suivante : comment se fait-il qu'après une campagne aussi dure et étendue contre le wahhabisme, on a même accusé Ibn Abd al-Wahhab d'athéisme et de prétention à la prophétie, subitement le wahhabisme a été réhabilité. Je propose une piste pour la discussion : le wahhabisme a été réhabilité par la tradition, parce que l'hérésie est devenue la nouvelle orthodoxie. L'Islam sectaire et anti-orthodoxe a vaincu à la fin du XIXème siècle.
- Plus précisément...
- La tradition tardive est constituée par des ulémas qui connaissaient parfaitement leurs classiques. Ils refusaient l'Ijtihad, s'alliaient aux Saints et aux marabouts. Ils étaient citadins, notables et obéissants. Cet Islam là va être battu à la fin du XIXème siècle par les nouveaux
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CULTURE
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clercs de l'Islam. Ils sont en dehors de l'institution religieuse. Ils écrivent dans les journaux. C'est le mouvement Nahda initié par El Afghani et Abdoh. Les réformistes disent : l'Islam est en déclin, les responsables sont les ulémas, les marabouts et les princes tyranniques. C'est exactement ce que disait Ibn Abd al-Vahhab au XVIIème siècle.
Le réformisme est une hérésie mineure de l'intérieur. C'est une bonne hérésie parce qu'elle permet à l'Islam de se réformer. Mais cette hérésie mineure a ouvert la boite de Pandore : tous les Musulmans sont devenus des Fakih et cela dure jusqu'à maintenant. Auparavant personne n'osait parler en présence des cheikhs d'Al Azhar ou de la Zitouna. C'est cela ma thèse.
- Vous dites dans votre livre que c'est Rachid Ridha, disciple d'Abdoh, qui a réalisé la jonction entre le réformisme et le wahhabisme
- Absolument. Rachid Ridha était un agent wahhabite. Il a publié la plupart de leurs tracts à leurs frais. Il en a commenté quelque-uns et les a défendus avec acharnement dans une série d'articles qu'il a plus tard oubliés dans un livre "Les Vahhabites et le Hijaz". Rachid Ridha a fait la jonction entre le réformisme hérétique du XIXème siècle et le wahhabisme comme faisant partie des "gens de la tradition et de la communauté". Il n'est pas le seul à avoir fait cela. Il y a Mohyeddine al Khatib en Egypte, Tahar Al-Jazaïri en Syrie, Chokri Alussi en Irak et bien d'autres... C'est un néo-fondamentalisme qui hérite du réformisme d'El Afghani et de Abdoh. Ceux-là n'étaient pas des wahhabites. Ils sont parfois anti-wahhabites, mais ils participent de la même conception de la tradition. Résultat : le wahhabisme a été réhabilité bien avant l'ère du pétrole, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens.
On aurait pu penser, en vous écoutant, que le mouvement des "Frères Musulmans", fondé par l'Egyptien Al Banna en 1928, serait une continuation du wahhabisme... alors que vous dites dans votre livre qu'il n'en est rien...
- Dans un premier moment les "Frères Musulmans" n'ont rien à voir avec le wahhabisme, bien que leur culte du secret rappelle, lui aussi, les sectes hérétiques du Moyen-Âge. Les signes de reconnaissance, une bague particulière, et les chiffres magiques, le nombre dix, fait d'eux, à leur début, une sorte de loge maçonnique. Mais ils formaient quand même un parti moderne dans une Egypte libérale. Al Banna n'est jamais allé en Arabie Saoudite. Jusqu'en 1954 les leaders des Frères Musulmans avaient des critiques dures contre le wahhabisme. Certains d'entre eux le qualifièrent de régime corrompu et monarchique. Les "Frères Musulmans" étaient foncièrement anti-monarchiques. C'est la répression d'Abdennasser qui va rapprocher les Frères Musulmans des wahhabites. Il y a eu alors une greffe dans les deux sens. Le wahhabisme a été idéologisé et les Frères Musulmans ont été traditionnalisés.
Est-ce qu'on peut dire que ce sont les
- Frères Musulmans qui ont introduit le wahhabisme dans l'histoire ?
- Sur le plan intellectuel, absolument. Sans les Frères Musulmans le wahhabisme serait resté une idéologie locale et provinciale. C'est l'argent du pétrole et l'idéologie islamiste qui ont donné au wahhabisme une dimension mondiale.
- Vous avez parlé tout à l'heure d'un siècle et demi de réfutation du wahhabisme dont on retrouve la trace en Tunisie et au Maroc. Ces réfutations sont-elles toujours d'actualité ?
- Pour l'essentiel ces réfutations appartiennent au monde du passé.
- Le wahhabisme était plus "moderne" que ses réfutateurs ?
- Oui, si l'on maintient les guillemets pour moderne. L'une des plus grandes critiques des ulémas aux XVIIIème et XIXème siècles était que le wahhabisme ouvrait les portes de l'Ijtihad et refusait l'imitation des anciens. Les ulémas reprochaient aux wahhabites leur refus de toute intercession, fût-elle celle du Prophète. Ce débat n'intéresse plus personne aujourd'hui. Ce qui est encore d'actualité, c'est la question de l'Ijtihad (et là les wahhabites étaient en avance sur la tradition) et deuxièmement le takfir (l'anathème) et là on retrouve les passerelles avec l'Islam sectaire radical.
- Le wahhabisme a-t-il eu une influence sur l'Islam non-arabe ?
- Oui. Le wahhabisme a eu une grande influence sur les Musulmans de l'Inde au XIXème siècle. On y retrouve les mêmes débats et polémiques autour du wahhabisme.
- Les wahhabites ont-ils eu une influence sur la Jamaa Islamyaa de l'Indo-Pakistanais Al-Mawdoudi ?
- Pas au début. Plus tard, à l'instar des Frères Musulmans, il y a eu des connexions et des convergences. Voilà que des gens qui ne se connaissent pas et qui ont des filiations idéologiques différentes se retrouvent et se rejoignent. Il y a des affinités électives qui donnent lieu à des liaisons dangereuses. Ces liaisons dangereuses reposent sur une matrice commune que j'ai appelée la destruction mosaïque : c'est-à-dire ériger une destruction au sein des Musulmans eux-mêmes entre la vraie et la fausse religion.
Le wahhabisme a anticipé ce mouvement, d'où sa réhabilitation. La thèse devient : c'est l'hérésie (le réformisme et l'islamisme) qui réhabilite l'hérésie (le wahhabisme). Maintenant c'est l'hérésie qui est devenue la nouvelle orthodoxie.
- Dans ce passage de l'hérésie à la nouvelle orthodoxie, qu'est-ce qui a changé dans le wahhabisme ?
- Rien. La grande victoire du wahhabisme est qu'il n'a rien changé. Ce sont les autres qui ont changé.
- Après le 11 septembre 2001, le wahhabisme est-il en train de changer ?
- Oui. Le wahhabisme est devenu la tradition. Il a repris les mêmes arguments que ses anciens réfutateurs contre ce qu'il appelle les néo-kharijites (les salafistes, jihadistes).
- Le jihadisme est-il une excroissance du wahhabisme ou de l'islamisme ?
- Les deux à la fois. Les jihadistes se réclament des deux traditions.
- Le salafisme-jihadisme est-il une chance ou une catastrophe pour le wahhabisme ?
- Aujourd'hui le wahhabisme est dans de beaux draps ! Il est dans une phase très défensive. La monarchie tente d'ouvrir de nouveaux ponts avec les islamistes modérés (les Frères Musulmans) afin que les wahhabites ne soient plus les seuls piliers du régime. Les wahhabites, tout en étant contre l'Islam violent, refusent toujours les réformes libérales.
- Y a-t-il, en Arabie Saoudite, une critique ouverte contre le wahhabisme ?
- Oui. J'y ai consacré le dernier chapitre de mon livre. Il y a des critiques ouvertes contre le wahhabisme dans des journaux comme "Al Watan", mais uniquement en phase critique. Quant les choses se calment, la critique disparaît.
- Sur quoi reposent les critiques des intellectuels saoudiens ?
- Le premier reproche des intellectuels saoudiens est l'exclusivisme des Ecoles du rite. Le wahhabisme a interdit le malékisme, le hanafisme et le chaféisme. On n'enseigne que l'école hanbalite. Ces intellectuels demandent de mettre fin à cet exclusivisme des écoles. Le second se rapporte aux réformes politiques. Les intellectuels accusent les wahhabites d'être la cause des difficultés du pays.
Source : Réalités, n° 1137, p. 14-17, Entretien réalisé par Zyed Krichen
C'est l'argent du pétrole et l'idéologie islamiste qui ont donné au wahhabisme une dimension mondiale.
Les ulémas reprochaient aux wahhabites leur refus de toute intercession, fût-elle celle du Prophète.
Le secret Mouhamedien à travers les voies soufies
" L'attachement des soufis pour le Prophète n'est pas à démontrer. De toutes les manifestations de prières, de recueillement et de joie que nous observons ça et là à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance (maoulid), un événement important se détache et attire l'attention : le rassemblement annuel de dizaines de milliers de croyants à Kiota (dans le Boboye), dans la zawiya mère de la Tariqa Tidjaniya au Niger. le grand khalife Cheikh Moussa Aboubacar Hachem, le shaykh vivant de cette voie, est l'homme qui veille aujourd'hui à ce que ce rassemblement ait lieu et se perpétue, après son père.
Le fondateur du maoulid à Kiota, Cheikh Aboubacar hachem, compte parmi ces individus d'exception qui, à chaque époque de l'Islam, sont venus témoigner de la vérité, la revivifier dans les coeurs. Nombreux sont les disciples de tout horizon, de toute culture qui ont, grâce à lui, grâce à son enseignement, compris et aimé l'Islam et Son Prophète. "
L'enseignement d'une voie soufie vivante touche au secret muhammadien. " Ce secret est le dépôt spirituel que détenait le Prophète, le premier des maîtres, qu'il retransmit à ses héritiers. C'est cette science de Dieu qui permet au maître de connaître de manière sûre les maux de l'âme et de leur apporter le remède adéquat. En tant que gardiens du secret spirituel, les maîtres éducateurs tels que Cheikh Aboubacar hachem ou Cheikh Chouaib Ali, ont eu pour tâche de poursuivre le projet divin de l'éveil spirituel. "
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