Cheikh Hamahoullah fut l'un des principaux propagateurs du tijânisme en Afrique occidentale. Il mena un combat inlassable pour la liberté et la dignité des peuples d'Afrique pendant la période coloniale. En s'appuyant sur des documents d'archives, la tradition orale africaine et des manuscrits conservés par les fidèles et les adversaires du Cheikh, l'auteur rejette l'image d'un Hamahoullah agitateur sans culture et sans foi, que répandaient complaisamment les rapports des administrateurs coloniaux.
Après la "balkanisation" de l'Afrique sud-saharienne la société musulmane locale s'est regroupée en fractions nationales. Elles se constituent en groupes de pression, contre-pouvoirs, forces politiques influentes. Les gouvernements composent avec elles ou cherchent à les utiliser en vue de renforcer une autorité parfois chancelante. Ce faisant, ils leur concèdent des créneaux d'autonomie qui les constituent parfois en "État dans l'État". De tels processus sont loin d'être uniformes, exclusifs ou immuables. Les phénomènes de politisation ou de repolitisation de l'Islam interfèrent avec d'autres processus, économiques, régionaux, ethniques, etc., et changent d'aspect selon les lieux, les groupes, les conjonctures, les stratégies des partenaires nationaux. La cohésion et la mobilisation des communautés islamiques en question sont également loin d'être assurées en toutes circonstances. L'auteur analyse le cas du Nigéria, du Niger er de la Haute-Volta.
C'est en 1909 que Sahykh Sidi Mohammad Ben Abdallah, connu également sous le nom de Shaykh Lakhdar, introduisit la pratique de la prière à onze jawaharatu-l-kamali de la tijaniyya a nioro du sahel dans le Soudan français de l'époque. Cette branche particulière de la tijaniyya se rattache au nom de Shaykh Hamahoullah ou Hamallah, disciple puis successeur de Shaykh Lakhdar. L'apparition de la hamawiyya ou hamallisme correspond, sur le plan politique à la mise en place des instruments de la colonisation après les conquêtes et sur le plan religieux à la fin des jiahd-s et à l'acceptation du fait colonial par de nombreux chefs de familles maraboutiques et confrériques. Le refus du compromis colonial de Shaykh Hamahoullah et l'excès de zèle des hamawi vont placer la tijaniyya hamawiyy dans une position de confrontation avec l'administration française de 1925 à 1948. A la faveur d'une bataille rangée entre plusieurs tribus maures des cercles de nioro et de l'assaba en août 1940, l'administration lança une vaste répression contre la hamawiyya. Elle aboutit à la dispersion des principaux leaders de la hamawiyya dans plusieurs centres d'internement africains et à la mort, le janvier 1943 en déportation de Hamahoullah. La décolonisation et l'émergence des partis politiques dans la seconde moitié des années '40 offrent l'occasion aux hamawi de développer de nouvelles perspectives de redéploiement en particulier en milieu urbain. Dans les états postcoloniaux, l'attitude des partisans de la tijaniyya hamawiyya se partage entre le rapprochement avec la umma nationale et une position rigoriste qui lui donnerait les contours d'une secte intégriste.
Insurgents have established bases in an important nature reserve spanning parts of Benin, Burkina Faso and Niger. They pose a growing danger to local ecosystems and people living around the park. The three countries need to collaborate more closely to keep the threat at bay.
The spiral of violence in the Sahel is threatening to engulf the biosphere reserve in the cross-border territory shared by Burkina Faso, Benin and Niger. The rising violence is causing massive displacement and all three countries should respond jointly by mobilising and coordinating state armed forces to protect affected populations. But a joint military response is not enough. The three states should also collaborate to address the root causes of the insecurity: the land and pastoralism crisis; inconsistency in the distribution of forest resources; and a poorly integrated approach to managing the biosphere reserve.
Au Burkina Faso, parmi la multiplicité des instances informelles de règlement des conflits, les espaces islamiques de conciliation occupent une place non négligeable et paradoxalement peu visible. Cet article examine les formes de justice islamique pratiquées dans un pays où l'islam est pluriel. Il montre que les autorités islamiques en charge de la résolution des conflits de famille font preuve d'une grande capacité à conjuguer les normes islamiques avec les pratiques locales et les demandes des justiciables. Ainsi, dans les milieux ruraux soufis, la notion appelée sulufu exprime la nécessité de privilégier le principe de conciliation à l'amiable en s'écartant des lectures littéralistes du Coran. En ville, cette importance donnée à l' « arrangement » constitue un frein pour les couples souhaitant divorcer. En effet, les élites islamiques s'accordent pour reconnaître que le droit islamique autorise le divorce, tant pour les hommes que pour les femmes, mais dans les faits, elles se refusent à le cautionner. Ceci révèle la force de l'injonction sociale quant au mariage et à la pérennité du couple.
Three stories of individual conversion in the north-west of Burkina Faso, in the Yatenga province are used to analyze some aspects of the concept of conversion. The study points out that the mechanisms of « conversion » can be very diferent depending on whether this is a conversion to the religion of the majority (islam), to the religion of a minority (charismatic protestantism) or the cult of one's ancestors. The conversions presented are reversible and « adaptables » to the circumstances and the status of the individual. They are not presented as a final break-up.
Depuis plus d'un demi-siècle, on assiste en Afrique de l'Ouest à l'émergence de mouvements dénommés selon les lieux par les termes de « wahhabites », « salafistes » ou encore « isâlistes ». Ces mouvements se distinguaient autrefois par leur lecture littéraliste des textes islamiques, leur tendance à prôner un retour aux sources et une purification des mœurs qui se marque dans les corps par la prière les bras croisés, le port de la barbe pour les hommes, la robe noire et le voile intégral pour les femmes, le refus des cérémonies ostentatoires et une critique de l'islam anciennement implanté d'influence soufie. Si leur implantation a souvent donné lieu à des conflits violents, cinquante ans après, on constate que leur conception de l'islam fait l'objet d'une relative banalisation dans les discours publics des élites islamiques. À travers un cas burkinabé, cet article décrit comment en dépit de son hétérogénéité, la sphère islamique arbore un langage qui homogénéise le discours « islamiquement correct » et les pratiques. Ceci conduit à une sorte de consensus autour de certains discours et marqueurs autrefois référés aux communautés wahhabites. Ce phénomène, symptomatique de la ville, conduit à faire l'hypothèse que le réformisme de type wahhabite s'est transformé progressivement en un réformisme que l'on peut qualifier de « générique ».
This article offers a definition of the concept of moral economy, first in the general framework of the existing literature, and then in the more specific case of Burkinabè Islam. It then examines the relationship between moral economy and the charismatic figures of Islam in Burkina Faso. The example of two religious leaders (sheiks) in two different contexts, urban and rural, offers examples of how these charismatic authorities manage the economic assets entrusted to them by the faithful in the interests of the community. The article also aims to shed greater light on the strategies adopted by these "social planners" to mobilize and invest the resources generated by migratory flows.